DK LA FORMATION DES PARTIES SOLIDES
Ces veines et ces artères des mamelles , et les épigastriques , semblent être les dernières qui se forment des parties intérieures de la semence, avant que les extérieures, et ensuite le sang de la matrice vienne par le nombril vers le cœur : car l’agitation des esprits est cause que les parties de la semence qui sont aux lieux par où ils passent vont plus tôt que les autres vers le cœur ; et pourcequ’ils passent du cerveau par lepine du dos v^rs plusieurs côtés en même temps, ils viennent enfin à se rencontrer en un même endroit, qui est celui où se fait le nombril. Mais, avant que je m’arrête à le décrire , j’expliquerai ici comment le cœur , le cerveau , les chairs des muscles, et la plupart des peaux ou membranes, achèveift de se former, à cause que cela ne dépend point de la nourriture que l’animal qui se forme reçoit de la matrice.
Lorsque les artères éf les veines commencent à se former, elles n’ont encore aucunes peaux, et ne sont autre chose que de petits ruisseaux de sang qui s’étendent par-ci par-là dans la semence. Mais pour
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entendre comment se forment leurs peaux , et ensuite les autres parties solides, il faut remarquer que j’ai déjà mis distinction ci-dessus entre les particules du sang que la raréfaction dans le cœur sépare les unes des autres , et celles que cette même action joint ensemble en les pressant et froissant en telle sorte qu’il se fait ou se trouve autour d’elles plusieurs petites branches qui s’attachent facilement l’une à l’autre.
Or les premières sont si fluides , qu’elles ne semblent pas pouvoir entrer en la composition des parties du corps qui se durcissent; mais, hormis les esprits qui vont au cerveau , et qui se forment et composent des plus subtiles , toutes les autres ne doivent être considérées que comme les vapeurs ou les sérosités du sang, duquel elles sortent continuellement par tous les pores qu’elles trouvent le long des artères et des veines par où il passe. Ainsi il ne reste que les autres particules du sang (à l’occasion desquelles il paroît rbuge ) qui servent proprement à composer et à nourrir les parties solides^ néanmoins elles n’y servent pas pendant qu’elles sont jointes plusieurs ensemble , mais seulement alors qu’elles se déjoignenft;^ur , en passant et repassant plusieurs fois par le cœur , leurs branches se rompent peu à peu, et enfin elles sont séparées par la même action qui les avoit jointes.
Puis, à cause qu’elles se trouvent moins propres
Comment
cette matière commence à composer les peaux des artères.
Comment se commencent les filets dont les membres solides sont
composés.
Que les filets ont leurs racines le long des artères.
à se mouvoir que les autres particules du sang , et qu’il leur reste encore ordinairement quelquesbranches, elles vont s’arrêter contre la superficie des conduits par où il passe , et ainsi elles commencent à composer leurs peaux.
Puis , celles qui viennent après que ces peaux ont commencé à se former, se joignent aux premières , non pas indifféremment en tous sens, mais seulement du côté où elles peuvent être sans empêcher le cours des sérosités , des vapeurs , et aussi des autres matières plus subtiles , savoir des deux premiers éléments que j’ai décrits en mes Principes, qui coulent incessamment par les pores de ces peaux; et, se joignant peu à peu les unes aux autres, elles forment les petits filets dont j’ai dit ci-dessus que toutes les parties solides sont composées.
Et il est à remarquer que tous ces filets ont leurs racines le long des artères et non point le long des veines ; en sorte que même je doute si les peaux des veines se forment immédiatement du sang quelles contiennent , ou plutôt des petits filets qui viennent des artères voisines : car ce qui contribue le plus à la formation de ces petits filets, c’est, premièrement, l’actioi^dent le sang vient du cœur vers les artères , laquelle enfle leurs peaux et dilate ou resserre leurs pores par intervalles , ce qui n’arrive point dans les veines. Puis aussi , c’est le cours des matières fluides qui sortent des artères par les
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pores de leurs peaux pour entrer en tous les autres endroits du corps, où elles font avancer peu à peu ces petits filets , et , coulant de tous côtés autour d’eux , elles font aussi que leurs petites parties s’agencent, se joignenf et se polissent. Mais bien qu’il puisse sortir en même façon quelques parties fluides des veines, je crois néanmoins que souvent, tout au contraire , il y en entre de celles qui , étant sorties des artères , ne prennent pas leur cours vers la superficie du corps , mais vers les veines , où'elles se mêlent derechef avec le sang.
Et une seule raison me fait croire que le sang 65. des veines contribue quelque chose à la production de leurs peaux, qui est que ces peaux sont Pfntfaire
1 * 1 1 croire que les
plus brunes ou moins blanches que celles des ar>- peaux
. . ,ii- «le» veines sc
teres ; car ce qui cause la blancheur de celles-ci , forment
c’est que la force dont les matières fluides coulent du, „ autour de leurs petits filets , rompt toutes les pe- contiennent, tites branches des particules dont ils sont composés, lesquelles j’ai dit ci-dessus être la cause pourquoi le sang paroît rouge ; et pourceque cette force n’est pas si grande dans les veines, où le sang ne vient point avec tant d’impétuosité qu’il les fasse enfler par secousses, ainsi que les artères, les petites parties de ce sang qui s’attachent à leurs peaux retiennent encore quelques unes des petites branchas qui les rendoient rouges; mais elles rendent ces peaux noirâtres , et non pas rouges, à cause
Que de la connoissance des parties de la
semence on pourroit déduire la figure et la conformation de tous les membres.
Comment le cœur
s’augmente et se
perfectionne.
494 DE la formation du foutus.
que l’action du feu qui les agitpit a cessé , comme on voit que la suie est toujours noire, et que les charbons, qui sont rouges étant enflammés, deviennent noirs lorsqu’ils sont éteints.
Or, d’autant que les petits filets dont jes parties solides sont composées se détournent, se plient et s’entrelacent en diverses façons , suivant les divers cours des matières fluides et subtiles qui les environnent, et suivant la figure des lieux où ils se rencontrent, si on connoissoit bien quelles sont toutes les parties de la semence de quelque espèce d’animal en particulier, par .exemple de Y homme , on pourroit déduire de cela seul , par des raisons entièrement mathématiques et certaines , toute la figure et conformation de chacun de ses membres , comme aussi , réciproquement , en connoissant plusieurs particularités de cette conformation , on en peut déduire quelle est la semence. Mais , à cause que je ne considère ici que la production de l’animal en général, et autant qu’il est besoin pour faire entendre comment toutes ses parties se forment, croissent et se nourrissent, je continuerai seulement à expliquer la formation de ses principaux membres.
J’ai dit ci-dessus que le cœur commençoit à se former de ce que quelques unes des petites parties de la semence étoient pressées par quelques autres que la chaleur dilatoit ; mais pour connoître
comment il s’augmente et se perfectionne , il faut considérer que le sang qu’a produit cette première dilatation , retournant derechef se dilater en la même place, et ayant en soi quelques particules qui sont composées de plusieurs de celles de la semence jointes ensemble, et plus grosses par conséquent, mais en ayant aussi plusieurs qui sont plus subtiles, ainsi que j’ai dit, quelques unes de ces plus subtiles pénètrent dans les pores de la semence pressée qui a commencé à former le cœur , et quelques autres des plus grosses s’arrêtent contre elle , et , la chassant peu à peu hors de sa place , commencent à y former de petits filets semblables à ceux que j’ai dit se former le long de toutes les artères, excepté seulement qu’ils y sont plus durs et plus forts qu’ailleurs , à cause que la plys grande force de la dilatation du sang est dans lè cœur. Toutefois elle n’y est pas sensiblement plus grande que dans les premières branches de l’artère, lesquelles on nomme coronaires, à cause qu’elles environnent le cœur tout autour : c’est pourquoi les petits filets qui se forment le long de ces coronaires se mêlent aisément avec ceux qui ont leurs racines dans les concavités du cœur ; et cotnme ceux-ci composent ses parties intérieures , ceux qui tirent leur nourriture des coronaires composent les extérieures, pendant que les branches des veines qui les accompagnent re-
(kwiraent se sont formées les fibres du cœur.
Quelle est la cause
des valvules qui sont aux entrées de la veine cave
et de l’artère veineuse.
portent au cœur les particules du sang qui ne se rencontrent pas propres à le hourrir.
Il y a encore ici diverses choses à considérer , dont la première est la façon dont se composent certaines fibres fort grosses, en forme de cordes, et qui sont de même substance que le reste de sa chair. A cet effet il fout penser que ces concavités ont eu au commencement des figures fort irrégulières , à cause que les parties du sang qu’elles contenoient étant inégales, elles ont pris divers chemins en se dilatant ; au moyen de quoi elles ont fait divers trous dans les parties de la semence quelles pressoient, tous lesquels trous s’augmentant peu à peu , n’ont fait enfin qu’une seule concavité; et les parties de la semence qui les séparoient, ayant été peu à peu chassées de leurs places par les petits filets qui composent la chair du cœur, ils ont aussi composé ces fibres en forme de colonnes.
La même raison a été cause de la production des valvules ou petites peaux qui ferment les entrées de la veine cave et de l*artère veineuse; car le sang étant descendu dans le cœur par ces deux entrées , et tendant à en ressortir , k cause qu’il se dilate, ‘l’autre sang qui le suit par ces" mêmes entrées, empêche qu’il ne ressorte par elles; c’est pourquoi ses parties s’écartent tout autour de la semence qui compose le cœur et y font divers petits
. trous; puis les petits filets de la chair du cœur chassent les parties de la semence qui sont autour de ces trous, .et, se mettant en leur place, s’y agencent en telle façon qu’ils composent ces valvules et les fibres où elles sont attachées : car , en considérant l’action du sang qui descend dans le cœur par le milieu de ces entrées , et de celui qui tend à en ressortir par leurs environs, on voit que , suivant les règles des .mécaniques , les fibres du cœur qui se sont trouvées entre ces deux actions ont dû s’étendre en forme de peaux, et ainsi prendre la figure qu’ont ces valvûles.
Mais celles qui sont aux entrées de la veine artérieuse et de la grande artère ne se produisent pas en même façon ; car elles sont hors du cœur, et ne se composent que des peaux de ces artères , lesquelles peaux sont repliées et avancées en dedans, d’un côté par l’action du sang qui sort du cœur, et de l’autre par la résistance du sang qui est déjà contenu eu ces artères , et qui se retire vers leur circonférence afin de lui faire passage.
Et cette raison est générale pour la production des valvules qui se trouvent au reste du corps ; en sorte qu’il s’en forme nécessairement en tous les conduits j par où il coule quelque matière qui en l’encontre d’autre en quelques endroits qui lui résiste, mais qui ne peut pour cela rompre son cours; car cette résistance fait que la peau du
De celles qui ' sont aux sorties de la grande artère et de la veine artc rieuse.
Quelle est la cause
generale de la production des valvules.
Kn quoi consiste la chaleur du cœur, et comment se fait son mouvement.
498 l) E L A FORMATION DU FOETUS.
conduit se replie , et par ce moyen forme une valvule. Cela se voit dans les intestins , à l’endroit où les excréments déjà assemblés ont coutume de résister au cours de ceux qui descendent; cela se voit aussi dan* les conduits du fiel,- et encore plus évidemment dans les veines, aux endroits où la pesanteur du sang qui le porte vers les extrémités des jambes , des bras, ou des autres parties, résiste souvent à son coursordinaire, qui le porte de ces extrémités vers le cœur. Ensuite de quoi on ne pourra ci-après trouver étrange si je dis que les esprits forment aussi des valvules dans les nerfs , aux entrées et sorties des muscles, encore que leur petitesse les empêche d’être aperçues de nos sens.
Une autre chose qui me semble devoir être ici considérée , c’est en quoi consiste la chaleur du cœur, et comment se fait son mouvement; car d’autant qu’il ne cesse point de battre pendant qu’il a vie, il semble que toutes ses fibres se devroientrendre s» pliables à ce mouvement, qu’il leur pourroit facilement être redonné par une force extérieure, lorsqu’il est mort et refroidi; toutefois nous voyons, au contraire, qu’alors il demeure roide, en la figure qu’il a eue auparavant en sa systole , c’est-à-dire entre deux de ses. battements , , sans qu’il soit aisé de lui redonner celle qu’il a eue en sa diastole, c’est-à-dire aux moments qu’il battoit la poitrine. Dont la raison est que ce mou-
vcment de la diastole a, dès le commencement, été causé par la chaleur ou par l’action du feu , laquelle , suivant ce que j’ai expliqué en mes Principes, n’a pu consister en autre chose qu’en ce que la matière du premier élément , chassant celle du second des environs de quelques parties de la semence , leur a communiqué son agitation ; au moyen de quoi ces parties de la semence, en se dilatant, ont pressé les autres qui ont commencé à former le cœur ; et en même temps aussi quelques unes sont entrées avec force dans les pores qui étoient entre ces autres qui formoient le cœur, au moyen de quoi elles ont changé quelque peu leur situation , et commencé le mouvement de la diastole y qui a été suivi de la systole, lorsque cette situation s’est restituée , et que ces parties de la semence , qui avoient l’agitation du feu, sont ressorties des pores qui étoient entre ces autres , c’est-à-dire sont ressorties des pores de la chair du cœur , et sont retournées dans ses concavités ; où rencontrant d’autres particules de la semence, et ensuite du sang qui y descendoit, elles se sont mêlées parmi ce sang , et ont chassé le second élément d’autour de plusieurs de ses particules; au moyen de quoi leur communiquant leur agitation, tout ce sang s’est dilaté, et en se dilatant il a envoyé derechef quelques unes de ses particules, environnées de la seule matière du premier élé-
Sa.
ment, dans les pores de la chair du cœur, c’est-àdire entre ses fibres , ce qui a fait derechef le mouvement de la diastole. Et je ne connois point d’autre feu ni d’autre chaleur dans le cœur que cette seule agitation des particules du sang , ni d’autre cause qui puisse servir à entretenir ce feu , sinon seulement que lorsque la plupart du sang sort du cœur au temps de la diastole, celles de ses particules qui y demeurent entrent au dedans de sa chair , où elles trouvent des pores tellement disposés, et des fibres si fort agitées, qu’il n’y a que la matière du premier élément qui les environne; et qu’au temps de la systole ces pores changent de figure, à cause que le cœur se ralonge , ce qui fait que les particules du sang , qui y sont demeurées comme pour servir fie levain , en sortent avec grande vitesse , et par ce moyen , pénétrant facilement dans le nouveau sang qui entre dans le cœur, elles font que ses particules s’écartent les unes des autres, et qu’en s’écartant elles acquièrent la forme du feu. - • .
Or , pendant que les fibres du cœur sont agitées par la chaleur de ce feu, elles sont tellement disposées à ouvrir et fermer alternativement leurs pores , pour faire les mouvements de la diastole et de la systole, que même après que le cœur est tiré hors du corps de l’animal , et coupé en pièces, pourvu qu’il soit encore chaud , il ne faut que fort
DE LA FORMATION DU FŒTUS. 5oi
peu de vapeurs du sang qui se présentent à entrer dans ses pores pour l’obliger au mouvement de la diastole; mais lorsqu’il est tout-àfait refroidi , la figure de ses pores , qui dépendoit de l’agitation du premier élément, est changée, en sorte que les vapeurs du sang n’y entrent plus , et pourceque ses fibres sont roides et dures, elles ne sont plus si faciles à plier.
Nous pouvons encore ici considérer les causes ?3 de la figure du cœur ; car elles sont toutes aisées D’°“ vicnt ,a
D ' ligure et
à déduire de la façon dont il est formé. Et la pre- la constance
.. .... . qu’a lecteur.
miere particularité que j y remarque consiste en la différence qui est entre ses deux cavités, laquelle fait voir manifestement qu’elles ont été formées l’une après l’autre, et que c’est cela qui est cause que la gauche est beaucoup plus longue et plus pointue que la droite. La seconde consiste en ce que la chair qui environne cette cavité gauche est beaucoup plus épaisse vers les côtés du cœur que vers sa pointe ; dont la raison est que l’action du sang qui se dilate en cette concavité, s’étendant en rond , frappe les côtés avec plus de force que la pointe, à cause qu’ils sont plus proches de son centre , et qu’ils sont opposés les uns aux autres ; au lieu que la pointe n’est opposée qu’à l’ouverture de la grande artère, laquelle recevant facilement le sang empêche qu’il ne fasse tant d’effort contre cette pointe ; et la même raison fait aussi
502 de la formation du foetus.
que le cœur s’accourcit et devient plus rond en sa diastole qu’en sa systole.