É PITRE
tiennent à la philosophie, je n’espère pas qu’elles fassent un grand effet sur les esprits, si vous no les prenez en votre protection. Mais l’estime qjie tout le monde fait de votre compagnie étant si grande , et le nom de Sorbonne d’une telle autorité que non seulement en ce qui regarde^ la foi , après les sacrés conciles, on n’a jamais tant déféré au jugement d’aucune autre compagnie , mais au.ssi eh ce qui regarde l’humaine philosophie, chacun croyant qu’il n’est pas possible de trouver ailleurs plus de solidité et de connoissance, ni plus de prudence et d’intégrité pour donner son jugement , je ne doute point, si vous daignez prendre tant de soin de cet écrit que de voidoir premièrement le corriger (car ayant connoissance non seulement de mon infirmité , mais au.ssi de mon igno- ' rance, je n’oserois pas assurer qu’il n’y ait aucunes erreurs), puis après y ajouter les ‘choses qui y manquent, achever celles qui ne sont pas parfaites, et prendre vous-mêmes la peine de donner line explication plus ample à celles qui en ont be- •soin, ou du moins de nl’en avertir afin que j’y travaille; et enfin, après que les raisons par le.squelles je prouve qu’il y a un Dieu et que l’âme humaine diffère d’avec le corps auront été portées jusques à ce point de clarté et d’évidence, où je m’assure qu’on les peut conduire, qu’elles devront^ être tenues pour de très exactes démonstrations ,
lÎPÎTRE.
si VOUS daignez les àutoriseï* tle votre approbation , et rendre un témoignage public de leur vérijjp et certitude; je ne doute point, dis-je, qu’après cela toutes les erreurs et fausses opinions qui ont * janiais été touchant ces deux questions ne soient bientôt effacées de l’esprit des hommes. Car la vérité fera que tous les doctes et gens d’esprit souscriront à votre jugement ; et votre autorité, que les athées , qui sont pour l’ordinaire plus arrogants que doctes et judicieux, se dépouilleront de leur esprit de contradiction, ou que peut-être ils défendront eux-mêmes les raisons qu’ils verront être reçues par toutes les personnes d'esprit pour des démonstrations , de peur de paroître n’en avoir pas l’intelligence; et enfin tous les autres se rendront aisément à tant de témoignages, et il n’y aura plus personne qui ose douter de l’existence' de Dieu et de la distinction réelle et véritable de l’âme humaine d’avec le corps.
C’est à vous maintenant à juger du fruit qui revindroit de cette créance, si elle étoit une fois bien établie , vous qui voyez les désordres que son douté' produit : mais je n’aurois pas ici bonne grâce de recommander davantage la cause de Dieu et de la religion à ceux qui en ont toujours été les plus fermes colonnes.
by Cooglc
PREFACE
J’ai déjà touché ce.s deux questions de Dieu et de l’âme humaine dans le Discours français que je mis en lumière en l’année 1657, touchant la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les .sciences: non pas à dessein d’en traiter alors à fond, mais seulement comme.en passant, afin d’apprendre par le jugement qu’on en feroit de quelle sorte j’en devrois traiter par après; car elles m’ont toujours semblé être d’une telle importance, que je jugeois qu’il étoit à propos d’en parler plus d’une fois ; et le chemin que je tiens pour, les expliquer est si peu battu, et si éloigné de la route ordinaire, que je n’ai pas cru qu’il fût utile dé le montrer en français , et dans un discours qui'pùt être lu de tout le monde , de peur que les foibles esprits ne crussent qu’il leur fût permis de tenter cette voie.
Or, ayant prié dans ce Discours de la Méthode tous ceux qui auroient trouvé dans mes écrits quelque chose digne de censure dé me faire la faveur de m’en*^ avertir, on ne m’a rien objecté de remarquable que deux choses sur ce que j’avois
PRÉFACE
dit touchant ces deux questions, auxquelles je veux répondre ici en peu de mots avant -que d’entreprendre leur explication plus exacte.
La première est qu’il ne s’ensuit pas de ce que l’esprit humain, faisant réflexion sur soi-même, ne se conhoît être autre chose 'qu’une chose qui pense , que sa nature ou son essence ne soit seulement que de penser; en telle sorte que ce mot seulement exclue toutes les autres choses qu’on pourroit peut-être aussi dire appartenir à la nature de l’âme.
A laquelle objection je réponds que ce n’a point aussi été en ce lieu-là mon intention de les exclure selon l’ordre de la vérité de la chose ( de laquelle je ne traitois pas^ilors) , mais seulement selon l’ordre de ma pensée; si bien que mon sens étcât que je né connoissois rien que je susse appartenir à mon essence , sinon que j’étois une chose qui pense, ou une chose qui a en soi la faculté de penser. Or je ferai voir ci-après comment , de ce que’' je ne connois rien autre chose qui appartienne à mon essence , il s’ensuit qu’il n’y a aussi rien autre chose qui en effet lui appartienne.
•La seconde est qu’il ne s’ensuit pas, de ce que j’ai en moi l’idée d’une chose plus parfaite que je ne suis, que celte idée soit plus parfaite que moi , et beaucoup moins que c<; qui est représenté par cette idée existe. .
Mais je réponds que dans ce mot à' idée il y a ici de réquivoqne: taiyon il peut être pris matériellement pour une opération de mon entendement, et en ce sens on ne peut.pas dire quelle soit plus parfaite que moi ; ou il peut être pris objectivement pour la chose qui est représentée par cette opération, laquelle, quoiqu’on ne suppose point qu’elle existe hors de mon eiitéaidement , peut neanmoins être plus parfafte que moi ,Ji^raison de son essence. Or dans la suite de ^ traité je ferai « voir plus amplement comment de ^la seulement, que j’ai en moi l’idée d’une choste pWs' parfaite que
moi, il s’ensuit que cette chose existe véritablènient.
De jilus, j’ai vu aussi deux autres écrits assez amples sur cette rnatiere , mais qui' ne combattoient pas tant mes raisons que mes conclusions , et ce par des arguments tirés des lieux communs des athées. Mais , parceque ces sortes d’arguments ne peuvent faire aucune impression dans l’esprit de ceux qui entendront bien mes raisons , et que les jugements de plusieurs sont si foibles et si peu raisonnables qu’ils se laissent bien plus souvent persuader par les premières opinions quils auront eues d’une chose, pour fausses et éloignées de la raison qu’elles puissent être, que par une solide et véritable , mais postérieurement entendue, réfutation de leurs opiinons , je neveux
Di.ji:-. i.y i
226 PRÉFACE
point ici y rqîontlre,de peur d’ètre premièrement obligé de les rapporter.
Je dirai seulement en général que ^tout ce que disent les athées , pour* combattre 1 existence de Dieu, dépend toujours,^ ou de ce que Ion feint dans Dieu des affections humains,. ou de ce qu on attribue à nos esprits tant de forcé et de sagesse , que nous avons* bien ]h présom{ftion , de vouloir déterminer -^t ’comjprendre ce que Dieu peut et doit faire ; ïe sorte que tout ce qu’ils disent ne ♦'nous donner^âiicune difûculté, pourvu seulement que nous noull ressouvenions que nous devons con- ' sidérer nos esprîts comme des choses finies et limi- *iees' et Dieu comme*" un être infini et incompré-
hensible.
Makitenan'i, après avoir pffisamment reconnu les sentiments des homriies, j’entreprends derechef de traiter de Dieu, et de l’âme humaine , et ensemble (Je jeter les fondements de la philosophie premièr^mais sans en attendre aucune louange du vulgaire, ni espérer que mon livre soit vu de plusieurs. Au contraire, je ne conseillerai jamais à persbnne de le lire, sinon à ceux qui voudront avec moi méditer sérieusement ,, et qui pourront détacher leur esprit du commerce des sens, et le délivra* entièrement de toutes sortes de préjugés , lesquels je ne sais qiae trop être en fort petit nombre. Mais pour ceux qui, sans se .soucier beau-