A M. DR CA II G AVI
f Lettre 77 du tome III.)
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A La Haye , le 17 août 1649.
Monsieur,
Je vous suis très obligé de la peine que vous avez prise de m’écrire le succès de l’expérience de. M. Pascal , touchant le vif-argent , qui monte moins haut dans un tuyau qui est sur une montagne que , • dans celui qui est dans un lieu plus bas; j’avois quelque intérêt de la savoir , à cause que c’esfc. moi qui Pavois prié, il y a deux ans , de la vouloir faire, et je l’avois assuré du succès, comme étant entièrement conforme à mes principes , sans quoi *' il n’eût eu garde d’y penser, à cause qu’il étott d’opinic^i contraire. Et pourcequ’il m’a ci-devant* envoyé uHjletit imprimé, où il décrivoit ses premières expériences touchant le vide , et promettoit . de réfuter ma matière subtile, si vous le voye^, je serois bien aise qu’il sût que j’attends encore cette -J
33b • LETTRES. »
lui être dédié. Mais pourceque ce traité' est trop petit pour mériter de porter le nom d’une si grande princesse, à laquelle je pourrai offrir quelque jour un oi iv rage plus important, sicette sorte d’hommage lier lui déplaît point , j’ai pensé que peut-etre elle n aura point désagréable que j’accorde à cet ami ce qu’il m'a demandé; et c’est ce que je vous supplie très humblement de m’apprendi-e, car le principal de tous mes soins est de tâcher de lui obéir et de lui plaire. Au reste , afin que vous sachiez comment je me gouverne avec ceux auxquels je me donne, je vous dirai ici* que je prétends que vous m’avez de l’obligation de ce que je souffre que vos offices préviendront les miens , et que je suis , etc.
A M. CLERSELIER \
nu:
(Lettre 119 du tome I.)
Monsieur’,
•» V Jn .Vi'
Je ne m’étendrai point ici à vous remercier
de
tous les soins et des précautions dont il vous a plu
, „ Après sa résolution prise d’aile, en Sriède; Je date done^cett. W
dn i5 avril 1649- «• ,
LKÏ^RKS, * 33g
user afin que les lettres que j’ai eu l’honneur de recevoir du pays du Nôrd ne manquassent pas de tomber entre mes mains ; car je vous suis d’ailleurs si acquis, et j’ai tant d’autres preuves de votre amitié, que cela ne m’est pas nouveau. Je vous dirai seulement qu’il ne s’en est égaré aucune, et que je me résous au voyage auquel j’ai été convié par les dernières, bien que j’y aie eu d’abord plus de répugnance que vous ne pourriez peut-être imaginer. Celui que j ai fait à Paris l’été passé m’avoit rebuté; et je vous puis assurer que l’estime extraordinaire que je fais de M. Chanut, et l’assurance que j’ai de son amitié, ne sont pas les moins principales raisons qui m’ont fait résoudre.
Pour le Traité des passions, je n’espère pas qu’il soit imprimé qu’après que je serai en Suède, car j’ai été négligent à le revoir, et y ajouter les choses que vous avez jugé y manquer, lesquels l’augmenteront d un tiers; car i! contiendra trois parties , dont, la première sera dès passions en général, et par occasion de la nature de lame, etc., la seconde deèsix passions primitives, et la troisième de tou- P tes les autres.
Pour ce qui est des difficultés qu’il vous a plu me proposer, je réponds à la première, qu’ayant dessein de tirer une preuve de l'existence de Dieu de l’icfée ou de la pensée que nous avons de lui ,
j’ai cru être obligé de distinguer, premièi'émeht, tou- ,
34x> ^ lkxt|es.
tes nos pensées en certains genres, pour remarquer lesquelles ce sont qui peuvent tromper; et en montrant que les chimères mêmes n’ont point en elles . ' tle fausseté, prévenir l’opinion de ceux qui pourroient rejeter mon raisonnement, sur ce qu’ils mettent l’idée qu’on a de Dieu au nombre des chimères. J’ai dû aussi distinguer entre les idées qui sont nées avec nous et celles qui viennent d ailleurs, ou spnt faites par nous, pour prévenir l’opinion de ceux qui pourroient dire que l’idée de Dieu est faite par nous, ou acquise par ce que nous en avons ouï dire. De plus j’ai insisté sur le peu de certitude . que nous avons de ce que nous persuadent toutes les idées que nous pensons venir d’ailleurs, pour montrer qu’il n’y en a aucune qui fasse rien connoître de si certain que celle que nous avons de Dieu. Enfin je n’avois pu dire qu’il se présente encore une autre voie, etc., si je n’avois auparavant rejeté toutes les autres, et par ce moyen préparé les lecteurs à mieux concevoir ce que j’avois à» écrire.
2. Je réponds à la seconde, qu’il me semble voir très clairement qu’il ne peut y avoir de progrès à l’infini au regard des idées qui sont en moi, à cause que je me sens fini , et qu’au lieu où j’ai écrit cela, je n’admets en moi rien dé plus que ce que je connois y être; mais quand je n’ose par après nier le progrès à l’infini , c’est au regard des œuvres de Dieu ,
lequel je sais être infini , et par conséquent que ce n’est pas à moi à prescrire aucune fin à ses ouvrages. '
3. A ces mots substantiatn , durationem , nutnerum, etc., j’nurois pu ajouter veritatem, pyrfeclionem, ordinem, et plusieurs autres dont le nombre n’est pas aisé à définir; et on peut disputer de toutes, si ;elles doivent être distinguées ou non des premières que j’ai nommées, car veritas non distinguer a re vera , sive substanlia, nec pcrfectio a re perfecta, etc.; c’est pourquoi je me suis contenté de mettre, et si quæ alia sint ejusmodi.
4- Per infinitam substantiatn, intclligo suhstan-* tiam perfccliones veras et reales actu infinitas et iramensas kabentem. Quod non est accidens notionisubstanliæ super addition , sed ipsa essentia subslantiœ absolutê sumptœ., nullisque defectibus terminatœ, qui defectus ratione substantiæ accidentia sunt, non auicm infinitas, velinfinitudo. Et il faut remarquer que . je ne me sers jamais du mot A' infini pour signifier seulement n’avoir point de fin, ce qui est négatif, i et à quoi j’ai appliqué le mot d’ indéfini; mais, pour « signifier une chose réelle, qui est incomparablement plus grande que toutes celles qui ont quelque fin.
5. Or, je dis que la notion que j’ai de Yinfini est en moi avant celle du fini ; ponrcequè de cela seul que je conçois l’être ou ce qui. est, sans penser s’il est fini ou infini, c’est fëtre infini que je conçois; mais afin que je puisse concevoir un être fini, il fifut’que je
retranche quelque chose de cette notion générale cle letre, laquelle par conséquent doit précéder.
6. Est inqttamhœc idc a summe ver a, etc. La vérité ‘consiste en l’être , et la fausseté au non-être seulement ; en sorte que l’idée de l’infini comprenant tout letre , comprend tout ce qu’il y a de 'vrai dans les choses, et ne peut avoir en soi rien de faux, encore que d’ailleurs on veuille supposer qu’il n’est pas vrai que cet être infini existe. , Jr f
■j. Et sufficil me hoc ipsum inlelligere. TSempe sufficit me intelligere hoc ipsum quod Deus amenov comprcliendutur utDcunijuxta rei veritatem et qua- Us est intelligam, modo præterea judicem omnes in eo esse perfectiones quas claie intplligo, et iusuper multo plures, quas comprehendere non possum. , . ' ; , » .3JT-
8. Quantum ad parentes, ut umniavera sinl, etc. C’est-à-dire, encore que tout ce quêtions avons coutume de croire d eux soit peut-être vrai , à savoir, qu’ils ont engendré nos corps, je ne puis pas toutefois imaginer qu’ils m’aient fait, en tant que je ne me considère que comme une chose qui pense, a cause que je ne vois aucun rapport entre I action corporelle, par laquelle j’ai coutume de croire qyi'ils m’ont engendré, et la production d’une substance qui pense.
Omnem fraudai n a defectu pendere , mihi est lamine nalurali muni festum ; quia ens in quo nutla est
imperfectio non polest temlere in non ens , lioc est , pro fine et instituto suo habere non em, sive non bonum sive non verum , hcec enim tria idem sunt. In omni autem fraude esse falsitatem manifestum est falsitatemque esse alicjuid non verum , et ex conseqitenti non ens, et non bonum. Excusez si j’ai entrelardé cette lettre de latin ; le peu de loisir que j’ai eu l’écrivant ne me permet pas de penser aux paroles, et j’ai seulement désir de vous assurer que je suis, etc.