LETTRE D’UN MÉDECIN DE LOUVAIN
A M. DESCARTES 1
(Lettre 77 du tome I. Version.)
Monsieur,
Vous m’avez demandé tant de fois et avec tant d’instance mes objections contre votre opinion touchant le mouvement du cœur , que je suis obligé d’interrompre tant soit peu mes autres pe-
1 « Cette lettre est de M. Pleiupins , docteur et professeur de médecine »à l’université de Louvain, à la date du ï 5 janvier i 638 . Voyez-en les » raisons dans le nouveau cahier. »
Plus bas:
. « Cette lettre et les trois autres sont du commencement de i 638 . Les » preuves sont dans la remarque suivante !
» Ce médecin s’appelle M. Plempius , comme on le peut voit dans les 8 e1 *> et 10* lettres de celles que M. Leroy a écrites à M. Descartçs, qui sont » insérées dans les fragments , et par les lettres 7 et 9 du tome II. L’on » voit aussi que cette lettre et les trois suivantes sont du commencement » de l’année x 638 , puisque par la io* lettre de M. Leroy k M. Descartes, » il est constant que M. Leroy avoit fait venir de Leyde le livre de M. Plem- » pins dès le commencement de l’année 1640 , et que M. Descartes , dans » la 81 e de scs lettres du i er «vol. , qui est la x re adressée à M. Leroy, « dit que des personnes avoient livré copie de ses réponses à M. Plempius,
» deux ans avant que le livre de M. Plempius parût. Voyez la lettre 87
” <lu Ionie II, page 3 7 8. »
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tits travaux , pour vous donner enfin cette satisfaction.
Je vous dirai donc tout d’abord, qu’à ce que je puis voir, l opinion que vous avez nest pa$ nonvelle , mais très ancienne et même d’Aristote, qui en fait mention au livre de la Respiration ^hap. xx. Voici ses paroles : Le battement du cœur est semblable à un bouillonnement ; car le bouillonnement se fait lorsqu'une humeur se gonfle par la chaleur , et qu'elle s'élève de telle sorte que sa masse en est augmentée; or dans le cœur , c’est le gonflement de celte humeur que le suc des viandes lui fournit continuellement , qui en soulevant sa dernière tunique fait son battement ; et cela se fait sans intermission , parce que l'humeur dont le sang se forme y coule sans cesse. Le battement donc n’est autre chose que le gonflement d’une humeur qui s’échauffe. Voilà le sentiment d’Aristote, que vous^expliquez d’une façon plus ingénieuse et plus belle. Galien , au contraire, nous apprend que le cœur est mû par une faculté, c’est ce que nous autres médecins avons tous enseigné, jusqu’à présent , et voici les raisons bonnes ou mauvaises qui m’obligent encore à tenir ce parti.
1. Le cœur étant séparé du corps bat encore quelque temps , et même étant coupé par morceaux , chaque parcelle continue tant soit peu son battement, et cependant il n’y a point alors de sang qui entre ou qui sorte.
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2. Si l’on met dans une artère ouverte quelque tuyau de plume ou d’airain par où le sang puisse passer , et qu’on lie ensuite l’artère par-dessus le tuyau, si justement quelle le serre de tous côtés, l’artere ne battra point passé la ligature; d’où il suit que le pouls ne se fait pas par l’effort du sang qui coule dans les artères, mais par quelque autre chose qui coule par les tuniques des mêmes artères. Cette expérience est de Galien, au livre intitulé, An sanguis in arteriis contineatur , cap. vm. Et ne médités pas qu’il est impossible de la faire, à cause que le sang artériel jaillit avec trop d’impétuosité ; car son effort peut aisément être arrêté par ce moyen. Faites à une artère deux ligatures éloignées l’une de l’autre d’un demi-pied ou environ , puis ouvrez avec la lancette cette même artère entre ces deux ligatures , il est certain qu’il ne sortira point d’autre sang par cet endroit que celui qui se trouvera enfermé entre ces deux liens. L’ouverture étant faite fourrez-y adroitement une canule sur laquelle vous lierez derechef l’artère : si après cela vous venez à défaire vos deux premiers liens, vous verrez le sang couler librement par cette canule jusqu’aux extrémités des artères, sans que pour cela celles qui seront au-dessous de la ligature qui reste aient aucun pouls ou battement ; que si vous défaites cette dernière ligature qui serre l’artère contre la
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canule, tout aussitôt elles recommenceront à bat-
tre comme auparavant. Il est vrai qu’il sortira un peu de sang par la plaie ; t mais n’importe, car. cela n’empêchéÿa pas que l’on ne voie l’effet prétendu. •