III. Il est vrai que les comparaisons dont on a
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coutume d’user dans l’école, expliquant les choses intellectuelles par les corporelles , les substances par les accidents , ou du moins une qualité par une autfe d’une autre espèce, n’instruisent que fort peu ; mais pourceque en celles dont je me sers , je ne compare que des mouvements à d’autres mouvements, ou des figures à d’autres figures, etc. , c’est-à-dire que des choses qui , à cause de leur petitesse , ne peuvent tomber sous nos sens à d’autres qui y tombent , et qui d’ailleurs ne diffèrent pas davantage d’elles qu’un grand cercle diffère d’un petit cercle , je prétends qu’elles sont le moyen le plus propre pour expliquer la vérité des questions physiques que l’esprit humain puisse avoir; jusques là que lorsqu’on assure quelque chose touchant la nature, qui ne peut être expliquée par aucune telle comparaison , je pense savoir, par démonstration, quelle est fausse. Et pour la comparaison d’un tuyau recourbé que j’ai mise ici , je prétends qu’elle montre très clairement qu’une puissance fort petite est suffisante pour mouvoir une fort grande quantité d’une matière qui est très fluide ; car la pesanteur de l’eau contenue en ce tuyau ne sert point du tout pour la mouvoir , vu qu’elle ne pèse point davantage d’un côté que d’autre. Et afin qu’on n’en puisse douter , faisons que ce tuyau ABC 1 soit courbé
> Figure 44.
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en rond tout autour de la terre D , en sorte qu’aucune de ses parties ne soit plus haute que l’autre , excepté seulement un peu aux deux bouts, en autant d’espace qu’il en faut pour contenir tant soit peu d’eau ; car lors , en versant une seule goutte en l’un de ces bouts , cela suffira pour mouvoir toute celle qui est dans ce tuyau, nonobstant qu’elle ne soit d’ailleurs pas plus enclinée à se remuer d’un côté que d’autre , et qu’elle soit en aussi grande quantité qu’est la matière subtile que meut une étincelle. Au reste, le nager des poissons et le vol des oiseaux ne prouve point qu’aucune matière ait de soi résistance au mouvement local, mais seulement que les parties de l’eau et de l’air se tiennent en quelque façon les unes aux autres, et ne peuvent être séparées fort promptement sans une force assez notable.
IV et V. Il importe fort peu de penser que l’air soit transparent par sa nature ou par accident ; et , à ce propos, je vous dirai qu’une personne digne de foi m’a dit avoir vu de l’air tellement pressé et condensé dans un tuyau de verre, qu’il y étoit devenu opaque. Pour la matière subtile , quand je dis que le mot de transparent s’attribue à elle, en tant quelle est dans les pores de l’air et des autres tels corps, je ne dis pas pour cela qu’il ne se peut attribuer aussi à elle lorsqu’elle est toute pure , car , au contraire , il est très évident qu’elle doit être
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d’autant plus transparente qu’elle est plus pure , et il me semble que vous argumentez ici tout de même que si de ce que j’aurois dit que le roi a de grands revenus en tant qu’il est duc de Bretagne, vous en tiriez cette conséquence, que s’il n’étoit point duc de Bretagne il n’auroit donc aucun revenu. Puis , à cause que vous dites que je n’ai peutêtre point attribué de sphère particulière à cette matière subtile , de peur qu’elle ne nous empêchât la lumière, je vous demande si , après avoir dit qu’elle s’étend sans interruption depuis les astres jusques à nous, il est possible de lui attribuer quelque autre lieu où cela fût à craindre, encore même qu’elle lût un corps opaque.
VI. J’ai assez expliqué , dès le commencement de la Dioptrique , page 6 , comment un corps fluide peut transmettre une action en un instant , aussi bien qu’uu corps dur comme un bâton. Et pour votre instance des boules qui ne sont pas contiguës , je vous dirai qu’il suffit qu’elles se touchent par l’entremise de quelques autres, comme en votre figure celles qui sont marquées 4 et 2 s’entre-touchent par l’entremise de celle qui est marquée î et de sa compagne ; et , afin que vous ne doutiez pas que cela ne suffise pour transmettre une action, et même pour la transmettre en ligne droite , voyez ces boules enfermées dans un tuyau', ou pressant
Figure /,5.
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la première marque 1 , on presse par même moyen les suivantes 2 et 3 , par Tentreriise des collatérales 4 > 5 , 6 , et 7 ; et même l’action dont on les presse s’étend en ligne droite du point 1 vers le point 8 , nonobstant que ces boules ne soient pas arrangé^ en ligne droite. Or, lorsqu’elles ne sont point ainsi contiguës en quelque corps , il ne peut être transparent, et par cela seul vous pouvez entendre pourquoi il y en a plusieurs qui sont opaques/ Au reste, ces boules ainsi contiguës ne transmettent la lumière qu’en lignes droites ou équivalentes aux droites , ce qui cause qu’on ne peut voir le . soleil en pleine nuit.
VII. Ici vous dites que j’avance beaucoup de nouvelles difficultés ; mais pourceque vous n’en désignez aucune en particulier , vous ne donnez point occasion d’y satisfaire.
VIII. Si je n’ai pas ici assez répondu à votre difficulté , en disant que ce sont les seules impuretés du verre qui empêchent qu’il ne soit aussi transparent en une grande épaisseur qu’en une moindre, il n’y a qu’un mot de plus à y ajouter, qui est que je nie qu’il fût moins transparent; s’il n’avoit point du tout d’impuretés , encore même que son épaisseur s’étendît depuis le soleil jusques à nous; et je m’étonne de ce que vous dites que cela est encore contre l’expérience , car il ne se trouva jamais aucun verre sans impuretés. Je m’étonne aussi de
Diaiti.
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ce que vous dites que je n’ai pas satisfait au reste de cet article , à cause , dites-vous, que les espaces qui sont entre des balles ou des pommes sont fort grands en comparaison des grains de sable, etc. : cqc pourquoi ne voulez-vous pas qu’il puisse y avoir autant d’inégalité entre les parties des corps terrestres et celles de la matière subtile ? Pour moi je crois qu’il y en a beaucoup davantage; et puisque vous ne donnez aücune raison pour rendre le contraire plus vraisemblable, je ne vois point pourquoi vous l’alléguez. Je ne vois point aussi que j’aie rien omis, lorsque j’ai cité la page 8, ligne 2, où, disant que les parties du vin ne se peuvent mouvoir exactement en ligne droite, j’ai fait entendre le même des parties de la matière subtile , et j’ai distingué le rayon materialiter sumptum , qui ne peut presque jamais être exactement droit, du rayon formaliter sumptum , qui 11e peut jamais manquer de l’être ; mais au lieu de la, ligne 2 , vous avez pris la ligne 1 7 , et cité des mots où je ne parle que des rayons formels , lesquels je dis devoir être imaginés exactement droits. Au reste, pour faire qu’un corps transparent soit partout aussi égal à soi-même qu’il le sauroit être , on ne doit point supposer que ses parties soient arrangées d’autre façon que comme les pommes ou les balles dont j’avois parlé; et aiqsi j’avois, ce me semble , entièrement satisfait à votre objection.
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IX. Votre instance de deux tnmunes qui soufflent à l’encontre l’un de l'autre dqjrs un même tuyau, ou de deux yeux qui se regardent, est', ce me* semble,* assez expliquée,- par cë'que j’ai dit au commencement de cet écrit, touchant un bâton qui est poussé par deux aveugles; car* il fait, s’il vgus plaît , vous souvenir que j’ai fait entendre çn divers endroits que 1 action ou l’inclination à se mouvoir est suffisante, sans le mouvement , pour nous faire sentir la lumicr^.
Mais ce que je vois tout au bas de votre lettre, à savoir que vous pensez avoir découvert ce que je prends pour la matière subtile, en voyant voltiger la poussière qui paroît en l’air vis-à-vis^de la fente d’une fenêtre exposée* au soleil, menait remarquer que vos pensées et les miennes sont ên ceci fort différentes, car les moindres parties de cette poussière sont beaucoup plus grosses que. celles dé l’air pur, et les moindres de l’air pnr sont beaucoup plus f osses que celles que j’attribue ‘ à la matière subtile, laquelle je conçois comme une liqueur continue qui remplit tous les* espa’ceS qi^p les corps plus grossiers n occupent point , et non pas comme étant composée de parties déj ointes , ainsi que^soift celles de cette poussière. Voilà ce que j]ai ccu devoir répondre à vos dernières-, afin de vous témoigner le désir qûe j’ai de vous satisfaire, et que jj suis , etc. , . * m
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