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ver, ni même concevoir qu’il y ait des bornes en la matière dont le monde est composé. Car en examinant la nature de cette matière, je trouve quelle ne consiste en autre chose qu’en ce qu’elle a de l’étendue en longueur, largeur et profondeur, de façon que fout ce qui a ces trois dimensions est une partie de cette matière, et il ne peut y avoir aucun espace entièrement vide, c’est-à-dire qui ne contienne aucune matière , à cause que nous ne saurions concevoir un tel espace, que nous ne concevions en lui ces trois dimensions, et par conséquent de la matière. Or , eu supposant le monde fini , on imagine au-delà de ses bornes quelques espaces qui ont leurs trois dimensions, et ainsi qui ne sont pas purement imaginaires, comme les philosophes les nomment, mais qui contiennent en soi de la matière , laquelle ne pouvant être ailleurs que dans le monde, fait voir que le monde s’étend au-delà des bornes qu on avoit voulu lui attribuer. N’ayant donc aucune raison pour prouver et même ne pouvant concevoir que le monde ait des bornes, je le nomme indéfini; mais je ne puis nier pour cela qu’il n’en ait peut-être quelques unes qui sont connues de Dieu, bien qu’elles me soient incompréhensibles : c’est'pourquoi je ne dis pas absolument qu’il est infini.
Lorsque son étendue est considérée en cette sorte, si on la compare avec sa durée, il me sem-
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ble qu’elle donne seulement occasion de penser qu’il n’y a point de temps imaginable avant la création du monde auquel Dieu n’eût pu le créer, s’il eût voulu; et qu’on n’a point sujet pour cela de conclure qu’il l’a véritablement créé avant un temps indéfini, à cause que l’existence actuelle ou véritable que le monde a eue depuis cinq ou six mille ans n’est pas nécessairement jointe avec l’existence possible ou imaginaire qu’il a pu avoir auparavant; ainsi que l’existence actuelle des espaces qu’on conçoit autour d’un globe (c’est-à-dire du monde supposé comme fini ) est jointe avec l’existence actuelle de ce même globe. Outre cela, si de l’étendue indéfinie du monde on pouvoit inférer l’éternité de la durée au regard du temps passé , on la pourroit encore mieux inférer de l’éternité de la durée de l’avenir. Car la foi nous enseigne que bien que la terre et les cieux périront , c’est-àdire changeront de face, toutefois le monde, c’està-dire la matière dont ils sont composés, ne périra jamais; comme il paroit de ce quelle promet une vie éternelle à nos corps après la résurrection, et par conséquent aussi au monde dans lequel ils seront; mais de cette durée infinie que le monde doit avoir à l’avenir, on n’infère point qu’il ait été ci-devant de toute éternité , à cause que tous les moments de sa durée sont indépendants les uns des autres.
Pour les prorogatives que la religion attribue à l’homme, et qui semblent difficiles à croire, si letendue de l’univers est supposée indéfinie, elles méritent quelque explication: car bien que nous puissions dire que toutes les choses créées sont faites pour nous , en tant que nous en pouvons tirer quelque usage, je ne sache point néanmoins que nous soyons obligés de croire que l’homme soit la fin delà création. Mais il dit queomm'a propler ipsum (Deum) facta sunt, que c’est Dieu seul qui est la cause finale, aussi bien que la cause efficiente de l’univers-, et pour les créatures, d’autant quelles servent réciproquement les unes aux autres , chacune se peut attribuer cet avantage, que toutes celles qui lui servent sont faites/pour elle. Il est vrai que les six jours de la création sont tellement décrits en la Genèse , qu’il semble que l’homme ‘en soit le principal sujet; mais on peut dire que cette histoire de la Genèse ayant été écrite p'bnr l’homme, ce sont principalement les choses qui le regardent que le Saint-Esprit y a voulu spécifier , et qu’il n’v , estparlé d’aucunes, qu’en tant quelles se rapportent à l’homme. Et à cause que les ‘prédictfteurs avant soin de nous incitera l’amour de Dieu, ont contihfie de nous représenter les divers usagos que nous tirons des autres créatures, et disent que Dieu lès a faites pour nous, et quil ne nous faut point considérer les autres finfc pour lcscjucUes on, peut