‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 276 sur 293 · On pourra encore acquérir une plus parfaite · texte numérisé non relu

On pourra encore acquérir une plus parfaite

naturel.1* connoissance de la façon dont toutes les parties du la semence. corpS SOnt nourries, si on considère eu quelle sorte elles ont premièrement été produites de la semence. Et bien que je n’aie pas^oulu jusque» ici entreprendre d’écrire mon seiftiment touchant cette matière, à cause que je n’ai pu encore faire assez d’expériences pour vérifier par leur moyen toutes les pensées que j’en ai eues, je ne puis néanmoins refuser d’en mettre ici en passant quelque chose de ce qui est le plus général , et dont j’espère que je serai le moins en hasard ci-après de me dédire ,' lorsque de nouvelles expériences me donneront davantage de lumière.

Je ne détermine rien touchant la figure et l’arrangement des particules de la semence, il me suffit de dire que celle des plantes , étant dure et solide,

Digitizod by GüOflle

peut avoir ses parties arrangées et situées d’une certaine façon , qui ne sauroit être changée que cela ne les rende inutiles; mais qu’il n’en est pas de même de celle des animaux, laquelle étant fort fluide et produite ordinairement par la conjonction des deux sexes, semble netre qu’un mélange confus de deux liqueurs , qui, servant de levain l’une à l’autre, se réchauffent, en sorte que quelques unes de leurs particules acquérant la même agitation qu’a le feu se dilatent et pressent les autres, et par ce mojen les disposent peu à peu en la façon qui est requise pour former les membres.

Et ces deux liqueurs n’ont point besoin pour cela d’être fort diverses ; car comme qn voit que la vieille pâte peut faire enfler la nouvelle, et que l’écume que jette la bière suffit pour servir de levain à d’autre bière, aiqsi il est aisé à croire que les semences des deux sexes se mêlant ensemble servent de levain l’une à l’autre.

Or je crois que la première chose qui arrive en ce mélange de la semence, et qui fait que toutes les gouttes cessent d etre semblables, c’est que la cha- » leur s’y excite, et qu’y agissant en même façon que dans les vins nouveaux lorsqu’ils bouillent, ou dans le foin qu’on a renfermé avant qu’il fût sec, elle fait que quelques unes de ses particules s’assemblent vers quelque endroit de l’espace qui les

contient, et que là, se dilatant, elles pressent les

Comment le cœur

commence 4 se formel’.

('.onmient il commence ii se mouvoir.

m Comment se fait le sang.

autres qui les environnent, ce qui commence à former le cœur.

Puis, à cause que ces petites parties ainsi dilatées tendent à continuer leur mouvement en ligne droite, et que le cœur commencé à former leur résiste, elles s’en éloignent quelque peu, et prennent leur cours vers l’endroit où se forme après la base du cerveau, et par ce moyen entrent en la place de quelques autres , qui viennent circulairement en la leur dans le cœur; où, après quelque peu de temps qu’il leur faut pour s’y assembler, elles se dilatent, et, s’en éloignant, suivent le même chemin que les précédentes; ce qui fait que quelques unes de ces précédentes qui se trouvent encore en ce lieu-là , et aussi quelques autres qui y sont venues d’ailleurs en la place de celles qui en sont sorties pendant ce temps-là, vont dans le cœur, où étant derechef dilatées elles en sortent; et c’est en cette dilatation, qui se fait ainsi à diverses reprises, que consiste le battement du cœur ou le pouls.

Mais il est à remarquer , touchant la matière qui passe dans le cœur, que la violente agitation de la chaleur qui la dilate ne fait pas seulement que quelques unes de ses particules s’éloignent et se séparent, mais aussi que quelques autres s’assemblent et se pressent, en se froissant et divisant en plusieurs branches extrêmement petites , et qui demeurent si proches les unes des autres, qu’il n’y a

que la matière très subtile (que j’ai nommée le premier élément dans mes Principes) qui occupe les intervalles quelles laissent autour d’elles; et que les particules qui se joignent ainsi les unes aux autres en sortant du cœur ne s’écartent point du chemin par où elles y peuvent retourner , comme font plusieurs des autres qui pénètrent plus aisément de tous côtés dans la masse de la semence, de laquelle il vient aussi de nouvelles particules vers le cœur, jusqu’à ce qu’elle soit toute épuisée.

Ensuite de quoi ceux qui savent ce que j’ai ex-' 3l pliqué de la nature de la lumière, tant en ma i>o«rq»°'

41 il est rouge.

Dioptrique qu’en mes Principes, et delà nature des couleurs en mes Météores , pourront aisément entendre pourquoi le sang de tous les animaux est rouge. Car j’ai démontré en ces lieux-là que ce qui fait que nous voyons de la lumière n’est autre chose sinon que la matière du second élément, que j’ai dit être composée de plusieurs petites boules qui s’entre-touchent , est poussée ; et que nous pouvons sentir deux mouvements de ces boules, l’un par lequel elles viennent en ligne droite vers nos yeux, ce qui ne nous donne que le sentiment de la

lumière; l’autre, par lequel elles tournent cepqçdant autour de leurs centres. En sorte que, si elles tournent beaucoup moins vite qu’elles ne vont en ligne droite, le corps d’où elles viennent nous paroît bleu , et si elles toifrnent beaucoup plus vite ,

Pourquoi il est plus rouge que les charbons ou le fer embrasé.

Comment se commencent

il nous paraît rouge. Mais aucun corps ne peut être disposé à les faire tourner plus vite que celui dont les petites parties ont des branches si déliées et si proches les unes des autres , qu’il n’y a que la matière du premier élément qui tourne autour d’elles , ainsi que j’ai dit être celles du sang. Car les petites boules du second élément , rencontrant en la superficie de ce sang la matière du premier, laquelle y passe continuellement de biais extrêmement vite d’un de ses pores vers l’autre, et par conséquent se meut en autre sens qu’elles ne font, elles sont contraintes par cette matière du premier élément à tourner autour de leurs centres, et même à tourner plus promptement qu’aucune autre cause ne les y sauroit contraindre, d’autant que le premier élément surpasse tous les autres corps en vitesse.

C’est quasi la même raison qui fait que le fer , quand il est chaud, et les charbons, quand ils sont embrasés , paraissent rouges, car alors plusieurs de leurs pores ne sont pleins que du premier élément ; mais poureeque ces pores ne sont pas si serrés que ceux du sang, et que le premier élément y est en assez grande quantité pour causer de la lumière , cela fait que leur rouggpr est différente de celle du sang.

Sitôt que le cœur commence ainsi à se former , le sang raréfié qui en sort prend son cours en ligne

droite vers l’endroit où il lui est le plus libre d’aller, et c’est l’endroit où se forme après le cerveau ; comme aussi le chemin qu’il prend commence à former la partie supérieure de la grande artère. Puis, à cause de la résistance que lui font les parties de la semence qu’il rencontre, il ne va pas fort loin ainsi en ligne droite , sans être repoussé vers le cœur par le même chemin qu’il en est venu , par lequel toutefois il ne peut descendre, à cause que ce chemin se trouve rempli du nouveau sang que le cœur produit: mais cela fait qu’en descendant il se détourne quelque peu vers le côté opposé à celui par lequel il entre de nouvelle matière dans le cœur; et c’est le côté où sera par après Y épine du dos , par lequel il prend son cours vers l’endroit où se doivent former les parties qui servent à la génération , et le chemin qu’il tient en descendant est la partie inférieure de la grande artère. Mais à cause que, pressant aussi de ce côté-là les parties de la semence , elles lui résistent, et que le cœur envoie continuellement de nouveau sang vers le haut et vers le bas de cette artère , ce sang est contraint de prendre son cours circulairement vers le cœur, . par le côté le plus éloigné de l'épine du dos, où se forme par après la poitrine ; et le chemin que prend ainsi le sang en retournant de part et d’autre vers le cœur, est ce qu’on nomme par après la veine cave.

la grande artère et la veine cave.

Comment .se forme la cavité droite dn cœur.

Je n’ajouterois rien ici davantage touchant la formation du cœur, s’il n’avoit qu’une seule cavité, ainsi que celui des poissons ; mais pourcequ’il y en a deux en tous les animaux qhi respirent, il faut que je tâche encore de dire comment la seconde se forme.

J’ai déjà distingué deux sortes de parties en la portion de la semence qui se dilate dans le cœur avant qu’il tire aucune nourriture d’ailleurs, savoir celles qui s’éloignent et se séparent facilement, et celles qui se joignent et qui s’attachent les unes aux autres.

Or , encore que ces deux sortes de parties se trouvent dans le sang de tous les animaux, il est toutefois à remarquer qu’il y en a beaucoup moins de celles qui s’éloignent et se séparent dans le sang des animaux qui n’ont qu’une seule cavité dans le cœur, que dans celui des animaux qui en ont deux ; ensuite de quoi l’on peut juger que ce sont quelques unes de ces petites parties qui se dilatent facilement, savoir celles que je nommerai ici les particules aériennes qui sont cause de la seconde concavité du cœur, laquelle, après que l’animal est formé, se trouve penchée vers son côté droit.

Mais, au commencement de sa formation, je crois que la première concavité qui se penche après vers le côté gauche occupe justement le milieu de sou corps, et que le sang qui sort de cette cavité gauche

prend son cours, premièrement, vers l’endroit où se forme le cerveau , puis de là vers l’endroit opposé , où se forment les parties de la génération ; et qu’en descendant du cerveau vers là il passe principalement entre le cœur et l’endroit où se forme l’épine du dos, et après cela que, tant du haut que du bas, il revient vers le cœur.

Et je crois aussi que sitôt que ce sang approche du cœur, il se dilate en partie , avant que de rentrer en sa cavité gauche, en sorte que, par cette çlilatation , pressant la matière qui l’environne, il forme sa seconde concavité. Je dis qu’il se dilate , à cause qu’il a en soi plusieurs particules aériennes qui facilitent cette dilatation , et qui n’ont pu se dégager sitôt d’avec les autres ; mais je dis qu’il ne se dilate qu’en partie , à cause que la portion de lar semence qui s’est jointe à lui depuis qu’il est sorti de la cavité gauche n’est pas si disposée à se dilater que celles de ses parties qui y ont déjà été raréfiées : c’est pourquoi cette portion de la semence diffère à se dilater jusqu’à ce qu’elle soit entrée en la cavité gauche, en laquelle il revient aussi une partie du sang déjà raréfié dans la droite , qui facilite sa dilatation.

Et lorsque ce sang sort de la cavité droite, celles de ses particules qui sont les plus agitées et les plus vives entrent dans la grande artère ; mais les autres , qui sont en partie les plus grossières et les

Comment se commence le poumon , avec ses trois, vaisseaux.

Quelle est la nature

des particules aériennes.

plus pesantes, et en partie aussi les plus aériennes et les plus molles commencent, en se séparant , à composer 1 e poumon: car quelques unes des plus aériennes y demeurent, et se forment de petits conduits , qui sont par après les branches de l’artère, dont l’extrémité est la gorge ou le sifflet, par où entre l’air de la respiration, et les plus grossières se vont rendre dans la cavité gauche du cœur ; et c’est le chemin par où elles sortent de la cavité droite, qu’on nomme par après la veine artérieuse ; comme aussi c’est celui par où etles vont de là dans la gauche, qu’on nomme ['artère veineuse.

J’ajouterai ici encore un mot touchant les particules que j’ai nommées aériennes ; car je ne comprends pas sous ce nom toutes celles qui sont séparées les unes des autres, mais seulement celles de ce nombre qui , sans être fort agitées ni fort solides , ne laissent pas d’avoir leur mouvement chacune à part; ce qui fait que le corps où elles sont demeure rare , et ne peut facilement être condensé : et poureeque celles qui composent l’air sont pour la plupart de telle nature, je les ai nommées aériennes.

Mais il y en a d’autres plus vivès et plus subtiles, qui sont comme celles des eaux-de-vie et des eauxfortes, ou des sels volatils, et aussi de plusieurs autres façons , lesquelles font que le sang . se dilate, et n’empêchent point qu’il ne se condense

If? Difli

DE LA FORMATION DU FOETUS. [\ ’jb

promptement après ; plusieurs desquelles se trouvent sans doute dans le sang des poissons aussi bien qu’en celui des animaux terrestres, et même peut-être en plus grande quantité, ce qui fait qu’une moindre chaleur le peut raréfier.

Et ces petites parties plus vives et plus subtiles , c’est-à-dire celles qui sont fort subtiles , et ensemble fort solides et fort agitées , lesquelles je nommerai toujours ci-après les esprits , ne s’arrêtent pas au commencement de la formation dans le poumon , ainsi que font la plupart des aériennes ; mais pourcequ’elles ont plus de force, elles vont plus loin, et passent de la cavité droite du cœur, par un conduit de la veine artérieuse , jusques à la grande artère.

Au reste , comme ce sont les particules aériennes de la semence qui sont cause qu’il se forme une seconde cavité dans le cœur , ainsi ce qui empêche qu’il ne s’en forme une troisième , c’est qu’ensuite de la seconde il se forme un poumon , dans lequel s’arrêtent la plupart de ces particules aériennes.

Au même temps que le sang qui vient de la cavité droite commence à former le poumon , celui qui sort de la gauche commence aussi à former les autres parties ; et la première de toutes , après le cœur, est le cerveau : car il faut penser que pendant que les plus grossières parties du sang qui sort du cœur vont d’abord en ligne droite jus-

D'où vient •qu'il

ne se forme pas une troisième cavité dans le cœur.

Comment le cerveau commence à se former.

Comment se commencent les organes des sens.

Pourquoi ils sont doubles.

ques à l’endroit de la semence où se forment après les parties inférieures de la tète, les plus subtiles, qui composent les esprits, s’avancent un peu davantage , et se mettent en la place où doit être après le cerveau ; puis de là , comme le sang se réfléchit et prend son cours vers en bas par la grande artère, ainsi les esprits prennent le leur un peu au-dessus et du même côté , vers le lieu où est après la moelle de l’épine du dos, à cause que le mouvement du sang, dans la partie de la grande artère qui descend du cœur, de laquelle ils sont proches pour lors , agitant la semence voisine , facilite leur cours vers ce côté-là.

Toutefois il ne le facilite pas tant qu’ils n’y trouvent encore quelque résistance , laquelle est cause qu’ils font aussi effort pour se mouvoir vers d’autres côtés ; et par ce moyen , pendant que ces esprits s’avancent vers l’épine du dos , le long de laquelle ils coulent peu à peu, et de là se répandent en tous les autres endroits de la semence, celles de leurs particules qui excèdent en quelque qualité par dessus les autres , se séparent de leur corps et se détournent à droite et à gauche vers la base du cerveau et vers le devant , où elles commencent à former les organes des sens.

Je dis quelles se détournent vers la base du cerveau , à cause quelles sont réfléchies de sa partie supérieure; et je dis qu’elles se détournent à droite

et à gauche, à cause que l’espace du milieu est occupé par celles qui cependant viennent du cœur, et de là prennent leur cours vers l’épine du dos ; ce qui fait entendre pourquoi tous les organes des sens se font doubles.

Mais pour savoir aussi la cause de leur diversité et de tout ce qu’il y a de particulier en chacun d’eux , il est à remarquer qu’il n’y a point d’autre raison qui puisse faire que quelques particules des esprits se séparent , et prennent leur cours à droite et à gauche vers le devant de la tête, pendant que tout le reste* va vers l’épine du dos , sinon quelles excèdent en petitesse ou en grosseur, ou bien qu’elles ont des figures qui retardent ou qui facilitent leur mouvement ; et je ne vois qu’une notable différence entre celles qui excèdent en petitesse, laquelle consiste en ce que quelques unes, savoir celles que j’ai ci-dessus nommées aériennes , ont des figures fort irrégulières et empêchantes , et que les autres ont des figures plus unies et plus glissantes, en sorte quelles sont plus propres à composer des eaux que de l’air.

Et, en examinant les propriétés des aériennes, il est aisé à connoître que ce sont elles qui doivent prendre leur cours le moins bas de toutes et le . plus vers le devant de la tête , où elles commencent à former les organes de l 'odorat; comme aussi ce sont celles qui ont des figures plus unies et plus

D’ou vient leur

différence.

De l'odorat , de la vue, de l’ouïe , et du goût.

De l’attouchement.

glissantes qui, coulant au-dessous des aériennes, vont en tournant vers le devant de la tète, où elles commencent à former les yeux.

Je 11e remarque aussi qu’une notable différence entre les particules des esprits qui excèdent en grosseur , qui est que quelques unes ont des figures non pas véritablement si empêchantes que celles des aériennes ( car elles 11’auroient pu , à cause de leur grosseur, se mêler avec les esprits) , mais néanmoins irrégulières et inégales , ce qui fait quelles ne peuvent se mouvoir en suite les unes des autres , mais qu’étant environnées* de la matière subtile, elles suivent son agitation ; et ainsi ayant plus de force que toutes les autres , à cause qu’elles sont plus massives, elles sortent du milieu du cerveau par le chemin le plus court, et se vont rendre vers les oreilles , où , emmenant avec soi quelques particules aériennes, elles commencent à formelles organes de \'ouïe ; et les autres , au contraire , ont des figures unies et glissantes , qui sont cause qu’elles s’accordent facilement à se mouvoir en suite les unes des autres , ainsi que les particules des eaux , et par conséquent d’un mouvement plus tardif que le reste des esprits; ce qui fait quelles descendent par la base du cerveau vers la langue , la gorge et le palais, où elles préparent le chemin • aux nerfs qui doivent être les organes du goât.

Outre ces quatre notables différences, qui font

DE LA FOBMATIOM DU FOETUS. /f79

que certaines particules des esprits s’écartent de leur Corps , et par ce moyen commencent à former les organes de l’odorat , de la vue , de l’ouïe et du goût , je remarque que les autres se séparent aussi peu à peu , à mesure qu’elles trouvent des pores en la semence par où elles peuvent passer, et sans qu’il soit besoin pour cela qu’il y ait entre elles aucune diversité, sinon seulement que celles qui se rencontrent les plus proches de ces pores entrent dedans, pendant que les autres suivent ensemble leur cours le long de l’épine du dos, jusques à ce qu’elles rencontrent aussi d’autres pores par où elles coulent en toutes les' parties intérieures de la semence , et y tracent les passages des nerfs qui servent au sens de l 'attouchement.

Au reste, afin que la connoissance qu’on a de la figure des animaux déjà formés n’empêche pas qu’on ne conçoive celle qu’ils ont au commencement qu’ils se forment, il faut considérer la semence comme une masse de laquelle s’est premièrement formé le cœur , et autour de lui d’un côté la veine cave , et de l’autre la grande artère , qui étoient jointes par les deux bouts; en sorte que celui de leurs bouts vers lequel les ouvertures du coeiîr étoient tournées , marquoit le côté où devoit être la tête, et l’autre marquoit celui des parties inférieures. Après cela les esprits ont monté un peu plus haut que le sang vers la tête ,

Pourquoi la plupart des parties du corps

sont doubles.

Pourquoi les nerfs sortent autrement des deux premières jointures de l'épine du dos que

des autres.

Pourquoi fl vient des nerfs immédiatement

de la tète.

/|8o DE LA FORMATION DU FOETUS.

où, s’étant assemblés en quelque quantité , ils ont pris leur cours peu à peu le long de l’artère , et le plus proche de la superficie de la semence que leur force les a pu porter; et, pendant qu’ils ont suivi ce cours, leurs petites parties se sont présentées pour passer par tous les autres chemins qui leur seroient plus faciles que celui où elles étoient ; mais elles n’ont point trouvé de tels chemii^ au-dessus de l’épine du dos, à cause que tout le corps des esprits s’éloignoit vers là autant que sa force le pouvoit permettre : elles n’en ont point aussi trouvé directement au-dessous , à cause que la grande artère y étoit; aipsî elles n’ont pris leur cours qu’à droite et à gauche vers toutes les parties intérieures de la semence.

Excepté seulement qu’à la sortie de la tète elles ont pu s’éloigner quelque peu en dehors et en dedans , à cause que la moelle de l’épine du dos étant moins grosse que le cerveau , elles ont trouvé quelque espace en cet endroit-là ; et c’est la raison pourquoi les nerfs qui sortent des deux premières jointures de l’épine du dos ont leur origine différente des autres.

Or je dis que les esprits, qui préparent le chemin de ces nerfs en la semence, y ont pris leur cours vers les parties intérieures seulement, à cause que les extérieures étant pressées par la superficie de la matrice , n’ont pas eu des passages si libres

OÇ LA FORMATION DU FOETUS. 4h 1

pour les recevoir, mais ils en ont trouvé d’assez libres vers le devant de la tête , c’est pourquoi , avant que d’en être sortis , quelques uns se sont séparés des autres , sans être pour cela de diverse nature , et ont tracé le chemin des nerfs qui se rendent aux muscles des yeux, des tempes et des autres endroits voisins , puis aussi les chemins des nerfs qui vont aux gencives, à l’estomac, aux intestins, au cœur, et aux peaux des autres plus intérieures parties qui se forment après. «

Tout de même les esprits qui ont coulé hors de la tête ont trouvé des pores de part et d’autre le long de l’épine dü dos , au moyen de quoi ils ont distingué ses jointures et se sont répandus de là tout autour en la masse de la semence, non plus ronde, mais oblongue, à cause que la force dont le sang et les esprits ont passé du cœur vers la tête, a dû l’étendre davantage vers là que vers les autres côtés; et il reste seulement ici à remarquer que le dernier endroit de la semence auquel plussent parvenir les esprits , en suivant leur cours en cette façon * est celui où doit être le nombril, dont je parleraren son lieu.

Mais l’ordre veut qu’après avoir décrit le Cours des esprits , j’explique aussi comment les artères et les veines étendent ensemble leurs branches en toutes les parties de la semence.

A mesure qu’il se fait plus de sang dans le cœur,

Comment il en vient plusieurs de l’épine du dos.

Comment les

482 DE LA FOBMATION Dü FOETUS.

artère» et le» [[ g’y dilate avec plus de force, au moyen de quoi

étendentSea- il s’avance plus loin; et il ne se peut ainsi avancer

îeui^brà'nciie» que vers les endroits où il y a quelques parties

par tout le jg ia semence qui sont disposées à lui céder leur

place , et par conséquent à couler vers le cœur par

la veine jointe à l’artère par où ce sang vient, à

cause qu’elles ne peuvent avoir d’autre chemin

que celui-là : ce qui forme deux nouvelles petites

branches , l’une en cette veine , l’autre en cette ar-

tère, dont les extrémités sont conjointes, et qui vont ensemble occuper la place de ces petites parties de la semence , ou bien cela fait que les branches qui sont déjà formées s’alongent jusque là sans que leurs extrémités se séparent. Et d’autant que toutes les petites parties de la semence sont propres à couler ainsi vers le cœur , ou bien que ,* s’il y en a quelques unes qui n’y soient pas propres , elles sont aisément repoussées vers sa superficie , il n’y en a aucunes au-dessous de cette su- • ’ perfide en l’espace où se répandent les esprits , qui

n’aillent à leur tour se rendre vers le cœur ; et c’esj; la raison pourquoi les veines et les artères y étendent leurs branches de tous côtés aussi loin les unes que les autres. .

\g. Et on ne doit point douter de cette vérité , en-

Ponrquoii on qu’dh ne voie pas communément tant d’ar-

arrière» que jgres que de veines dans le corps des animaux; car la raison veut que les veines paroissent beaucoup

plus que les artères, à cause que le sang a coutume de s’arrêter dans les petites veines aussi bien que dans les plus grandes , même après que l’animal est mort, à cause que la peau de toutes les veines se resserre à peu près également , au lieu que le sang des artères ne s’arrête jamais en leurs petites branches; car y étant poussé par la diastole, il passe promptement dans les veines , ou bien il retombe dans les plus grandes artères au moment de la systole, à cause que leurs tuyaux demeurent ouverts ; et ainsi leurs plus petites branches ne peuvent être vues, non plus que les veines blanches , dites lactées , qu 'Asellius a découvertes depuis peu dans le mésentère, où jamais on ne les aperçoit, si ce n’est qu’on ouvre des animaux encore vivants , quelques heures après qu’ils ont mangé.

Nous pouvons encore ici considérer plus parti- 5 culièrement la distribution des principales veines Comment se et artères, parcequ’elle dépend de ce, qui a déjà les artère*

- été dit du mouvement du sang et des esprits. Ainsi coronaires!* la première agitation du cœur, qui n’étoit encore que commencé à former, a été cause que les petites parties de la semence qui étoient les plus proches de lui sont coulées vers les ouvertures de ses concavités; au moyen de quoi elles ont formé les artères et les veines qu’on nomme coronaires , parcequ’elles l’environnent tout autour ainsi qu’une couronne; et on n’a pas sujet de trouver étrange .

qu’on ne remarque souvent qu’une veine coronaire, bien qu’il y ait deux artères , car cette seule veine peut avoir assez de branches pour se joindre avec toutes les extrémités des branches de ces

Comment se sont formées les veines et les artères qui vont aux bras.

deux artères ; et ce n’est pas merveille que les petites parties de la semence qui venoient de tous les environs du cœur aient pris leur cours vers un seul endroit pour entrer en sa cavité droite , au même temps que le sang qui sortoit de sa cavité gauche a pris son cours par deux divers endroits pour aller occuper leur place.

Lorsque le sang dilaté dans le cœur en est sorti tout-à-coup et a pris son cours en ligne droite , il a poussé d’abord une assez grande portion de la semence un peu plus loin qu’elle n’étoit, vers le haut de la matrice , au moyen de quoi les autres ' parties de la semence qui étoient au-dessus de cette portion, ont été contraintes de descendre vers les côtés , ce qui a fait que celles qui étoient vers les côtés ont coulé de là vers le cœur; et ainsi

ces grandes veines et artères qui nourrissent les bras des hommes , ou les pieds de devant des bêtes brutes, ou enfin les ailes des oiseaux, ont commencé à se former.

5». De plus, la portion de la semence de laquelle la

Comment a » i • r .

s’est formé le ,tete se devoit former, ainsi poussée par le sang qui triangulaire. veno*t du cœur , s’est rendue un peu plus solide en . s^i superficie qu’en son milieu, à cause qu’elle a

été pressée d’un côté par le sang qui la poussoit , et de tous les autres par le reste de la semence qu’elle poussoit; ce qui est cause que ce sang n’a pu pénétrer d’abord vers son milieu , et les esprits seuls y étant entrés, ils y ont formé la place du cerveau en la façon déjà expliquée.

Touchant quoi il faut remarquer que ces esprits ayant pris leur cours du milieu de la tète vers trois côtés différents , à savoir vers le derrière, où ils ont tracé l’épine du dos, et aussi par en bas vers le côté droit et le gauche de devant , la matière dont ils ont pris la place a dû se retirer vers le haut du crâne, dans les trois intervalles qui séparoient ces trois côtés , et de là , prenant son cours par les deux côtés de l’épine du dos vers le cœur , elle a fait place aux trois principales branches du grand vaisseau triangulaire qui est entre les replis de la peau qui enveloppe le cerveau, et qui a cela de particulier, qu’il fait ensemble l’office d’artère et de veine; car la matière qui étoit en la place où il est, étant poussée par les esprits, en est sortie si abondamment et si promptement, que les branches des artères qui étoient jointes aux branches des veines par où elle a coulé vers le cœur se sont confondues avec elles en formant ce vaisseau , lequel étend par après ses ruisseaux de tous côtés au dedans du crâne , en sorte que c’est presque lui seul qui nourrit tout le cerveau. *

Comment s’est formé le rets admirable.

Comment se sont formés l’entonnoir et les tissas choroïdes.

Toutefois le sang du principal tuyau de lagrande artère, qui venoit en ligne droite du cœur, ne pouvant pénétrer d’abord la base de la tête, à cause que les petites parties de la semence y étoient trop pressées , et se trouvant justement au-dessous de l’endroit où se forme après une glande, que les médecins ont imaginé ne servir qu’à recevoir la pituite du cerveau, il a fait effort tout autour contre ces petites parties de la semence qui lui résistoient, et en a chassé peu à peu quelques unes, qui sont coulées de côté vers des veines assez éloignées de là, au moyen de quoi se sont formées ces petites branches d’artères, plus remarquables dans les bêtes que dans l’homme, qu’on a nommées le rets admirable , et qui semblent n’être point jointes aux veines.

Puis il a aussi monté plus haut vers le sommet de la tête, par les environs de la place par où entroient les esprits dans le cerveau, autour de laquelle il a fait une infinité de petits ruisseaux qui étoient autant de petites artères dont a commencé à se former la petite peau qu’on nomme Yentonnoir, et ensuite celle qui couvre le conduit de la cavité qui est au derrière du cerveau, et aussi les petits tissus nommés choroïdes, qui sont dans les deux cavités du devant; et, après setre rassemblés autour de l’endroit où se forme par après la petite glande nommée conarium , ils sont entrés tous en-

semble dans le milieu du vaisseau triangulaire qui nourrit le cerveau. • ’ ,

Je n’ai pas besoin d’expliquer plus au long la 55.

r , , . , . Pourquoi les

formation des autres vemes et arteres, pareeque je veines et

n’y vois rien de particulier à remarquer, et elles

sont toutes produites par cette raison générale que, i>a» «oma-frit

lorsque quelque petite partie de la semence va vers facou.

le cœur, le ruisseau qu’elle fait en y allant est une

veine , et celui que fait le sang qui vient du cœur

pour entrer en sa place est une artère ; en sorte

que lorsque ces ruisseaux sont un peu éloignés l’un

de l’autre, la veine et l’artère semblent séparées, à

cause que les extrémités de l’artère#ne se voient

point.

Et plusieurs diverses causes peuvent faire en ce commencement que ces ruisseaux se détournent, ou qu’un se divise en deux , ou que deux s’assemblent en un , ce qui fait la différence qu’on voit entre la distribution des veines et celle des artères ; mais cela n’empêche pas qu’elles ne retiennent toujours la même communication par les extrémités de leurs branches , à cause que le cours du sang qui passe continuellement par ces branches l’entretient.

Et d’autant que les branches par où se fait cette 56.

. . . , . Pourquoi

communication se trouvent en tous les endroits un membre du corps, et non point seulement en ses extrémi- nV™“*'(rh(. tés , encore que l’on çoupe le pied ou la main , on , {>°‘1nt

4 f 1 1 ' la circulation .

Pourquoi les artères carotides

sont doubles.

Pourquoi la veine spermatique gauche vient de l'émalgente.

ne l’empêche pas pour cela dans la jambe ni dans le bras.

J’ajouterai seulement ici trois exemples de la division, de leloignement et de* la conjonction de ces ruisseaux. Il n’y a eu sans doute au commencement qu’un seul tuyau qui a porté les esprits en ligne droite du cœur au cerveau ; mais l’artère trachée , par où passe l’air de la respiration , se formant après ( ainsi que je dirai encore en son lieu), et l’air qu’elle contenoit ayant plus de force pour monter suivant cette ligne droite que le sang qui venoit du cœur, il a été causé que ce tuyau s’est divisé en deu* branches, qui sont les artères qu’on nomme carotides.

Les deux veines qu’on homme spermatiques ont été insérées en la veine cave , aussi bas l’une que l’autre, au temps de leur première formation ; mais l’agitation de la grande artère , lorsque le foie et la veine cave se sont détournés vers le côté droit , a été cause que le lieu où étoit- insérée la veine spermatique gauche s’est haussé peu à peu jusques à Yémulgente , pendant que celui de la droite est demeuré sans changement; comme au contraire la même cause a fait que la veine nommée adipeuse , du rognon gauche s’est haussée , de' l’émulgente où elle étoit, jusques au tronc de la veine cave, pendant que l’augmentation du foie a fait que la droite s’est abaissée. Je ne feindrai point

de dire que c’est celle que j’ai le plus long-temps cherchée , et à la vérité de laquelle j’ai eu le moins d’espérance de pouvoir parvenir, bien qu’elle n’arréte point les autres.

Les artères et les veines qui descendent dans 59-

i Pourquoi

les mamelles ont une origine bien differente de i«

,, , , . , . . . , . mammaires et

celles quon nomme épigastriques , qui viennent les de bas en haut vers le ventre, et toutefois plu- *epiga5tntiues sieurs de leurs branches se joignent les veines aux lcs vcine*

' , aux veines, et

veines et les arteres aux arteres, vers le nombril ; ce * les artère* qui arrive à cause que cet endroit-là est le dernier *“ ar,eres' duquel les parties de la semence coulent vers le cœur, parcequ’elles ont plus de chemin à faire pour y arriver, et qu’en ayant justement autant en montant par les veines des mamelles qu’en descendant par les épigastri(ÿies , le sang qui vient de part et d’autre par les artères qui les accompagnent,' chasse les parties de la semence qui sont entre deux, jusques à ce qu’il les ait toutes poussées peu à peu par de fort petits conduits dans les veines, au moyen de quoi les principales branches des artères se trouvent jointes aux artères opposées , et celles des veines aux veines.

4gO DE LA FORMATION DU FOETUS.

Qne le nom> bril est la dernière partie qui sc, forme de la semence.

Quelle

est la maüèrje des parties solides.

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