‹ Œuvres de DescartesChapitre 24 sur 106 · DD VIDE. · texte numérisé non relu

DD VIDE.

Vous assurez que non seulement il n’y a point de vide en la nature, mais ‘même qu’il n’y en peut avoir : ce qui semble déroger à la toute-puissance de Dieu. Quoi donc ,. Dieu ne peut-il pas réduire au néant le vin qui est contenu dans un tonneau, et n’y produire aucun autre corps en sa place, ou ne pas souffrir qu’il y entre aucun autre, quoique ce dernier ne soit pas nécessaire , puisque le vin étant une fois anéanti , aucun autre corps ne pourroit rentrer en sa place qu’il ne laissât une autre place vide en la nature? D’où il suit , ou que Dieu conserve nécessairement tous les corps , ou que s’il peut en réduire un au néant, il peut aussi y avoir du vide.

Mais, dites-vous, s’il y avoit du vide, ce vide auroit toutes les propriétés du corps , comme sont la longueur, la largeur, la profondeur, la divisibilité , et ainsi du reste , et par conséquent ce seroit uil vrai corps.

Je réponds que ce vide qui est un néant n’a aucune propriété, mais seulement la concavité du tonneau, dont les parties sont éloignées de tant de pieds l’une de l’autre ; et certes le corps contenu entre les côtés de ce tonneau ne contribue rien à cela ; ce qui fait que ce n’est pas merveille si ce corps étant ôté les mêmes propriétés conviennent

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encore à cette concavité. Car puisque le tonneau et le vin , ou quelque autre corps que ce puisse être qui soit contenu entre les côtés du tonneau , sont deux substances tqut-à-fait diverses, chacune desquelles peut être conçue sans l’autre comme une chose complète ; je vous demande si , lorsque je considère le tonneau séparément, je ne puis pas mesurer sa concavité, voir combien il y a de pieds depuis un fond jusqu’à l’autre , et quel est le diamètre de sa concavité cylindrique, et ainsi du reste. Aussi je prétends seulement que ces propriétés demeurent, le corps qui étoit contenu dedans étant anéanti , et non pas celles qui appartenaient particulièrement à ce corps; comme par exemple, que ses parties pouvoient être séparées les unes des autres et être agitées en diverses façons.

Quoi qu’il en soit, j’aimerois mieux avouer mon

ignorance que de me. persuader que Dieu conserve *

nécessairement tous les corps , ou du moins qu’il n’en peut anéantir aucun, qu’en même temps il n’en crée un autre.

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Voilà , monsieur , ce que j’ai jugé avoir besoin d’une explication plus exacte en ce que vous avez écrit. Que si les prières d’un homme inconnu n’ont pas assez de force pour obtenir cela de vous, j’espère que le grand amour que j’ai pour la vérité, qui seule m’a donné la hardiesse de vous écrire, et qui vous fait aimer de tous ceux qui la chérissent,

vous portera à m’accorder l’effet, de ma prière , et à satisfaire à tous mçs doutes , et même à ma curiosité, Je suis , etc.

( Lettre 4 du tome IL. "Version. ) , £

Monsieur,

• ’ Encore que l’auteur defc objections qui me furent hier envoyées, n’ait point voulu être connu ni de nom ni de visage , toutefois *1 n’a pu si bien se cacher qu’il ne se soit fait connoître par fa partie quiest'en lui la meilleure, ’à savoir par l'esprit; et ■ pourceque je reconnois qu’il„est fort subtil et fort savant , je n’aurai point de honte d’être vaincu, et enseigné par un homme de sa soçte:* mais pourcequ’il dit lui-même, qu’il ne s’est point adressé à 'moi à dessein de contester, mais seulement par un pur désir de .découvrir la vérité, je lui répondrai’ ici en peu de mots,( afin de réserver quelque chose pour son entretien. Car je crois qu’on peut agir

ni us sûrement par lettres avec ceux qui aiment la r *.<•.' i i '* i

dispute;» mais pour ceux qui né cherchent, que

■ « Datée dn iO juillet 1647.» : . « . '

la vérité, l’entrevue et la vive voix est big, COm

mod&fcobstË'/ f . VV ’ >

•„*, *,ni^e «f* ^ qu'il ) a en nom deux sŒiW^de njeraoires; mais je me persuade que 1 aine enfant n a jamais eu de conceptions pures m^seulefeenWes sensations confuses; et encore? queues sensations confuses laissent quelques vestiges dans le cerveau, qui y demeurent durant tout le reste de la vie,“c?s vestiges néanmoins ne' su|6^nt pas pour nous faire connoître que les sensations qui nous arrivent, étant adultes sont semblables à celles que nous avoi^ eues dans le: ventre dé «nos mères, ni par conséquent pour nous en faire ressouvenir * à causé que cela dépond de quelque réflexion de l’entendement, ou de la mémoire intellectuelle , dont on n’a pas Jusage quand on est nu ventre de sa mère. Mais il me semble qu’il est nécessaire que lnme pense toujcJurs actuellement, pourceque la pensée constitue son essence, ainsi que 1 extension constitue l’essence du corps • et la pensée n est pas cônçue comme un attribut qui peut être joint ou séparé de ’la chose qui pense, ainsi que l’on conçoit dans le corps là division des parties , ou le mouvement. *

Ce que, vqus proposez ensuite touchant la durée et le temps est fondé sur l’opinion de l’école de laquelle je 'suis fort éloigné; à savoir que. là durée du mouvement est d’qnè, autre n.^ue que

la durée des choses qui ue sont point mues, ainsi que j’ai expliqué en l’article 57 de la première partie des Principes ; et quoiqu’il n’y eût point du t,out de corps au monde, toutefois on' ne pourroit pas dire que la durée de l’esprit humain fut tout à la fois tout entière, ainsi qu’on le peut dire de la durée de Dieu , pourceque nous connoissons manifestement de la succession dans nos pensées , ce que l’on ne peut admettre dans les pensées de Dieu : et l’on conçoit clairement qu’il se peut faire que j’existe au moment auquel je pense à une certaine chose , et toutefois que je cesse d’exister au moment qui le suit immédiatement, auquel je pourrai penser à quelque aufre chose, s il anivi qüe j’existe.

Cet axiome, à savoir, que ce qui peut faire le ’plus peut aussi faire le moins, me semble clair de soi-même , lorsqu’il s’agit des causes premières et non limitées ; mais lorsqu’il s’agit d’une cause déterminée à quelque effet, l’on dit ordinairement que c’est quelque chose dé plus, pour une telle cause, de produire un autre effet que de produire celui auquel elle est déterminée par sa nature, auquel sens c’est une chose plus grande à un homme de mouvoir la terre de sa place que d entendre et de concevoir. C’est aussi une chose plus grande de se conserver que de se. donner quelques unes des perfections que nous apercevons

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qui nous manquent; et cela suffit pour la force de mon argument, encore que peut-être ce soit une chose moindre que de se donner la toutepuissance et toutes les autres perfections divines.

Puisque le concile de Trente n’a pas voulu expliquer de quelle façon le corps de Jésus-Christ est en l’Eucharistie , et qu’il a dit qu’il y est d’une façon d’exister qu’à peine pouvons-nous exprimer par des paroles, je eraindrois detreaccusé de témérité si j’osois déterminer quelque chose là-dessus, et j’aimerois mieux en dire mes conjectures de vive voix que par écrit.

Enfin pour ce qui est du vide, je n’ai presque rien à dire qui ne se trouve déjà quelque part dans mes Principes de philosophie; car ce que vous nommez ici la concavité du tonneau, à mon jugement, est un corps qui a trois dimensions, et que vous rapportez faussement aux côtés du tonneau 'comme si ce n’étoit rien qui fût différent d’eux.

Mais toutes ces choses se peuvent plus facilement discuter dans une entrevue, à laquelle je m’offre très volontiers, n’ayant que de l’amour et du respect pour tous ceux que je vois disposés à suivre et embrasser la vérité. Je suis, etc.

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