‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 56 sur 293 · ARTICLE XLVII · texte numérisé non relu

ARTICLE XLVII

En quoi on connoît la force on la faiblesse des aines ^ et quel est le mal des plus faibles.

Or c’est par le succès de ces combats que chacun peut connoîtrala fcrce ou la foiblesse de son âme ; car ceux en qui naturellement la volonté peut le

LKS FASSIONS DE LAME

plus aisément vaincre les passions et arrêter les mouvements du corps qui les accompagnent, ont sans doute les âmes les plus fortes : mais il y en a qui ne peuvent éprouver leur force, pourcequ’ils ne font jamais combattre leur volonté avec ses propres armes, mais seulement avec celles que lui fournissent quelques passions pour résister à quelques autres. Ce que je nomme ses propres armes, sont des jugements fermes et déterminés touchant la connoissance du bien et du mal , suivant lesquels elle a résolu de conduire les actions de sa vie ; et les âmes les plus foibles de toutes sont celles dont la volonté ne se détermine point ainsi à suivre certains jugements , mais se laisse continuellement emporter aux passions présentes , lesquelles étant souvent contraires les unes aux autres, la tirent tour à tourà leur parti, et, l’employant à combattre contre elle-même, mettent l’âme au plus déplorable état qu’elle, puisse être. Ainsi lorsque la peur représente la mort comme un mal extrême , et qui ne peut être évité (pie par la fuite, l’ambition d’autre côté représente l’infamie de cette fuite comme un mal pire que, la mort; ces deux passions agitent diversement la volonté, laquelle obéissant tantôt à l’une, tantôt à l’autre, s’oppose continuellement à soi-même, et ainsi rend l’âme esclave et malheureuse. ® •

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