‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 14 sur 50 · HUITIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

HUITIÈME PARTIE

De la Préface et de la troisième section du livre publié à

Utrecht sur la Philosophie cartésienne.

Je n avois pas encore lu tout entier le livre sur la confrérie de Marie , lorsqu’il en parut un autre sur la Philosophie cartésienne. Plusieurs personnes , qui cqnnoissent ce dernier ouvrage , l’ont jugé itidigne d’une réfutation ; cependant, puisque j’ai entrepris de répondre, je ne peux me taire

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sur une calomnie dont je suis l’objet. J’examinerai ce livre brièvement.

Le premier feuillet porte ce titre : Méthode admirable de la nouvelle philosophie de René Descartes .

Utrecht, chez Jean V an-W œsberge, i645. Point de nom d’auteur, que le mien. Vous avez jugé, sans doute, qu’il achalanderoit vos marchandises mieux quele vôtre. Au second feuillet on lit, en tête d’une longue préface , le nom d’un de vos disciples ; je le tairai, il n’obtiendra pas la gloire d’Érostrate. Il paroît avoir formé sur vous son caractère et son style : on pourroit confondre le maître et lecolier. Craignant de prendre le change , je n’attrihuerai l’ouvrage ni à vous ni à lui exclusivement, je le considérerai comme votre production commune.

Il dit d’abord que mon nom s’est accrédité , depuis quelques années , parmi certains grands , proclamé surtout par la trompette d’un homme assez docte qui n’a pas voulu lui montrer l'antre où je me tiens caché. Cependant ma retraite n’est pas si obscure qu’elle ne soit ouverte aux honnêtes gens et aux savants : si quelqu’un de mes amis n’a pas voulu me le présen ter, alléguant, dit-il, que je suis paucorum homié'num, il ne doit pas s’en prendre à moi , mais à luimême et à l’opinion qu’il donne de lui. Il raconte ensuite qu’il a tu et relu avec une attention opiniâtre •

le livre que je publiai en îôô?, et qu’il est persuadé * que pas un homme , admis au théâtre de la science }

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n’applaudiroit à ces niaiseries d’un esprit sans principes , misérables avortons exposés par leur père. J’en suis fâché pour son jugement, elles ont obtenu plus d’un suffrage. Il ajoute qu’un médecin (Regius) a le premier levé l’étendard de la philosophie cartésienne ; et que , dès le berceau de la nouvelle académie , j’ai aspiré à en devenir le dictateur. — Sans doute les voies dévoient m’être préparées par Regius , qui , avant de m’être connu , y enseignoit la doctrine de rhes écrits. — Mais que cette philosophie, contre l’attente de bien des gens , avoit été proscrite par un seul décret du sénat académique , avec l’approbation du très noble et très illustre magistrat s et qu’avec la grâce de Dieu jamais le ban ne seroit révoqué. Il veut parler sans doute de votre fameux jugement, qui a reçu de moi tous les éloges qu’il mérite dans ma lettre au P. Dinet. Mais quelle raison l’autorise à dire que ce décret a eu l’approbation du magistrat? La même, peut-être, qui vous fait dire que vos thèses sont des décrets de la Faculté de théologie. En effet , il n’y a chez vous qu’une opinion, et tout ce qu’a fait M. Voet, il faut estimer que toute la ville le trouve bon : c’est ce que je croirai quand le livre sur la Confrérie de Marie et celui de la Philosophie cartésienne obtiendront l’approbation publique. Il attaque ensuite la lettre où j’ai rendu compte de votre jugement. Il a cru d’abord, dit-il, que je vou •

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lois éblouir , par le prestige des opinions nouvelles , des riches d’un esprit simple , pour m'approprier leur bourse et leur coffre-fort , etc. ; mais ensuite il a renoncé à celte idée quand il a vu que je portois avec moi des sacs d’écus , dont je me servois pour m’emparer de ce qui devroit'etre plus précieux que tout l’or du monde. Je ne vois pas de quoi je m’empare, si ce n’est peut-être de l’amitié de quelques personnes, et des suffrages du public eu faveur de la nouvelle philosophie. Je n’entends pas davantage de quel crime il m’accuse, lorsqu’il ajoute : Bien qu’il affecte la modestie j tous ses vœux , tous ses efforts tendent à élever , avec le secours- de ses amis et par des moyens indignes d’un honnête homme , une nouvelle tour de Babel , et dans des lieux où l'ancienne philosophie , consacrée pur l’usage, fut toujours enseignée en public et en particulier. Peut-être tient-il pour hérétiques toutes les opinions qui s’éloignent de la philosophie vulgaire, que, par une liberté assez profane, vous nommez orthodoxe. Mais ce qui suit s’entend à merveille. (Pag. iô de la Préface.) J’ai reconnu 3 comme tout le monde peut le voir dans ce traité , qu’ilpartageoitles opinions de V anini ; qu’en feignant d’opposer aux athées des arguments invincibles , il insinue perfidement , et d’une manière insensible, le venin de l’athéisme à ceux qui par simplicité n’aperçoivent pas toujours le serpent caché sous l’herbe. Je reconnois l’odieuse et impudente

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calomnie dont vous avez répandu le poison sur tout votre livre. Il essaie ensuite de réfuter ce que j’ai écrit de vous dans ma lettre au P. Dinet; il le • divise en deux parties : dans l’une il range, dit-il, ce qui est hors de la question; dans l’autre ce qui est essentiel à la cause. 1 0 II regarde comme appartenant à la première l’endroit de ma lettre où je dis qu'en invectivant contre des hommes puissants, vous affectez le zèle d'une piété ardente et intrépide.

Ii se borne à répondre que le magistrat vous a toléré comme citoyen et comme ministre de son église , dans un bourg voisin de Bois-le-Duc , pendant six ans , et à Heusden pendant dix-sept, que dans cet intervalle vous avez été l’objet de fréquentes sollicitations, et qu’enfin vous êtes aujourd’hui professeur de théologie et pasteur à Utrecht. Mais on a vu dans la quatrième partie comment vos semblables se font une réputation : dans je ne sais quel bourg ou village, de bons paysans ont vanté votre faconde; le bruit s’en est répandu ; plusieurs y ont cru sur parole et par charité; des gens qui ne vous connoissoient pas vous ont fait des propositions; et peut-être alors n’avicz-vous pas encore cette audacieuse impudence. Mais votre défenseur me demande quels sont ces hommes puissants qui ont éprouvé l’emportement de votre zèle, comme si l’exemple que vous citez dans le livre sur la Confrérie de la Vierge n’étoit pas connu. 2° Il dit que

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je m’efforce de vous peindre comme embrase du feu d’un zèle ardent et sans frein , pareeque vous attaquez tour à tour la religion romaine et toutes celles qui different de la vôtre. Ce langage est flatteur pour votre vanité; aussi je n’ai ni écrit, ni pensé que vous aviez un zèle de cette espèce, que pourroient louer vos coreligionnaires; j’ai dit qu’en attaquant tour à tour l’Eglise romaine et toutes celles qui différent de la vôtre, en invectivant contre lës / hommes puissants , vous affectiez un zèle ardent , pour établir votre crédit et votre pouvoir sur le peuple. 3° Il se plaint que j’aie écrit que vous charmiez quelquefois même par des plaisanteries les oreilles de la populace. Nouvelle complaisance pour votre vanité: d’abord il omet une épithète. J’ai dit des plaisanteries bouffonnes , c’est-à-dire grossières , communes, froides, sans politesse, tirées du lan- . gage le plus trivial. Ensuite il convient que vous aimez la plaisanterie; car vous prétendez •être piquant, et vous netes qu’afner; mais il assure que vos bons mots ne charment pas seulement la populace , ^

et il ajoute que ta ville d’Ulrecht, grâce à Dieu, renferme encore dans son sein bien des personnes de qualité , qui ne souffriront pas qu’une poignée de calomniateurs uccablent, par le mensonge et de lâches artifices , la piété , le zèle et l'innocence ; la vôtre, sans doute; il n’ose pas lè dire de crainte des rieurs. Cependant vous ne me persuaderez jamais que

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vos bouffonneries vous concilient l’estime des çens bien nés ; mais comme je ne doute pas qu’ils ne vous aient tous favorisé, tant qu’ils vous ont regardé comme un homme pieux et innocent, de même je suis persuadé qu’ils vous détesteront tous dès que vos vices leur seront connus. En attendant je suis charmé d’apprendre que vous vous êtes un peu corrigé de cette bouffonnerie que t je vous ai reprochée. 4° H cite ces paroles : II passe pour être théologien , prédicateur , argumentateur. Il n’en conteste pas la vérité; mais , comme si je vous avois fait injure en vous appelant théologien, prédicateur et argumentateur, il en prend occasion de m’accabler d’injures. 5° , 6° , 7 0 11 me blâme d’avoir dit que vos livres ne méritent pas d'être lus ; que vous citez différents auteurs qui vous sont plus • souvent contraires que favorables , et que vous ne les connaissez peut-être que par les tables. J’ai montré dans la quatrième partie que j’avois raison sur ces trois points; et il n’en prouve la fausseté qu’en vous louant et en m’injuriant, en prenant à témoin les libraires que vos livres ne manquent pas de lecteiirs ; comme si tous le§ livres qui trouvent quelques acheteurs , bonne fortune assez rare pour les vôtres, valoient la' peine d’être lus. Il vous appelle ensuite gourmand de livres : je ne vous dispute pas ce nom; car vous pouvez bien en dévorer beaucoup, mais certainement vous les digérez mal,

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et vous n’en profitez pas. 8° Il déclare faux que vous parliez sur toutes les sciences avec autant d’audace que d’ignorance , comme si vous les connaissiez, afin d’en imposer au vulgaire ; et il s’efforce de jeter sur moi de l’odieux, parceque ceux qyi vous tiennent pour doctes ne sont pas tous ignorants. Mais ce n’est pas non plus ce que j’ai écrit, et mes paroles ne se prêtent pas à cette conséquence; car je n’ai point ajouté dans un membre de phrase subséquent que tous les savants vous regardent comme ignorant, mais seulement que vous êtes méprisé et blâmé par ceux des savants ou des habiles qui n’ignorent pas combien vous êtes toujours prêt à provoquer les querelles , combien de fois dans les discussions vous avez suppléé aux raisons par les injures , et perdu honteusement votre cause. Quant aux autres, quelles que soient leurs lumières, il n’est pas étonnant qu’ils aient cru d’abord à la réputation que vous vous êtes faite parmi les ignorants. Toutefois je suis charmé de vous avoir déjà rendu un peu plus modeste : j’ai vu les premières thèses que vous avez publiées à l’académie d’Utrecht ; j’ai vu comme vous provoquiez tout lo monde, et comme vous vous vantiez de connoître toutes les sciences. Celui qui fut chargé de les examiner vous en fit un reproche ; voici ce que vous lui répondez dans la section in, chapitre IV de votre 1 Thersite :^Il regarde comme dé-

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montrés mon orgueil, mon hypocrisie, ma vanité , parceque j’ai proposé fièrement une foule de questions sur toutes les sciences. De quoi me fait-il un crime ? Est-ce de l’opiniâtreté avec laquelle je me livre à ces études ? Est-ce de ma hardiesse à les introduire dans nos écoles ? Est-ce de l’une et de l’autre ? Plût à Dieu que cet ennemi des muses eût voulu motiver ses reproches ! Et vous montrez ensuite , pur de nom bréux exemples, qu’il ne messied pas à un théologien de posséder des connoissances variées, apparemment pour vous excuser d’ètre un savant universel , reproche agréable à votre orgueil , mais qu’on ne vous faisoit pas, et nulle part je ne vous ai trouvé plus éloquent. Mais aujourd’hui votre disciple, écrivant sous votre dictée, parle ainsi de vous: Use renferme dans les limites de ses études ; et si, pour éclairer l’Écriture et la théologie , il croit devoir emprunter les lumières des sciences , il a recours aux hommes les plus habiles dans la médecine , dans la jurisprudence , dans la chirurgie, dans les mathématiques t etc. Ainsi, cette prétention à la science universelle se rabat à devenir disciple de tout le monde. 9 0 II nie plaisamment que vous ayez coutume de suppléer aux raisons par les injures, et il en appelle à ceux qui assistent à vos discussions de l’académie; mais vos écrits, qui en fournissent mille exemples, sont une preuve plus sûre. io° Il imagine que j’ai écrit que vous n’avez peut-être j a-

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mai s vu Gorlœus ni Taurellus, ce que j’ai dit non de vous, mais de Regius; on croiroit que vous attendiez cette occasion de tirer vanité d’avoir lu des livres qui, de votre aveu, ne sont pas bons. 1 1 0 II essaie d’excuser la sottise, ou, si vous aimez mieux, la méchanceté, avec laquelle vous avez voulu attirer sur ma philosophie le soupçon de magie, parcequ’elle s’occupe de figures, en disant que vous n’attaquiez pas alors ma philosophie , que vous ne connoissiez pas encore , mais qu’un médecin en ayant parlé , vous lui aviez opposé cette objection entre autres arguments ; cela ne revient-il pas au „ même? A la page 128, vous oubliez tous deux ce que vous avez dit; vous revenez à cette même imputation absurde ou perfide, en attribuant à la magie la considération des lignes, des figures et des nombres. Ainsi une clef, une épée , une roue, et toutes les choses dont la figure détermine l’emploi, sont pour vous des instruments de magie. Rien de plus stupide ne peut tomber dans l’esprit humain. 12 0 II affirme que jamais on ne vous a vu prêt à provoquer les querelles ; ceci paroitra plaisant à ceux qui connoissent vos premières thèses ou vos autres écrits. Il u’est pas moins plaisant qu’il suppose que j’aie écrit que plusieurs fois vous avez honteusement perdu votre cause. On diroit que je crois que du moins quelquefois vous l’avez gagnée. Je ne l’ai ni écrit , ni pensé : j’ai dit que plusieurs

fois , dans les discussions ( c’est-à-dire toutes les fois qu’il a fallu disputer, et il l’a fallu souvent), vous avez suppléé aux raisons par les injures, et perdu honteusement votre cause. Il est encore plaisant d’avoir pris ce que j’avois dit de vous dans une ou deux périodes, de l’avoir mis en lambeaux, d’avoir omis les idées principales, et d’avoir reproduit le reste sans ordre et sans suite, afin qu’on ne pût saisir ma pensée. Enfin , je trouve plaisant de supposer que je n’ai écrit contre vous que pour gagner les bonnes grâces des pères jésuites , à qui vous êtes particulièrement en haine , pour avoir combattu quelquefois certains dogmes de l'Église romaine: comme si vous leur étiez très connu, et qu’ils craignissent plus un adversaire qui n’a d’autre arme que l’injure, que ceux qui combattent avec des raisons.

Après avoir ainsi examiné ce qu’il dit être hors de la question , il passe à ce qui est, de son aveu, essentiel à la cause; et premièrement il cite ces paroles de mon écrit : Cependant ce cas a paru assez grave à un recteur théologien pour attaquer un médecin, le condamner comme hérétique , et, si le succès rèpondoit à son espérance , le dépouiller de sa profession, même contre la volonté du magistrat. Mais il n’a garde d’ajouter qu’à l’occasion d’un badinage philosophique vous avez voulu faire condamner Regius comme hérétique, par l’autorité de la faculté de théologie. La conséquence eût été pour lui d’être

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déposé par le magistrat, contre la volonté du magistrat lui-même, puisqu’on ne conserve aucun professeur regardé comme hérétique. Secondement, il rapporte encore un autre passage dans le même sens , et le réfute plaisamment par le témoignage de Regius; il copie deux pages de sa réponse à nos thèses. Regius termine ce morceau par dire ironiquement, et en parlant du passé, que vous lui avez toujours montré de la bienveillance et de l’amitié ; votre apologiste feint de croire qu’il reconnoît sérieusement votre bienveillance et votre amitié dans le moment actuel et depuis la publication des thèses. Il faut que vous ayez peu de témoignages en votre faveur puisque vous invoquez celui-là. Troisièmement , il dit que vous n’êtes pas le seul qui ait combattu Regius, et que quelques autres professeurs ont soutenu dans leurs thèses des opinions contraires aux siennes. C’est ce que ni Regius, ni aucun autre ami de la vérité n’a jamais pu trouver mauvais; et ce n’est pas non plus ce dont je me suis plaint; mais je vous ai reproché d’avoir voulu , sans raison et calomnieusement, l’accuser d’hérésie, et voilà, je pense, ce que vous avez seul entrepris. Quatrièmement , il cite le passage où j’ai dit que vous avez été dans la même cause juge et accusateur , et que vous n’avez attaqué votre collègue comme coupable d’injures , que parcequ’il avoil allégué des raisons si évidentes et si justes, etc. Au h p,J de cet etc., il

devoit ajouter, contre les accusations d’hérésie et d’athéisme que vous lui aviez intentées , qu’il n’a pas permis à la calomnie de le faire tomber dans ses pièges , c’est-à-dire que vous avez été juge dans votre propre cause, et que dans l’accusation vous avez imité Fimbria. Que répond-il à cela? rien, si ce n’est qu’il n’a pas été témoin de ces faits, et qu’il renvoie le lecteur à la relation qui sera, ditil, publiée au premier jour par l’Académie ellemême. Cette réponse est ridicule; car ce passage renferme le principal reproche que je vous aie fait, et si vous aviez quelque bonne excuse c’étoit le moment de la faire valoir. Quand il paroîtroit maintenan t sous le nom de l’Académie quelque publication relative à ce sujet, si elle est conforme à la vérité, elle ne vous servira de rien; et si elle est mensongère, tout le monde sera d’accord pour ne l’attribuer qu’à vous. On connoît le talent de comédien avec lequel vous savez jouer le rôle, tantôt de la faculté de théologie, tantôt de l’Académie, tantôt du sénat, tantôt de la république tout entière, tantôt des églises belges, tantôt d’un prophète ou de l’Esprit-Saint, tantôt enfin de l’un ou de l’autre de vos disciples. Cinquièmement , après avoir cité ce passage où je vous reproche votre plus grande injustice, qui est d’avoir accusé Regius, il ne cherche pas à vous défendre des épithètes qu’il a justement rétorquées contre vous, et que vous lui

aviez données le premier faussement et sans raison ; ruais il essaie d’exciter contre Regius les autres philosophes, en disant que ce qu’il avoit écrit sur vous leur étoit également applicable. Cela est pourtant d’une fausseté évidente : car ils n’avoient pas accepté la condition que vous aviez admise. Vous aviez écrit que les principes de Regius étoient dignes de Chorœbus, parcequ’ils étoient peu nombreux et faciles à connoitre ; vous aviez donc reconnu tacitement qu’on pouvoit donner le nom de Chorœbus à ceux dont les principes réunissoient ces deux qualités; mais les autres philosophes n’avoient pas accordé la même chose; Regius lui-même n’étoil pas de cette opinion; on ne doit donc pas leur appliquer ce qu’il n’a entendu que de vous seul. Ensuite votre avocat renvoie à la relation qui doit paroître dans votre Académie ; il se contente d’invoquer la même autorité sur le sixième point qui regarde les troubles : en attendant il ne répond rien. Septièmement , il se plaint, comme d’une grave injure, que je vous aie appelé recteur turbulent et séditieux, et que j’aie qualifié votre discussion de séditieuse ; et sur cela il me menace de m’intenter une autre fois , dans un autre lieu et par d’autres écrits , une action en injures : comme si mon récit ne démontroit pas clairement que vous avez pu avec justice être appelé séditieux dans l’Académie. Prenez garde maintenant que vos supérieurs.

considérant ce que vous avez écrit contre Bois-le- Duc , ne jugent aussi que vous êtes séditieux dans la république. Et puisque vous me menacez de procès injustes, souffrez donc que je vous prévienne, en vous accusant selon toute justice devant le monde entier. Enfin , il dit que je décerne à Regius le triomphe , parceque sa réponse à vos thèses est restée sans réplique: mais il n’ajoute rien qui ne confirme que ce triomphe est mérité. J’ai dit que les écrits publiés pour vous contre cette réponse ne méritent que le ridicule et le mépris ; il répond que votre fils, éditeur d’un de ces écrits, n’a point traité le sujet ex professo , et que celui de vos élèves sous le nom duquel l’autre a paru l’a publié à votre insu. On voit que vous n’en êtes pas vous-même satisfait; or chacun sait de science certaine que vous êtes l’auteur de celui dont vous feignez d’avoir ignoré la publication. Mais lorsqu’il ajoute que ces écrits n’ont été ni ne doivent être réfutés , il dit la vérité : en effet, des compositions si absurdes sont indignes d’une réfutation. Enfin, lorsqu’il nous invite, Regius et moi, à combattre votre élève plutôt que vous-même , il fait voir que vous avez abandonné votre camp, qu’il n’est plus gardé que par de mauvais soldats à moitié vaincus, qu’en un mot personne ne dispute à Regius la victoire. J’ai cité toutes ces futilités pour montrer que vous n’avez mis dans cette longue préface au-

cune réfutation sérieuse de ce que j’avois écrit sur vous, et que cependant vous ne l’avez faite que pour avoir l’air de me réfuter. Vous dites en finissant que votre livre a quatre parties ; que dans la première vous tracez le portrait de mon disciple ; que dans la seconde vous exposez les principes et la méthode de ma prétendue philosophie ; que dans la troisième vous examinez brièvement , pour en donner une idée , ma métaphysique et quelques unes de mes opinions en physique; que dans la quatrième vous montrez que cette nouvelle méthode philosophique conduit tout droit, non seulement au scepticisme, mais à l’enthousiasme , à l’athéisme et à la frénésie. Enfin vous citez ce que j’ai écrit de Regius, page 174 de ma lettre au P. Dinet : Il lut ma Dioptrique et mes Météores dès qu’ils eurent paru, et aussitôt il jugea qu’il s’y trouvoit quelques principes d’ une philosophie véritable. Il les recueillit avec soin, il en déduisit de nouveaux , et telle fut sa sagacité , qu’en peu de mois il en forma un système complet de physiologie. Vous concluez de ces paroles, avec votre justice ordinaire , que vous avez raison de m’attribuer les thèses et les leçons de Regius. En effet , avant de m’ètre connu il a lu mes écrits: par des analyses et des déductions , il a composé une physiologie : donc toute cette physiologie doit être regardée comme m’appartenant; chacun voit labsurdité.

Cependant, telle est ma confiance dans l’esprit

éclairé et pénétrant de Regius, qu’il n’a, je pense, rien écrit que je ne puisse avouer hardiment : c’est ici que se découvre l’impudence de la calomnie que vous préparez. Dans tout votre ouvrage vous ne citez pas même une seule fois mes Météores , ma Dioptrique, ni mes Méditations, seuls écrits où j’aie fait connoître ma philosophie; on peut en conclure que vous ne les entendez pas, et cepen-^. dant vous osez faire paroître un gros volume d’injures contre cette philosophie, qui ne vous est pas moins étrangère qu’aux hommes les plus ignorants; et, pour avoir l’air de dire quelque chose, vous attaquez un petit nombre de passages des leçons de Regius , non par des raisons , mais par des mots vides de sens. Ces vains discours auroient pu tout aussi bien se rapporter à tout autre de mes écrits; mais parceque les leçons deRegius n’ont pas été publiées , vous avez espéré qu’il seroit plus difficile et plus rare de découvrir quelle incroyable ignorance se joint à votre méchanceté.

J’ai déjà examiné assez longuement dans la troisième et la cinquième partie, les deux premières sections de votre livre; il est inutile d’y revenir : je pourrois ne rien dire sur les suivantes; car je sais bien qu’aucun homme d’esprit ne pourra les lire sans les mépriser et sans les reconnoître pour d’absurdes et impudentes calomnies. Cependant, afin de ne rien négliger de ce qui peut paroître me

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regarder, je vais encore parcourir les deux dernières sections. Dans la troisième, après avoir équivoqué ridiculement sur le nom de théologie , vous paroissez enfin vouloir combattre quelque partie de mes Méditations; non que vous les attaquiez réellement , vous craindriez de faire voir que vous ne les comprenez pas; mais vous avez trouvé foçt à propos , à la fin de ma réponse aux secondes objections, une espèce d'index des propositions principales que jéai développées ; vous avez osé en transcrire trois ou quatre passages, espérant qu’il vous seroit difficile de tomber dans aucune erreur qui trahît votre ignorance; néanmoins vous avez mal compté, car vous avez nié précisément ce qu’il y a de plus évident. Ainsi , d’abord (pag. 1 74)* vou s niez que tout le monde puisse faire ce raisonnement : Je pense, donc j’existe. Vous voulez qu’un sceptique conclue seulement de l’antécédent qu’il lui semble qu’il existe; comme si, quelque sceptique que soit un être raisonnable, il pouvoit lui sembler qu’il existe, sans qu’il comprenne d’abord qu’il existe réellement , puisqu’il lui semble qu’il existe. Vous niez donc une proposition telle qu’il n’en est de plus évidente en aucune science. Page 177, vous citez, comme étant de moi, quelques mots de l’auteur des premières objections, et vous les appelez mon premier argument contre les athées; mais vous n’avez pu

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l’extraire de mes écrits, car vous ne les entendez pas. Ensuite vous faites des objections indignes d’èlre citées : tout ce qu’elles prouvent, c’est que le premier venu ne parlerait pas sur ces sujets avec autant d’impertinence. Pag. 180, 1 83 et 189: Mais voici une de vos imaginations, telle que j’en ai déjà trouvé une dans votre Thersite et dans vos livres sur l’athéisme. Vous feignez de croire que les raisons par lesquelles je démontre l’existence de Dieu n’ont de valeur gue pour ceux qui savent déjà qu’il existe, parcequ’elles ne dépendent que d’idées innées : mais il faut remarquer que toutes les choses dont la connoissance est dite nous avoir été donnée par la nature, ne sont pas pour cela expressément connues de nous, mais seulement que nous pouvons les connoître, indépendamment de l’expérience des sens et par les propres forces de l’esprit. Telles sont toutes les vérités géométriques, non seulement les plus immédiates, mais aussi les plus abstruses. Ainsi, dans Platon, Socrate interroge un enfant sur les éléments de la géométrie, et posant des questions de manière à lui faire trouver dans son esprit certaines vérités qu’il n’y avoit pas remarquées auparavant, il essaie ainsi de prouver que ses connoissances sont des souvenirs. Telle est aussi la notion de Dieu : et quand vous en concluez, dans votre Thersite, et dans vos livres sur l’athéisme,

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que personne n’esl athée spéculativement, c’est-àdire qu’il n’est personne qui ne reconnoisse en quelque manière l’existence de Dieu, vous tombez dans une aussi grande absurdité que si, de ce que toutes les vérités géométriques sont dites innées dans le même sens, vous alliez conclure qu’il n’est personne au monde qui ne sache les éléments d’Euclide. Pag. 1 90 : Vous niez que tout ce que nous concevons clairement , puisse être produit par Dieu, comme nous le concevons; et votre raison est que nous concevons clairement deux choses contradictoires à ta fois , et que cependant elles ne peuvent exister en même temps. Sophisme puéril! En effet, nous 11e concevons pas que des choses contradictoires puissent être produites à la fois , et par conséquent pour qu’elles soient produites comme nous les concevons, elles ne doivent pas l’être à la fois. Pag. 191 : Vous dites qu’on ne prouve pas l’immortalité de l’âme de l’homme, en montrant que, par la puissance extraordinaire de Dieu, elle peut exister indépendamment du corps , parcequ’on peut en dire autant de l’âme du chien. Je le nie : l’âme du chien étant corporelle , en d’autres termes, étant une espèce de matière subtile, il est contradictoire de la séparer du corps. Les autres idées que vous mêlez à celles - là sont tellement étrangères au sujet , qu’on croiroit plutôt entendre le babil incohérent d’un perroquet que

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