‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 11 sur 50 · SEPTIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME PARTIE

• \ Des mérites aé^Gisbert Voet. 1

Il entre dans le plan de cet ouvrage de montrer combien il pourroit y avoir de danger à laisser vos diatribes impunies. Et quoique j’aie donné à cet écrit la forme épistolaire, je l’adresserai non pas seulement à vous, mais encore à toute espèce de lecteurs, et je puis le faire sans manquer, comme

vous, aux lois de la charité. J’aurois assurément

préféré vous ramener au bien , si cela eût encore été possible, sans donner de publicité à mes reproches ; mais puisque les représentations et les lettres amicales des magistrats et de vos confrères ont été jusqu’à présent sans pouvoir sur votre esprit, il ne reste plus qu’à essayer si des reproches publics seront plus utiles. Je me serois volontiers épargné l’ennui de composer un pareil écrit ; mais il m’a paru si nécessaire , que je ne puis en aucune façon m’en dispenser : d’abord, parcequ’il est* du devoir de chacun de contribuer selon ses foi-r blés moyens au salut et à la tranquillité du pays qu’il habite; ensuite, parceque personne n’a eu peut-être occasion d’observer mieux que moi vos mauvaises qualités , que personne ne peut les mettre au jour avec plus de liberté; enfin, parcequ’il n’est personne de la part de qui une pareille

révélation puisse être mieux reçue,, et obtenir plus de crédit auprès du public. Que j’aie été précédemment à portée de vous bien connoître, et que je le sois aujourd’hui de bien faire connoître vos mérites , c’est ce qu’on m’accordera sans peine, quand on saura qu’il y a quelques années vous avez voulu, par la plus impudente de toutes les calomnies, m’imputer, sans la plus légère apparence de raison, le plus grand des crimes, je veux dire l’athéisme. On peut s’en convaincre en lisant vos brochures sur l’athéisme, publiées en 1609, et dont j’ai parlé plus haut, à la fin de la quatrième partie de cette lettre. Je pourrois citer encore votre libelle diffamatoire intitulé Philosophie cartésienne , et dont les dernières feuilles me sont parvenues pendant que je m’occupois de la rédaction de cet écrit. Je ne dis pas qu’il soit d’un bout à l’autre votre ouvrage, car je me ferois scrupule de ravir

* à votre associé la part de gloire qui doit lui en revenir ; mais du moins c’est par votre ordre et vos

'soins qu’il a été imprimé. Et puisque dans ce libelle vous avez pris la liberté d’avancer sur mon compte les faits les plus faux et les moins vraisemblables, on 11e me refusera pas, j’espère, lè droit

* de dire publiquement et ouvertement sur le vôtre ce dont je pourrai prouver la vérité. Et votre habileté dans l’art de la ealomnie, qui fait craindre à tant d’autres de vous attaquer, ne sauroit m’in-

spirer de crainte. J’ai vécu de telle sorte, et je suis connu de tant de monde, qu’on ne peut pas dire de moi une vérité que je craigne d’entendre , ni un mensonge dont je ne puisse aisément démontrer la fausseté. D’ailleurs, vous avez si bien épuisé, dans votre Philosophie cartésienne, votre recueil d’injures, et vos talents pour l’invective et la calomnie, qu’on peut comparer ce que j’ai dit de vous dans ma lettre au père Dinet, au morceau d’étoffe que l’on a coutume d’offrir à la morsure tles serpents que l’on veut apprivoiser, car ils y laissent si bien leur venin et leurs dents, qu’on peut ensuite les toucher impunément. Enfin bien des motifs se réuniront pour donner à mes écrits contre vous quelque poids auprès des lecteurs éclairés et des juges impartiaux. D’abord, on sait que personne n’est plus que moi l’ami de la tranquillité et de la paix ; que jamais je n’ai intenté de procès ni cherché de querelle à personne; que j’ai • même souvent pardonné le mal qu’on m’avoit fait plutôt que de chercher à me venger. Au contraire on vous connoît pour le querelleur le plus acharné et le plus insupportable, au point que si je vous donnois dans cet écrit le plus léger prétexte pour m’attaquer, il faudroit en venir aux procès, pour lesquels j’ai la plus grande aversion; on est donc sur que j’apporterai la plus grande attention à ne rien écrire qui ne soit non seulement parfaitement vrai ,

mais encore incontestable. On sait encore que je ne m’offense point quand on contredit mes opinions; que c’est même un titre à mon amitié de les combattre par amour pour la vérité; qu’on est d’autant plus assuré de me plaire qu’on propose contre moi des objections plus solides; mais que ceux qui se bornent à des insultes et à des plaisanteries n’obtiennent de moi que le mépris. J’ai donné plus d’une fois la preuve que tels éloient mes principes. De tous ceux qui m’ont calomnié , il n’en est qu’un seul auquel j’aie répondu , parceque je m’y trouvons contraint par un motif particulier. On croira donc aisément que j’aurois encore aujourd’hui dédaigné de répondre à vos injures, si elles n’avoient eu quelque chose d’atroce , et si ma défense personnelle ne se rattachoit à quelque intérêt public. D’ailleurs, il est de notoriété publique, qu’habitant depuis plusieurs années ces provinces , j’ai montré pour elles autant d’attachement qu’aucun de leurs enfants;. et peut-être même doit-on me tenir plus de compte d’un séjour qui n’est pas l’effet du hasard de la naissance , mais de mon choix et de ma volonté. Bien des gens savent que je vivois assez à mon aise dans ma patrie, et que mon seul motif pour aller vivre ailleurs, c’est que le grand nombre d’amis et de parents que je ne pouvois me dispenser de voir déroboient tout mon temps et mon loisir à ces études qui font mon bon-

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heur, et que plusieurs personnes ne croient pas indifférentes au bien de l’huinanité. Aucune partie du monde ne m’étoit fermée, il n’en étoit pas une seule où je n’eusse la certitude d’être accueilli volontiers comme un hôte qui ne seroit jamais à charge, et dont peut-être on pourrait même se faire honneur. Ainsi mon choix étoit parfaitement libre, et j’ai choisi ce pays de préférence à tous les autres. Enfin il est notoire que je ne fais pas profession d’être théologien, qu’on ne m’a jamais vu disputer sur aucun des points de conti’overses qui ont divisé les chrétiens en différentes sectes, que je puis donc plus librement que M. Desmarets, ou tout autre de vos théologiens, mettre en lumière tout ce qu’on peut dire sur votre compte , et qu’on pourra s’en rapporter à mon témoignage plutôt qu’à celui des gens qui disputent contre vous sur des questions religieuses; car, on pourra le remarquer, je ne dirai de vous rien que je ne pusse dire de la même manière si nous professions tous deux la même religion.

Ici je parlerai d'abord des vertus qui me paraissent convenir à un professeur de théologie et au pasteur d’une église; ensuite je récapitulerai, en peu de mots, vos actions; et enfin j’examinerai vos mérites. Il est certain que la base et le fondement de toutes les vertus, c’est la charité; qu’elle êst surtout nécessaire à ceux qui doivent , par état ,

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s’occuper d'instruire les autres , et les exciter à la vertu. Vous connoissez les paroles de l’Apôtre , i . Cor. 1 5 : Quand je par 1er ois le langage des hommes et des anges , si je n’ai pas la charité , je serai semblable à l’airain sonore ou à la cymbale retentissante ; quand j’aurois le don de prophétie , quand j’aurois percé tous les mystères , quand je posséderais toute science , quand j’aurois une foi assez grande pour transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité , je ne suis rien ; quand je dépenserais tout ce que je possède pour donner à manger aux pauvres, si je n’ai pas la charité, tout cela sera compté pour rien. Il est clair, d’après ce passage, que tous les autres présents de Dieu , qui peuvent être accordés à l'homme , n’ont de valeur qu’autant qu’ils sont unis à la charité. Or les signes auxquels la charité peut se reconnoître sont décrits en ces termes dans le même passage de l’Apôtre : La charité est patiente ; elle est bienveillante. La charité ne connoit ni les rivalités , ni les actions criminelles , ni l'orgueil, ni l’ambition; elle ne cherche point même ce qui est à elle; elle ne s’irrite point ; elle ne pense point le mal ; elle ne se réjouit point de C iniquité , mais elle met son plaisir dans la vérité. Il suit de là que ceux qui sont esclaves de leur colère, malveillants, envieux, turbulents, orgueilleux, arrogants, disputeurs, violents, médisants, insolents et menteurs, sont loin d’avoir la charité. Or comme cette charité, c’est-à-

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dire cette amitié sainte qife nous portons à Dieu, et à cause de Dieu à tous les hommes, en tant que nous savons qu’ils sont aimés de Dieu, a de grands rapports avec cette amitié honnête qu’un commerce plus intime fait ordinairement naître entre les hommes, nous pourrons, à bon droit, examiner en même temps les devoirs que l’une et l’autre impose. 11 n’y a, en fait d’amitié, qu’une règle fondamentale ; c’est de ne jamais taire d« . mal à nos amis, et de leur faire autant de bien qu’il nous est possible; et, comme le plus 'grand de tous les biens est detre exempt de vices , le plus grand service que l’on puisse rendre à un autre, c’est d’essayer , par les moyens convenables, de le guérir de quelque vide. Mais j’ajoute, par les moyens convenables, car si l’on va réprimander son prochain mal à propos , lui reprocher une faute légère trop sévèrement , ou devant des témoins dont la présence n’étoit pas nécessaire; si on lui impute des fautes qu’il n’a point commises, et qu’on montre, par cette conduite, que l’on cherchoit moins la conversion que la honte du prochain et que sa propre gloire, on ne fera que se rendre odieux et importun. Mais il est presque toujours possible d’avertir son ami sans témoins et avec douceur. Si ce premier avertissement ne suffit pas , et si la fauté est grave, il est encore permis d’insister , et de lui parler sur Je tou du re-

proche,, et enfin de faire employer ces mêmes moyens par ses autres amis , par un , par deux , par tous. Si tous ces moyens ne réussissent pas , et si sa faute est de nature à le rendre indigne de l’amitié d’un honnête homme, nous pouvons nous retirer de sa société, et ne plus le compter au nombre de nos amis; mais assurément tant que nous lui sommes attachés, nous ne devons jamais le reprendre publiquement, et en présence de tout le* monde, même des étrangers et des inconnus ; car de cette manière nous n’agirions pas pour son bien, mais pour son mal et pour sa honte. Cela ne doit pas seulement s’entendre des défauts secrets , mais encore de ceux-là même qui sont publics. Car, pour l’ordinaire, les hommes qui pèchent en public se glorifient de leurs fautes, et s’inquiètent fort peu qu’on les connoisse ; mais ils s’affligent des reproches que ces fautes leur attirent. Et il faut remarquer que la crainte du déshonneur est un puissant moyen de retirer l’homme du vice, mais non pas le- déshonneur même, qu’on ne redoute plus une fois qu’on l’a subi; et c’est pour cela que ceux qui n’écoutent pas les reproches particuliers de leurs amis ne sont pas plus touchés de ceux qu’on leur adresse en public, mais qu’ils en prennent bien plutôt occasion de persévérer plus librement dans leurs fautes. Les exemples nè manquent pas à l’appui de ce que j’avance. Ces lois de l’amitié

Diqitized by

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humaine sont parfaitement d’accord avec les lois de la charité que Jésus-Christ lui-même enseigne en ces termes, Matth. , 1 8 : Si ton frère a péché contre toi , va et prends-le entre loi et lui ; s’il t’écoute , tu auras gagné un frère ; s’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux témoins , afin que toutes vos paroles ne soient qu’entre deux ou trois ; s’il ne les écoute pas, dis-le à l’Église, et, s’il n’écoute pas l'Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain. Il faut remarquer ici qu’il ne s’agit pas de toutes les fautes du prochain indifféremment , mais seulement des torts qu’il peut avoir eus envers nous; car il n’y a pas seulement dans le texte , Si ton frère a commis une faute , mais on ajoute contre toi: et, comme le droit de faire des reproches existe beaucoup plutôt pour celui qui est personnellement offensé que pour celui qui voit seulement commettre le mal , il n’est pas douteux que ce passage ne contienne tous les remèdes extrêmes dont il est permis d’user envers son prochain , lorsqu’une faute grave lui a mérité nos reproches. Et si l’on rappelle ici tous les péchés du prochain , c’est qu’on suppose que les dmes pieuses, par un effet du zèle qui les anime, ne voient pas avec plus de chagrin leurs injures personnelles que les torts du prochain envers Dieu , ou , comme les mortels ne peuvent rien contre la Divinité , le tort que le coupable qu’ils chérissent comme leur pro-

chain , se fait à lui-même. Si donc vous avez à vous plaindre de quelqu'un qui soit chrétien , et que, par conséquent, la charité vous commande d’aimer comme un frère , vous devez d’abord l’avertir en particulier. S’il ne s’amende pas, il faut alors l’avertir en présence d’un ou deux amis, et choisir pour cela ceux que vous savez avoir le plus d’empire sur son esprit, et, s’il ne se -corrige pas encore , dites-le à l’Église, c’est-à-dire portez vos plaintes devant l’assemblée générale de ceux qui l’aiment aussi en Jésus-Christ. Et , suivant l’ordre hiérarchique qu’on m’a dit être établi parmi vous, on peut entendre, par ce mot , l’Eglise, ou le consistoire , ou le synode. Mais il faut bien remarquer ici que, par ces mots, dites-le ù l'Église, l’écrivain sacré n’a pas voulu entendre une réprimande publique faite en présence de tout le monde, et même des étrangers , comme dans une thèse de théologie, ou dans un sermon ; d’abord , parceque cela est directement contraire à la charité, et porte tous les caractères d’un châtiment, inutile pour le bien de celui à qui on l’inflige, mais capable de lui faire beaucoup de mal. En effet , comme je l’ai déjà dit, celui qui ne se corrige point , quand on a fait connoître sa conduite à ses amis, ne se corrigera pas davantage quand on l’aura rendue publique. Au contraire, délivré delà crainte d’un pareil affront, il n’aura plus aucune retenue dans le mal.

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En second lieu, parceque l’Écriture ajoute ces paroles, S’il n’écoute pas l’Église, qu’il soit pour vous comme un païen et un publicain , c’est-à dire cessez de le mettre au nombre de ceux avec qui la conformité de sentiment et de foi vous a lié d’une manière plus intime, et ne le traitez plus quecomme unétranger et un inconnu, sans le poursuivre néanmoins comme un ennemi ; car autrefoisles disciples de Jésus-Christ n’avoient point de haine pour les païens et les publicains; ils se bornoient à ne pas les aimer comme leurs frères.

ür ces lois de l’amitié, obligatoires pour tous les hommes, le sont encore plus pour les théologiens, les prédicateurs et les pasteurs des églises. Car comme il n’y a pas dans la vie sociale de plus grand bien que l’amitié, comme le plus grand avantage de l’amitié est de pouvoir être averti par ses amis et corrigé par leurs consei^; que d’un autre côté tout le monde n’est pas à même d’avoir personnellement des amis assez fidèles et assez sages pour remplir convenablement des fonctions aussi délicates, on consent volontiers à écouter, comme les amis communs de tous les hommes, ceux en qui l’on reconnoît, dans un degré éminent, l’esprit de piété, de prudente et de charité chrétienne. Or on s’attend ordinairement à trouver toutes ces qualités dans ceux qui s’adonnent spé- 1 cialement aux études théologiques , ét qui sont

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reçus au nombre des prédicateurs et des ministres de l’Église; et quand ils les possèdent réellement, ils ont les titres les plus incontestables au respect et à l’amfour de tous les autres hommes. Mais si nous voyons qu’un homme , sans nous avertir en particulier d’aucune de nos fautes, saisit et cherche même toutes les occasions de nous accuser publiquement auprès des autres, surtout lorsqu’il espère que nous n’en saurons jamais rien ; que souvent même il nous attribue des fautes auxquelles nous sommes complètement étrangers, ou qu’il condamne comme de grands crimes des actions que nous avons bien réellement commises , mais qui n’avoient rien de criminel à nos yeux, ni à ceux des autres, et tout cela sans avoir eu jamais à se plaindre de nous; que ce même homipçfa tenu la même conduite envers plusieurs autres, nous recoq^pîtrons clairement qu’il est entièrement dépourvu de charité chrétienne, même de tout sentiment humain , et qu’il est indigne de notre amitié. Je crains bien que mes lecteurs ne regardent comme superflu tout ce que je viens d’écrire. Nous avons vu suffisamment dans ce qui précède que vous dédaignez les lois de la charité en les traitant de lois mielleuses anodynes , peut-être parceque vous craignez de paroître doucereux, et que vous préférez le ton d’un censeur amer et d’un législateur impérieux. J’ajouterai donc ici quelques

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mots sur ce sujet; et d’abord, quant aux réprimandes que l’on fait, sans avoir aucun droit de condamner, et qu’on appelle, à proprement par» 1er, des accusations, elles sont certainement permises dans tout état bien ordonné, quelquefois même elles sont commandées , comnje quand il s’agit d’un crime de lèse-majesté. Et à la rigueur, ceux qui en blâmant autrui ne disent rien de contraire à la vérité, ceux-là ne sont pas condamnés par les lois, car il est dit expressément dans le Digeste, livre XVITI, des injures et libelles diffamatoires : Celui qui attaque la réputation d’un coupable ne peut encourir pour ce motif aucune condamnation ; car il est bon et utile que les- fautes des coupables soient connues. Mais néanmoins il est diverses circonstances qui font que telle accusation est moins honorable et moins juste que telle autre ; car lorsqu’un coupable montre de l’humilité et des dispositions au repentir, il n’est pas honorable de se faire son accusateur, à moins qu’on ne soit magistrat, ou qu’on n’y soit contraint par quelque autre motif. Ce seroit aller contre la charité que nous nous devons les uns aux autres, que de chercher à d’aire punir un homme qui s’humilie et demande grâce; mais si un coupable arrogant et obstiné menace de troubler la paix et la concorde publique; si, malgré les avertissements particuliers de ses amis et même des magistrats,

l3o 1)F, SC ARTES, jfsVOET.,

il refuse de reconnoître et de réparer ses fautes , s’il se montre si violent dans l’attaque, si auda- 'çieux en fait de calomnies, si opiniâtre à les soutenir que peu dé gens osent lui résister, s’il a enfin tant de faux-fuyants, tant de ruses pour dissimuler ses vices, tant d’impudence pour les nier, qu’aisénient reconnus par ceux qui examinent la chose de près, il ne soit pas aussi facile de les démasquer aux yeux de tout le monde, il est certain que celui qui peut, et qui ose le faire, lorsqu’il ne remplit aucune fonction publique, fait une bonne action quand il l’accuse, et qu’il ne peut même honnêtement se dispenser de le faire , s’il a été lui-même attaqué, offensé par d’atroces calomnies, et qu’il s’exposeroit par cette négligence à se faire accuser de lâcheté et d’indifférence pour l’utilité publique et pour sa propre réputation. J’ai fait une exception pour ceux qui remplissent des fonctions publiques, non que je pense qu’ils doivent tous s’abstenir de se porter pour accusateurs , quelques à uns même y sont obligés par état, mais parceque, cefte dernière circonstance exceptée, il est moins honorable pour eux de le faire, que pour les particuliers. En effet, lorsqu’ils ne peuvent remplir les fonctions de juges, il est à craindre qu’on ne les accuse d’abuser de leur influence pour opprimer un innocent. Car un particulier accuse à ses risques et périls, et s’il ne peut prouver qu’il a

dit la vérité, ou du rupins qu’il avoit de puissants motifs pour croire qu’il la disoit, il est puni comme calomniateur : mais les hommes en place peuvent souvent nuire plus impunément; et assurément de tous ceux qui remplissent des fonctions publiques, il n’est personne à qui le rôle d’accusateur convienne moins qu’à un prédicateur, à un professeur de théologie, à un ministre de l’Église. Comme en raison de leurs fonctions ils sont regardés comme supérieurs aux autres hommes en piété, en science, ét surtout en charité, leur témoignage est un préjugé bien fort contre celui qu’ils accusent, et s’ils veulent faire le mal, ils , ont de grandes chances de calomnier impunément. Mais quoique peut-être on puisse quelquefois leur permettre d’accuser les autre.*», de venger leurs propres injures et de s’abandonner à leurs ressentiments personnels, il ne leur est jamais permis d’employer pour cela les sermons ou les thèses publiques. I ]

Personne ne doute en effet que les sermons ne soient institués pour enseigner la vérité daus tout ce qui touche à la religion , et en même temps pour détourner les hommes du mal et les amener à la vertu ; mais jamais on n’a pensé qu’ils dussent servir à imprimer l’ignominie, à ouvrir uil champ plus vaste à la malignité, ou à conférer aucun droit sur les individus; et quand pn prédicateur blâme,

du haut de la chaire, là conduite d’un particulier ou d'un, magistrat, assurément il fait plus de tort à leur réputation que s’il leur adressoit les mêmes reproches ailleurs, quoique en présence du même auditoire. Choisi par ses concitoyens pour leur dire la vérité dans. ce lieu -là même, il donne à son témoignage privé le poids de l’autorité publique , abusant ainsi de la dignité de ses fonctions pour détruire la réputation du prochain. D'ailleurs, toute censuré publique tombant sur les personnes, quelque vraie, quelque juste qu’ou la suppose, excédé pçurtant les bornes de la charité, et tendj à rendre le prochain odieux: aussi est-elle* d’un très mauvais exemple dans un sermon. Enfin, comme, sous prétexte d’attaquer les vices, on peut en venir fort aisément à attaquer impunément les personnes, en s’abstenant, il est vrai, de les nommer , mais en les désignant de telle sorte que l’auditajre puisse aisément les reconnoitre sans que le prédicateur soit obligé de convenir qu’il les avoit e^?Vue , les hommes vraiment pieux,. qui ne veulent point abuser dé’ ce moyen pour s’arroger une autorité illégitime sur les magistrats et le reste de leurs concitoyens, prennent bien garde qu’on ne puisse dire jamais d’eux ce que voûs dites de vous-même, page 53 1 , que par suite de votre méthode habituelle on rencontre souvent dans vos fermons des faijs particuliers

DKSCARTF.S A VOïT.

retracés d'une manière si frappante, que même sans nommer personne vous avez l’air de raconter.

Pour les thèses ,^à ne considérer que leur usage ordinaire, elles n'ont pas grande autorité. Elles sont , la plupart du temps , supposées faites par des écoliers, et elles ne doivent contenir que- des assertions que l’auteur entreprend de soutenir pendant quelques heures, qu’il soit persuadé ou non de leur vérité. Car dans toutes les matières qui ne touchent point à la foi, et qui lie peuvent entraîner de préjudice pour personne, on peut sans mensonge soutenir même ce qu’on ne croit pas vrai. C’est un moyen d’exercer l’esprit, en repoussant toutes les objections que l’on peut faire pendant la courte durée de la discussion. On petit même, quand on le juge convenable, citer le nom d’un auteur dont on ne partage pas les opinions; proposer par exemple les thèses suivantes ou d’autres semblables : Le sung ne circule pas dans les veines, contre l’opinion d’Hervey. . . . Il y a des formes substantielles , contre l’opinion de Begitis. Alors on est censé nommer par déférence ceux dont on ne partage pas l’opinion , et tous les véritables amis de la vérité souffrent sans peine la contradiction. Mais il faut bien se garder de nommer ou de désigner quelqu’un dans une thèse, de telle sorte qu’il puisse considérer la citation comme une censure, car alors les thèses rlégénèreroient en libelles, dont •• \

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