‹ Œuvres de Descartes (volume 4)Chapitre 22 sur 62 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

et d’autant qu’on proj>ose so^uvent ejp cette vie de plus grandes récompenses pour les vices que pour les vertus , peu de personnes préfèreroient le juste à l’utile , si elles n’é'toient retenues ni par la crainte de Dieu ni par. l’attente d’une autrevvief et quoiqu’il soit absolument vrai qu’il faift 'croire 'qu’il y a jun Dieu parcequ’il est ainsi enseigné dans les saintes Écritures, et d’autre part qu’il faut croire les saintes Écritures parcequ’elles viennent de Dieu (la" raison’ de cela est que la foi étant un don de Dieu , celui-là même qui donne la grâce ^ur faire croire les autres choses la peut aussi donner pour nous faire croire qu’il existe), on ne sauroit*néau-,^ moins proposer cela aux infidèles , qui pourroient s’imaginer que l’on commettroit en ceci la faute

.. que le^ logiciens nomrhent un cercle.

Et de vrai j’ai pris garde que vous autres , Mes- ^ sieurs, avec tous les théologiens, n’assuriez pas seulement que l’existence de Dieu se peut prouver par raison naturelle , mais aussi que l’on infère de la sainte Écriture que sa connoissance est beaucoup plus claire que celle que l’on a de plusieurs choses créées,etqu’eneffetplleestsi facile que ceux qui ne l’ont point sont coupables; comme il paroît par ces paroles de la Sagessé, chap. xiii, où il est dit que leur ignorance n’est point pardonnable; car si leur esprit a pénétré si avant dansila conlioissance des cftoses du monde , cçmment est-il pos~

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sihle qu’ils n’en aient point reconnu plus facilement le souverain Seigneur? et aux Romains, chap. i, il est dit qu’ils sont inexcusables ; et encore au même endroit, par ces paroles. Ce qui est connu de Dieu est manifeste dans eux , il semble que nous soyoiïs avertis que tout ce qui se peut savoir de Dieu peut être montré par des raisorft qu’il n’est pas besoin de tirer d’ailleurs que de nous-mêmes et de la simple considération de la nature de notre esprit. C’est pourquoi j’ai cru qu’il ne seroit pas contre le devoir d’un philosophe si je faisois voir ici coinment et par cpielle vpie nous pouvons , sans sortir de nous-mêmes , connoitre Dieu plus faci-, lement et plus certainement que nous ne connoissonsles choses du monde.

Et, pour ce qui regarde l’àme, quoique pliKsieurs “ aient cru (ju’il n’est pas aisé d’en connoitre la iia- ' ture, et que quelques uns aient même osé dire que les raisons humaines nous persuadoient tpi’elle mouroit avec le corps, et qu’il n’y avoit que la seide foi qui nous enseignât le contraire, néanmoins, d’autant que le concile de Latran, tenu sous Léon X , en la session 8 , les condamne , et qu’il ordonne expressément aux philosophes clmétiens de répondre à leurs arguments, et d’employer toutes les forces de leur esprit pour faire '

connoitre la vérité, j’ai bien osé l’entreprendre dans cet écrit. De plus, sachant que la principale

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raison qui fait que plusieurs impies ne veulent point croire qu’il y a un Dieu et que l’âme humaine est distincte du corps , est qu’ils disent que personne jusqu’ici n’a pu démontrer ces deux choses; quoique'je- ne sois point de leur opinion, mais qu’au contraire je tienne que la plupart des raisons qui ont été apportées par tant de grands personnages, touchant ces deux questions, sont autant de démonstrations quand elles sont bien entendues, et qu’il soit presque impossible d’en inventer de nouvelles ; si est-ce que je crois qu’on ne sauroit rien faire ^e plus utile en la philosophie que d’en rechercher une fois avec soin les meilleures, et les disposer en un ordre si clair et si exact qu’il soit constant désormais à tout le monde que ce sont de véritables démonstrations. Et enfin, d’autant que plusieurs personnes ont dé- ’siré cela de moi , qui ont connoissance que j’ai cidtivé une certaine méthode pour résoudre toutes sortes de* difficultés dans les sciences ; méthode qui de vrai n’est pas nouvelle , n’y ayant rien de plus ancien que la vérité, mais de laquelle ils savent que je me suis servi assez heureusement en d’autres rencontres , j’ai j^ensé qu’il étoit de mon devoir d’en faire aussi l’épreuve sur une matière si importante.

Or, j’ai travaillé de tout mon possible pr)ur comprendre dans ce traité tout ce que j’ai piq découvrir par son moyen. Ce n’est pas cpie j’aie ici ra-

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