DANS LE PLEIN
( Lettre 97 du 'tome lit. )
MoNSIEJJR, r T ’ î - ,
• J’ai déjà tâché autant que j’ai pu de résoudre ou plutôt de prévenir les difficultés que vous me faites, touchant l’irnypossibilité du mo.uvefnent des parties de la matière-dans le plein, 'ayant éclairci» ce me semble, assez nettement , en divérs.endroits
de més Principes, selon que mon sujet m’y a porté, toutes les choses qui pouvaient y faire concevoir de la répugnance ou de la difficulté*: mais pourceque je vois que , quelque Soin que j’aie pris , je n’ai
• I.KTTBKS.
mmHa.it pu faire que des personnes trèj habiles „e soient tombées dans les mètt&è dtfficultés, je . veux ici faire mon possible pour les ôter entièrement; et poureeque je juge que cela ne procédé . que faute de bien comprendre tonte économie de mon système, et la suite des raisons qui. servent , à faire concevoir comment cela est possible, je vous * ^ remettrai ici devant, les yeux tout ce que je ju-y gérai nécessaire à cet effet? et qui m’a tait avoir des pensées toutes contraires aux vôtres, et trouve, de la facilité où vous ne trouve/, que de la répugnance. Si toits ceux qui ont quelque chose a m’objecter vouloient eu user comme vous , je uje . ; suis assez déclaré pour leff obliger à croire que je l'erois tout mou possible pour les satisfaire; mais la plupart se contentent de’ me condamner sans m’ouïr et faute de.m’entendre; eUpielqués uns f>eroient bien aises de- se divertir par des dispuWs . sans fin , et par îles discours dont le sens s évanouit * * aussitôt que le son des paroles, à quoi je» vous ' confesse. que je ne me suis jamais voulu sounmttre; . ce qui sans dopte aura pu faire croire ofes jours passés, à l’un des plus savants ft d&/plus estîTs mathématiciens de la France, que' je n’a vois, eu aucune répond foire à ses difficultés (qm res-
sembloient entièrement aux vôtres), pour navon pas voulu entrer en contestation avec lui chez une personne de marque, et en assez bonne compagnie;
LETTK ES.
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mais je 11e lé fis cjue pour l’obliger à écrire, à quoi je le conviai , cé que pourtant je ri’ai pu encore obtenir de lui jusques à présent :de sorte que s’il a lieu de se vanter que je fus lors sans repartie, je puis aussi de mon côte me glorifier que je l’aixiéduit à n’oser écrire. Mais, en attendant qu’il s’y soit disposé, je veux vous divertir et moi aussi par la réponse que j’ai à vous faire , arrêtant tantôt votre esprit sûr la considération des êtres de ce monde, et tantôt le faisant promener dans un monde tout nouveau.
Premièrement, je remarque que’ tous les corps de l’univers sont composés d’une même matière, et que cêtte matière ne consiste qu’en l’étendue, en longueur, largeur et profondeur, qui est telle que chacune de ses parties occujm1 toujours un espace follement proportionné à sa grandeur, qu’elle n’en sauroit remplir un plus- grand, ni se resserrer dans un moindre, ni souffrir que pendant qu’elle y demeure quelque autre y trouve place.
a. l’ajoute (pie cette matière’ peut être divisée en un nombre indéfini de- parties, chacune desquelles est capable d’une innombrable variété de figures et de mouvements.
5. Je ne «mets aucune différence, réelle entre celte matière et ce què les philosophes ont coutume de pommer espace; à cause que je 11c cou-
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rois l’un et l’autre que sous la notion d’une chose étendue en longueur , largeur et profondeur. Et quand on y en voudroit établir quelqu’une, elle v • sçroit de nulle importance pour mon dessein , qui est d’expliquer nettement les raisons de tous les •
effets de la nature; puisque je ne parle jamais de • cet .espace que comme d’une chose abstraite, que mon esprit considère ; et que je suppose cette matière connue un vrai corps parfaitement solide, qui remplit entièrement et également toutes les longueurs, largeurs et profondeurs de ce grand ef immense espace que les philosophes appellent imaginaire, et qu’ils nous disent être infini: et de vrai ils doivent bien en être crus, puisque ce sout eux-mèmes qui l’ont fait.
4- Il est aisé.de voir que je ne puis admettre de » vide, puisque Ce. yide qu’on me voudroit faire 'admettre auroit les conditions que je donne à la matière, et partant, selon moi, seroitun vrai Corps; et de plus, ayant suppose que la totalité dèJ’èspace est remplie d’un vrai corps,- ou d’une matière ' parfaitement solide , dont les parties 11e se peuvent j • ni étendre ni* resserrer , il est impossible’ que je puisse concevoir aucun vide en la nature.
5. Bien que je suppose que cette jpatière 11’a la fyinie ni de la terre, ni du feti, ni de l’aii , ni d’aucune autre chose pins particulière; non plus, que les qualités de chaude, de froide, de sèche,.
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d’humide, de légère ou de pesante; et que je ne suppose aussi en elle aucun goût, on odeur, ou son, 'ou couleur, ou lumière, ou autre chose semblable, dans la nature de laquelle on puisse dire qu’il y ait quelque chose qui ne soit pas évidemment connue de tout le monde, il ne faut pas penser pour cela quelle soit cette matière première des philosophes, qu’on a si bien dépouillée de toutes, ses formes et qualités, qu’il n’y est rien demeuré de reste qui puisse être clairement entendu : au lieu que la nature que j’attribue à cette matière est si claire, et toutes ses propriétés, a savoir, sa divisibilité, et la grandeur, la figure, la situation et le mouvement de ses parties, si intelligibles, qu’il n’y a rien que le commun même* des hommes conçoive plus clairement et plus distinctement.
6. Mais, pour éviter toute dispute avec les philosophes de ce monde , permette/, maintenant pour un peu de temps à votre pensée ti en sortir, eVde considérer ce qui pourroit arriver dans un autre tout nouveau , si je lui en faisois naître un en sa présence dans les espaces imaginaires , sans y rien supposer de plus que ce que j’ai déjà ‘dit; et vous verrez que, sans y recevoir d’autres lois que les loisordinaires de la nature, elles seront suffisantes pour faire que, les parties de cette vaste matière, ou si vous voulez: de' ce chaos, se démêlent d’elles-
Digitiz
mêmes, et se disposent en si bon ordre, quelles auront la forme d’un monde très parfait, et dans lequel on pourra voir non seulement de la lumière, mais aussi toutes les autres choses tant générales que particulières qui paroissent clans ce vrai monde.
7. Avant que je vous explique ceci plus au long ( ce que je pourrai faire quelque jour, puisque vous m’en priez, me contentant aujourd’hui de parler de ce qui peut seoir à 1’éelaircissemeut de vos difficultés présentes), arrêtez-vous un peu à considérer ce chaos, et remarquez qu’il ne contient aucune chose qui nevous soitsi parfaitement cbnnue, que vous ne sauriez pas même feindre de l’ignorer.
Car pour les qualités que j’y ai mises, si vous y ayez pris garde, je les ai seulement supposées tèlles que vous les pouvez imaginer; et pour la matière dont je l’ai composé, il n’y a rien de plus simple ni de plus facile à connoître dans les créatures inanimées; et son idée, à savoir l’étendue, est tellement comprise dans toutes celles que >nqt£e imagination peut former, qu’il faut* nécessairement que vous * la conceviez , ou que vous n’imaginiez jamais aucune chose.
8. Toutefois, pourceque les philosophe;» sont si subtils , qu’ils trouvent des difficultés dams les choses qui semblent les plus claires aux , autres hommes, et que le souvenir que vous avez de leur
- matière première ( qu’ilsconfessent euxïmêmes être
assez malaisée à concevoir) vous pourrait divertir do la connoissance de celle dont je parle, il faut que je vous dise en cet eudroit que, si je ne me trompe, toute la difficulté qu’ils éprouvent dans la leur ne vient que de ce qu'ils la veulent distinguer de sa propre quantité et de son étendue extérieure. Toutefois je veux bien qu’ils croient avoir raison , car je n’ai pas dessein de m’arrêter à leur contredire; mais ils ne doivent pas aussi trou- ,* ver étrange si je suppose que la quantité de la * matière que j’ai décrite ne diffère non plus de sa substance que le nombre fait des choses nombrées; et si je considère son étendue , ou la propriété quelle a d’occuper de l’espace , non point comme un accident, mais comme sa' vraie forme et son essence ,• car ils ne sauraient nier qu'elle ne soit très facile à concevoir en cette sorte. Et mon dessein n’est pas aujourd’hui devons expliquer comme eux les choses qui sont en effet dans le vrai monde; mais seulement d’en feindre un à plaisir, dans lequel il n’y ait rien que les plus grossiers esprits rie soient capables de concevoir, et qui puisse tou- * tcfois être créé ttmt de mêrnéque je l’aurai feint.
Si j’y mettois la moindre chose qui fût obscure, il se pourroit faire que parmi cette obscurité il y aurait quelque répugnance cachée, dont je ne me serais pas aperçu, et ainsi que sans y penserje supposerais "une chose impossible pari lieu que pou-
vant distinctement imaginer 4oul ce que j’y mets, il n’y a point de doute qu encore qu’il n'y eût rien de tel dans l’ancien monde, Dieu le pourroit tbu: tefois créer dans un nouveau; car il est certain * qu’il peut créer toutes les choses que nous pouvons clairement et distinctement imaginer.
9. C’est pourquoi je me garderai bien, cômme put fait quelques uns, de supposer en la composition d’un système des choses qui soient autant ou plus difficiles à concevoir que ce qu’ils prétendent ‘ pliquer par elles; ainsi je n ai garde de supposer que . le soleil soit extrêmement chaud, ni que la matière dont le monde est composé soit fluide, liquide, perméable et diaphane,, et qu'avec cela elle a cette vertu de pouvoir être raréfiée, ou condensée, selon que la chaleur est plus forte ou plus foible; et1 r beaucoup moins, que toute la matière-de l'univers , et chacune de ses parties, a une certaine propriété par la vertu de laquelle toute cette matière s’tlnit et s’assemble en un seul corps continu , dont toutes les parties ont iuclinalion et font jeffort pour se joindre les unes aux autres, en s’attirant réciproquement l’une l’autre ; en sorte que chaque partie de la terre,, ou de l’air , ou de l’eau , ou de quelqu’autre planète , a en-soi deux vertus semblables, l’une qui les joint avec les’ autres parties de} leur planète , et l’autre qui les unit avec le reste des parties de l’univers, çans que l’une de cés deux
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propriétés empêche l’effet de l’autre ; car toutes ces choses me semblent avoir besoin de grande explication, et la plupart même me semblent inconcevables, à moins que d’admettre dans les parties de la matière une intelligence et une puissance toutes divines ; outre que ceux-là mêmes qui supposent toutes ces qualités dans la matière dont l’univers' est composé n’ont pu qncorebien expliquer jusquesici ce qu’ils entendent par la matière, sans quoi neanmoins tout ce qu’ils disent ne sauroit passer tout au plus que pour de puressuppositions, qui n’ont point la clarté que doit avoir un principe , et quiqe peuvent servir à faire connoître aucune chose.
i o. Mais pour venir à vos difficultés , la première . chose que je désire que vous remarquiez est la différence qui est entre les corps durs et ceux qui sont liquides ; et pour cet effet, pensez que chaque corps peut être divisé en des parties extrêmement petites.
Je ne veux pas déterminer si leur nombre est infini ou non , mais à tout le moins il est certain qu’au regard de notre connoissancc il est indéfini ; et que nous pouvons supposer qu’il yen a plusieurs milliers dans le moindre petit grain de sable qui puisse être aperçu de nos yeux. Et remarquez que si deux de ces petites parties s’entre-touchent sans être èn action {four s'éloigner l’une de l’autre, il est besoin de quelque force pour les séparer tant
peu que ce puisse être; car étant une. fois ainsi
posées, elles 11e s'aviseraient jamais de s’en ôter d’ellcs-mêmfes. Remarquez aussi qu’il faut deux fois autant de force pour en séparer deux que pour en séparer une , et mille fois autant pour en séparer mille , de sorte que s’il en faut séparer plusieurs milliers tout à la fois, comme il faut peut-être faire pour rompre.unseul cheveu, ce n’est pas merveille s’il y faut une forqe assez sensible; mais au contraire, si deux ou plusieurs telles parties se louchent sèuleqient en passant; et lorsqu’elles sont en action pour se mouvoir l une d’un côté, l'autre de l'autre, il est certain qu’il faudra moins de force pour les séparer que si elles étoient tout-à-fait sans mouvement; et même qu’il n’y en faudra point du tout si le mouvement avec lequel elles se peuvent séparer d’elles-niêmes est égal ou plus grand que celui avec lequel on les veut séparer. Or je ne trouvé point d’autre différence entre les corps durs et les liquides , sinon que les parties des uns peuvent être séparées d’ensemble beaucoup plus aisément que celles des autres; car même celles des corps les plus durs peuvent être séparées par une force , capable de vaincre leur résistance : de sorte que, pour composer le corps le plus dur qui puisse être imaginé , je pense qu’il suffit si toutes ses parties se touchent sans qu’il reste d espace entre deux, ni qu’aucune d’elles soit en action pour se mouvoir.
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Car quelle colle ou quel ciment y pourvoit-on imacriiicrt, outre cela, pour les faire mieux tenir 1 une à l’autre. Je pense aussi que c’est assez pour composer le corps le plus liquide qui sC puisse • . trouver, si toutes ses, plus petites parties se re- ’ muent le plus diversement l’une de 1 autre, et le plus vite qu’il est possible,' encore qu’avec cela elles ne laissent pas de se pouvoir toucher l’unie l’autre de tous côtés, et se ranger en aussi peu d’espace que si elles, étoient sans mouvement. .
, Vf. Car’so ri venez-vous' que finis*. Ipfcorps , tant durs que liquides , sont faits d’une même matière; et qu’il est impossible de concevoir que les parties de cette matière, composent jamais uu corps plus solide ," Vcst-à-dire qui occupe moins d’espace qu’elles font lorsque chacune d'elles est touchée de tous côtés par les autres qui- l’environnent, «p’où il suit, ce me semble, que s’il peut y avoir ^ . du vide quelque part , ce doit plutôt êp'e dans les corps durs que dans ceux, qui sont parfaitement liquides 'car |1 est évident que les parties de ceuxci se peuvent bien plus aisément pressçr et agencer l’une contre l’autre, à cause qu’efles syemueut sans cesse, que non pas- celles des autres qui sont sans mouvement i-et par exemple, si vous mettez de la poudre dan% quelque' vase, vous le secouez et frappez contre, poqr faire qu’il y en entre davantage; mais si Vous y versez quelque liqueur.
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elle se range incontinent d’elle-même en aussi . peu de lieu qu’on la peut mettre.
1 2. Je me souviens bien de la difficulté que vous me faites là-dessus, qui est assez considérable; c’est à savoir que les parties qui composent les corps . liquides ne peuvent pas, ce semble, se remuer incessamment, comme j’ai dit qu’elles font, si ce n’est qu’il se trouve de l’espace vide parmi elles, au moins dans les lieux d’où elles sortent à me- ’ sure quelles se remuent. Mais à cela, j’ai deux choses à repartir, qui doivent, à mon avis, satisfaire toute personne qui veut écouter la raison, et non pas se faire des obstacles invincibles de ses difficultés. La première est la connoissance parfaite de la nature des trois éléments de ce monde telle que je l’ai décrite, et la seconde est la façon que gardent les corps en se remuant.
i5. Pour celle-ci, je n’ai pas seulement connu par la raison, mais j’ai même reconnu par diverses expériences que tous les mouvements qui se font au monde sont en quelque façon circulaires, c’est-à-dire que quand un corps quitte sa place, il entre toujours en celle d’un autre, et ainsi de suite jusques au dernier, qui occupe au même instant le lieu délaissé par le premier; en sorte qu’il ne se trouve pas davantage de vide parmi eux lorsqu’ils se meuvent que lorsqu’ils sont arrêtés.
Et remarquez ici qu’il n’est point pour cela néces- I o. • • * 34
- fait
lüttrf.s.
saire que toutes les parties des corps qui se meuvent ensemble soient exactement disposées en rond comme un vrai cercle, ni même qu’elles soient de pareille grosseur ou figure ; car ces inégalités peuvent être récompensées par d’autres inégalités qui se trouvent en leur vitesse; et par la facilite * que les parties les plus subtiles et les plus déliées des corps liquides, qui peuvent bien nôtre pas \ toutes égales, ont à se diviser. Or on ne remarque pas communément ces mouvements circulaires, quand les corps se meuvent dans l’air, d autant que la plupart sont accoutumés à ne concevoir l’air que comme un espace vide; mais voyez, nagei des poissons dans le bassin d’une fontaine, s ils ne s’approchent point trop de la surface de l’eau, ils ne la feront aucunement branler, encore qu ils ^ passent dessous de tous côtés avec une très grande vitesse: d’où il paroit manifestement que l’eau qu’ils poussent devant eux ne pousse pas indifféremment toute l’autre, mais seulement celle qui peut mieux servir à parfaire le cercle du mouvement, et rentrer en la place qu’ils laissent; et cette expérience seule suffit pour montrer combien ces mouvements circulaires sont aisés et familiers à la nature. Et la raison nous montre qu’il ne s’en peut faire d’antres, à cause que tout étant aussi plein qu’il saurôit être, un corps ne peut quitter sa place qu’il n’entre dans celle d’un autre, lequel
doit enfin venir occuper la place abandonnée par le premier, comme n’y en ayant point d’autre où il se puisse mettre en tout le reste de l’univers.
14. Enfin, je n’ai plus qu’à expliquer la nature que j’attribue à chacun des éléments, afin que vous la puissiez une fois bien concevoir; car toutes vos difficultés ne viennent que faute de cela. Je conçois le premier comme une liqueur la plus subtile et la plus pénétrante qui soit au monde; et ensuite de ce que je vous ai dit ci-devant, touchant la nature des corps liquides, je m’imagine que ses parties sont beaucoup plus petites, et se remuent beaucoup plus vite qu’aucunes de celles des autres corps; ou plutôt, pour bannir tout-à-fait le vide de la nature, et pour ôter même toutes les chicanes que les plus difficiles et les plus scrupuleux me pourroient faire là-dessus, je 11’attribuc à ses parties aucune grosseur ou figure déterminée, mais je me persuade que l’impétuosité de son mouvement est suffisante pour faire qu’il se divise en toutes façons et en tous sens par la rencontre des autres corps, et que ses parties changent de figure à tous moments, pour s’accommoder à celles des lieux’ où elles entrent; en sorte qu’il n’y a jamais de passage si étroit, ni d’angle si petit entre les parties des autres corps, où celles de cet , élément 11e pénètrent sans aucupe difficulté, et quelles ne remplissent exactement. Pour le stecorut
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élément , je- le conçois bien aussi comme une ligueur très subtile, en le comparant avec lotroi- jg siè«ne; mais pour le comparer avec le premier, il est besoin d’attribuer quelque grosseur et quelque figure à chacune de ses parties, et de les imaginer à peu près toutes rondes, et jointes ensemble ainsi que des grains de sable ou de poussière; en sorte qu’elles ne peuvent si bien s’agencer, ui tellement se presser l’une contre 1 autre, quil ne demeure toujours autour d’elles plusieurs petits i rRervalles , dans lesquels il est bien plus aise au premier élément de se glisser, que non pas à elles de changer défiguré tout exprès pour les remplir: et ainsi je ine persuade que ce second élément ne peut être si pur en aucun endroit du monde, qu il n’y ait toujours avec lui quelque peu de la matière du premier. Après ces deux éléments, je n en reçois qu’un troisième , duquel je juge que les parties sont d’autant plus grosses, et se meuvent d’autant moins vite à comparaison de celles du second , que font celles-ci à comparaison de celles du premier; et même je crois que c’est assez de le cpncevoir
comme une ou plusieurs grosses masses dont les
parties n’ont que fort peu ou point du tout de mouvement qui leur fasse changer de situation au respect l’une de 1 autre.
id. Et remarquez que ce n’esf pas sans raison que je ne reçois point d’autres éléments que ces
trois que j'ai décrits; car la différence qui est entre eux et les autres corps que les philosophes appellent mixtes ou composés, consiste en ce que les formes de ces corps mêlés contiennent toujours en soi quelques qualités qui se contrarient et qui se nuisent, ou du moins qui ne tendent point à la conservation l’une de l’autre, au lieu que les formes des éléments doivent être simples, et n’avoir aucunes qualités qui ne s’accordent ensemble si parfaitement , que chacune tende à la conservation de toutes les autres. Or c’est ce qui se rencontre dans les formes de ces trois éléments. Mais si vous examinez toutes les formes que les divers mouvements, grosseurs, figures et arrangement des parties de la rùatière peuvent donner aux corps mêlés, je m’assure que vous n’en trouverez aucune qui n’ait en soi des qualités qui tendent à faire quelle se changé, et en se changeant qu’elle se réduise à quelqu’une de celles de ces éléments.
Mais de plus, comme je ne reçois que trois éléments, de meme aussi, si nous considérons généralement tous les corps dont l’univers est composé,- nous n’en trouverons que de trois sortes qui puissent être appelés grands et nombrés entre ses principales parties, à savoir, le soleil et les étoiles fixes pour le premier, les deux pour le second, et la terre avec les planètes et les comètes pour le troisième. C’est pourquoi nous avons
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grande raison de penser que le soleil et les étoiles fixes n’ont point d’autre forme que celle du premier élément tout pur ; les cieux, celle du second, et la terre avec les planètes et les comètes, celle du troisième. Et pour les corps mêlés, nous nen apercevons en aucun autre lieu que sur la superficie de la terre; et si nous considérons que tout l’espace qui les contient, à savoir ,- tout celui qui est depuis les nues les plus hautes jusques aux fosses les plus profondes, est extrêmement petit à comparaison de toute la terre et des immenses étendues du ciel, nous pourrons facilement nous imaginer que ces corps mêlés ne sont tous ensemble que comme une petite écorce qui s’est engendrée au-dessus de la terre, par l’agitation et le mélange de la matière du ciel qui l’environne; de sorte qu’il ne peut y avoir de corps mêlés ailleurs que sur les superficies de ces grands corps; mais il semble que là il faille de nécessité qu’il y en ait : car les éléments étant chacun de nature fort contraire, il ne se peut faire que deux d’entre eux s’entretouchent, sans qu’ils agissent contre les superficies l’un de l’autre, et donnent ainsi à la matière qui y est les diverses formes de ces corps mêlés.
1 6. C’est assez pour ce coup vous entretenir du gros de mon système : je reviens à vos difficultés tpii doivent, ce me sèmble, être maintenant levées. Je demeure d’accord avec vous que chaque partie