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Et vous pouvez tirer de ceci la raison de tout ce que j’ai dit ci-dessus touchant les humeurs ou inclinations tant naturelles qu’acquises, qui dépendent de la différence des esprits.
Pour la diverse situation des membres extérieurs, il faut seulement penser qu’elle change les pores qui portent immédiatement les esprits dans les nerfs; en sorte que, par exemple, si, lorsque le feu A brûle la main B , la tète étoit tournée vers le côté gauche, au lieu qu’elle l’est maintenant vers le droit, les esprits iroient tout de même qu’ils font de 7 vers N , puis vers O, et de là vers R et vers S ; mais que de R, au lieu d’aller vers X, par où je suppose qu’ils doivent passer pour redresser la tète qui est tournée vers la main droite , ils iroient vers Z , par où je suppose qu’ils devraient entrer pour la redresser si elle étoit tournée vers la gauche; d’autant que la situation de cette tète, qui est maintenant cause que les petits filets de la substance du cerveau qui sont vers X sont beaucoup plus lâches et aisés à écarter l’un de l’afltÆ que ceux qui sont vers Z, étant changée , ferait tout au contraire que ceux qui sont vers Z seraient fort lâches , et ceux qui sont vers X fort tendus et resserrés. . *
Ainsi pour entendre comment une seule action , sans se changer, peut mouvoir maintenant un pied de cette machine, maintenant l’autre, selon
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qu’il est requis pour faire qu’elle iûarche , il suffit de penser que les esprits passent par un seul pore , dont l’extrémité est autrement disposée, et les conduit en d’autres nerfs quand c’est le pied gauche qui est le plus avancé que quand c’est le droit; et on peut rapporter ici tout ce que j’ai dit ci-dessus delà respiration , et de tels autres mouvements, qui ne dépendent ordinairement d’aucune idée: je dis ordinairement, car ils en peuvent quelquefois aussi dépendre.
Maintenant que je pense avoir suffisamment expliqué toutes les fonctions de la veille, il ne me reste que fort peu de choses à vous dire touchant le sommeil; car premièrement il ne faut que jeter les yeux sur cette cinquantième figure1, et voir comment les petits filets D,D, qui se vont fendre dans les nerfs, y sont lâches et pressés, pour entendre comment, lorsque cette machine représente le corps d’un homme qui dort, les actions des objets extérieurs sont pour la plupart empêchées de passer jusqiA ibn cerveau pour y être senties, et les esprits qui sont dans le cerveau empêchés de passer jusques aux membres extérieurs pour les mouvoir, qui sont les deux principaux effets du sommeil.
Pour ce qui êst des songes , ils dépendent en partie de l’inégale force que peuvent avoir les esprits qui sortent de la glande II, et en partie des rthpres-
sions qui se rencontrent dans la mémoire; en sorte qu’ils ne diffèrent en rien de ces idées que j’ai dit ci-dessus se former quelquefois dans l’imagination de ceux qui rêvent étant éveillés , si ce n’est en ce que les images qui se forment pendant le sommeil peuvent être beaucoup plus distinctes et plus ' vives que celles qui se forment pendant la veille: dont la raison est qu’une même force peut ouvrir davantage les petits tuyaux , comme 2 , 4 , 6 , et les pores, comme a, b, c, qui servent à former ces images , lorsque les parties du cerveau qui les environnent sont lâches et détendues; ainsi que vous le voyez en cette cinquantième figure*, que lorsqu’elles sont toutes tendues, ainsi que vous le pouvez voir en celles qui la précèdent; et cette même raison montre aussi que s’il arrive que l’action de quelque objet qui touche les sens puisse passer jusqu’au cerveau pendant le sommeil , elle n’y formera pas la même idée qu’elle fcroit pendant la veille , mais quelque autre plus remarquable et plus sensible: comme quelquefois, quand nous dormons, si nous sommes piqués par une mouche, nous songeons qu’on nous donne un coup d’épée; si nous 11e sommes pas du tout assez couverts, nous nous imaginons être tout nus ; et si nous le sommes quelque peu trop , nous pensons être accablés d’une montagne.
’ Voyez planche X, figure 3.
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Au reste, pendant, le sommeil, la substance du cerveau qui est en repos a le loisir de se nourrir et de se refaire, étant humectée par le sang que contiennent les petites veines ou artères qui paroissent en sa superficie extérieure ; en sorte qu’après quelque temps, ses pores étant devenus plus étroits, les esprits 11’ont pas besoin d’avoir tant de force qu’au paravant pour la pouvoir soutenir toute tendue: non plus que le vent 11’a pas besoin d’être si fort pour enfler les voiles d’un navire quand ils sont mouillés que quand ils sont secs; et cependant ces esprits se trouvent être plus forts , d’autant que le sang qui les produit s’est purifié en passant et repassant plusieurs fois dans le cœur, ainsi qu’il a été ci-dessus remarqué. D’où il suit que cette machine se doit naturellement réveiller de soi-même après qu’elle a dormi assez long-temps, comme réciproquement elle doit aussi se rendormir après avoir assez long-temps veillé; à cause que, pendant la veille , la substance de son cerveau est desséchée, et ses pores sont élargis peu à peu par la continuelle action deslesprits; et que cependant , venant à manger (ainsi qu’elle fait infailliblement de temps en temps, si elle peut trouver de quoi, parceque la faim l’y excite), le suc des viandes qui se mêle avec son sang le rend plus grossier, et fait par conséquent qu’il produit moins d’esprits.
Je 11e m’arrêterai pas à vous dire comment le
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bruil et la douleur , et les autres actions qui meuvent avec beaucoup de force les parties intérieures de son cerveau par l’entremise des organes de ses sens ; et comment la joie et la colère , et les autres passions qui agitent beaucoup ses esprits; et comment la sécheresse de l’air, qui rend son sang plus subtil, et choses semblables, la peuvent empêcher de dormir ; ni comment , au contraire, le silence , la tristesse, l'humidité de l’air, et choses semblables, l’y invitent ; ni comment une grande perte de sang, le trop jeûner, le trop boire, et autres tels excès, qui ont en soi quelque chose qui augmente et quelque chose qui diminue la force de ses esprits, peuvent, selon ses divers tempéraments, la faire ou trop veiller ou trop dormir; ni comment par l’excès de la veille son cerveau se peut affoiblir , et par * l’excès du sommeil s’appesantir, et ainsi devenir semblable à celui d’un homme insensé, ou d’un ■ . stupide ; ni une infinité d’autres telles choses , d’autant qu’elles me semblent pouvoir toutes assez facilement être déduites de celles que j’ai ici expliquées. • ■
Or, avant que je passe à la description de l’âme raisonnable , je désire encore que vous fassiez un peu de réflexion sur tout ce que je viens de dire de cette machine , et que vous considériez premièrement que je n’ai supposé en eljp aucuns organes ni aucuns ressorts (pii ne soient tels qu’on se peut
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très aisément persuader qu’il y en a de tout semblables tant en nous que même aussi en plusieurs animaux sans raison. Car, pour ceux qui peuvent être clairement aperçus de la vue, les anatomistes les y ont déjà tous remarqués ; et quant à ce que j’ai dit de la façon que les artères apportent les esprits au dedans de la tète, et de la différence qui est entre la superficie intérieure du cerveau et le milieu de sa substance, ils en pourront aussi voir à l’œil assez d’indices pour n’en pouvoir douter, s’ils y regardent un peu de près, ils ne pourront non plus douter de ces petites portes ou valvules que j’ai mises dans les nerfs aux entrées de chaque muscle, s’ils prennent garde que la nature en a formé généralement en tous les endroits de nos corps par où il entre d’ordinaire quelque matière qui peut tendre à en ressortir , comme aux entrées du cœur,
. du fiel, de la gorge, des plus larges boyaux, et aux principales divisions de toutes les veines. Ils ne sauroient aussi rien imaginer de plus vraisemblable touchant le cerveau , que de dire qu’il est composé de plusieurs petits filets diversement entrelacés, vu que toutes les peaux et toutes les chairs paroissent ainsi composées de plusieurs fibres ou filets, et qu’on remarque le même en toutes les plantes, en sorte que c’est une propriété qui semble commune à tous les corps qui peuvent croître “et se nourrir par l’union et la jonction des petites par-
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ties des autres corps. Enfin, pour le reste des choses, que j’ai supposées, et qui m peuvent être aperçues par aucun sens, elles sont toutes si simples et si communes , et même en si petit nombre , que si vous les comparez avec la diverse composition et le merveilleux artifice qui paroît en la structure des organes qui sont visibles , vous aurez bien plus de sujet de penser que j’en ai omis plusieurs qui sont en nous, que non pas que j'en aie supposé aucune qui n’y soit point ; et sachant que la nature agit toujours par les moyens qui sont les plus faciles de tous et les plus simples, vous ne jugerez peutêtre pas qu?il soit possible d’en trouver de plus semblables à ceux dont elle se sert que ceux qui sont ici proposés. »
Je désire que vous considériez après cela que toutes les fonctions que j’ai attribuées à cette machine , comme la digestion des viandes , le battement du cœur et des artères, la nourriture et la croissance des membres , la respiration , la veille et le sommeil ; la respiration de la lumière , des sons, des odeurs, des goûts, de la chaleur , et de telles autres qualités dans les organes des sens extérieurs ; l’impression de leurs idées dans l’organe du sens commun et de l’imagination; la rétention ou l’empreinte de ces idées dans la mémoire ; les mouvements intérieurs des appétits et des passions; et , enfin , les mouvements extérieurs de tous les
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membres, qui suivent £i à propostant des actions des objets qui se pré^ptent aux sens que des passious et des impressions qui se rencontrent dans la mémoire, qu’ils imitent le plus parfaitement qu’il est possible ceux d’un vrai homme ; je désire , dis-je , que vous considériez que ces fonctions suivent toutes naturellement en cette machine de la seule disposition de ses organes, ne plus ne moins que font les mouvements d’une horloge, ou autre automate, de celle de ses contre-poids et de ses roues ; en sorte qu’il ne faut point à leur occasion concevoir en elle aucune autre âme végétative ni sensitive , ni aucun autre principe de mouvement et de vie , que son sang et ses esprits agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans son cœur , et qui n’est point d’autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés.