‹ Œuvres de DescartesChapitre 25 sur 106 · RÉPLIQUE A LA PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

RÉPLIQUE A LA PRÉCÉDENTE

( Lettre 5 db to^ie II. Version. )

Monsieur, • 1 - ,

Je ne doute point que. l'entretien ne fûtï'beqticoup plus conpnode et plus facile quê le$. écrits, pour éclaircir les .'questions dont nous traitons; nrpps puisque cela nç se pej.it, et qu’étant absent du beu où vous êtes, il ne m’est pjA permis de jouir d’un entretien tant désiré, et offert de si bonne grâce, je ne m’envierai point à moi-même le seul . moyen qui me reste pour tirer.de vous, les. instructions qui me sont nécessaires poity- l’intelligence de vos écrits; car votre réponseVquoiqhe très courte^ ♦ m’ayant déjà beaucoup aidé à comprendre des choses très diffidilefe, j’ai conçu. une grande espérance de pouvoir venir à bout de tout le reste, si je pouvois Une fois nouer avec vous un entretien, tel qu’on Le peut avec des personnes éloignées, duquel . ayant baqni^^^contestàtkin (.que. je sais ^vous-

* o Cette lettre ïst (te M. Arnauld , comme je le sais par une lettre dujhtc Qttesnel. Elle u’est pas datée; mais la réponse de M. 'Descartes étant datée du içf juillet, je ptnx bien fixer celle-ci au a5 juillet 1648. »

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* LETTltBS.»

être en horreur, ,et à laquelle jene suis^ nullement porté) nous pussions par ce moyen, d’un commun accord efc avec une franchise vraiment philosopliique, ou plutôt chrétienne, travailler ensemble

à la recherche de la vérité.

* Je né n’insiste point à ce que yous répondez à l’objection que je . Vous ai faite*, touchant les pensées cFiin énfaqt qui e&t au ventre de sa mère; mais afin que cela se conçoive mieux, il me semble qu’il seroit à propos que vous prissiez la peine d’expliquer plus amplement ce qui suit:

,1 . Pourquoi l’âme d’un enfant n’a point de con- • ceptions pures^ mais seulemeht des sensations confuses, Je dirai pourtant ce qui me vient maintenant en la pensée. Pendant que l’âme est unie au corps , il semble quelle ne püisse en aucune façon détourner sa pensée des itnpressions que les setfs font sur elle (ce crtii toutefois est nécessaire pour une conception pure), au moins lorsqu’elle est touchée avec beaucoup de force par leurs, objets, soit extérieurs, soit intérieurs : d’où vient que ddÿis une douleur piquante, ou dans un plaisir corporel très véhément, elle ne peut penser à,aufre chose qu’à sa douleur op à son plaisir^et .par là fl me semble cfu’on peut expliquer pourquoi les' frénétiques ont l’esprit troublé; C’est à savoir, à cause que les esprits animaux qui font dans le cerveau étant violemment agités , l’âme alors est si fort oc-

‘Sa ». . LETTRE S. ’ * •

cupée des imaginations qu elle en reçoit , qu’elle ne peut porter ailleurs sa pensée, ni penser à autre chose qu’à cela. Je voudrois que vous prissiez la peine d’expliquer plus clairement (si cela ne vous incommode point) quelle est cette conjecture, et, si elle est vraie, comment elle peut s’appliquer aux enfants et aux léthargiques.

2. Toutefois, encore qu’il 'n’y ait aucunes conceptions pures dans un enfant, mais seulement des sensations confuses, pourquoi donc ne peut-il s’en ressouvenir, puisque vous demeurez d’accord aujourd hui qu’il en demeure des impressions dans le cerveau (ce que néanmoins vous sembliez avoir nié en votre Métaphysique, page 54$)? C’est, ditesvous, parceque le ressouvenir dépend de quejque réflexion de l’entendement ou de la mémoire intellectuelle, dont on n’a aucun usage quand on est au ventre de sa mère; mais pour ce qui est de Ja réflexion, il semble que l’entendement, ou la mémoire intellectuelle, de sa nature, soit réflexive. Il reste, donc à expliquer quelle est cette réflexion en laquelle vous dites que consiste la mémoire intellectuelle, et comment ou en quoi elle diffère de la simple réflexion qui est naturelle à toute sorte de pensée, et d’où vient qu’on n’en peut avoir aucun usage quand on est au ventre de sa rçière.

5. J’approuve fort ce que vous dites , que l’esprit pense toujours ;«ift par là le doute que je vous

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avois proposé-*touchant la durée de l’èspFit est tout-à-fait ôté! Il me reste néanmoins encore quelquesdifficûlté touchant cela. '■'■ ■■■. ' »• ; *

i. Gpmment se peut-il faire*que la pensée constitue l’essencê de l’esprit , puisque l’esprit est une substance,, et que la pensée semble n’en êtrç qu’un mode? à. Puisque nos pensées sont souventes fois différentes, les unes des autres, il sembl'erpittpie l’essence de notre esprit dût aussi souventes fois être differente. 3. Puisqu'on ne sauroit nier que je né sois moi-même^ Fauteur de la pensée qite j’ai maintenant , s’il est vrai que l’essence de l’esprit consiste dans la pensée , il semble que je puisse en- quelque façon être considéré comme l’auteur de son essence, et partant que je puisse aussi me conserver moi-même. Je vois bien néanmoins ce que l’on' peut ici répondre; c’est à savoir que Dieu est cause que nous pensons, mais que nous-mêmes, aidés par le concours de Dieu , sommes cause

de ce que nous avons telles ou telles pensées. Mais il est très difficile de comprendre -comment la pensée en général peut être séparée de telle et de telle pensée en particulier, si ce n’est que cette abstraction se fosse par le moyen de l’entendement. C’est pourquoi si l’esprit est lui-même la cause de ce qu’il a telles oih telles pensées, il semble taussi pouvoir lui-même être la cause de ce qu’il pense simplement, et par conséquent de ce qu’il est. De

plus , une chose singulière et dont l’essence est déterminée, doit être singulière et déterminée; et partant,, si l’essence de l’esprit étoit la pensée, ce ne poprroit être la pensée en général , maj^s bien telle ou telle pensée eu particulier, qui devroit constituer son essence, ce qui' toutefois .ne se peut dire. Et il n’en est pas de mèmè du corps; car encore que le corps semble prendre une grande variété d’extensions , toutefois il retient toujours sa même quantité; et toute la variété qui lui arrive consiste en cela sëid , que s’il perd quélque chose de sa longueur, il augmente en largeur ou en profondeur : si ce n’est peut-être qu’on veuille dire que la pensée de notre esprit est toujours • la même, qui regarde tantôt un objet tantôt un autre., ce que je doute fort 'pouvoir être dit avec vérité.

4-- Puisque la pensée est telle de sanature, que nous en avons toujours connofesance, si nous pensons toujours, nous devons toujours avoir connoiSsance de nos pensées; ce qui semble contraire à l’expérience, comme nous l’expérimentons tous les jours dans le sommeil. Or de là naît une autre difficulté que j’avois dessein, il y a longtemps , de vous proposer, mais>elle ne me vint pas en l’esprit lorsque je voYis écrivis la première fois. Vous dites que notre esprit a la force de conduire les esprits animaux dans les nerfs, et parce moyen

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de mouvoir les. «membres ; et ailleurs vous dites qu’i| n’y a rien en notre esprit dont nous n’ayons une connoissance, ou actuelle, du en puissance, ç’est-à-dire que bous ne commissions actuellement ou que nous ne puissions actuellement comioître. Or est-il néanmoins! que l’esprit humain semblé n’avpir pas connoissance de cette vertu qui conduit les esprits animaux dans les nerfs, puisqu’il y eh a même plusieurs qui ignorent s’ils ont des iierfe, si ce n’est peut-être de nom , et. beaucoup pins s’ils ont des esprits animaux, et quels ils sont. En un mot, autant que j’ai pu conjecturer de vos’ Principes, cela seul se fait par notre esprit, lequel de sa nature est u net chose qui pense, qui se fait par nous lorsque nous y^énsons,' êt que nous nous en apercevons $ mais de quelque façon que les esprits animaux soient conduits dans les nerfs,* cela sefàit sans que nous y pensions* et que nous nous en apercevions: et partant, cela se fait en uous sans

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que notre esprit y contribue : à quoi l’on peut encore ajouter qu’il 'est très difficile de comprendre comment une chose incorporelle- en peut faire ipouVoir une corporelle. •/ . <

Pour ce qui est de la durée, j’ai vu le lieu que vous m’aviez marqué, et il m’a grandement plu, quoique je ne comprenne pas bien encore ce qûe, dans la dm ée successive d’une chose qui ne sè meut point, il faut prendre pour le devant et pour

l’après, qui sont des différences qui se doivent rencontrer dans toute succession.

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Pour ce qui est du vide, j’avoue que je ne puis encore m’accoutumer à penser qù’il y a une telle connexion entre les choses corporelles, que Dieu n’ait pu créer un monde, s’il ne le créoit infini , et qu’il ne puisse encore maintenant anéantir aucun corps, que par cela même il ne soit obligé d’en créer un autre de pareille grandeur; ou même que sans aucune nouvelle création il ne s’ensuive que l’espace que ce corps anéanti occupent est véritablement et réellement un corps.

Vous m’obligerez beaucoup de me communiquer quelque chose touchant la façon dont Jésus-Christ est en l’Eucharistie. Adieu.

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RÉPONSE DE M. DESGARTES.

- ' j (Lettre 6 du tome II. Version.) '

Ayant reçu ces jours passés des objections comme de- la part d’une personne qui demeurait en cette ville, j’y ai répondu fort brièvement, poureeque je croyois que si j’oubliois quelque chose, l’entretien le pourroit facilement réparer ; mais aujourd’hui que je sais qu’il est absent, puisqu’il prend la peine de me récrire, je ne serai pas

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t.ETTRES.

paresseux à lui répondre : et pui.%qu’il ne veut pas dire son nom, de peur de faillir dans l’inscription, je m’abstiendrai de tout prélude.

î.Jl me semble qu’il est très vrai de dire que pendant que lame est unie au corps, l’âme ne peut en aucune façon détourner sa pensée des impressions que les sens font sur elle, lorsqu’elle est touchée avec beaucoup de force par leurs objets, soit extérieurs , .soit intérieurs. J’ajoute aussi quelle ne ’s’en peut dégager, lorsqu’elle est jointe à un cerveau trop humide, ou trop mou, tel qu’il est dans les enfants ; ou à un cerveau dont le tempérament est autrement mal affecté, tel qu’il est dans les léthargiques, dans les apoplectiques et dans les frénétiques ; ou même tel qu’il a coutume d’être en nous, lorsque nous sommes ensevelis dans un profond sommeil : car toutes les fois que nous songeons à quelque chose dont nous jious ressouvenons par après , nous ne faisons que sommeiller. * • • • , ■ ..•> . *

2. Il ne suffit pas pour nous ressouvenir de quelque éhose -que cette chose se soit autrefois présentée à nôtre esprit, et quelle ait laissé quelques vestiges dans le cerveau, à l’occasion desquels la même chose se présente derechef à notre pensée ; mais de plus, il est requis que nous reconnoissions, lorsqu’elle se présente 'pour la seconde fois , que cela se fait à cause que nous l’avons. auparavant

aperçue; ainsi, souvent il se présente à l’esprit des poètes certains vers qu’ils ne se souviennent point avoir jamais lus en d’autres auteurs, lesquels néanmoins ne se préscnteroient pas h leur esprit s’ils ne les avoient lus quelque part.

D’où il paroît manifestement que, pour se ressouvenir, tontes sortes de vestiges que les pensées précédentes ont laissés dans le cerveau ne sont pas propres, mais seulement ceux qui sont tels qu’ils peuvent donner à connoître à l’esprit qu’ils n’ont pas toujours été en nous, mais ont été autrefois nouvellement imprimés. Or, afin que l’esprit puisse reconnoître cela, j’estime que lorsqu’ils ont été imprimés la première fois, il a dû se servir d’une conception pure, afin d’apercevoir par ce moyen que la chose qui lui venoit alors en l’esprit étoit nouvelle, c’est-à-dire qu’elle ne lui avoit pas auparavant passé par l’esprit; car il ne peut y avoir aucun vestige corporel de cette nouveauté: ainsi donc, si j’ai écrit en quelque endroit que les pensées qu’ont les enfants ne laissent d’elles aucuns vestiges dans le cerveau , j’ai entendu parler de ces vestiges qtii sont nécessaires pour le souvenir, c’està-dire de cçtix que par une conception pure nous apercevons être nouveaux, lorsqu’ils s’impriment; en même façon que nous disons qu’il n’v a aucuns vestiges d’hommes dans une plaine sablonneuse, où nous ne remarquons point la figure d’aucun pied

LETTRKS.

d’hoimne qui y soit empreinte, encore que peutêtre il s’y rencontre plusieurs inégalités faites par les pieds de quelques hommes, lesquelles par conséquent peuvent en un autre sens être appelées des vestiges d’hommes. Enfin, comme nous mettons

distinction entre la vision directe et la réfléchie,

en ce que celle-là dépend de la première rencontre des rayons, et l’antre de la seconde; ainsi j’appelle les premières et simples pensées des enfants qui leur arrivent, par. exemple, lorsqu’ils sentent de la douleur de ce que quelque vent enfermé dans leurs entrailles les fait étendre, ou du plaisir de ce que le sang dont ils sont nourris est doux et propre à leur entretien ; je les appelle, dis-je, dès pensées directes et non pas réfléchies: mais lorsqu’un jeune homme sent quelque chose de nouveau, et qu’en même temps il aperçoit qu’il n’a point encore senti auparavant la même chose, j’appelle cette seconde perception une réflexion, et je ne la rapporte qu’à l’entendement seul, encore qu’elle soit tellement conjointe avec la sensation, quelles se fassent ensemble, et qu’elles ne semblent pas être distinguées l’une de l’autre.

S. J’ai tâché d’èter l’ambiguïté qui est en de mot de pensée dans l’article G3 et (54 de & première partie' des Principes; car comme l’extension qui constitue la nature du corps diffère beaucoup des diverses figures où manières d’extension qu’elle

ÎÔO

prend; ainsi la pensée, ou la nature qui pense, dans laquelle je crois que consiste l’essence de l’esprit humain, est bien différente d’un tel ou tel acte de penser en particulier. Et l’esprit peut bien lui-même être la cause de ce qu’il exerce tels ou tels actes de penser, mais non pas de ce qu’il est une chose qui pense. Tout de même qu’il dépend de la flamme comme d’une cause efficiente, de ce qu’elle s’étènd d’un côté ou d’un autre, mais non pas de ce qu’elle est une chose, étendue. Par la pensée donc, je 11’entends point quelque chose d’universel qui comprenne toutes les manières de penser, mais bien une nature particulière qui reçoit en soi tous ces modes , ainsi que l’extension est aussi une nature qui reçoit en soi toutes sortes de figures.

4. C’est autre chose d’avoir connoissance de nos pensées au moment même que nous pensons, et autre chose de s’en ressouvenir par après. Ainsi nous ne pensons rien dans nos songes, qua l’instant même que nous pensons nous n’ayons connoissance de notre pensée, encore que le plus souvent nous l’oublions aussitôt. Et il est vrai que nous n’avons pas connoissance de quelle façon notre âme envoie les esprits animaux dans les nerfs ; car cette façon ne dépend pas de l’âme seule, mais de l’union qui est entre l’âme et le corps; néan moins nous avons connoissance de toute cette ac-

LETTttKS.

lion, par laquelle laine meut les nerfs, en tant qu'une telle action est dans l’âme, puisque ce n’est rien autre chose en elle que l'inclination de sa volonté à un tel ou tel mouvement. Et cette inclination de la volonté est suivie du cours des esprits dans les nerfs, et de tout ce qui est requis pour ce mouvement, ce qui arrive à cause de la convenable disposition du corps, dont lame peut bien n’avoir point de connoissance , comme aussi à cause de l’union de l’ànie avec le corps, de laquelle sans doute notre âme a connoissance; car autrement jamais elle n’inclincroit sa volonté à vouloir mouvoir les membres.

Maintenant que l’esprit, qui est incorporel, puisse faire mouvoir le corps,. il n’y a ni raisonnement ni comparaison tirée des autres choses qui nous le puisse apprendre ; mais néanmoins nous n’en pouvons douter, puisquedes expériences trop certaines et trop évidentes nous le font eonnoître tous les jours manifestement. Et il faut bien prendre garde que cela est l’une des choses qui sont connues par elles-mêmes, et que nous obscurcissons toutes les fois que nous les voulons expliquer par d’autres. Toutefois, pour ne rien oublier de ce que je puis pour votre satisfaction, je me servirai ici d’une comparaison. La plupart des philosophes qui croient que la pesanteur d’une pierre est une qualité réelle , distincte de la pierre, croient en- 1 0. 11

tendre assez bien de quelle façon cette qualité peut mouvoir une pierre vers le centre de la terre , pourcequ’ils croient en avoir une expérience manifeste : pour moi qui me persuade qu’il n’y a point de telle qualité dans la nature , et par conséquent qu’il ne peut pas y avoir d’elle aucune vraie idée dans l’entendement humain , j’estime qu’ils se servent de l’idée qu’ils ont en eux - mêmes de la substance incorporelle pour se représenter cette pesanteur ; en sorte qu’il ne nous est pas plus difficile de concevoir comment lame meut le corps , qu’à eux de concevoir comment une telle qualité fait aller la pierre en bas.' Et il n’importe pas qu’ils disent que cette pesanteur n’est pas une substance; car en effet ils la conçoivent comme une substance,

puisqu'ils croient qu’elle est réelle, et que par

quelque puissance , à savoir par la puissance divine , elle peut exister sans la pierre. Il n’importe pas aussi qu’ils disent qu’elle est corporelle : car si par corporel nous entendons ce qui appartient au corps, encore qu’il soit d’une autre nature, l’âme peut aussi être dite corporelle , en tant quelle est propre à s’unir au corps ; mais si par corporel nous entendons ce qui participe de la nature du corps , cette pesanteur n’est pas plus corporelle que notre âme même.

5. Je ne conçois pas autrement la durée successive des choses qui sont mues , ou même celle de

leur mouvement, que je fais la durée des choses non mues; car le devant et l’après de toutes les durées , quelles qu’elles soient , me paroit par ledevant et par l’après de la durée successive que • je découvre en ma pensée, avec laquelle les autres choses sont coexistantes.

6. La difficulté qu’il y a à connoître l’impossibilité du vide semble venir principalement de ce que nous ne considérons pas assez que le néant ne peut avoir aucunes propriétés : car, autrement, voyant que dans cet espace même que nous appelons vide il y a une véritable extension, et par conséquent toutes les propriétés qui sont requises à la nature du corps, nous ne dirions pas qu’il est tout-à-fait Vide, c’est-à-dire qu’il est un pur néant. De plus, cette difficulté vient aussi de ce qiie nous avons recours à la puissance divine ; et comme nous savons qu’elle est infinie, nous ne prenons pas garde que nous lui attribuons un effet qui eiiferme une contradiction en sa conception , c’est-àdire qui ne peut être par nous conçu.

Pour moi , il me semble qu’on ne doit jamais dire d’aucune chose qu’elle est impossible à Dieu; car tout ce qui est vrai et bon étant dépendant de sa toute-puissance, je n’ose pas même dire que Dieu ne peut faire une montagne sans vallée, ou qu’un ' et deux ne fassent pas trois; mais je dis seulement ' qu’il m’a donné un esprit de telle nature, que je

ne saurois concevoir une montagne sans vallee, ou que l’agrégé cVun et de deux, ne fasse pas trois, etc. •Et je dis seulement que telles choses impliquent contradiction en ma conception. Tout de même aussi il me semble qu’il implique contradiction en ma conception de dire qu’un espace soit tout-àfait vide, ou que le néant soit étendu , ou que l’univers soit terminé; poureequ’on ne Saur oit feindre ou imaginer aucunes bornes au monde, audelà desquelles je ne conçoive de l'étendue; et je ne puis aussi concevoir un muid tellement vide , qu’il n’y ait aucune extension en sa cavité , et dans lequel par conséquent il n’y ait point de, corps; car là ou il y a de l’extension , là aussi nécessairement il y a un corps , etc.

A MADAME ÉLIZÀBETH, ' !..

PBINCKSSE^AL’ATINE, elC.

(Lettre a6 du tome I.) »

Madame,

J’ai eu' enfin le bonheur de recevoir les. trois lettres que votre altesse, m’a fait f Mineur de m’é-

. .. La 26e lettre du I» volunte est Je M. ©««.cartes à madame Élisabeth , princesse Palatine; elle n’est point datée, «nais dente raisons me persuadent

crire,e£ elles n’ont point passé en de mauvaises mains; mais lapremière, du 5o juin , ayant été portée à Paris pendant que j’étois déjà ch chemin pouf revenir en ce pays , ceux qui l’ont reçuè pour moi ont attendu des nouvelles de mon arrivée avant que de me l’envoyer, et ainsi je ne l’ai pu avoir qu’aujourd’hui , que j’ai aussi reçu la dernière du y 5 août, par laquelle j’apprends un procédé iuju*rieux que j’admire, et je veux croire avec votre altesse qu’il ne vient pas de la personne à qui on 1 attribue. Quoi qu’il en soit, je n’estime pas qu’on doive être fâché de ije point faire un voyage où , comme votre altesse remarque fort bien , lés incommodités étaient infaillibles, et les avantages fort incertains. Pour moi, grâce à Dieu, j’ai achevé celui qu’on m’avoit obligé de faire en France, et je ne suis pas marri d’y être allé, mais je suis encore plus aise d’en être revenu. Je n’y ai vu personne

qu’elle a été écrite le t*r d’pctobre 1648 : premièrement parccque dans la 27' lettre à Picot , datée du 0 septembre , M . Descnftes dit à cet auti qu’il r a appris de M. d’Hogbclaud qu’ib mi avoit envoyé à Paris des lettres de Berlin, qui sont celles auxquelles il répond dans cette lettre, et qu’il le prie de les renvoyer incessamment ; or, pour éerire à Paris et renvoyer ces lettres, il a bien fallu trois semainrs, c’est pourquoi j'ai passable Ri son dé fixer cette lettre au t rr octobre. Secondement, pareeque, page 81 de cette lettre , M. Descartes dit qu’il y a cinq mois qu’il n’a reçu de nouvelles de Suède ; . or, la derrière qu’il avoit reçue à Egotnud était datée du 4 avril 1648, et il Va voit reçue sur I3 fin 4e ce mois d’Jvril^si l’on ajoute ciuq mois nous venons en octobre, et je fixe donc bien cette lettre au ter oc. tobre 1648. La princesse Elizabeth était pour lors à Berlin. »

LETTIIES.

dont il m’ait semblé que la condition fût digne d’envie, et ceux qui y paroissent avec le plus d’éclat fn’ont semblé être les plus dignes de pitié.’ Je n’y pouvois aller en un temps plusavàntageux pour me faire bien reconnoître la félicité de la vie tranquille et retirée, et la richesse des plus médiocres fortunes. Si votre altésse compare sa condition avec celle des reines et des autres princesses de l’Europe, elle y trouvera la même différence qu’entre ceux qui sont dans le port, où ils se reposent, et ceux qui sont en pleine mer, agités par les vents d’une tempête; et bien qu’on ait été jeté dans le port par un naufrage, pourvu qu’on n’y manque pas des choses nécessaires à la vie, on ne doit pas y être moins content que si on y étoit arrivé d’autre façon. Les fâcheuses rencontres qui arrivent aux personnes qui sont dans l’action, et dont la félicité dépend toute d’autrui, pénètrent jusqu’au fond de leur cœur, au lieu que cette vapeur venimeuse qui est descendue des arbres sous lesquels se promenoit paisiblement votré altesse n’aura touché, comme j’espère, que l’extérieur de la peau, laquelle si on eût lavée sur l’heure avec un peu d’eau-devie , je crois qu’on en auroit ôté tout le mal. Je n’ai reçu aucunes lettres depuis cinq mois.de l’ami dont j’avois écrit ci-dévant à votre- altesse , et pourcequ’en sa dernière il me mandoit fort ponctuellement les raisons qui avoient empêché la personne

à laquelle il ayoit donné mes lettres de me faire réponse, je juge que son silence ne vient que de ce qu’il attend encore cette réponse, ou bien peutêtre qu’il a quelque honte de n’en avoir point à m’envoyer, ainsi qu’il s’étoit imaginé. Je me retiens aussi de lui écrire le premier, afin de ne lui sembler point reprocher cela par mes lettres; et je ne laissois pas de savoir souvent de ses nouvelles lorsque j’étois à Paris, par le moyen de ses proches, qui en recevoient tous les huit jours; mais lorsqu’ils lui auront mandé que je suis ici, je ne doute point qu’il ne m’y écrive, et qu’il ne me fasse entendre ce qu’il saura du procédé qui touche votre altesse, pourcequ’il sait que j’y prends beaucoup d’intérêt. Mais ceux qui n’ont point eu l’honneur de vous voir, et qui n’ont point une connois-

sance très particulière de vos vertus, ne sauroient

pas concevoir qu on puisse etre aussi parfaitement

que je suis, etc. . ï

-ÎJ.S

A MONSIEUR ***

*** ( Lettre du tome II. )

Le 18 décembre 1648.

Je ne vous saùrois commodément envoyer, la proposition que vous me demandez, parcequ’il ne m’en souvient presque plus, et que je suis occupé à d’autres pftnsées ; c’est pourquoi je vous supplie de m’en' dispenser, et je vous l’enverrois très volontiers, si vqus ne la demandiez que pour Vbus seul; mais pareeque vous la voudriez faire imprimer,4e vous dirai "ici franchement que je suis trop

mal satisfait de certains géomètres, pour leur vouloir plus rien 'apprendre. Tout le meilleur qu’ils savent viént.présque de moi’, et néanmoins ils veulent persuader aux ignorants qu’il n’y a personne qui les égale. Jjej vous prie, si vous écrivez à M., de Carcàvi , de le remercier de nja^art du souvenir qu’il a de moi, et de l’offre qu’il, me fajft’de m’envoyer le livre d’Italie qui traite du vide ’; jehe'voudrois pas lui en .donner k* peine, mais si nous en avions le titre, peut-être que nous le trouverions-

• . LETTRES.' ,l6o

chez les libraires d’ici ; et s’il lui plaît de le faire voir à M. l'abbé Picot, je pourrai apprendre de lui ce qu’il contient. ' m t ^ V ’ *»

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