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corps humain, que de n’en point trouver dans les bêtes. ♦ U.
Mais la principale raison, selon moi, qui peut nous persuader que les bêtes sont privées de raison, est que, bien que parmi celles d’une même espèce les unes soient plus parfaites que les autres, comme dans les hommes, ce qui se remarque particulièrement dans les chevaux et dans les chiens, dont les uns ont plus de disposition que les autres à retenir ce qu’on leur apprend, et bien quelles nous fassent toutes connoître clairement leurs mouvements naturels décoléré, de crainte, de faim, et d’autres semblables, ou par la voix, ou par d’autres mouvements du corps, on n’a point cependant encore observé qu’aucun animal fût parvenu à ce degré de perfection d’user d’un véritable langage , c est-à-dire qui nous marquât par la voix, ou par d’autres signes, quelque chose qui pût se rapporter plutôt à la seule pensée qu’à im mouvement naturel ; car la parole est l’unique signe et la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans le corps; or tous les hommes les plus stupides et le9plus insensés, ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce que l’on peut prendre pour la véritable différence entre l’homme et la bête.
Je passe, pour abréger, les autres raisonsqui ôtent
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la pensée aux bêtes. Il faut pourtant remarquer que je parle de la pensée , non de la vie, ou du sentiment; car je n’ôte la vie à aucun animal, ne la faisant consister que dans la seule chaleur du cœur. Je ne leur refuse pas même le sentiment autant qu’il dépend des organes du corps. Ainsi mon opinion n’est pas si cruelle aux animaux qu’elle est favorable aux hommes , je dis à ceux qui ne sont point attachés aux rêveries dë Pythagore, puisqu’elle les garantit du soupçon même de crime quand ils mangent ou tuent les animaux.
Je me suis peut-être plus étendu qu’il ne falloit, et que la vivacité de mon esprit ne le demandoit ; mais j’ai voulu vous montrer par là que, detoutesles objections qu’on m’a faites jusques ici, il n’y en a aucunes qui m’aient été aussi agréables que les vôtres , et que vos manières honnêtes et votre candeur vous ont entièrement gagné celui qui a un attachement inviolable pour tous les amateurs de la véritable philosophie. Je suis, etc.
A Egmont, prés d’Amart, le 5 février 1649.
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