U faudroit donc prouver que lame peut pen
LETTRES
scr sans ltf corps. Aristote le présuppose, à la vérité, en un sien axiome, mais il ne le prouve point ; il veut que l’âme puisse agir sans organes : d’où il conclut quelle peut être sans eux, mais il ne prouve pas le premier, qui est contredit par l’expérience ; car on voit que ceux qui ont la fantaisie malade ne pensent pas bien, et s’ils n’avoient ni fantaisie ni mémoire, ils ne penseroient point du tout.
5. Il ne s’ensuit j)as de ce que nous doutons des choses qui sont autour de nous qu’il y ait quelque être plus parfait que le notre. La plupart des philosophes ont douté de beaucoup de choses comme les pyrrhoniens, et ils n’ont pas de là conclu qu’il y ait une divinité ; il y a d’autres preuves pour en faire avoir la pensée et pour la prouver.
6. L’expérience fait voir que les bêtes font entendre leurs affections et passions par leur sorte de langage, et que par plusieurs signes elles montrent leur colère, leur crainte , leur amour, leur douleur, leur regret d’avoir mal fait, témoin ce qui se lit ' de certains chevaux qui, ayant été employés à couvrir leurs mères sans les connoître, se précipitoient après les avoir reconnues. Il ne faut pas, à la vérité, s’arrêter à ces histoires; mais il est évident que les animaux font leurs opérations
' « Aristote , liv. IX. , chap. xi.vii de V Histoire des animaux. -
par un principe plus excellent que par la nécessité ' provenant de la disposition de leurs organes ^ à savoir , par un instinct qui ne se trouvera jamais en une machine ou en une horloge, qui n’ont ni passion ni affection , comme ont les animaux.
7 . L’auteur dit que lame doit être nécessairement créée, mais il eût été bon d’en donner la raison.
8. Si la lumière étoit étendue comme un bâton , ce ne seroit pas un mouvement , mais une ligne pressante ; et si elle étoit un mouvement qui se fit du soleil à nous, ce ne seroit point en un instant, vu que tout mouvement se fait en temps. Elle ne se fera point aussi en ligne droite s’il faut quelle passe, comme le moût de la cuve, au travers d’un intervalle plein du corps plus gros que cette matière subtile qui la porte , et lesquels peuvent rompre la ligne droite par leur agitation.
9. Puisque l’auteur fait profession d’écrire méthodiquement, clairement et distinctement, il sembloit convenable qu’il montrât quelle est cette matière subtile qu’il présuppose , car on demande avec raison, premièrement, si elle est; secondement , si elle est élémentaire ou éthérée ; et si , étant élémentaire, elle est propre ou commune à tous les éléments.