PRÉFACE
Il n’y a rien à quoi l’on se puisse occuper avec , plus de fruit qu’à tâcher de se connoître soi-même ; est
1 * très utile pour
et l’utilité qu’on doit espérer de cette connoissance la médecine ne regarde pas seulement la morale, ainsi qu’il co„noitre les semble d’abord à plusieurs , mais particulière- ^Xe°orps! ment aussi la médecine, en laquelle je crois qu’on auroit pu trouver beaucoup de préceptes très assurés, tant pour guérir les maladies que pour les
D’où vient «jn’on a de coutume d'attribuer ce» fonctions A IVuuc.
Pourquoi elles ne loi doivent pas être
attribuées.
prévenir, et même aussi pour retarder le cours de la vieillesse , si on s’étoit assez étudié à connoître la nature de notre corps, et qu’on n’eût point attribué à lame les fonctions qui ne dépendent que de lui et de la disposition de ses organes.
Mais pareeque nous avons tous éprouvé dès notre enfance que plusieurs de ses mouvements obéissoient à la volonté , qui est une des puissances de l’âme, cela nous a disposés à croire que l’âme est le principe de tous; à quoi aussi a beaucoup contribué l’ignorance de l’anatomie et des mécaniques : car , ne considérant rien que l’extérieur du corps humain, nous ne nous sommes point imaginés qu’il eût en lui assez d’organes ou de ressorts pour se nîouvoir de soi-même en autant de diverses façons que nous voyons qu’il se meut ; et cette erreur a été confirmée de ce que nous avons jugé que les corps morts avoient les mêmes organes que les vivants, sans qu’il leur manquât rien autre chose que l’âme, et que toutefois il n’y avoit en eux aucun mouvement.
Au lieu que, lorsque nous tâchons à connoître plus distinctement notre nature, nous pouvons voir que notre âme, en tant qu’elle est une substance distincte du corps , ne nous est connue que par cela seul quelle pense, c’est-à-dire quelle entend, qu’elle veut , qu’elle imagine, quelle se ressouvient et qu’elle sent, pareeque toutes ces fonc-
lions sont des espèces de pensées; et que, puisque les antres fonctions que quelques uns lui attribuent , comme de mouvoir le cœur et les artères , de digérer les viandes dans l’estomac, et semblables, qui ne contiennent en elles aucune pensée, ne sont que des mouvements corporels, et qu’il est plus ordinaire qu’un corps soit mû par un autre corps que non pas qu’il soit mû par une Ame, nous avons moins de raison de les attribuer à elle qu’à lui.
Nous pouvons voir aussi que lorsque quelques parties de notre corps sont < offensées , par exemple quand un nerf est piqué, cela fait quelles n’obéissent plus à notre volonté, ainsi qu’elles avoient de coutume, et même que souvent elles ont des mouvements de convulsion qui lui sont contraires; ce qui montre que l’Ame ne peut exciter aucun mouvement dans le corps , si ce n’est que tous les organes corporels qui sont requis à ce mouvement soient bien disposés; mais que, tout au contraire, lorsque le corps a tous ses organes disposés à quelque mouvement , il n’a pas besoin de lame pour le produire, et que par conséquent tous les mouvements que nous n’expérimentons point dépendre de notre pensée, ne doivent pas être attribués à l’Ame , mais à la seule disposition des organes , et que même les mouvements qu’on nomme volontaires procèdent principalement de
Autre raison qui prouve la
meme chose.
Que bien que la mort fasse cesser ces fonctions, il ne
s'ensuit pas pour cela qu'elles dépendent de l'âme.
Qu'il ne sera pas besoin d’avoir beaucoup étudié l'anatomie pour entendre fe traité-
cette disposition des organes , puisqu’ils 11e peuvent être excités sans elle, quelque volonté que nous en ayons , bien que ce soit l’âme qui les détermine.
Et encore que tous ces mouvements cessent dans le corps lorsqu’il meurt et que lame le quitte , on ne doit pas inférer de là que c’est elle qui les produit , mais seulement que c’est une même cause qui fait que le corps n’est plus propre à les produire , et qui fait aussi que lame s’absente de lui.
Il est vrai qu’on peut avoir de la difficulté à croire que la seule disposition des organes soit suffisante pour produire en nous tous les mouvements qui ne se déterminent point par notre pensée ; c’est pourquoi je tâcherai ici de le prouver, et d’expliquer tellement toute la machine de notre corps , que nous n’aurons pas plus de sujet de penser que c’est notre âme qui excite en lui les mouvements que nous n’expérimentons point être conduits par notre volonté, que nous en avons de juger qu’il y a une âme dans une herloge qui fait qu’elle montre les heures.
Il n’y a personne qui n’ait déjà quelque connoissance des diverses parties du corps humain, c’està-dire qui 11e sache qu’il est composé d’un très grand nombre d’os , de muscles , de nerfs , de veines, d’artères, et avec cela d’un cœur, d’un cerveau, d’un foie, d’un poumon, d’un estomac, et
même qui n’ait vu quelquefois ouvrir diverses bêtes où il a pu considérer la figure et la situation de leurs parties intérieures , qui sont à peu près en elles comme en nous. Il ne sera pas besoin qu’on ait rien appris de plus de l’anatomie afin d’entendre cet écrit , à cause que j’aurai soin d’y expliquer tout ce qu’il en faut savoir de plus particulier à mesure que j’aurai occasion d’en parler.
Et, afin qu’on ait d’abord une générale notion de toute la machine que j’ai à décrire, je dirai ici que c’est la chaleur quelle a dans le cœur qui est comme le grand ressort e(Je principe de tous les mouvements qui sont en eue, et que les veines sont des tuyaux qui conduisent le sang de toutes les parties du corps vers le cœur, où il sert de nourriture à la chaleur qui y est, comme aussi l’esloijtae et les boyaux sont un autre plus grand tuyau, parsemé de plusieurs petits trous par où le suc des viandes coule dans les veines, qui le portent droit au cœur ; et les artères sont encore d’autres tuyaux par où le sang , échauffé et raréfié dans le cœur , passe de là dans toutes les autres parties du corp^ auxquelles il porte la chaleur et de la matière pour les nourrir ; et enfin les parties de ce sang les plus agitées et les plus vives , étant portées au cerveau par les artères qui viennent du cœur le plus en ligne droite de toutes , composent comme un air ou un vent très subtil, qu’on nomme
Sommaire des choses qn’il doit contenir.
4")6 DE LA FORMATION Dl/ FŒTUS.
les esprits animaux } lesquels , dilatant le cerveau , le rendent propre à recevoir les impressions des objets extérieurs, et aussi celles de lame, c’est-àdire à être l’organe ou* le siège du sens commun , de V imagination et de la mémoire ; puis. ce même air ou ces mêmes esprits coulent du cerveau par . les nerfs dans tous les muscles , au moyen de quoi
ils disposent ces nerfs à servir d’organes aux sens extérieurs, et, enflant diversement les muscles, donnent le mouvement à tous les membres.
Voilà sommairement toutes les choses que j’ai ici à décrire, afin que, connoissant distinctement ce qu’il y a en chacine de nos actions qui ne dépend que du corps, et ce qu’il y a qui dépend de l’âme, nous puissions mieux nous servir tant de lui que d’elle , et guérif ou prévenir leurs maladies.
SECONDE PARTIE