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gneinent, c|ue vous pouvez faire valoir quand il s’agit de la jeunesse soumise à votre férule, mais non pas quand il s’agit de magistrats ,' n’ont rien de commun avec l’autorité d’un maître, et même avec le droit civil dont les' magistrats sont armés pour la punition des coupables. La principale différence consiste en ce que le droit civil a pour but 1 utilité commune d’un grand nombre d’hommes réunis, et que les droits que donnent la charité ou les fonctions du professorat, se rapportent au bien des personnes considérées individuellement; or il est permis au magistrat de nuire’à un individu , et meme de lui ôter la vie, quand ces mesures sont exigées par l’intérêt général; mais il n’est jamais permis à un instituteur qui a plusieurs élèves de faire le moindre tort à l’un d’eux, quand il devroit en résulter pour les autres les plus grands avantages, car il les a reçus tous individuellement de leurs parents, pour contribuer à leur amélioration, et non pour leur nuire en aucune manière. C’est ici qu’il faut appliquer à la rigueur la règle qui prescrit de ne jamais faire le mal pour qu’il en résulte du bien: à plus forte raison est-elle obligatoire pour ceux qui n’agissent qu’en vertu des lois de la charité; car faire du tort à quelqu’un , c’est prouver qu’on n’est pas son ami. Vous ne croyez pas, j’imagine, qu’il vous soit permis de tuer ou de blesser quel-
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qu'mi, quelque grand crime qu’il ait pu commettre; de voler un riche, quelque mauvais usage qu’il puisse faire de sa fortune, pour donner ses biens aux pauvres ou l’employer à tout autre usage, fùt-ce même à l’usage le plus pieux du monde; •mais assurément je ne vois pas pourquoi il vous serait plus permis d’attaquer, dans des sermons ou des décisions théologiques, la réputation du prochain, c’est-à-dire ce que bien des gens estiment plus que la fortune et la vie, quelque justes que l’on puisse supposer vos reproches; ce serait leur faire autant de tort que si vous leur arrachiez leur fortune ou leur vie. Or je parle ici de votre prochain ; car peut-être demanderez vous qu’on vous laisse le champ plus libre pour attaquer les autres : je sais que vous êtes grand batailleur, et
ne partagent pas entièrement vos opinions religieuses. Je ne veux pas examiner si en tout cela votre conduite est conforme aux règles de la piété: on en pourra juger quand on saura combien vous vous montx’ez charitable même envers vos frères. Je ne cite non plus que les sermons et les décisions t théologiques, pareeque , alans ces circonstances, étant revêtu d’un caractère public , le tort que vous faites est beaucoup plus grave. Je ne veux point affirmer que vous soyez incapable d’accuser jamais aili leurs vos ennemis, soit devant le juge, soit devant
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descautes S'voKT. l 5 j
le public, bien qu’assuréroent cette conduite fût moins convenable de votre part que de la part d’un simple particulier. Cette liberté que l’on prend en pareil cas d’accuser publiquement les autres excède les bornes de la charité, et, comme nous l’avons déjà dit, elle n’a point pour but le bien de eeux qu’on accuse, mais des autres hommes à qui la crainte d’une semblable accusation jjeut donner plus d'éloignement pour le vice. Or écoutez l’apùtre saint Jacques, chapitre iv : Celui qui ôte à son frère, ôte à la loi-, et celui qui juge son frcre , juge la loi. En effet, on\ous accorde le droit, ou plutôt, en votre qualité de prédicateur, on vous a imposé le devoir de reprendre les vices et de tâcher d’en détourner les hommes; mais il y a bien de la différence entre censurer des vices, qui sont généralement reconnus pour tels, et prononcer que telle ou telle personne est sujette à ces vices, ou encore décider que l’on doit juger coupable telle ou telle action que les autres jugent fort innocente ; si vous agissez de la sorte, assurément vous ôtez à la loi et vous jugez la loi, c’est-à-dire que vous accordez plus d autorité à. votre jugement qu’à la loi. En effet, pour décider les questions de droit, vous avez, je pense, vos synodes, où l’on juge d’après l’opinion commune, et pour punir les actes coupables il y a des magistrats. Or j’ai de la peine à «je persuader quêtes personnes.de votre commu-
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mon vous voient avec plaisir vous arroger a vous seul le droit de décider une question de votre autorité privée, et, malgré l’opinion contraire de plusieurs autres théologiens et même de consistoires entiers, persister à faire plus de cas de votre jugement isolé que des avis de tous les autres réunis ; à moins pourtant qu’ils n’aient dessein de vous mettre à la tète de leur Église, dessein que je me garderai bien de combattre, car je craindrois de m'exposer à leurs soupçons , ou de rendre un mauvais service à notre Église. Mais à coup sur je serois grandement surpris si les magistrats , de leur côté, vous permettoient de vous constituer, dans vos thèses et dans vos sermons , juge de la conduite privée de vos concitoyens, et d’attaquer avec si peu de réserve la réputation de tout le monde. Je sais, il est vrai, un prétexte que vous pourriez alléguer pour couvrir cette prétention; car si les prophètes parloient autrefois aux princes avec tant de liberté, vous qui marchez avec tant de sagesse sur les pas de ces divins modèles, dominé par votre zèle, vous ne pouvez supporter rien de contraire, je ne dis pas à la loi de Dieu, mais à ce que vous regardez ou même à ce que vous pouvez feindre de regarder comme la loi de Dieu; et comme vous ne faites aucune acception de personnes, vous vous emportez aussi librement contre des magistrats ou des notables, que
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contre des hommes d’une classe inférieure. Mais,
mon cher monsieur Voet, je vous prie d’observer
que ce droit suprême que les prophètes ont autrefois
exercé contre les rois même ne leur a été accordé
qu’en vertu d’une impulsion extraordinaire et surnaturelle qui leur étoit.donnée par Dieu même, et qu’obéissant à sa volorlté ils netoient pas sujets à l’erreur : aussi ne croyoit-on à leur mission que quand elle étoit attestée par des miracles authentiques. Et pour bien comprendre combien il est difficile que des pouvoirs si vastes vous soient jamais accordés, voyez comment Dieu les caractérise, Jérémie, I : Je t’ai placé aujourd’hui , lui dit-il , au-dessus des peuples et des trônes ; je t’ai donné le pouvoir d’arracher et de détruire , de dissiper et de perdre , d’édifier et de planter. Mais cet homme que Dieu établissoit ainsi au-dessus des peuples et des trônes étoit un individu isolé, n’ayant pas avec lui de conseillers visibles dont il pût prendre les avis; n’ayant de plus aucun caractère public. Aussi n’eùtil pas été raisonnable que les rois et les peuples se soumissent volontairement à ses remontrances, s’il 11’eût prouvé par. des miracles évidents la mission qu’il avoit reçue d’en haut. Quant à vous , vous êtes bien sous un certain rapport l’héritier de ces prophètes extraordinaires; comme eux vous uetenezau- **•' cun corn pte des avis des autres hommes, et comme si vous entreteniez commerce avec Dieu même, vous
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tirez de votre proprÔ fonds toutes vos décisions. Mais jusqu’à présent les miracles vous manquent, et vos ouvrages m’ont appris que votre religion ne feconnoît plus dans ce siècle aucun de ces prophètes qui font des miracles et que tout le monde doit écouter avec soumission. Je me dispenserai donc d’examiner quelle peftt être sur ce sujet l’opinion de notre Église, et de toutes celles qui ne partagent pas votre croyance ; il me suffit de montrer qne vous êtes comme un autre sujet à l’erreur, et que vous n’avez aucun privilège qui vous mette audessus des autres ministres de votre religion; il suit de là que, s’il vous est permis de censurer publiquement, de votre autorité privée, la conduite des magistrats, le même droit appartient à tous vos confrères; or comme vous êtes sujet à l’erreur, et qu autant d’hommes , autant de sentiments , il ne peut résulter de ce droit que de la confusion. Et tout le monde sait avec quel soin , dans une république si puissante, composée de tant de membres, et qui ne peut subsister que par la concorde, on doit s’attacher à prévenir un pareil fléau. Mais, pour ne pas oublier les lois de la charité, comme nous avons coutume de pardonner à nos amis tous les torts qu'ils peuvent avoir envers nous, tant que nous jugeons qu'ils sont réellement nos amis, tandis que nous en voulons plus à ces faux amis , dont les feintes caresses axoient pour but de nous
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faire du tort, qu’à no# ennemis déclarés , de même , s’il arrivoit qu’un théologien animé d’une piété sincère, et qu’op sauroit guidé uniquement par la charité, vînt excéder les bornes de son ministère, on lui pardonneroit aisément; mais qu’un hommç vienne , avec le langage et l’extérieur de Ta piété , montrer dans toutes ses actions la. malignité et la passion de dominejr, il faut nécessairement réprimer toutes ses entreprises.
Maintenant , si j’examine votre conduite dans l’affaire de Bois-le-Duc, je comprends sans peine de quel zèle vous êtes enflammé. D’abord , en considérant les raisons qui ont pu vous engager à nommer cette ville dans des thèses publiques , à blâmer la conduite de son magistrat , à condamner et même à injurier ses principaux citoyens, il est impossible d’en trouver une seule qui respire la charité; vous-même, vous n’avez pu en imaginer «aucune, vous n’en donnez point dans votre livre; seulement vous dites , p. 4 , que vous fûtes consulté sur ce qui se passoit à Bois-le-Duc, par je ne sais quel ministre de cette ville , et que, publiant alors des thèses sur l’idolâtrie indirecte, vous y aviez inséré ce cas , afin d’épargner votre peine. Mais on ne se donne pas moins de peine en insérant dans des thèses une question, et en la faisant imprimer , qu’en la traitant dans fine correspondance familière : tout le monde en conviendra, surtout ceux
(|ui savent qu’on ne inet riej» dans une thèse dont le répondant ne soit tenu de s’instruire; ce qui exige encore quelque travail. Mai% quand il seroit vrai que vous épargniez votre peine, vous n’en feriez pas plus charitable. Certainement vous n’avez eu pour but ni de réformer, ni de servir sous aucun rapport ceux que vous accusiez : car on voit apx pages 35g et, 54 i de votre livre, que vous n’espériez pas que ces thèses leur parvinssent jamais. D’un autre côté vous ne pouviez vous proposer le bien de vos disciples ni d’aucune autre personne , en nommant Bois-le-Duc , et en désignant les auteurs du fait cpie vous blâmiez; au contraire, en citant des hommes distingués, jouissant d’une réputation éminente , dont cette action n’avoit pas éveillé les scrupules , et que tout le monde se plàiroit à imiter, il vous devenoitplus difficile de combattre leur exemple , qu’en séparant de toutes les circonstances le fait que vous censuriez , afin de prévenir les applications. Or, puisque la désignation des personnes n’étoit utile ni à ceux que vous accusiez, ni aux autres, n’est-il pas évident que vous avez eu l’intention de médire? D’où a-t-elle pu vous venir, si ce n’est de votre Empressement à saisir de pareilles occasions pour usurper et affermir sur tous les esprits votre injuste domination ? Vous n’aviez aucune haine personnelle contre ceux que vous avez attaqués; de votre aveu vous ne les
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connoissiez pas ; mais, comptant que vos thèses ne tomberoient jamais dans leurs mains , ou que du moins ils ne les honoreraient pas d’une réponse publique, vous avez cru que vous alliez acquérir une grande autorité , et que les membres de votre académie et tous ceux que la renommée instruiroit de votre conduite, voyant que vous aviez osé impunément condamner des hommes si distingués et une ville si célèbre, respecteraient votre puissance, et n’entreprendraient rien , soit en public, soit en particulier, sans votre approbation, tremblant de s’exposer àvoscalomnies. En usant de tels moyens, quiconque estimpudent, méchant, grand parleur, agréable à la populace , peut aisément acquérir beaucoup de pouvoir, si personne ne démasque ses artifices. Mais, malheureusement pour vous, Desmajrets a prouvé par un écrit public l’innocence de ses concitoyens et l’iniquité de votre acciisation ; le ma? gistratde Bois-le-Duc et d’autres encore ont essayé par différentes lettres de vous décider à garder le
silence jusqu’au jugement du prochain synode, au-
quel ceux que vous aviez accusés protestoient qu’ils vouloient se soumettre. Ainsi vous fûtes réduit à l’alternative ou de jeter le masque de la piété «t de
la charité, en refusant d’écouter leur juste demande; ou de voir s’évanouir presque toutes vos espérances de domination, en vous soumettant à l’autorité des synodes. Vous faites connoitre votre
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choix en publiant le livre sur la confrérie de la Vierge. Vous y disputez la victoire, non par des raisons, non par aucun prétexte spécieux , mais , sans autre soutien que votre obstination et l’audace de vos calomnies. Tout l’ârt de ce livre consiste en ce que vous l’avez fait si long et si ennuyeux, qu’aucune patience d'homme ne suffiroit à le lire tout entier. De plus Desmarets et tous ceux qu’il défend, y sont si souvent accusés, blAmés , condamnés que ceux qui ne feront qu’en parcourir quelques pages , voyant que vous triomphez partout , comme si vous aviez invinciblement démontré la justice de votre cause et les torts de vos adversaires, s’imagineront que vos arguments sont développés dans d’autres pages qu’ils n’auront pas lues. Vous avez trouvé le moyen de grossir le volume, en ramassant une foule de contes pour rendre odieuses* U?s confréries de la Sainte-Vierge , en mettant en pièces le livre de Desmarets , en l’arrangeant en * 1 ieux communs , et en proposant diverses questions, qui certainement ne sont pas charitables; car la charité ne pense pas à mal: or ces questions prouvent que vous y ayez souvent pensé, lorsqu’il n’v avoij pas lieu. Vous racontez aussi dans ce livre comme vos adversaires ont Essayé tous les moyens de vous détourner d'écrire , et comme vous avez persisté , cherchant à faire croire qu’ils se défient de leur cause , et que vous ne doutez pas de votre
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bon droit. Ces suggestions préviendront facilement ceux qui n’examineront pas le fond de la chose, et quant aux autres', en très petit nombre, selon vos espérances , si même il doit s’en trouver , qui compareront le livre de Desmarets avec- le vôtre, et qui pèseront les raisons de part et d’autre , il paroît que vous n’avez compté que sur la crainte pour leur imposer silence. Il est impossible en effet qu’ils ne s’aperçoivent que vous n’apportez pas une seule raison solide pour blâmer la conduite des principaux citoyens de Bois-le-Duc, ni pour défendre la vôtre, si ce n’est que vous niez avec une incroyable audace que vous ayez écrit ce qu’on lit clairement dans vos thèses. Ils connoîtront par là que Desmarets et les habitants de Bois-le-Duc ne se sont nullement défiés de leur cause, que vous n’avez eu aucune espérance de bien défendre la vôtre, et que par conséquent s’ils ont voulu vous détourner d’écrire , ce n’a été que pour conserver la paix de cette Église, et dans l’intérêt de votre honneur; que vous , au contraire , vous avez cherché les querelles et les troubles , pour noircir leur réputation, et pour paroître audacieux, implacable et terrible, afin que personne n’ose désormais vous résister. En effet , puisque vous n’avez pas craint de condamner la conduite suivie par les k principaux citoyens de Bois-le-Duc, pour la sûreté de leur ville et le salut de la république , nul ne
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pourra se croire assez irréprochable , assez élevé en autorité, pour braver vos accusations. Puisque vous êtes si irrité contre Desmarets, et si acharné à le poursuivre , uniquement pour avoir défendu . ses amis avec modération, en vous excusant, autant qu’il le pouvoit , et même en vous donnant des éloges que vous ne méritiez pas, il faut compter, quelques égards qu’on mette à vous avertir, que vous n’y répondrez que par vos fureurs; puisque vous mentez si audacieusement dans votre livre, puisque vous en appelez si souvent à vos thèses qui confondent votre mensonge , et que vous méprisez si ouvertement les lois de la charité, comme d’invention récente, personne ne peut espérer de vous réduire au silence par l’évidence du raisonnement ; enfin , puisque vous paraissez si implacable et si opiniâtre à venger vos moindres injures, que vous ne vous laissez arrêter ni par l’autorité, ni par les avis, ni par les prières des magistrats et des assemblées ecclésiastiques , tout le monde redoutera votre inimitié, et fuira votre rencontre comme celle d’une bête féroce. Si par'ces moyens vous parvenez à sauver votre réputation et à empêcher ceux qui pénétreront la vérité, de la mettre au jour, ou du moins à leur èter toute créance , j’avoue que vous exercerez un grand pouvoir. Mais j’ajouterai ici en peu de mots les raisons qui m’empêchent de croire que vous
réussissiez, et en même temps je ferai connoître vos mérites. *. * ■
Tant que vos injures ne sont tombées que sur les adversaires de vôtre religion , vous avez conservé sans peine quelque réputation de savoir et de piété dans votre parti. Vous imprimiez beaucoup; on attribuoit cette fécondité à votre science : vous employiez souvent l’outrage; on pensoit que vos adversaires le méritoient et que votre zèle en étoit la cause : mais en même temps les dissidents s’indignoient, s’irritoient, et vos livres n’étoient d’aucun usage. Ceux qui les lisoient, peu nombreux d’ailleurs, je l’avoue, y cherchant des raisons et n’y trouvant que des injures, et voyant une cause si mal défendue, en concevoient encore une plus mauvaise opinion; en sorte qu’il est dans l’intérêt de votre religion elle-même que les moyens que vous employez soient signalés , et je peux craindre que ceux de ma communion ne m’accusent de prévariquer en me taisant. Lorsque ensuite on remarqua que vos invectives'ne s’adressoient guère à des péchés connus, mais que vous mettiez votre habileté à en découvrir de nouveaux , si légers que personne n’y trouve de mal, et qui sont propres aux grands plutôt qu’aux gens du peuple ; lorsqu’on vit
que vous en parliez coname de crimes énormes, on
pensa qu’on pouvoit justement vous appliquer les paroles de Jésus-Christ , saint Matth. , ^ ; Ne jugez
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■point, afin que vous ne soyez point Jugés ; car vous serez Jugés selon ce que vous aurez jugé les autres, et on se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servis envers eux. Pourquoi voyez-vous une paille dans l’ail de votre frère, vous qui ne voyez pas une poutre dans votre œil? Ou comment ditesvous à votre frère , Laissez-moi tirer une paille de votre œil , vous qui avez une poutre dans le vôtre ? Hypocrites , ôtez premièrement la poutre de votre œil, et alors vous verrez comment vous pourrez tirer la paille de l'œil de votre frère. Lorsqu’on connoît encore comment vous avez attaqué Regius et comment vous avez voulu étendre , sans aucune ombre de raison , votre censure théologique à des questions purement philosophiques, on n’a pu douter de votre méchanceté. Lorsqu’enfin vous en êtes venu à condamner dans des thèses académiques le magistrat et les principaux habitants d’une ville puissante, pour une chose qui a reçu l’approbation des autres théologiens et de leur consistoire ; à traduire comme un calomniateur leur ministre, qui vous a répondu avec autant de modération que de vérité; à dire des lois de la charité quelles sont de nouvelle date; à soutenir qu’il n’y a pas de rapport entre les synodes et vous; à renier impudemment dans un nouvel ouvrage ce que vous avez écrit dans des thèses publiques ; et à ne vous laisser détourner par aucune raison de faire paraître un
livre si méchant et si injurieux , vous ne sauriez douter que vos supérieurs ne reconnoissent clairement la nécessité de réprimer votre audace. En effet, quelle provocation plus ouverte à la guerre civile que de s’appuyer de l’autorité d’une ville pour condamner dans un écrit public , foible de raisons et fort d’injures, ce qu’a fait une autre ville, non pas d’indifférent, mais d’utile à la république. Vous êtes fâché sans doute de ce que j’écris ; mais que voulez-vous ? Il s’agit du salut commun et de la paix de ce pays que j’habite comme vous depuis plusieurs années. 11 n’est point ici question de la bonté de la mesure que vous avez blâmée ; il ne faut pas attendre qu’un synode détermine s’il est permis à ceux de votre religion d’entrer, avec des catholiques romains, dans quelque société qui soit appelée du nom de la Vierge , et dans laquelle il n’y ait rien de contraire à votre religion ( on y trouveroit sans doute de grandes difficultés); la question est seulement de savoir s’il est permis à un théologien d’une ville de condamner une autre ville de son autorité privée, et de la diffamer autant qu’il est en lui ; et s’il faut penser que ses supérieurs ne jugeront pas, dans leur sagesse et leur équité , qu’il doit être puni. Le châtiment est d’autant plus nécessaire qu’ils connoissent déjà votre opiniâtreté. Si vous n’êtes réprimé , vous serez bientôt d’une audace
insupportable; et tout ce qu’on peut attendre en vous épargnant , c’est que , devenu plus prudent sans devenir meilleur, vous ne nommerez plus les villes à l’avenir, mais, que, suivant, comme vous le dites, votre méthode ordinaire ous désignerez si exactement les actions de ceux que vous voudrez diflâmer , que l’application sera facile ; et vous ne ferez pas moins de mal, sans vous exposer au châtiment. Je 11e dirai pas ici par quelles raisons je crois impossible que vos supérieurs civils ou ecclésiastiques pardonnent à votre conduite; on pourroit croire qu’en vous avertissant , j’ai voulu leur apprendre indirectement ce qu’ils doivent savoir et ce qu’ils savent mieux que moi. Mais il est encore une chose que je ne puis taire, dans l’intérêt du peuple. J’ai toujours entendu dire que c’est une règle suivie dans votre Église de déposer un prédicateur convaincu de quelque péché honteux; par exemple, s’il a commis un adultère, ou un vol, ou un homicide ; coutume sage ; car bien qu’il soit possible que ceux qui font le mal donnent aux autres de bons conseils , jamais cependant leurs paroles h obtiennent la même confiance que s’ils étoient d’une probité irréprochable. Mais certainement il n’est point de péché qui déshonore plus un prédicateur, qui ôte plus à ses paroles toute confiance, et, par conséquent, il n’en est pas qui le rende plus indigne de ses fonctions, que de tomber sans
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descartTïs a voet.
cesse évidemment dans le mensonge , la médisance et la calomnie. Les autres péchés sont étrangers au prêche , et ont leur excuse dans la fragilité humaine. La charité nous oblige même à croire que ceux qui les ont commis abjurent l’intention d’y persévérer, avant d’adresser au peuple leur instruction , et qu’ainsi l'on doit les écouter comme s’ils étoient exempts de péché. On n’a d’ailleurs pas à craindre que personne propose à ses auditeurs l’exemple de l’homicide, de l’adultère ou du vol ; au contraire , si quelqu’un a tué un homme dans un accès de colère, si toute autre passion lui a fait commettre d’autres péchés,souventlerepentirqu’ilen éprouve le rend plus capable d’en détourner les autres que celui qui n’y est jamais tombé. Mais le mensonge, la médisance , la calomnie n’ont jamais plus de liberté que dans le prêche, et nulle part ils ne sont plus coupables. La chaire fut instituée pour l’enseignement de la vérité : le peuple compte quelle en doit descendre; le plus grand vice dans un prédicateur c’est donc le mensonge. La chaire fut encore instituée pour offrir des exemples de piété et de charité chrétienne ; de tous les mensonges il n’en est pas de plus honteux, de plus contraires^ la charité , que ceux qui tendent à nuire au prochain, et qu’on appelle injures et calomnies; il n’en est pas non plus de plus coupables dans un prédicateur. On a vu que vous avez été convaincu d a-
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voir employé plus d’uue fois, dans votre livre, cette sorte de mensonges. Et je ne demande pas qu’on m’en croie sur parole : je n’ai rien avancé qui ne soit évident, d’après les écrits que vous avez publiés ; et si quelques uns ne veulent pas lire vos ouvrages, et qu’ils trouvent injuste de croire mes affirmations plutôt que les dénégations formelles de leur pasteur, ils ne peuvent cependant vous excuser sans condamner Desmarets, votre confrère; car on ne sauroit nier que vous l’accusez souvent dans votre livre de mensonge et de calomnie. Si vous dites vrai, il est indigne de prêcher; mais si vous dites ce qui n’est pas, en l’accusant de calomnie , vous calomniez vous-même; et comme on ne sauroit le soupçonner, je ne vois pas qu’il vous reste aucune excuse.