AU H. P. ME K SE N NE
(Lettre 84 du tome 11.
Mon révérend pérf.^
Je vous remercie très humblement des soins que vous avez pris pour la distribution de nos livres. Pour la lettre de mon frère, et celloque votis me mandez m’avoir ci-devant écrite dans laquelle vous l’aviez mise, je ne les ai point reçues, de quoi je suis un peu en peine , et je vous prie de me mander si vous les aviez envoyées parle même messager que Celle que vous écriviez au Maire ,-dans laquelle étoit enfermé l’écrit De maximis et minimig, ou par quelque autre r afin que je tâche à les ro couvrer ou à découvrir par quelle faute ellçs ont été perdues. Je ; ne doute point que vous n’entendiez plusieurs jugements de mes écrits et plus à mon désavantage que d'autres : car les esprits qui sont'd’inclination à en médire le pourront aisé-
1 « Cette lettre est écrite le i5 février i638. Voyez les raisons dans le « nouveau cahier. » * ,
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ment faire d’abord, et en auront .d’autant plus d’occasioiî qu’ils auront été moins connus par les autres; au, lieu que, pour en juger équitable- 'mei|t, il est nécessaire d’avoir eu auparavant beaucoup delôisir pour les Hre et pour les examiner. Je suis extrêmement obligé à M. des Argues de l’envie qu’il témoigne que M. le Cardinal fasse réussir l’invention des lunettes. Et pour les objections de l’artisan dont vous* m’écrivez , elles sont ridicules, et témoignent une ignorance très grande, en ce qu’il suppose quelle diamètre des verres, pour les plus longues lunettes, n’a pas besoin d’être plus grand que de deux ou trois doigts, au lieu qu’elles seront d’autant meilleures qu’on les,pourra faire plus grands. Mais je ne sais si je dois désirer que M. le Cardinal y fasse travailler suivarht mon dessein : car qui que ce soit qui y travaille sans ma directipn , j’appréhende qu’il n’y réussisse pas du premier coup , et peut-être que pour s’excuser il m’en attribuera la faute. J’avois donné un livre à M. de Ch.' j|our M. le Cardinal; mais sa mort étant depuis intervenue , je ne sais s’il l’a envoyé ou non. Je ne trouve .pas étrange que M. Mydorge ne soit pas d’accord avec moi en plusieurs choses de t:e que j’écris de la vision , car c’est «ne matière qu’il a ci-devant beaucoup étudiée; et, n’ayant pas suivi les mêmes principes que moi , il doit avoir pris
1 “ Charna&ë. »»
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d’autres opinions : mais j’espère que plus il examinera mes raisons, plus elles le satisferont; et il a l’esprit*trop bon pour ne se rendre pas du côté de
la vérité. Je ne ferois nulle difficulté de lui en-
voyer ma vieille algèbre, sinon que c’est un, écrit qui ne me semble pas mériter d’être vu ; et pourcequ’il n’y a personne que je sache qui en ait de copie*, je serai bien aise qu’il ne sorte plus «Ventre mes mains : mais s’il veut prendre la peqie d’examiner le troisième livre de ma Géométrie , j’espère qu’il le trouvera assez aisé, et qu’il viendra bien après à bout du second. Au reste, je crains bien qu’il n’y air encore guere personne qui ait entièrement pris le sens des choses que j’ai écrites, ce que je ne juge pas néanmoins être arrivé à cause de l’obscurité de me| paroles , mais plutôt à cause que, paraissant assez faciles, on ne s’arrête pas à considérer tout ce quelles contiennent; et je vois que vous-mèrne n’avez pas bien pris les raisons que je donne pour les couronnes de, k chandelle : car je ne parle d’aucune pression ou dislocation de l’œil , ainsi que vous me mandez , mais de plusieurs diverses dispositions qui peuvent toutes causer le même effet ,*et entre lesquelles celle que vous dites avoir éprouvée est comprise; en sorfe que votre expérience fait entièrement pour moi. ( Voyez en la page 279 , ligne 5.) Je vous dftfii ^néanmoins que ce que vous* attribuez à l’humidité qui couvre» votre
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œil me semble procéder plutôt de ce qu’il n’est pas assez rempli d’humeurs ou d’esprits, en sorte que ses superficies sont un peu ridées, suivant ce que j’écris en la même page, ligne 8 ; car ces humeurs se diminuent pendant le sommeil et reviennent facilement un peu après qu’on est éveillé. Mais vous pouvez voir fort aisément ce qui en est par expérience: car si c’est l’humidité qui couvre votre œil, au, même instant que vous l’aurez essuyé avec un mouchoir , ce phénomène cessera; mais si c’est autre chose, il ne cessera pas du tout sitôt. Je ne vous renvoie point encore les écrits de M. de Fermât , De locis plants et solidis s car je né les ai point encore lus , et , pour vous en parler franchement , je ne suis pas résolu de les regarder que je n’aie vu premièrement ce qu’il aura répondu aux deux lettres que je vous ai envoyées pour lui faire voir. Vous ne* devez pas craindre que les avis que vous m’obligerez de me donner, touchant ce qui se dira contre moi, tournent jamais à votre préjudice, car il n’y a rien que je ne souffrisse plutôt que de vous intéresser en mes querelles. Mais je m’assure aussi que vous ne voudriez pas me tenir les mains pendant qu’on me bat ppur m’empêcîier de me défendre; et ceux qui vous donnent des objections contre moi ne peuvent aucunement s’en prendre à vous des réponses que j’y ferai, ni se fâcher que vous "me les envoyiez : car, sachant l’affection que
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vous me portez, ils ne* vous les peuvent ^donner, à autre fin que. pour me les faire, voir;. .et toute la civilité dont j’ai cru pouvoir user envers» M. N.' a été que j’ai feint d’ignorer son nom, afin qu’il sache que je ne réponds qu’à son écrit, et que vous ne m’avez envoyé que ses objections sans y engager sa réputation. L’objection quéH’on vous a faite contre vos expériences Je l’écho ne me semble d’aucune importance : car, bien qu’il soit vrai qpft le son s’étend en cercles de tous côtés, ainsi que le mouvement qui se fait dans l’eau, quand on y jette une pierre, il faut toutefois remarquer que ces cercles s’étendent beaucoup plus loin du côté vers lequel on jette la pierrè ou vers lequel on s’est tourné en parlant, que vers son contraire; d’où vient tjue l’écho, qui ne se fait que par la réflexion de la partie da, ces cercles qui va le plus loin, ne s’étgnd que vers le. lieu vers lequel elle se réfléchit., Je suis , etc.
« De Fermât. »
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