‹ Œuvres de Descartes (volume 3)Chapitre 36 sur 62 · IX. « Si les corps lumineux, etc · texte numérisé non relu

IX. « Si les corps lumineux, etc

Réponse. La coutume qu’on a de remarquer que lorsqu’un corps dur se meyt,.vers quelque côté, il ne peut pas au même temps se mouvoir aussi vers un autre, est cause qu’on a un peu de peine à concevoir en quelle façon les parties des corps liquides reçoivent plusieurs actions, .et transmettent plusieurs mouvements contraires en même temps ; mais il est néanmoins certain quelles le fônt, et il n’est pas malaisé de. l’éprouver par le moyen de trois ou plusieurs tuyaux , comme AC, BD , FG , que je suppose de même largeur , et qui se croisent en telle sorte , que l’espace du milieu E sert à tous trois , sans toutefois être plus grand que s’il ne servoit qu’à un seul : car si on souffle

Qigftizô<

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par leurs trois bouts A , B et F,' Pair qui sera dans ce milieu E sera pousse en même temps versC, vers D et vers G. Non pas qu’il soit besoin pour cela, ni aussi qu’il soit possible que chacune de ses parties se meuve en même temps vers ces trois côtés; mais il suffit que quelques unes se meuvent vers G et d’autres vers D , et d’autres vers F , et

qu’elles se meuvent trois fois aussi vite que celles qui remplissent les autres endroits de ces tuyaux ; ce qu’on peut bien croire qu’elles font, vu qu’elles sont poussées trois fois aussi fort. Et il est aisé, appliquantceci àla matière subtile, d’entendre comment • elle transmet en même temps les diverses actions de divers corps lumineux vers divers côtés. '

« Je pourrois vous proposer , etc. »

Réponse. Au reste, monsieur, il m’est plus difficile de répondre à votre conclusion qu’à tout le ' * raste; car je ne prétends nullement mériter les honnêtes paroles dont vous y usez, et je n’aurois néanmoins pas de grâcé à les réfuter. C’est pourquoi je puis seulement dire que je plains avec vous l’erreur de la fortune , en ce qu’elle ne recontioît pas assez votre mérite. Mais pour mon particulier, * grâces à Dieu , elle ne m’a encore jamais fait ni » bien ni mal, et je ne sais pas même pour l’avenir si je dois plutôt désirer ses faveurs que les craindre; car ne me semblant pas être honnête de rien emprunter de personne qiron ne puisse rendre avec 7 - ‘

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usure, ce me seroit une grande charge que de me sentir redevable au public. Et enfin pour les esprits malins dont vous parlez ,‘je crois qu’il y en a eu autant ou plus aux autres siècles qu’en celuici ; et les comparant aux mouches ou aux oiseaux qui ne choisissent que les meilleurs fruits pour les picoter, je suis d’autant plus satisfait de mes essais, que je les vois être plus attaqués par eux. Mais je ne laisse pas d’avoir beaucoup à vous remercier de l’heur que vous me souhaitez, comme aussi de là peine que vous avez prise de m’écrire, , et je suis, etc. • . b "‘‘ *

Monsieur,,

M. MOHIN

( Lettre 60. )

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J’aurois usé de la permission que vous m’avez , fait la faveur de me donner-de faire imprimer ma réponse à vos objections avant que vous l’eussiez vue , si j’en avois autant hâté l’impression queje m’étois proposé de faire quand je les reçus; mais ayant eu depuis quelque autre considération qui m’empêche de rien publier sitôt , Je croirois man-

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quer à mon devoir si je différois plus long-temps à vous renvoyer ; c’est pourquoi je la mets ici entre vos mains, et vous supplie , s’il y a quelque chose qui ne soit pas à votre gré , ou bien qui requière plus ample explication , de me faire la faveur de m’en avertir , et je tâcherai en tout de vous témoigner que je suis , etc.

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RÉPLIQUE DE M. MOUIN

A LA RÉPONSE DJ? M. DESCARTES

(Lettre 61 du tome I.)

Monsieur,

J’ai lu vos réponses à mes ‘objections sur votre nouvelle doctrine de la lumière ,* avec toute l’attention qu’il m’a été possible, tant pour le mérite du sujet, qué pour rendre l’honneur qui est dû à tout ce qui part de votre esprit , le plus subtil et le plus fécond qu’aucun autre de ce siècle. Mais je remarque d’abord que vous êtes marri que je n’aie pas pris un autre sujet que celui de la lumière pour former des objections , vu que vous n’avez point eu dessein de traiter encore cette matière

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et vous en ouvrir au public , et , ne voulant point contrevenir à cette pésolulion , vous dites que vous ne pourrez si parfaitement me satisfaire que vous eussiez désiré. Sur quoi je vous réponds que j’ai choisi ce sujet pour trois raisons: la première, parceque j’étois occupé sur la même spéculation à cause dé mon A&lrologia gallica , où ayant à traiter de modis agendi çorporum cæleslium in hcec inferiora , je me vois obligé à bien déterminer ce que c’est que la lumière, comme elïeagit, et quels effets elle produit; la seconde, parceque votre opinion de la lumière étant grandement nouvelle , et ce que vous en avez dit en plusieurs endroits de vos livres étant suffisant pour émouvoir des difficultés et des objections, j’ai désiré d’être mieux éclairci de vous sur cette matière, sur laquelle je travaillois ; et la troisième , parceque j’ai reconnu que la lumière et sa matière subtile étojent deux des principaux fondements de votre physique : c’est pourquoi j’ai voulu, par mes objections, éprouver la fermeté de ses fondements. Or, si je ne suis pas entièrement satisfait par vos réponses, je vous prie de croire que je n’en estime de rien moins ni votre doctrine ni votre esprit ; qui me sont d’ailleurs suffisamment connus pour les révérer. Vous parlerez plus ouvertement quand il vous plaira ; on auroit mauvaise grâce de vouloir vous y forcer ; c’est/ une obligation publique, laquelle il

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faut attendre avec vœux , prières et patience. Outre le désir quej’ai eu d’apprendre de vous , j’ai vu que les choses physiques souffrent bien plus de difficultés que les mathématiques ; ce que vousmême reconnoissant avez invité lês hommes savants à vous faire des objections , à dessein, comme je crois, de mieux reconnoitre par l’épreuve la force de vos principes et de vos raisonnements, afin de les mieux établir contre toutes sortes d’attaques. Comme donc j’ai ci-devant contribué de mon petit pouvoir à vos louables intentions ffctussi je continue encore à présent dans la méiftl dévotion , par quelques répliques à vos réponses , ainsi que par votre lettre vous jp’atez témoigné le désirer. „ . 4

Et. afin de couper court* laissant à part tout préambule et même vos réponses à mes trois premières objections du premier ordre , je commencerai par votre réponse à la quatrième.

Sur le IV e article. «Outre' qu’il faut remar- »quer, e?c v » *

Réplique. Que le mot action signifie propre- • * , ment inclination à se mouvoir, difficilement trou- • • % w ' r verez-vous quelqu’un qui vous l’accorde ; mate que

l’inclination à se mouvoir soit un mouvement actuel (ce qui étoit le fort detnon argument), personne ne vous l’accordera , aussi diffèrent-ils comtfle la puissance et l’actç.

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Sur le V e . « Lorsqu’on dit qu’un tel a fait cela . » comme savant etc. » *

Réplique. Les difficultés physiques se peuvent rarement vider par des comparaisons ; il y a presque toujours de la différence, ou de l’ambiguïté, ou de Yobscurdm per obscurius. Quand on dit que quelqu’un tient un tel rang dans les états comme baron d’un tel lieu , le mot comme signifie en tant 'que, et partant suppose que tel est baron; mais quand on dit d’un gouverneur qu’il est comme roi dans#on gouvernement , le mot comme ne signifie pas qi4ff soit roi. Ou, en votre page 256, le mot comme sera plutôt pris en cette seconde sorte qu’en la première. *

Sur le VI". « La lumièr?, c’est-à-dire lux , etc. »

Réplique. Que lux soit, selon votre réponse le mouvement dans les corps lumineux , et lumen le mouvement dans les corps* transparents , et lux première que lumen', comme la, cause est première

que l'effet, néanmoins, pour 11e point abuser du mot de mouvement et n’en pas faire une, équivoque, il faut en tout mouvement admettre quatre choses; à savoir, le mobile, le moteur, le mouvement, et la force acquise par le mouvement, qui est la dernière des quatre, et 'qui ne peut être que lux dans les corps lumineux ': d’où s’ensuit que formellement elle n’est aucune des trois autres ; aussi confessezvous 11e poiiît dire absolument quelle est le mou-

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veinent :.cé qui satisfait à mon objection , que Fessefiôe de la lumières ne consiste pas dans le mouvértfent. b %.

Stfr le VII e . «Mais il peut bien être trans-

» mis, etc. » * * * •

Réplique. Je l’accorde, mais non pas saiȧ le mouvement local de? quelque mobile ; aussi ne le niez-vous pas dans votre réponse : et tant ey la page 272 des Météores , qu’en votre réponse à mes objections , nombre 10 et 12, vous confessez que les corps lumineux poussent la matière subtile en Ijgne droite, cè qui ne se peut faire sans le mouvement local de cette matière en ligne droite vers nos yeux, qui étoit ce que je prétendois. Au reste, je ne vois pas sur ma copie que j’aie dit que le mobile qui est dans les corps lumineux n’est autre chose , selon vous , que la matière subtile ; j’attends que vous nous 1 enseigniez.

•Sur le VIII e et IX e article.

Réplique. Nous aurons donc patience, attendant la. solution de ces deux objections , jusques à ce que vous donniez au public ce que vous vous réservez encore.*

Sur le X”. « Car chaque corps , etc. » •

Répliqué. Donnez donc autant de mpuvements à la matière subtile qu’il vous plaira , quand vous aurez prouvé qu’elle, est, et ensuite donner les causes et les effets de chaque mouvement.

LETTRES

Sur le XI*. « J’avoue bien que-esatte matière $ub-

* tite-, etc. *■ » ,

Réplique. Vous nous dites ici une chpse laquelle je ne sais comme vous prouverez quand il vous plâira défaire; car si un corps est dit lurcflneux de cela seul ( quod notandum ) qu’il donne à la matière subtile le mouvement Ou, l’actioa qui est requise pour causer en nous le sentimept f^e ja lumière*, il s’en ensuivra deux choses qui paroissent entièrement contraires à la raison : la première , que le sentiment de, la lumière sera premier que les corps lumineux ; la seconde , qu’il n’y artroit point de corps lumineux au monde s’il n’y av.oit point d’animal pour voir la lumière ou pour la sentir.

Sur le XII*. « Où le mot seulement est de

» trop , etc. « •

Réplique. J’ai eu raison d’ajouter le mot seule- • ment, parceque vous ne faites mention que de deux mouvements de la matière subtile, l’un en * rond et l’ailtre en ligne droite ; si vous lui en donne» encore d’autres,' ce sera à vous à Jes prouver, ensemble leurs causes et leurs effets. Mais donqezlui taiit delnouvement que vous voudrez, la question est de savoir si la matière subtile a ces deux mouvements ensemble, à savoir, çà, et là de sa nature , et en ligne droite pïr les corps lumineux ,

L ETT K E S,

qui étoit le but de mon objection , à quoi vous ne répondez pqint. * *

Sur le X»III e . «^E^’endroit que vous dites, je ne * parle uu^&ent^^rci * ' *

RÉpu^^ivJ^re tette vous condamnera devant tous ; car en la page a56 des Météores , parlant des petites boules de la matière subtile qui roulent, vods dif?s : J’ai connu que ces boules peuvent rouler en /Inverses façons, leur donnant le mouvement en rond et en ligne' droite. Et , pour vous expliquer en la page 237 , sans quitter lqs petites boules de la matière subtile , vous dites : Pour mieux entendre ceci , pensez que la boule 1 a‘34 est poussée, sans parler de boules de bjoiS Ou autre--* matière , ni là , ni ailleurs. Joint que ce seroit chose superflue de supposer que les bo*iles dë votre figure fussent de bois , pour expliquer les mouvements.des boules de la matière %ubtile , vu qu’ils se peuvent pour le moins aussi bien expliquer^ supposant les boules de la figure être les boules mêmes de la matière subtile.

Après avoir répliqué au premier ordre d’objectiohs qui contenoit les difficultés qui me paroissent ep votre doctrine , pour la contrariété qu’elle * semble avoir, je viens maintenant au second ordre, qui est celui de mes propres objections.

Sur le premier artiçle. « Car pour la matière , vôus le fondez, etc.

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Réplique. Quand vous dites , en la page 4 de4a Dioptrçqm?, que la lumière n’est autre chose dans les corps qu’on nomme lumineux qu’un certain mouvement, etc.; et, en la page i 22 ^que : la lumière n’est autre chose dans les cbrps transparents que l’action , etc. , vous devez avoir donné les définitions vraies de lux et de lumen , ou bien lux et lumen seroient quelque autre chose, que ce que vbus avez dit* dans les susdites pages, et ainsi vous vous contrediriez. Or, si à présent Vous dites que vous n’avez pas eu intention d’en donner aucune définition , donc vous n’avez pas vraiment dit ce que c’est, car il n’y a que la définition qui le puisse; et partant lux et lumen sont autre chose que ce que vous avez dit, ce qui est toujours une contradictioif? ■«.':.** * *

«Puis, pour la forme, etc. » L’antécédent que vous ne voyez point est bien évident en mon texte, par ces mots , duquel il isl la cause efficiente ; car , ne pouvant y 4voir de ^mouvement sans moteur,

qui eu est la cause efficiente, et le moteur, selon vous-même , étant le soleil , de cet antécédent je conclus- que le soleil est premier que le mouvement, car toute cause efficiente est première que. son action ou motion : et enfin vous êtes contraint ' de raccorder; mais seulement dites-vous comme l’homme est premier que sa raison. Sur quoi jevous réplique que , si vous prenez la raison pour une

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