‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 17 sur 50 · T) ESC A R T F. S A VOET · texte numérisé non relu

T) ESC A R T F. S A VOET

vous défendez, vous nourrissez l’athéisme. Je ne m’étonne plus, monsieur Voet, que vous, qui avez écrit quatre livres sur l’athéisme, vous n’ayez pas proposé le moindre argument pour prouver l’existence de Dieu , ou pour attaquer l’athéisfne, mais qu’au contraire vous protestiez que c’est chose très difficile ; vous craigniez sans doute d’être comparé à Vanini, parceque vous aviez entendu dire • qu’il avait écrit contre les athées , et que cependant il avait été brûlé pour athéisme. Mais vous auriez dû remarquer qu’il ne fut pas brûlé pour, ses écrits publics: bien qu’ils ne contiennent que des arguments foibles, et peut-être équivoques à dessein , cependant ils ne l’exposèrent à aucun danger; mais il fut condamné pour des actions et des paroles privées , qu’on prouvoit par témoins.

Au reste , vous vous embarrassez peu de vos paroles, pourvu que vous puissiez calomnier, et l’on pourroit croire que vous n’avez même jamais lu les ouvrages de Vanini; car vous écrivez partoul V aninius, au- lieu de V aninus ; et, comme la même erreur se retrouvé continuellement dans vos livres sur l’athéisme, plusieurs jugeront peut-être que ce dernier ouvrage sur la philosophie cartésienne est sorti de votre plume. Cependant je ne désire pas de le persuader au lecteur; il me suffit qu’il ait été écrit pour vous et publié à voire connoissance et avec votre consenlement, pour que j’aie

le droit de vous accuser d’injure, autant que l’auteur qui s’est nommé.

Au dernier chapitre, page 268, vous affirmez que ma méthode ne produit pas des philosophes, mais des fous et des frénétiques : vous n’en donnez qu’une seule raison , c’est que j’ai écrit qu’il faut détacher l’ esprit des sens pour comprendre les choses divines. Je le vois, vous ne voulez ni méditer ni penser à Dieu, de peur de devenir frénétiques. Je n’ai pas besoin maintenant de chercher l’origine de ces faux bruits qu’on répand sur les disciples de Regius : j’entends dire qu’après avoir quitté Utrecht, ils sont tombés dans le délire; vous m’expliquez tout, page 269, en disant que vous ne voulez pas rassembler les exemples de ceux que la nouvelle philosophie a récemment transformés de prêtres de la sagesse en mystagogues et en initiés de la folie. Sans doute vous ne voulez pas les nommer, afin que la fausseté de vos calomnies 11e soit pas trop manifeste; mais cependant vous voulez^ faire accroire que quelques têtes ont été tournées : privés de tout prétexte de médire, il vous reste la rage pour calomnier; et je vois que ma philosophie a le pouvoir de rendre fous, non pas ceux qui l’approuvent et la cultivent , mais les envieux qu’elle désespère.

Mais je ne me plains pas que vous détourniez les hommes d’embrasser ma philosophie , en leur taisant craindre le délire et l’enthousiasme; peu

m’importe que vous la nommiez ridicule , absurde, fausse ; que je sois ignorant , que je m’abuse , que j’aie mis par erreur dans mes écrits quelque opinion mauvaise : quelle quelle soit , comme je ne l’ai jamais imposée à personne , comme je ne l’ai autorisée par aucun artifice, mais que je l’ai simplement exposée, afin que chacun en usât à ses risques et périls, ma faute ne sauroit être si pernicieuse, si énorme qu’il faille inculper mon caractère. Je ne suis pas l’auteur de mes facultés, je n’ai pas choisi l’esprit qui m’anime ; je ne puis répondre que des actes de ma volonté dont Dieu m’a remis la conduite. Mais quand vous m’appelez en mille cndroifs de votre livre menteur , fourbe , trompeur , et qu’ensuite vous finissez par affirmer que je travaille 9 par les mêmes moyens que V anini , à élever dans l r âme des ignorants le trône de l’athéisme , afin de persuader au lecteur que je veux atteindre ce but par des moyens indignes d’un honnête homme, vous attaquez mon caractère , qui dépend de ma volonté , et je mauquerois à l’honneur et à mes devoirs envers Dieu si je ne me plaignois d’une si exécrable calomnie. Sans doute, si j’étois tel que vous me représentez dans ce livre, on ne devroit me souffrir dans aucun état bien réglé; je vais plus loin, si j’avois donné lien par ma faute de me soupçonner , même à tort, d’un si grand crime, ceux parmi lesquels j’habiterois auroient raison

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de me bannir , et ainsi je serois exclu de tous les pays du monde. Et toutefois, dans l’opinion de quelques personnes, s’ils doivent être ouverts à quelqu’un, c’est à moi, puisque je me livre à des études qui peuvent servir tout le genre humain , et qui ne peuvent nuire à aucun individu. Mes devoirs envers Dieu m’obligent aussi de résister à vos calomnies : si vous étiez crus, le fruit des raisonnements par lesquels je me suis efforcé de renverser l’athéisme , en démontrant l’existence de Dieu, seroit anéanti; on n’y auroit plus confiance, si moi, leur auteur, j^tois suspect d’athéisme. Ii est vrai que ce que vous avez écrit contre moi est si absurde, si éloigné de toute apparence de vérité , que, publié dans un livre anonyme et sans l’appui d’aucune autorité, je l’aurois méprisé. Il est encore vrai que vos noms ne l’autorisent guère auprès de ceux qui nous connoissent vous et moi. Mais je dois songer surtout aux étrangers et à la postérité. En effet, votre livre porte le nom d’un professeur de philosophie de l’académie de Groningue; on vous en croit généralement l’auteur , et le bruit s’en est répandu dans les pays étrangers; je le sais depuis plusieurs mois par les lettres que j’ai reçues; dans ce livre qu’on croit, de vous, page 1 6 1 , vous êtes appelé-Za lumière et l’ornement des églises réformées , et partout qualifié de très pieux et très vertueux , ce que les étrangers , qui

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ne vous connaissent pàs, 11e pourront croire que vous ayez laissé écrire, s’il pouvoit s’élever un seul contradicteur; enfin ce livre a été publié sous mes yeux, dans la ville d’Utrecht, où le très noble et très illustre magistrat s’est toujours montré sévère à prohiber les libelles, au point d’avoir interdit dans la ville la vente de la réponse que fit Regius à vos thèses , réponse dont on connoît la décence et la modération : or , si je négligeois de défendre ma cause, ceux qui liront votre livre n’y trouveront sans doute aucun raisonnement qui puisse faire croire à la vérité de ce que vous avez écrit de moi , mais ils ne pourroient cependant se persuader que vous eussiez pris à ce point la liberté de me calomnier et de m’accabler d’injures, que vous fussiez restés impunis, et que j’eusse gardé le silence, si, intimidé par ma conscience, 'je n’osois pas me défendre^ibliquement ni me plaindre de vos injures aux magistrats. J’ai donc cru de mon devoir , non seulement de répondre au livre sur la philosophie cartésienne, mais, voyant que c’étoit surtout votre nom qui l’autorisoit , d’exposer brièvement vos actions, votre doctrine et vos mérites , afin de montrer quelle confiance on devoit vous accorder; et, comme vous avez publié dans le même temps le livre sur la confrérie de la Vierge , qui peut servir à mon objet, je n’ai pas non plus négligé de l’examiner. Il me reste encore à me

plaindre de vos calomnies? au magistrat; car il semble que je ne doive pas renoncer à ce moyen ; d’autant plus que vous m’avez menacé quelquefois décrits d’une autre espèce, c’est-à-dire d’une accusation d’injures à la manière de Fimbria, parceque , frappé par votre décret académique , j’ai osé vous répondre, et que je n’ai pas tendu la gorge à vos coups. Cependant, comme, par amour de la • paix et du repos, je n’ai jamais appelé personne en justice, et que je suis tellement étranger au barreau que j’ignore même aujourd’hui à quels juges ressortit une cause de ce genre ; et comme les délits publiquement connus, lors même qu’ils ne sont pas l’objet d’une plainte particulière , sont ordinairement punis par l’autorité publique, je me contenterai d’avoir mis au grand jour vos calomnies et d’avoir rendu difficile qu’elles échappent à la vigilance de ceux que la loi charjg d’en connoître.

Et d’abord , pour plaider ici en peu de mots la cause de votre professeur de Groningue , je désire que ceux à qui il appartient d’en juger considèrent qu’il n’y avoit rien jusqu’alors entre lui et moi ; que, malgré vos ressentiments, et quoiqu’il vous nomme son maître, il n’a aucun droit de m’attaquer; que par conséquent ils n’ont pas besoin d’examiner si vous avez tort ou raison de m’en vouloir. Qu’ils considèrent aussi que je ne me plains pas de ce qu’il attaque mes opinions philoso-

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phiques ; il est libre de les trouver fausses, ridicules, absurdes : elles n’intéressent pas mon caractère , mais seulement mon esprit, et cependant vous êtes convenus que je netois pas sans talent. Bien plus , je passe sous silence toutes ses injures ; je ne demande justice que d’une seule : à la page i3 desa préface, et dans tout l’avant-dernier chapitre de son livre , il dit expressément que j'enseigne l'athéisme d'une manière perfide et insensible, et il tâche de le faire croire par des raisons méchamment inventées. Toute la question est renfermée dans ces deux passages; on peut, si l’on veut, ne pas lire tout le reste; il est inutile de chercher d’autres témoignages. Si les raisons qu’il y a données prouvent , , ou que je suis athée, ou que j’enseigne l’athéisme , ou seulement que j’aie donné quelque sujet de le soupçonner ; si même il peut apporter quelques nouvelles raisons qui démontrent ce qu’il a avancé , point de doute , je dois être très sévèrement puni , et je ne demande aucune grâce, aucun pardon : si au contraire , comme j’en suis certain , il n’en a point de meilleures que celles qu’il a déjà exposées, et si, comme je suis sûr que tout juge équitable en sera frappé , l’on n’en peut rien conclure , si ce n’est qu’il calomnie avec une odieuse effronterie, je supplie les tribunaux, autant qu’il est en moi, de décider une fois si la calomnie ne sera jamais punie dans ce pays. Car celle-ci est si

odieuse , si inexcusable et si publique qu’elle ne peut rester impunie, sans paroître autoriser toutes les autres. Je sajs bien que les citoyens de ces provinces aiment passionnément la liberté ; mais je m’assure que cette liberté consiste dans la sécurité tles bons et des innocents , et non dans l’impunité des méchants ; et comme la sûreté des bons est incompatible avec la liberté de nuire accordée aux méchants, je crois que la liberté de cette république consiste surtout dans l’égalité des droits de tous, dans l’incorruptible équité des jugements, qui protègent l’offensé contre l’agresseur, sans acception de personnes, sinon avec rigueur et cruauté, du moins avec une infaillible vigilance. On peut quelquefois fermer les yeux sur des calomnies moins graves et plus obscures; mais aucune ne saurait être plus grave ni plus éclatante. Le parricide, celui qui brûle ou qui trahit sa ville natale , sont moins coupables que celui qui enseigne frauduleusement l’athéisme : car il faut observer que vous dites, non pas que je suis athée, on pourrait me croire plus ignorant que coupable ; mais que j’insinue aux autres perfidement et d’une manière insensible le venin de l’athéisme. C’est m’accuser de la trahison la plus coupable et la plus insidieuse; c’est un crime plus exécrable d’être infidèle à Dieu que de trahir sa patrie ou ses parents. Et, pour donner de moi cette opinion au lecteur , vous

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m’appelez cent fois dans votre livre menteur, fourbe, trompeur ; si je mérite ces noms, ou si jamais vous m’avez convaincu de mensonge ou de la moindre fraude, ou si vous pouvez prouver qu’un autre m’y ait surpris, que votre professeur de Groningue soit absous, j’y consens, et que je sois puni à sa place. Mais si , par la méchanceté la plus raffinée, vous n’avez accablé de tant d’injures un homme qui devoit plus qu’un autre être à l’abri de pareils soupçons, que pour faire croire qu’il enseignoit secrètement l’athéisme , chez quelle nation , je vous le demande, cet attentat peutil rester impuni ? Ajoutez que votre calomnie n’est pas seulement connue d’une ou deux personnes , mais que vous l’avez répandue par toute la terre. Tl y a trois ans, lorsqu’on publia contre moi, à La Haye, un libelle anonyme, si foible de raisons, que le vôtre, tout supérieur qu’il est en méchanceté, ne peut que lui être égalé pour la foiblesse et l’absurdité , beaucoup de gens , en France, en Angleterre et ailleurs, désirèrent d’abord de le voir, et après l’avoir lu, ils furent dans l’indignation et dans l’étonnement , que chez un peuple aussi poli, on pût tolérer tant de grossièreté et d’impertinence. Que vont-ils dire, aujourd’hui qu’outre la foiblesse des raisons et l’indignité des injures , ils trouveront encore vos odieuses calomnies? Que diront-ils en apprenant

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qu’un professeur de philosophie d’une academie se vante d’être l’auteur 4 du livre , et que vous , professeur de théologie dans une autre académie , vous qui voulez passer pour la lumière et l’ornement des églises des Provinces-Unies , vous en êtes regardé comme le principal auteur ? Ils ne croiront pas sans doute que vous êtes payé par letat pour composer de pareils livres , pour apprendre à la jeunesse l’art de mentir avec tant d’impudence , d’invectiver avec tant d’injustice, de calomnier avec tant de licence et d’infamie , et pour déshonorer ainsi vos académies chez les étrangers. Si ces considérations frappent les autorités dont relève votre professeur de Groningue , je ne pense pas qu’il puisse trouver auprès d’elles aucune excuse.

Quant à vous, je prévois ce que vous allez dire ; vous nierez tout audacieusement; vous ne reconnoîtrez pas le livre sur la philosophie cartésienne, peut-être en promettrez-vous un autre sur te tombeau de l’orgueil de Descaries , et de sa curiosité excessive et inouïe dans une académie, une république et une église étrangères ; vous ajouterez que vous ne pensez pas qu’il plaise aux gens sages qu’un étranger obscur, professant extérieurement le papisme , mais au fond candidat du scepticisme , sition de l’athéisme , proteste continuellement qu’il ne touche, ni à la théologie , ni aux matières ecclésiastiques ,

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tandis que sous prétexte de discussions philosophiques, il dirige toutes ses attaques contre les seuls théologiens , laissant en paix les médecins et les philosophes, qu’il pénétre furtivement dans le domaine de la théologie et de la police ecclésiastique , et qu’il médite de troubler les églises et les académies ; qu’on ne doit attendre de ces attentats , comme le savent ceux qui connaissent le caractère des habitants des Provinces-V nies , que l’ ébranlement de la république et des dissensions parmi les grands. C’est en ces termes que vous concluez les Paratipomënes de la préface. Tout cela est si impertinent et si absurde , que les bons paysans du village où vous avez été prédicateur n’y ajouteroient inème pas foi ; à plus forte raison ne dois-je pas craindre que vous en tiriez quelque utilité dans une ville aussi éclairée qu’aucune autre des Provinces-) Unies. Car, premièrement, quand vous ne seriez pas l’auteur du livre sur la philosophie cartésienne (et en effet de savants critiques pensent que vous n’en avez fourni que le fond , bien que, le jugeant par les pensées plutôt que par les mots, j’aie dit plus haut qu’il étoit évidemment de vous), il suffit qu’il ait été publié pour vous et de concert avec vous, pour que vous soyez aussi coupable que si vous l’aviez écrit seul. Ensuite, quand vous me reprochez de montrer une curiosité excessive dans une académie, une église et une république, où je suis étranger, parceqlîè

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j’ai osé examiner le jugement publié contre moi sous le nom de voire académie, que je vous en ai considéré, sinon comme l’unique, du moins comme le principal auteur (ce qui est incontestable, puisque vous étiez alors recteur de l’académie, et que vous avez présidé à ce jugement ); enfin , parceque j’ai tracé le tableau de quelques uns de vos vices, afin de décréditer vos calomnies. Qui ne voit que vous imitez l’iniquité de Fimbria'PYousvoulez qu’il vous soit permis de me déshonorer, moi , sur qui vous n’eûtes jamais aucun droit; et vous m’accusez d’orgueil, parceque j’ai murmuré contre votre insolente tyrannie. Sans doute vous faites injure à votre académie, à votre république et à votre Église, en voulant que vos vices soient une partie d’elles mêmes, un objet sacré interdit aux regards profanes d’un étranger. Vous avez autrefois porté contre Desmarets la même accusation de curiosité, pârcequ’il avoit osé examiner vos thèses sacrées. Et vous, n’étiez-vous pas coupable d’une curiosité excessive dans une république étrangère, lorsque vous accusiez d’idolâtrie , dans ces mêmes thèses , les principaux habitants de Bois-le-Duc? Ce seroit une merveille que vous pussiez persuader à leurs seigneuries que la puissance d’un professeur de théologie dans votre nouvelle académie doit être assez grande pour condamner, à son gré et sans

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raison, par jugements publics; et qu’il ne doit pas être permis à ceux qu’il a ainsi condamnés de murmurer contre ses arrêts , sans encourir d’abord l’accusation de curiosité excessive dans une république étrangère, sans qu’on dise qu’i/x pénètrent furtivement dans le domaine sacré de la théologie et de voire police ecclésiastique, et qu’ils méditent de troubler les églises et les académies. En vérité, vous laites beaucoup d’honneur à votre Église, si vous prétendez que vos calomnies composent son domaine; en sorte que personne ne puisse s’en plaindre sans entreprendre d’en troubler la paix. Vainement m appellerez-vous étranger et papiste; je' . n’ai pas besoin de dire que, par la nature des traités de mon souverain avec la république, quand j’y aborderois aujourd’hui pour la première fois, je devrois cependant jouir de droits égaux à ceux des indigènes. Je ne dirai pas non plus que j’habite ce pays depuis tant d’années, que j’y suis si bien connu des honnêtes gens que, quand je serois d’une nation ennemie, je ne devrois plus passer pour étranger. Il est également inutile que je réclame la liberté religieuse qui nous est accordée, par vos lois; mais j’aflirme que votre livre ren-s ferme des mensonges si coupables, des injures si basses, des calomnies si odieuses, qu’un ennemi ne pourroit les proférer contre un ennemi , un chrétien contre un infidèle, sans faire preuve d’une

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perversité coupable. J’ajoute que j’ai trouvé tant de politesse dans cette nation , que j’ai reçu de tous ceux que j’ai fréquenté tant de témoignages d’amitié, que j’ai éprouvé de la part de tout le monde tant de bonté et d’obligeance , tant d’éloignement pour cette licence brutale et grossière qui vous porte à attaquer les hommes les plus innocents et que vous connoissez le moins, que je ne doute pas que vous ne soyez l’objet d’une plus grande aversion parmi vos compatriotes que Tes étrangers d’aucun pays. Enfin , d’après la connoissance que j’ai du caractère national, je pense que 1 autorité, à l’exemple de Dieu , diffère souvent la punition des coupables; mais que, quand leur audace s’est augmentée au point quelle juge nécessaire de la réprimer, aucun crédit ne peut la corrompre, aucune yaiue parole la tromper. Vous, qui déshonorez votre religion et votre profession en publiant des livres sans raison , sans charité, et qui ne sont remplis que de calomnies, prenez garde qu’elle ne juge, quelle ne compromette son équité en différant de vous punir.

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