‹ Œuvres de Descartes (volume 4)Chapitre 23 sur 62 · K PITRE · texte numérisé non relu

K PITRE

massé toutes les diverses raisons qu’on pourroil alléguer pour servir de preuve à un si ^and sujet; car je n’ai jamais cru que cjla fut necessaire , sinon lorsqu’il n’y en a aucune **qui soit certaine : mais seulement j’ai traité les premières et principales d’une telle manière que j’ose bien les pro- . poser pour de très évidentes et très certaines démonstrations. Et je dirai de plus qu’elles sont telles, que je ne pense pas qu’il y ait aucune voie par où l’esprit humain en puisse jamais découvrir de meilleures ; car l’importance du sujet, et la gloire de Dieu, à laquelle tout ceci se rapporte, me contraignentde parler ic|||m peu plus librement de rtîoique je n’ai de coutume. Néanmoins, quelque certitude et évidence que je trouve en mes raisons, je ne puis ])as me persuader que tout le monde soit cjjpable de les entendre. Mais , tout ainsi que dans la géométrie il y en a plusieurs qui nous ont été laissées par Archimède, par Apollonius, par Pappùs, et par plusieurs autres, qui sont reçues de tout le monde pour très certaines et très évidentes, parce- (ju’elles ne contiennent rien qui, considéré séparément , ne soit t^ès facile à connoître , et que partout les choses qui suivent ont une exacte liaison et dépendance avec celles qui les précèdent; néanmoins , parcequ’elles sont un peu longues , et qu’elles demandent un esprit’tout entier, elles lieront comprises et entendues que de fort peu de personnes ;

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de même, encore que j’estime que celles dont je me sers ici' égalent ou même surpassent en certitude «t évidence les démonstrations de géométrie , j’appréhende néanmoins qu’elles ne puissent pas être • assez suffisamment entendues de plusieurs , tant parcequ’elles sont aussi un peu longues et dépendantes les unes des autres, que principalement parcetpi’elles demandent un esprit entièrement libre de tous préjugés, et qui se puisse aisément détacher du commerce des sens. Et, à dire le vrai, il ne s’en trouve pas tant dans le monde qui soient propres pour les spéculations de la métaphysique que pour celles d« la^éométrie. Et de plus il y a encore cette différence , que dans la géométrie, chacun étant prévenu de cette opinion qu’il ne s’y avance rien dont on n’ait une démonstration certaine, ceux qui n’y sont pas entièrement versés pèchent bien plus souvent en approuvant de fausses démionstrations , pour faire croire qu’ils les entendent , qu’en réfutant les véritables. Il n’en est pas de même dans la philosophie, où chacun croyant que tout y est problématique, peu de personnes s’adonnent à la recherche de la vérité, et même beaucoup , se voulant acquérir la réputation d’esprits forts, ne s’étudient à autre chose qu’à combattre avec arrogance les vérités les plus apparentes.

C’est pourquoi , Messieurs , quelque force que . puissent avoir mes raisons , parcequ’elles appar-

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