‹ Œuvres de DescartesChapitre 99 sur 106 · I.ETTn ES · texte numérisé non relu

I.ETTn ES

de la matière du premier élément, la plus petite qui soit, considérée dans l’état quelle est au moment qu’on la considère, est figurée , et aussi solide quelle puisse être; mais vous ne devez pas confondre la notion de solide avec celle de dur. Car, par exemple, le soleil est très solide, et néanmoins il est le corps le moins dur, et le plus liquide qui soit, puisqu’il est composé de la matière la plus subtile, la, plus fluide et la plus pénétrante que nous puissions imaginer; et dont chaque partie prise à part, et considérée toute seule, ne doit pas non plus être appelée dure, à cause quelle n’a point de grosseur ni de figure déterminée, mais qu’elle se peut diviser à tous moments en plusieurs diverses façons ; ce qui est le propre des corps liquides et non pas des corps durs. J’accorde aussi que chaque petite partie du premier élément ne se pourroit mouvoir, au moins d’un mouvement direct , si toutes celles qui la touchent immédiatement étoient dans le repos, et ne lui pouvoient faire passage. Mais il ne faut pas simplement considérer chaque partie dans l’état présent où elle est, il faut aussi que vous considériez celles entre lesquelles elle est, dans l’état présent où elles sont; et poureeque toutes ensemble elles composent un corps parfaitement liquide, toutes sont dans le mouvement, toutes disposées à céder leur, place, et toutes sans aucune figuré déterminée; de sorte

que si chaque petite partie a quelque figure dans le moment auquel vous la considérez, comme de vrai elle en a une, elle nest point pour cela obligée de la garder dans le moment suivant, si la détermination où son mouvement la porte l'oblige à changer sa figure pour s’accommoder à celle des lieux ou elle doit entrer. Car , si vous vous en souvenez, je vous ai dit que chaque partie de la matière du premier élément étoit si petite, et d’ailleurs se mouvoit si vite, que la seule impétuosité de son mouvement étoit suffisante pour faire quelle se divisât, rompît, brisât, ou s’écacliât en toutes façons et en tous sens par la rencontre des autres corps. Il n’est donc pas besoin d’aller jusques au bout du monde pour trouver le cercle qui se doit faire, afin que la moindre partie de la matière du premier élément se meuve ; car sans être obligée d’imprimer aucun mouvement dans pas une autre , elle se peut mouvoir à son aise dans la place même que ses voisines sont disposées à lui céder en se remuant; et pour rendre la chose plus intelligible par un exemple sensible, quand vous faites mouvoir un bâton en ligue droite , il est certain que lorsque sa première partie A se remue et qu’elle a avancé d’un pouce, sa seconde partie B en même temps a aussi avancé d’un pouce, et a justement rempli sa place, laquelle a été occupée par celle marquée C, et ainsi

Page 1