MON RÉVÉREND PÈRE
J’ai vu ce qu’il vous a plu me communiquer des lettres que M. de Fermât vous a écrites ; et premièrement , pour oe qu’il dit avoir trouvé des paroles plus aigres en mon papier qu’il n’en avoit at-
1 « L* 6a e du 3 e vol. est de M. Dcscartes au P. M. ; elle est la 1 3° des
» manuscrits de M. de la Hire. Elle n’eat point datée , liais comme l’exa-
» utea de la question géostatique est fixé au t3 juillet i638, et que
» M. D. dit à la lin de celle-ci qu'au prochain ordinaire il enverra son
» sentiment sur la question géostatique, en reculant cette lettre de quinze
>• jours , on la met à peu près dans le temps où elle a été écrite, c’est-è-dire
» le 3o juin i638. »
LETTRES
tendu, je le supplie très humblement de m’excuser et de penser que je ne le connoissois point , mais que son De maximis me venant en forme de cartel de celui qui avoit déjà tâché de réfuter ma Dioptrique, avant même quelle fût publiée, comme pour l’étouffer avant sa naissance, en ayant eu un exemplaire que je n’avois point envoyé en France pour ce sujet, il me semble que je ne pouvois lui répondre avec des paroles plus douces que j’ai fait, sans témoigner quelque lâcheté ou quelque foiblesse. Et comme ceux qui se déguisent au carnaval ne s’offensent point qu’on se rie du masque qu ils portent et qu’on ne les salue pas lorsqu’ils passent par la rue, ainsi qu’on ferait s’ils étoient en leurs habits accoutumés ; il ne doit pas , ce me semble, trouver mauvais que j’aie répondu à son écrit tout autrement que je n’aurois fait à sa personne , laquelle j’estime et honore comme son mérite m’y oblige. Il est vrai que je m’étonne extrêmement , non pas de ce qu’il approuve les raisons de M. Pascal et de Roberval , car la civilité ne lui permet pas de faire autrement, et, en effet, je ne sache point qu’on en pût donner de meilleures pour le sujet , mais de ce que, n’y en ajoutant aucunes autres , il veut supposer que celles-là m’ont pleinement persuadé, et se servir de cette raison pour s’abstenir d’envoyer la tangente de la ligne courbe que je lui avois proposée. Car j’ai assez témoigné