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t|ue sut le sentiment meurtrier et barbare que vous avancez dans votre Méthode, et par lecpiei vous anachez la vie et le sentiment a tous les animaux;
« o^ plutôt vous soutenez qu’ils n’en ont jamais joui ; car vous ne sauriez souffrir qu’ils aient jamais vé- , eu. Ici les lumières pénétrantes de votre esprit ne * v iue causent pas tant d’admiration que d’épouvante:
#i. ■ alarmé du destin des animaux , je considère moins en a ous cette subtilité ingénieuse, que ce fer cruel et tranchant dont vous paroissez armé pour ôter comme d un seul coup la vie et le sentiment à tout1* . • ce qui est presque animé dans la nature, et pour les métamorphoser en marbres et en machines.
. Ma*s voyons, je vous prie, le motif qui yous porte à prononcer un édit si sévère sur toutes les bêtes.
. Elles ne sauroient parler, ni plaider leur cause devant leur juge, quoiqu’elles aient ( ce qui aggrave leur crime) tous les organes nécessaires pour user de la parole, comme on le remarque aux pies et aux perroquets; vous prenez de là un sujet de les priver du sentiment et de la vie.
Mais , de bonne foi , est-il possible que les perroquets ou les pics pussent imiter nos sons, s’ils n’entendoient et s’ils n’apercevoient par leurs organes ce que nous disons ;] mais ils né comprennent pas, dites-vous , ce cpie signifient les paroles qu’ils ,-i.t prononcent par imitation : mais pourquoi ne voulez-vous pas qu ils prononcent ce qu’ils désirent.
savoir leur nourriture qu’ils viennent à bout d’ob- . tenir de leur maître par ce moyen. Donc ils croient demander comme par charité leur nourriture, puis qu’à force de parler ils obtiennent si souvent ce qu’ils désiroient; et sans cela les oiseaux qui peuvent chanter apporteroient-ils tant d’attention à écouter ce qu’on leur dit, s’ils n’avoient ni sentiment ni réflexion ? D’où pourroit venir sans cela cette finesse et cette sagacité des renards et des chiens? D’où vient que les menaces et les paroles ^ répriment les bêtes quand elles donnent des marques de leur férocité? Pourquoi, lorsqu’un chieft pressé par la faim a volé quelque chose, s’enfuitil, et se cache-t-il comme sachant qu’il a mal fait, et marchant avec crainte et défiance, ne flatte personne en passant, mais se détournant de leur chemin, cherche la tête baissée un lieu écarté, usant d’une sage précaution, pour n’être pas puni de sou crime? Comment expliquer tout cela sans un sen- •
timent intérieur? Le nombre infini de petits contes qu’on fait pour prouver qu’il y a de la raison dans les animaux ne doivent-ils pas du moins prouver qu’il y a en eux du sentiment et de la mémoire?
On n’auroit jamais fait de rapporter ici tout ce qu’on dit là-dessus; mais je sais bien qu’il y a tels faits qui dénotent en eux une force et une subtilité d’esprit qui est au-dessus de la matière, et qu’on '
lie sauroit éluder. Je vois bien que le motif qui
vous a porté à regarder les brutes comme des machines; est l’immortalité de l’âme, que vous avez voulu établir. Ayant donc supposé que Je corps étoit incapable de penser, vous avez conclu que partout où sé trouvoit la pensée, là devoit être une substance réellement distincte du corps, et par conséquent immortelle ; d’où il s’ensuit que si les bétes pensoient, elles auroient des âmes qui seroient des substances immortelles.
Mais dites-moi, je vous prie, monsieur, puisque votre démonstration vous conduit nécessairement, t)U à priver les bêtes de tout sentiment, ou à leur donner l’immortalité , pourquoi aimez-vous'mieux en faire des machines inanimées, que des corps remués par des âmes immortelles; d’autant plus que le premier sentiment est absolument contraire aux phénomènes de la nature., et entièrement inouï jusqu’ici, au lieu que l’autre a, été suivi par les plus savants philosophes de l'antiquité, Pythagore ,' Platon et.tant d’autres; d’ailleurs, il n’y a rien qui puisse confirmer davantage tous les platoniciens dans leur sentiment sur l’immortalité dé l’âme des bêtes , que de voir un aussi grand > génie quë le vôtre réduit à n’en faire que des machines insensibles, de peur de les rendre immor- „ y
^telles. i •, *» u ■
Yoilà, monsieur, les seuls endroits de votre philosophie sur lesquels je n’ai pas cru devoir être
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de votre sentiment ; tout le reste est tellement de mon goût, et me plaît si fort, que j’en fais mes délices; et ces sentiments se rapportent si intimement aux miens , et me sont si propres, que je rue sens la force et le courage, non seulement de les expliquer facilement à ceux qui auroient de la peine à les entendre, mais encore de les défendre hardiment contre ceux qui seroient les plus aguerris à la dispute sur ces matières, et qui oseroient les attaquer.
Je n ai plfts qu’une prière à vous faire, monsieur, c’est de prendre en bonne part ce que j.’ai pris la liberté de vous proposer, et de ne pas croire je l’aie entrepris ou par légèreté ou par vaine gloire , et pour ambitionner la connoissance et l’amitié des hommes illustres, puisque, s’il dépendoit de moi, je tâcherois de ne pas me faire connoître, regardant le nom et la réputation comme sujet à l’orage , et ennemi du loisir d’un -particulier.
Au reste, quelque penchant que je sente en moi pour votre personne, je ne vous eusse jamais découvert mes pensées , si je n’y avois été poussé par d’autres ; je me serôis contenté -d’aimer votre personne et vos ouvrages en secret, et de vous hono- * rer dans le silence.
Je n’ose pas même vous demander avec empressement une réponse, pafceque je'vous crois dôcupé à des méditations très profondes,* et à des ex-
périences aussi utiles que difficiles. Je vous permets donc d’user de votre droit, afin de ne point pécher contre le public. Qiie si vous voulez pourtant honorer mes petites questions d’une réponse telle que vous le jugerez à propos, vous vous acquerrez •
une éternelle reconnoissance sur le plus humble
et le plus obéissant de vos serviteurs.
A Cambridge, do Collège de Christ, le xr décembre 1648.
-ANNÉE : l64û. v -•
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REPONSE DE M. DESGARTES
J AM. tylORUS.
(Lettre 67 du tome I. Version.)
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Monsieur,
Les louanges dont vous me comblez sont plutôt des marques de votre bonté qu’un effet de mon mérite, qui ne sauroil jamais les égaler.
Cette bienveillance que vous m’accordez, et que je dois à la lecture que vous avez faite de mes écrits, me découvre si à plein la candeur et la générosité de votre âme, qu’elle vous a gagné toute mon amitié, quoique je n’aie pas l’honneur de vous connoître d’ailleurs; c’est pourquoi je me ferai un véritable plaisir de répondre à vos questions. Votre première difficulté est sur la définition du corps, que j’appelle une substance étendue, et que vous aimeriez mieux nommer une substance sensible,
iq4 lettres.
tactile, ou impénétrable; mais prenez garde, s’il vous plaît, qu’en disant une substance sensible, vous ne la définissez que par le rapport quelle a à nos sens, ce qui n’en explique qu’une propriété, au lieu de comprendre l’essence entière des corps, qui, pouvant exister quand il n’y auroit point d’bommes, ne dépend pas par conséquent de nos sens. Je ne vois donc pas pourquoi vous dites qu’il est absolument nécessaire que toute matière soit sensible; au contraire, il n’y en a point qui ne soit entièrement insensible, si elle est divisée en parties beaucoup plus petites que celles de nos nerfs, et si elles onç d’ailleurs chacune en particulier un mouvement assez rapide.
Al’égard de ma preuve, que vous appelez louche et presque sophistique, je ne l’ai employée que potir réfuter la proposition de ceux qui croient avec vous que tout corps est sensible, ce que je fais, à mon avis, d’une manière claire et démonstrative; car un corps peut conserver toute sa nature corporelle , bien que les sens n’y aperçoivent ni mollesse, ni dureté , ni froideur, ni chaleur, ni enfin aucune antre qualité sensible.
À l’égard de l’erreur que vous s'emblez vouloir m’attribuer par la comparaison que vous faites de a cire, qui peut bien à la vérité n’ètre ni carrée ni ronde, mais qui ne peut pas absolument n’avr>ir point de figure, faites, s’il vous plaît, attention
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au principe que j’ai établi, que toutes les qualités sensibles du corps consistent dans le seul mouvement, ou le seul repos dê ces petites parties; * ainsi , pour tomber dans l’erreur dont vous parlez , j’aurois dû soutenir que le corps peut exister sans que ses petites parties se1 meuvent ou soient en repos: c’est ce qui ne m’est jamais venu dans 1 esprit; donc on ne définit pas bien le corps une substance sensible.
Voyons présentement si on ne pourroit pas mieux le définir une substance impénétrable ou tactile dans le sens que vous l’expliquez. Mais encore un coup , ce pouvoir d etre touché , ou cette impénétrabilité dans le corps, est seulement comme la faculté de rire dans l’homme, 1 e-proprium quarto . • modo des règles communes de la logique'*: mais ce n’est pas sa différence véritable et essentielle , qui , » selon moi , consiste dans l’étendue; et par consé- r * quent comme on ne définit point l’homme un animal risible, mais raisonnable, on ne doit pas aussi définir le corps par son impénétrabilité, mais par l'étendue, d’autant plus que la faculté de toucher et l’impénétrabilité ont relation à des parties, ét présupposent dans notre esprit l’idée d’un corps divisé ou terminé, au lieu que nous pouvons fort bien concevoir un corps contlf u d une grandeur* indéterminée ou indéfinie, dans lequel on ne considère que l’étendue. Mais Dieu, dites-vous , "tm