AM. MORIN
0 (Lettre 59 du tome I.) •
Monsieur ,
Les objections que vous avez pri§ la peine de m’envoyer sont telles, que je les aurois reçues en bonne part de qui que ce fût ; mais le rang que vous tepez entre les doctes, et la réputation que vos écrits vous ont acquise, me les rend beaucoup plus agréables de vous que d’un autre , ce que je crois ne pouvoir mieux. vous témoigner que par le soin que j’aurai ici d’y répondre exactement.
Vous commencez par mes suppositions, et vous dites que l’apparence des mouvements ^célestes se
1 « Cette lettre est fixement datée du i3 juillet i638. Voyez le billet » qui la suit.
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tire aussi certainement de la supposition de la stabilité de la terre éfue de celle de sa mobilité, ce que j’-accorde très volontiers; et j’ai désiré qu’on reçûtde même façon ce que j’ai écrit en la Diopfrique de la nature de la lumière, afin que la force des démonstrations mathématiques que j’ai tâché d’y mettre ne dépendît d’aucune opinion physique , comme j’ai assez déclaré en la page 3 , et si l’on peut imaginer la lumière de quelque autre façon par laquelle on explique toutes celles de ses propriétés que l’expérience faitconnoître , on verra que tout ce que j’ai démontré des réfractions , de la vision et du reste , en, pourra être tiré tout de même que de celle que j’ai proposée.
Vous dites aussi que prouver des effets par une cause , puis prouver cette cause par 4es mêmes effets, est un cercle logique; ce que j’avouè : mais je n’avoue j)as* pour cela que c’en soit un d’expliquer des effets par une cause, puis de la prouver par eux; car il y a grande différence entre prouver et expliquer. A. quoi j’ajoute qu’on peut user du mot démontrer pour signifier l’un et l’autre , au moins si on le prend selon l’usage commun , et non en la signification particulière que les philosophes lui donnent. J’ajoute aussi que ce n’est pas un cercle de prouver une cause par plusieurs effets qui sont connus d’ailleurs, puis réciproquement de prouver quelques autres effets par cette cause;
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et j’ai compris ces deux sens ensemble en la page 76 par ces mots r Comme les dernières raisons sont démontrées par les premières qui sont leurs causes , ces premières le sont réciproquement par les dernières qui sont leurs effets. Où je ne dois pas pour cela être accusé d’avoir parlé ambigument, à cause que je me suis expliqué incontinent après , en disant que l’expérience rendant la plupart de ces effets très certains , les causes dont je les déduis ne servent «pas tant à les prouver qu’à les expliquer, mais que ce sont elles qui sont prouvées par eux ; et je mets qu’elles ne servent pas tant à les prpuver, au lieu de mettre qu’elles n’y servent point du tout , afin qu’on sache que chacun de ces effets peut aussi être prouvé par cette Cause, en cas qu’il « soit mis en doute, et qu’elle ait déjà été prouvée par d’autres effets ;
en quoi je t ne vois pas que j’eusse pu tfser d’autres termes que je n’ai fait pour m’expliquer mieux.
Vous' dites aussi que les astronomes font souvent des suppositions qui sont cause qu’ils tombent dans de grandes fautes , comme lorsqu’ils supposent mal la parallaxe , l’obliquité de l’écliptique , etc. A quoi je répands que ces choses-là ne se comprennent jamais entre cette sorte de suppositions ou hypothèses dont j’ai parlé , et que je les ai clairement désignées, en disant qu’on en peut tirer des conséquences très vraies et très as-
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surées , encore qu’elles soient fausses ou incertaines : car la parallaxe ou l’obliquité de l’écliptique, etc. , ne peuvent être supposées comme fausses ou incertaines, mais seulement comme vraies; au beu que l’équateur, le zodiaque, les épicycles , et autres tels cercles, sont ordinairement supposés
comme faux , et la mobilité de la terre comme in-
certaine , et on ne laisse pas pour cela d’en déduire des choses très vraies.
Enfin , vous dites qu’il n’y a rien de si aisé que d’ajuster quelque cause à un effet : mais encore qu’il y ait véritablement plusieurs effets auxquels il est aisé d’ajuster diverses causes, une à chacun, il n’est pas toutefois si aisé d’en ajuster une même à plusieurs différents, si elle n’est la vraie dont ils procèdent; même il y en a souvent qui sont tels, que c’est assez prouver quelle est leur vraie cause , que d’en donner une dont ils puissent clairement être déduits , et je prétends que tous ceux dont j’ai parlé sont de ce nombre. Car si l’on considère qu’en tout ce qu’on a fait jusqu’à présent en la physique, on a seulement tâché d’imaginer quelques causes par lesquelles on pût expliquer les phénomèmeS*de la nature, sails toutefois qu’cm ait guère pu y réussir; puk, si on compare les •
suppositions des autres avec les miennes, c’ëst-à- *
dire toutes leurs qualités réelles , leurs formes substantielles, leurs éléments, et choses semblables dont
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le nombre est presque infini , avec cela seul que tous les corps sont composés de quelques parties, qui est une chose qu’on voit à l’œil en plusieurs , et qu’on peut prouver par une infinité de raisons dans les autres ( car pour ce que je mefs de plus , à savoir que les parties de tel ou tel corps sont de 'telle figure plutôt que d’une autre, il est aisé
composés de* parties); et enfin si on compare ce que j’ai déduit de mes suppositions touchant la vision, le sel , les vents, les nues, la’ neige, le tonnerre, l’arc-en-ciel et choses semblables, avec ce que les autres ont tiré dés leurs touchant les mêmes matières , j’espère que cela suffira pour persuader à ceux qui ne sont point trop préoccupés, que les effets que j’explique n’ont point d’autres causes que celles dont je les déduis, bien que je me réserve à le démontrer en un autre endroit.
Au reste, je suis marri de ce que vous n’avez choisi pour former des objections que le sujet de la lumière , car je me suis expressément abstenu d’en dire mon opinion ; et çoùrceque je ne veux point iéi contrevenir à la résolution que j’ai prise de ne mêler parmi mes réponses aucune explication des matières dont je n’ai pas eu dessein de traiter , je ne pourrai si parfaitement vous satisfaire que j’eusse désiré. Toutefois je vous prie de croire que je n’ai point tâché de me renfermer et
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barricader dans des termes obscurs, de crainte d’être surpris , comme il semble que vous avez cru , et que si j’ai quelque habitude aux démonstrations des mathématiques, comme vous me faites l’honneur de m’écrire , il est plus probable qu’elles doivent m’avoir appris à découvrir la vérité qu’à la déguiser. Mais ce qui m’a empêché de parler de la lumière aussi ouvertement que du reste , c’est que je me suis étudié à ne pas mettre dans ces essais ce que j’avois déjà mis en un autre traité , où j’ai tâché très particulièrement de l’expliquer , comme'' j’ai écrit en la page [\'i du discours de la Méthode. Il est vrai qu’on n’est pas obligé de rien croire de ce que j’ai écrit en cet endroit-là; mais, comme lorsqu’on voit des fruits en un pays où ils n’ont point été envoyés d’ailleurs, on juge plutôt qu’il y a des plantes qui les y produisent que non pas qu’ils y croissent d’eux-mêmes , je crois que les vérités particulières que j’ai traitées en mes essais (au moins si ce sont des vérités) donnent plus d’occasion de juger que je dois avoir quelque connoissance des causes générales dont elles dépendent, que non pas que j’aie pu sans cela les découvrir ; et pourcequ’il n’y a que les causes générales qui soient le sujet de cet autre traité, je ne pense pas avoir rien avancé de fort incroyable, lorsque j’ai écrit que je l’avois fait.
Quant au mépris qu’on vous a dit que je faisois
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de lecole, il ne peut avoir été imaginé que par des personnes .qui ne connoissent ni mes moeurs ni mon humeur : et bien que je ne me sois guère servi en mes essais des termes qui ne sont connus que par les doctes , ce n’est pas à dire que je les désapprouve, mais seulement que j’ai désiré de me faire entendre aussi par les autres. Puis, au bout du compte , ce n’est point à moi à choisir les armes avec lesquelles on doit m’attaquer, mais seulement à tâcher de me défendre: et, pour ce faire, je répondrai ici, à chacun de vos articles séparement.
OBJECTION I. «Donc, en la page 159, etc.»
Réponse I. Le même que j’ai mis touchant la lumière en. cette page 1 5 q , est encore plus clairement en la page G, ligne 27, et ne me semble rien contenir qui soit obscur ou ambigu.