SUR I, ELOGE DE DESCARTES
Les règles de l’analyse logique , qu’on peut regarder comme U seconde partie de sa Méthode , sont indiquées dans plusieurs de scs ouvi'ages , et rassemblées en grande partie danS' un manuscrit qui'n’a été imprimé qu’aprés sa mort. L’ouvrage est in titulé , Règles pour conduire notre esprit dans la recherche de la vérité. En voici à peu prés la marche. Voulez-vous trouver la vérité, formez votre esprit’, et rendez-le capable de bien juger. Pour y parvenir, ne l’appliquez d’abord qu’à ce qu’il peut bien connoltre par lui-méme. Pour bien connoitre , ne cherchez pas ce qu’on a écrit o'ii pensé avant vous; mais sachez-vous en tenir à ce que vous'reconnoissez vous-méme pour évident. Vous ne trouverez point la vérité sans méthode ; la méthode consiste dans l’ordre ; l’ordre consiste à réduire les propositions complexes à des propositions simples , et vous élever par degrés des unes aux autres. Pour vous perl%ctionner dans une science, parcourez-en toutes les questions et toutes les branches, enchaînant toujours vos pensées les unes aux autres. Quand votre esprit ne conçoit pas , sachez vous arrêter ; examinez long-temps les choses les plus faciles; vous vous accoutumerez ainsi à regarder fixement la vérité , et à la reconnolb-e. Voulez-vous aiguiser votre esprit et le préparer à découvrir un jour par lui-même, exercez-le d’abord sur ce qui a* été inventé par ‘ d’autres. Suivez surtout les découvertes où il y a de l’ordre et un enchaînement d’idées. Quand il aura examiné beaucoup de . |>ropositions simples , qu'il s’essaie peu à peu à embrasser distinctement plusieurs objets à la fois; bientôt il acquerra de la force et de l’étendue. En/in , mettez à profit tous les secours de l’entendement ; de l’imagination , de la mémoire et des sens , pour comparer ce qui est déjà connu avec ce qui ne l’est pa.S|< et découvrir l’un par l’autre. Descartes divise tous les objets de nos connoissances en propositions simples et en questions. Les questions sont de deux sortes ; ou on les entend parfaitement, quoiqu’un ignore la manière de les résoudre; ou la con- 1. 7
iioissancc qu’on en a est imparfaite. Le pftli de Dcscarle.s etoil de donner trente-six règles, c’est-à-dire douze pour cliacune de ses divisions. Il n’a exécuté que la moitié de l’ouvrage; mais il est aisé de voir par cet essai comment il portoit l’esprit de système et d’analyse dans toutes ses recherches , et avec quelle adresse il décomposoit, pour ainsi dire, tout le mécanisme du raisonnement.
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Les Médilalioiis mélàpfysiqites de Desrartes parurent en ouvrages, celui qu’il estimoit le plus. Il le louoit avec un enthousiasme do bonne foi; car il croyoit avoir trouvé le moyen de démontrer les vérités métaphysiques d’une manière plus évidente que les démonstrations de géométrie. Ce qui caractérise surtout cet ouvrage , c’est qu'il contient sa fameuse démonstration de Uteu par l’idée,' démonstration si répétée depuis, adoptée par les uns ,• et rejetée par les autres; et qu’il est le premier où la distinction de l’esprit et de la matière soit parfaitement développée , car avant Descartes on n’avbil point encore bien approfondi les preuves philosophiques de la spiritualité de l’ème. Une chose remarquable , c’est que Descartes ne donna cet ouvrage au public que par principe de conscience. Ennuyé dos tracasseries qu’on lui *suscitoit depuis trois ans pour scs Essais de phiiosopfm.j il avoit résolu de ne plus rien imprimer. J’aurois , dit-il , une vingtaine d’approbateurs et des milliers d’ennemis : ne vaut-il pas mieux me taire , et m’instruire cp silence? il crut cependant qu’il ne de voit pas supprimer un ouvrage ljui pouyoit fournir ou de iiouyclles preuves de l’existence de Dieu, ou de nouvelles lumières sur la nature de l’âme. Mais, avant de le risquer , il le communiqua à tous les hommes les plus savants de l’Europe , recueillit leurs objections , et y réjmndil. Le célèbre Arnauld fut du nombre de ceux qu’il Consulta. Ârnauld n’avoit alors que vingt-huit ans. Descartes fut étonné de la profondeur et de l’étendue de génie qu’il trouva
•Sl^^L ELOGE DE DESCARTES.
dws ce jeune boninie. Il s'en falluit de beaucoup qu’il eût port^ le même jugement des objections de Hobbes et de celles c^^&a.ssebdi. Il fit imprimer toutes ces objections, aveç les repeins , à la suite des Méditations; .et» pour leur dwner encore plus de poids * le philosophe dédia son oD^fagb' à la Sorbonne. Je veux m*àppuyer de F autorité, disoit-il ^ la vérité est si peu de chose quand elle est seule. H n’avoit •point encore pris assez de précautions. Ce livre, approuvé par les docteurs, discuté par des savants , dédié à la Sorbonne , et où le génie s’épuise à prouver l’existence de Dieu et la spiritualité de l’âme , fut mis, vingt-deux ans après, à l’index à Rome.
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On a été étonné que , dans ses Méditations métaphysiques , Descartes n’ait point parlé de l’immortalité de l’âme. Ses ennemis avoient beau jeu; et ils n’ont pas manqué de profiter de ce silence pour l’accuser de n’y pas croire. Mais il nous apprend lui-même, par une de ses lejttres, qu’ayant établi clairement dans cet ouvrage la distinction de l’âme et de la matière, il suivoit nécessairement de cette distinction que l’âme par sa nature ne pouvoit périr avec le corps...
La Géométrie de Descartes parut en 1637 avec le Traité de la méthode , son Traité des météores et sa Dioplrique. Ce^ quatre traités réunis ensemble formoient ses Essais deptilosdphie. Sa Géométrie étoit si fort a'ü-dessus de son siècle, qii’iln’y avoit réellement que très peu d’hommes en état de l’entendre. C’est ce qui arriva depuis à Newton; c’est ce qui arrive à presque tous les grands hommes.' Il faut que leur siècle coure après eux poulies atteindre. Outre que sa Géométrie étoit très profonde et entièrement nouvelle , parcequ’il avoit commencé où ie8..autres avoient fini, il avoue lui-même dans une de è«j|«^lfettres
100 > .NOTES
qu’il n’avoit pas'été fâché d’âlre Un peu obscur ^ afin de mortifier un peu CCS hommes qui savent tout. Si on^l’eût entendu-ttop aisément, on n’auroit pas manqué d^ dire n’avoit'tien écrit de nouveau , au lien que 1^ Vadit*#imiliée ctôit’ forcée de lui rendre hommage. Dans une autre lettre, oïl voit qu’il calcule avec pfeisir leà’ géomètrei en Europe qui sont en état de l’entendrj^^ II en trouve trois^ou quatre en France , deux en Hollanda , et deux dans les Pays- Bas espagnols.. . ^
Presque toute la physique de Descartes est renfermée dans son livre des Principes. Cet ouvrage, qui parut en 1644, est divisé en quatre parties. La première est toute métaphysique , et contient les principes des connoissances humaines. La seconde est sa physique générale , et traite des premières lois de la nature , des éléments de la matière , des propriétés de l’espace et du mouvement. La troisième est l’explication particulière du système du monde et de l’arrangement des corps célestes. La quaü ième contient tout ce qui concerne la terre...' •
Traité des météores , imprimé en ifiSy , comme on l’a déjà dit. Ce fut un des ouvrages de Descartes qui éprouva le moins de contradiction. Au reste , ce ne seroit pas une manièr'e, toujours sûre de louer un ouvragé philosophique; mais quelquefois aussi les hommes font grâce à la vérité. C’est le premier morceau do physique que Descartes donna...
Traité de la dioptrique , imprimé aussi en ifiSy , à la suite du Diseurs sur la méthode...
^ Piajizei^'î'
SUR l’éloge de descaktes.
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"Traité de musique^ composé par Descartes en 1618, dans le tem^ qu’il servoit en Hollande. H- n’avolt alors que vingtdeux ans. Cet ouvrage de sa jeunesse ne fut imprimé qu’aprés sa mort. Il fut commenté et traduit en plusieurs langues; mais il ne fit point de révolution...
Il s’en faut ‘ de beaucoup que le Traité de mécanique de Descartes soit complet. Descaries le compusa à la hâte en i636, pour faire plaisir à un de ses .imis, père du fameux Huygens. C’étoit un présent que le génie offroit à l’amitié.
Il espéroit dans la suite refondre cet ouvrage , et Itri donner une juste étendue ; mais il n’en eut point le temps. On le fit imprimer après sa mort, par cette curiosité naturelle qu’on a de rassembler tqpt ce qui est sorti des mains d’un grand homme. Ce petit traité parut pour la première fois en 1668.
Tout le monde connoit Descartes comme métaphysicien , comme physicien et comme géomètre ; mais peu de gens savent qu’il fut encore un très grand anatomiste. Comme le but général de ses travaux étoit l’utilité des hommes , au lieu de cette piiilosophie vainc et spéculative qui jusqu’alors avoit régné dans les écoles, il vouloit une philosophie pratique , où chaque connoissance se réalisât par un effet, et qui se rapportât tout entière au bonheur du genre humain^ Les deux branches de cette philosophie dévoient être la médecine et la mécanique. Par l’une , il vouloit afierinir la santé de l’homme , diminuer ses maux, étendre son existence, et peut-être afibiblir l’impression de la vieillesse ; *par l’autre , faciliter se.s travaux, multiplier ses forces , et le mettre en état d’embellir son séjour. Descartes étoit surtout épouvanté du passage rapide et presque instan- *
tané de l’homme sur la terre. Il crut qu’ifne seroit peut-être * *
N OTES
pas impossible d’en prolonger l’existence. Si c’est un songe, c’est du moins un beau songe.; et il est doux de s’en occuper. Il y a meme un coin de grandeur dans cette idée ; et les moyens que Descartes proposa 'pour l’exécution^& ce projet n’étoient pas moin^ grands : c’étoit de saisir et d’tmbrasser tous les rapports qu’il y a entre tous les éléments ,, l’eau , l’air, le feu , et l’homme ; entre toutes les productions de la terre , et l’homme ; entre toutes les influences du soleil et des astres, et l’homme ; entre l’homme enfin , et tous les points de l’univers les plus rapprochés de lui ; idée vaste , qui accuse In foiblesse de l’esprit humain , et ne paroît toucher à des erreurs que parceque , pour la réaliser , ou peut-être même pour la bien concevoir , il faudroit une intelligence supérieure à la nôtre. On voit par là dans quelle vue il étudioit la physique. On peut aussi juger de quelle manière il pensoit surla médecine actuelle. En rendant justice aux travaux d’une infinité d’hommes célèbres qui se sont Appliqués à cet art utile et dangereux , il pensoit que ce qu’on savoit jusqu’à présent, n’etoit presque rien , en comparaison de ce qui restoit à savoir. Il vouloit donc que la médecine , c’est-à-dire la physique appliquée au corps humain , fût la grande étude de tous les philosophes. Qu’ils sc liguent tous ensemble , disoitil dans un de ses T>uvrages j que les uns commencent où les autres auront fini : en joignant ainsi les vies de plusieurs hommes^et les travaux de plusieurs siècles, on formera un vaste dépôt de connoissances , et l’on assujettira enfin la nature à l’homme. Mais le premier pas étoit de bien connaître là structure du corps humain. Il commença donc l’exécution de son plan par l’étude de l’anatomie. Il y employa tout l’hiver de 162g ; il continua cette étude pendant plus de douze ans, observant tout et expliquant tout par les causes naturelles. Il ne ii^it presque point, comme on l’a déjà dit plus d’une fois. C’étoit dans les corps qu’il étudioit les corps. Il joignit à cette étude celle de la chimie , laissant toujours les livres et regardant la nature. C’est d’après ces travaux qu’il com-
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