ARTICLE XLIX
Que la force «le l’ânie ne suffit pas sans la connoissance de la vérité.
Il est vrai qu’il y a fort peu d’hommes si foibles et irrésolus qu’ils ne veulent rien que ce que leur passion leur dicte. La plupart ont des jugements déterminés , suivant lesquels ils règlent une partie de leurs actions ; et, bien que souvent ces jugements soient faux , et même fondés sur quelques passions, par lesquels la volonté s’est auparavant laissée vaincre ou séduire, toutefois, à cause qu’elle continue de les suivre lorsque la passion qui les a causés est absente , on les peut considérer comme ses propres armes , et penser que les âmes sont plus fortes ou plus foibles à raison de ce quelles • peuvent plus ou moins suivre ces jugements et résister aux passions présentes qui leur sont contraires. Mais il y a pourtant grande différence entre les résolutions qui procèdent de quelque fausse opinion , et celles qui ne sont appuyées que sur la conooissance de la vérité; d’autant que, si on suit ces dernières , on est assuré de n’en avoir jamais de regret ni de repentir, au lieu qu’on en a toujours d’avoir suivi les premières lorsqu’on en découvre l’erreur.
LES PASSIONS DE LAME