LOYS
Ces lettres ont été présentées à monsieur le chancelier, le onzième jour de septembre , présent moi. Charpentier. J. Tilbart.
Réponse du chancelier.
Oi RE, passé a sept jours , je vous ai écrit comme j'avais parlé à. monsieur de Tours touchant les matières dont il vous avait plu m'écrire et faire écrire par monsieur de Narbonne, desquelles choses mondit sieur de Tours fut fort triste et troublé , en disant qu'il aimerait mieux mourir que avoir fait, ne faire foute ou déloyauté envers vous , et que sur ce il vous ferait réponse par lettres et par articles signés de sa main ; mais pour la faiblesse qu'il avait à cause de sa maladie , il avait pris délai pour ce faire. £t depuis il a fait lesdites lettres et articles signés de sa main , lesquels ils vous envoyé par un de ses serviteurs , avec lequel j*cnvoye ce porteur pour vous en avertir.
Sire , je prie an benoist fils de Dieu que par sa sainte grâce il vous doint très-bonne vie et longue , victoire de vos ennemis , et accomplissement de vos très*nobles désirs. Écrit à Tours , le jeudi , douzième jour de septembre.
Au dos est écrit : Lettres écrites au roi , par moi , Pierre Doriole, touchant la réponse faite par monsieur de Tours, expédiées le douze de septembre 1482.
« Louis fit , pour rinstruction de son fils , le Rosier des » Guerres , ouvrage rempli des maximes les plus sages. (P. 390.) »
( Cet ouvrage est composé de deux parties , dont la première est morale , et la seconde historique. Comme il est rare , et qu'il n'est pas de nature à être jamais réimprimé , j'ai cru faire plaisir au lecteur d'en extraire les principales maximes; elles serviront à faire connaître l'esprit de Louis XI , et ses sentimens sur les devoirs des rois. Les vers suivans servent d'introduction à l'ouvrage. )
XJE roi qui tiet aa thr^ne de justice , Par fon regard dissipe toui^malîaej
(k>o histoire
Les troji «UU, chacoo en ton endroit.
Garde et maintient et fait à chacun droit : CTest le fleure qui à tous pronffit porte , Qui Torphelin et la Teove conforte , Qui le faible défend contre le fort ; C'est le recteur de la chose publique / Le défenseur de la foi catholique , Et par lequel chacun craint et hononre Le créateur, si que chacun laboure A Dieu servir et aimer de bon cœur , Et puis après son sourerain seigneur , Qui est le chef k porter le faeaolme , Pour défendre tous ceux de son royaume. Vrai est que ceux de IVtat de Péglisc Prient pour tous, jour et nuit sans feintise : Et ceux qui sont de Tétat de noblesse , Sont pour garder chacun qu*on ne le bleac ; « Les laboureurs et les gens de métier ,
Quièrcnt à tons ce dont on a mestier ; Mais le roi est le gouverneur de tous , Comme pasteur , qui les brebis des loups Garde et défend par grand soin et grand^peine. par quoi prions la Dame souyeraine, De paradis que soit intercessoire , Envers son fils le benoist roi de gloire.
Qu'au roi Louis , qui ores régne en France , Doint vie et sens, santé, vouloir , puissance. De gouverner son règne si en j)aix , Qu'enfin soit mis avecque les parftits.
Amen.
De par Phumble et obéissant sujet , Dont le nom e&t , en reproclie n'y siet (i) ; Car qui appoint les lettres en atsiet.
Trouver le peut , s'il ne feot à son geC.
Maximes et instructions tirées du Rosier des guerres , composé en partie, par Louis XI y en partie par son ordre, pour Védttcation du roi Charles VIII ^ sonjils.
Un roi est plus oblige qu'un particulier à garder la loi et les comiuandemens de Dieu, à donner des marques de piété et de religion.
Il doit prier Dieu pour lui et pour ses sujets , et bien penser que celui-là veille inutilement pour garder la cité , si Dieu ne la garde.
Éien n'est plus nécessaire à un prince que d'avoir beaucoup
(i) Anagramme, dit-on, d'Etienne Pordiier, qui fat chargé de rédiger l'ouvrage.
DE LOUIS XL 6oi
de religion , et que ses sujets soient bien persuades qu'il en a véritablement.
Ses sujets en seront convaincus , s'ils le voient s'acquitter des devoirs d'un bon et véritable chrétien, faire connaître Dieu, le faire honorer , travailler à déraciner le vice , être enfin le soutien des bons et le fléau des méchans.
Son principal soin doit être de garder se^ sujets de toute oppres* sion , et particulièrement les veuves et les orphelins.
Ce n'est pas assez pour un roi de ne point faire de mal ; il faut qu'il empêche qu'on n'en fasse , et qu'il fasse le bien. On n'a pas reproché à nos derniers rois de la première race , qu'ils fussent des tyrans ; après avoir été pendant long-temps rois seulement de nom , on s'est lassé de leur obéir : ils ont perdu et le nom et la couronne. *
Un roi ne doit point faire de loi qui ne soit pour le bien et . l'avantage de son peuple.
S'il veut lever des mains pures et nettes vers le ciel , qu'il se contente de son domaine et des anciens subsides ; qu'il craigne d'en établir de nouveaux , k moins que ce ne soit dans une grande nécessité , et pour le bien de son État.
Ce qu'un roi lève sur ses sujets ne doit être employé que pour les défendre contre l'ennemi du royaume , et les faire vivre eu paix dans le dedans , en leur rendant justice.
Un souverain ne doit rien faire ni entreprendre qui ne soit profitable à son peuple , et honorable pour lui.
Il doit en toutes choses préférer le bien commun au bien particulier. Un État est sur son déclin et près de sa perte , dès que l'intérêt particulier l'emporte sur l'utilité publique.
Un roi ne doit pas croire légèrement les rapports qu'on lui fait.
Lorsque quelqu'un est accusé ou de crime d'État, ou de quelque faute capitale , dont on n'a pas de preuves bien claires , le roi doit examiner avec grand soin le caractère , les mœurs , la réputation de l'accusateur et de l'accusé , toutes les circonstances qui peuvent concourir à éclaircir le fait, la nature du crime , les suites qu'il peut avoir , et y apporter le remède couvenable le plus promptement qu'il lui sera possible. £n matière d'affaires d'£tat , on n'attend pas que le crime soit commis pour le punir : on le prévient.
Il suffit d'être honime pour être sujet à bien des passions et commettre bien des fautes : ainsi un roi ne doit pas toujours punir à la rigueur. Il faut souvent qu'il use d'indulgeuce et qu'il pardonne ; et quand il refuse une rémission , il doit faire con* naître que c'est malgré lui , mais qu'il ne peut l'accorder sans renverser les lois qui font la sûreté de ses sujets et la sienne.
La clémence est une vertu particulière aux princes ; mais il faut prendre garde qu'elle ne dégénère en faiblesse. Trop de sévérité fait haïr un prince , trop d'iudulgence peut le rendre méprisable.
Comme on ne punit pas un malfaiteur seulement pour le mal qu'il a fait , mais pour l'exemple y c'est se rendre coupable que de pardonner des crimes qui troublent la société civile , ou qui , par l'habitude , deviennent contagieux.
Un.prince doit être attentif à maintenir la paix entre ses sujets, examiner les requêtes qu'on lui présente , et n'en accorder aucune qui ne soit juste.
Que les plus grandes pensées d'un roi soient toujours pour Futilité publique.
Qu'il ait soin qu^les chemins , les ponts et chaussées soient bien entretenus , qu'on puisse aller sûrement par tout son royaume , afin que le commerce soit facile et sûr , que les iron* tiëres soient toujours bien gardées , les villes et châteaux soient bien réparés et bien munis , de peur de surprise.
Si on ne peut pas trouver des hommes parfaits , cpi*au moins ceux que le roi choisit pour ses ministres et ses conseillers ne soient pas décriés pour leurs vices ; qu'ils aient dû sens et de la raison ; qu'ils soient fermes et incorruptibles.
On ne saurait trop payer un ministre sage , fidèle , éclairé ; et le roi qui en a un , doit penser qu'il a le plus grand trésor qu'il puisse souhaiter.
Il n'est pas défendu à un roi d'avoir des favoris ; mais lorsqu'il en a , il doit bien prendre garde qu'ils n'abusientde leur faveur, et qu'ils ne deviennent insolens. Combien de princes se sont perdus par le trop grand attachement qu'ils avaient pour des personnes indignes !
Comme on juge de ce qui se passe en nous-mêmes par ce qui paraît au dehors , un prince doit avoir un extérieur grave , et s'il peut , un air noble et majestueux , et bien prendre garde de ne rien faire ni dire qui soit contre la bienséance.
Qu'il prenne garde aussi que la facilité avec laquelle il se communique à ses sujets, ne dégénère en une trop grande familiarité , et que , d'un autre côté , un air farouche et trop sévère ne les rebute.
Un prince n'est pas obligé de savoir toutes les finesses de la grammaire ; mais il doit toujours parler avec dignité, et ne pas ignorer qu'une parole bien dite et à propos a produit souvent de bons effets , et qu'au contraire un mot lâché au hasard et indiscrètement a coûté quelquefois bien des larmes et du sang.
Le don de la parole est i^i grand don, quand il est accompagné
DE LÔtJIS XL 6o3
Ae beaucoup de sens et de jugement , et il est plus nécessaire, à un prince qu'â^ tout autre (i).
Un prince ne saurait être trop circonspect dans ses paroles. Le proverbe qui dit qu'un coup de langue est pis qu'un coup de lance, n'est que trop vrai, surtout si le coup part de la bouclie
d'un roi.
Les rois sont au-dessus des lois » cela est vrai ; mais ils ne doivent rien faire contre les lois, et ils sont d'autant plus obligt's k les respiecter et foire respecter, que s'ils y manquent , leur au^ torité est mal affermie; car un roi qui viole et enfreint les lois , donne un très-mauvais exemple k ses sujets, et il doit en craindre les suites.
Un roi juste et bon aime mieux régner sur le cœur que sur les biens et sur la vie de ses sujets.
Plus un roi est grand et absolu, plus il doit être en garde contre lui-même , et il a besoin d'un bon conseil pour sa propre conduite; s'il est capable de réflexions , il verra qu'il lui est plus aisé de gouverner ses peuples que de modérer ses passions.
Un souverain , pour être indépendant , n'en est pas moins homme. Il vient au monde comme tous les autres hommes ; il est sujet aux mêmes infirmités , aux mêmes accidens ; il meurt comme le moindre de ses sujets , avec cette différence, que plus il est élevé , plus ses fautes sont grandes devant Dieu et devant les hommes. Comtne il doit l'exemple , s'il a mal vécu , il sera puni et pour ses péchés et pour ceux de son peuple*
Quand les hommes se sont mis en commun , ont bâti des villes , se sont donné des maîtres , c'a été pour avoir justice et secours contre ceux qui leur voulaient nuire : ainsi un des premiers devoirs d'un roi , c'est de garantir son peuple d'oppression, et de rendre justice à tout le monde.
Un prince doit visiter ses provinces , en connaître le fort et le faible , et , si elles sont mal gouvernées , y apporter le remède convenable (2).
Si un roi manque de discernement , s'il ne distingue pas le bon serviteur d'avec le mauvais , s'il répand ses grâces sans choix ; s'il manque à punir ceux qui font mal et k récompenser ceux qui servent bien, son règne ne saurait être heureux ni flmîssant. Qu'un prince prenne surtout garde k qui il confie son autorité ou ses armes ; qu'il ne les donne qu*à des gens dont il con-
(1) Lonis XI disait que sa langue lui avait beaucoup nui et beaucoup servi. Tout sage qu^il e'tait, il parlait trop , el quelquefois avec peu de bienséance et de dignité.
(ï) Un jardinier, disait Louis XI , visite son jarditi, en arrache les nian« Taises herbes et cultiTe les bonnes.
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naît la fidélité et U vertu; et qa'il se défie de ceux qu'il a maltraités , ou qui l'ont été par son ordre , et encore plus de ceux qui l'auront grièvement offensé.
Qu'il ne néglige pas ses bons et loyaux serviteurs , et qu'il ne les méprise pas quand il croira n'en avoir plus besoin.
Les grâces que Dieu nous fait sont toutes gratuites , parce qu'il ne nous doit rien. Il n'en est pas de même de ceMes des rois ; elles doivent être toujours accompagnées de justice : rien ne décourage davantage les bons serviteurs , ni n'aliène plus le cœur des peuples , que de voir des personnes sans vertu ni mérite récompensées , et des gens de mérite et de service sans
récompense. ^
Un roi ne peut se dire assee souvent qn il n est pas le mailre des grâces, qu'il n'en est que le dispensateur, pour les distribuer avec poids et mesure pour le bien de son Etat.
Un prince qui veut acquérir bonneur et réputation , et régner avec gloire , doit mettre tout son plaisir à bien goavcmer son royaume , et h rendre son peuple beureux.
Il toe doit se reposer sur personne de ce qu'il lui convient de faire t si les cbôses sont légères et de peu d'importance , elles ne lui côAtèrortt pas beaucoup ; et si elles sont grandes et considérables , elles méritent toute son attention.
Les princes ne sont pas assee sensibles à l'amitié ; il semble qu'ils n'en sachent pas le prix , que même ils ne le connaissent pas. Ils ont néanmoins bien besoin d'avoir des personnes qui s'attadbent k eux, autant par inclination que par devoir.
Un prince qui ne sait pas ce qui se passe ni à sa cour, ni dans ses Etats , ni chez ses voisins , et qui ne s'en informe pas trèssoigneusement , n'est pas en «àreté sur son trène.
Le roi est l'âme de son royaume : et comme notre âme ne saurait demeurer dans l'inaction ou s'appesantir que le corps ne s'en sente bientôt , tout languit , tout se perd dans un Etat , dès que le roi s'endort sur son trône , et vit dans la mollesse.
11 est aisé h un prince de se faire aimer et respecter de ses peuples , et très-dangereux pour lui d'en être haï ou méprisé.
Si un prince venant k régner trouve son royaume en paix , il doit en être bien aise , en remercier Dieu , et tâcSier de n'avoir de guerre de long-temps.
Si la guerre commencée sous son prédecessebr durait encore, qu'il tâche de-4a iiuir^ plus tôt par quelque bonne paix , ou du moins de faire une trêve pour plusieurs années.
La guerre est un fléau qui ne traîne avec soi que dangers , que peines , que tribulations , que destruction de biens , de peuples et de pays.
DE LOUIS XL 6o5
Si un roi se trouve dans la nécessité de commencer la guerre, il est bon qu'il ne Tentreprenne que de l'avis , au moins , des grands du royaume, et qu'après leur avoir fait voir qu'il ne peut l'éviter ; qu'il ne prend )es armes que pour repousser l'ennemi , que pour la défense de son peuple , pour la conservation des droits de la couronne, et qu'il ne refusera jamais la paix, quand il la pourra faire avec honneur et sûreté.
Il n'est pas toujours nécessaire qu'un roi soit à la tête de ses armées.
Gomme de son salut peut dépendre celui de l'£tat , il ne doit pas s'exposer témérairement ; mais il est bon qu'on ne doute ni de sa valeur , ni de sa capacité , et que ses peuples et les ennemis soient persuadés qu'il ne craindra pas d'exposer sa vie pour la conservation de son peuple et de sa couronne , et de donner bataille quand il le jugera à propos.
Alors il paraîtra à la tête de ses troupes avec un air fier , un visage gai , une contenance assurée , parlant aux uns et aux autres selon qu'il leur convient. Il doit surtout bien prendre garde de ne faire ni dire rien capable de décourager ses troupes.
On ne doit pas tellement s'assurer sur la paix , qu'on ne pense , dans la plus grande tranquillité, à se défendre si on avait la guerre.
Une armée qui n'est composée que de troupes nouvelles , se détruit d'elle-même.
Si elle est nombreuse , elle est très à charge à celui qui l'a mise sur pied , et le ruine , à moins qu'un habile général ne la fasse vivre aux dépens de l'ennemi.
La naissance seule ne fait pas un général : on obéit néanmoins plus volontiers à un prince ou à un seigneur d'une qualité relevée , qu'à un homme d'une condition médiocre.
C'est vouloir perdre son Etat, de confier la conduite d'une armée à un homme qui n'est pas capable de la commander.
Un commandant mérite souvent autant et plus de louanges d'avoir évité une bataille , que s'il l'avait gagnée.
Tout soldat n'est pas capitaine.
La guerre se fait autant et mieux , par la tête du général , que par le bras du soldat ; et on n'a pas moins .besoin de prudence et de ruse , que de force et de courage.
L'expérience est aussi nécessaire dans le métier des armes ^ que dans toute autre profession.
Celui-là est digne de commander qui ne s'étonne pas pour des accidens imprévus , qui se porte partout^ qui voit tout, et dont' l'esprit se développe et le courage se fortifie à mesure que le péril augmente.
6o6 HISTOIRE
Une belle retraite mérite autant de louanges qu'une victoire.
Rarement un homme éleyë dans les plaisirs , a le courage assee mâle pour soutenir les longues et pénibles fatigues de la guerre , et affronter la mort quand il le faut.
J'aime mieux ces gentilshommes qui attendent toute leur fortune de leur épée , qui endossent le hamois de bonne heure , qui cherchent les occasions de se distinguer , qui s'exposent et affrontent les dangers, que ces seigneurs fainéans qui croient que tout est dà à leur naissance.
Les grâces et les récompenses ne sont point pour des paresseux , pour des hommes qui sont inutiles , et , pour ainsi dire , à charge à l'Etat.
On doit , en quelque façon , leur savoir gré de demeurer chez eux, quand ils sont sans courage et sans ambition ; mais on doit punir ceux qui fuient et qui, par leur mauvais exemple, mettent le désordre dans une armée.
Il vaut mieux avoir ipoins de gens^ mais francs, fermes , incapables de fuir, qu'une multitude mal aguerrie et qui est battue dès qu'elle voit l'ennemi.
De l'argent donné â propos a souvent rendu des grandes ar^ mèes inutiles, et forcé des places à capituler qu'on croyait imprenables.
Il faut être bien sAr d'un étranger, quand on lui donne le commandement d'une armée , ou le gouvernement d'une place ou d'une province. Les étrangers ne sont , pour la plupart , que des mercenaires qui sont à qui plus leur donne.
Un sujet qui est attaché à sa patrie par sa qaissance , par sa famille, par son propre intérêt, doit être bien plus porté qu'un étranger à la défendre, et aux dépens de sa propre vie.
S'il est difficile et glorieux de faire des conquêtes , il ne l'est pas moins de les conserver ; s'il faut de la conduite et de la valeur pour l'un, il faut beaucoup de prudence et de fermeté pour l'autre. Tel sait commander une armée , qui n'est pas propre pour gouverner des peuples nouvellement conquis , qui veulent toujours retourner sous leur premier maître : il faut beaucoup de sagesse pour les contenir.
Une longue paix est souvent dangereuse à un Etat , à moins que le souverain n'ait un grand soin d'entretenir la jeunesse dans un exercice continuel , d'avoir toujours un corps de troupes bien disciplinées, de conserver de bons officiers, et qu'il prenne garde que ses fortifications ne dépérissent pas , que ses arsenaux et ses magasins ne s'épuisent pas, qu'il n'ait l'œil ouvert pour savoir ce qui se passe chez ses voisins.
Pendant une longue paix , souvent tout se donne à la faveur.
ou sfi vend ; et quand on a besoin de bons oi&cier^ et de braves gens, on n'e;i trouve plus.
S'il est nécessaire qu'un roi ait toujours de bonnes troupes , il doit encore avoir plus de soin que son peuple soit content , l'aime et le craigne ; car , sans son peuple , qui entretiendra ses troupes? que deviendra-t-il lui même ?
Qu'il s'applique donc continuellement à faire régner la justice et la piété.
■■ ■ ' ■ I Mil. ,11 . ■ I I I mh
Extraits de pièces concernant la ville d^Arras.
Extrait de la déclaration donnée par Louis XI , en la cité
â!Arras, Mars 1476.
Vjette déclaration a été accordée aux babitans de la province d'Artois, et surtout de la ville d'Arras^ en conséquence de la remise qu'ils avaient faite des clefs de la ville , et du serment de fidélité fait à Louis XI , pour les absoudre de tous les cas, crimes , excès , etc. , qu'ils pouvaient avoir commis contre lui , et pour les confirmer dans tous leurs privilèges, franchises, libertés , etc.
Extrait d'une autre déclaration de Louis XI, donnée en ia cité
d'Arras, le même mois 1476.
f^ E T T E déclaration a été donnée en faveur des babitans d'Artois^ et ^rtout de la ville d'Arras , qui se mettaient sous l'obéissance de Louis XI , et elle les absout de tous les cas , crimes , fautes, excès et délits , que les gens d'église, nobles, officiers, échevins, conseillers, corps et communautés, manans et habitans de la ville d'Arras , et de tous ceux qui se sont retraits , ou qui à présent sont dedans ladite ville , de quelque état , qualité, nation ou condition qu'ils soient, peuvent ou pourront avoir Jait contre sa majesté; en conséquence, elle maintient les mêmes babitans dans tous leurs privilèges , franchises , etc.
Extrait de la charte de Louis XI concempnt la ville d^Arras , du mois de juillet 1481 ; enregistrée au parlement de Paris , le 28 août de la même année.
Inouïs, par la grâce de Dieu roi de France, sçavoir faisons à tous présens et avenir : comme puis aucun temps en çà , pour certaines grandes, justes et raisonnables causes et considérations, à ce nous mouvans, et par l'avis et délibération de plusieurs princes et seigneurs de notre sang et lignage , et gens de Qotre grand conseil y nous avons ordonné faire vuider les habi-
6o8 HISTOIRE
tans de nos ville et cite de Franchise , paravant nommées AiTa5, et les faire peupler et habiter de marchands et gens mëcaniqiies de tous états , métiers et vacations de plusieurs bonnes villes de notre royaume , en suivant laquelle déclaration , eussent été envoyés par les officiers et habitans desdites villes plusieurs marchands et ménagers , qui à présent sont demeurans et habitans de notre ville et cité de Franchise , et soit besoin donner ordre , police , forme et manière à iceux marchands et ménagers d*eux régler et gouverner an fait de la justice et des chose^qui en dépendent et peuvent dépendre; pareillement les affranchir et leur donner et octroyer plusieurs beaux et grands privilèges , prérogatives et franchises , en manière qu'ils se puissent aucunement relever des pertes et dommages qu'ils ont soutenus à cause de la mutation et diversité des lieux , et eux entretenir an temps à venir en nosdites ville et cité de Franchise , ,et surtout donner bonne et convenable provision. Nous, ces choses considérées, mémement que nosdites ville et cité de Franchise sont situées et assises en pays de frontières , par quoi lesdits marchands et ménagers ne peuvent pas avoir sûre communication avec les autres marchands de notre royaume , ne faire mener ou ramener sûrement leurs marchandises , mais souventes fois sont en grand danger de leurs personnes , auxdits marchands et ménagers de tous états qui sont à présent , et seront ci-après demeurans en nosdites ville et cité de Franchise , avons donné et octroyé , et par la teneur de ces présentes , de notre propre mouvement , certaine science , grâce espéciale , pleine puissance et notre autorité royale , donnons et octroyons les privilèges , prérogatives , autorités , prééminences , droits , franchises et libertés qui s'en suivent.
« Premièrement', etc. Cet article et les vingt-deux suivans regardent les échevins fixés au nombre de douce , un greffier et un procureur; ils fixent leur juridiction , leurs privilèges , leurs ressorts , toutes les matières dont les échevins pourront juger ^ la manière de procéder chaque année à leur élection , etc.
» Le vingt-troisièm^ contient l'anoblissement , et donne tons les privilèges de la noblesse à tous les échevins ; les avions dé^ corés et décorons et toute leur postérité masculine et féminine , nés et à naître en loyal mariage , et voulons et nous pUut que iceux échex^ins présens et futurs , et tous les enfans descendatis d* iceux en loyal mariage , soient tenus , censés et réputés pour nobles et jouissent de tous les privilèges , franchises, libertés ei prérogatives de noblesse , tout ainsi que s'ils étaient nés^pro^ créés et extraits de noble lignée de toute ancienneté , etc.
Les articles suivans contiennent des affranchissemens pour la
province d'Artois de toutes tailles , gabelles y aides , travers , péages , etc. , et des réglemens pour la police de la ville de Franchise , et pour tout ce qui concerne les marchands qui y sont établis , ou qui iront s'y établir.
L'art. XL, et les suivans , règlent les droits du gouverneur , du capitaine et du lieutenant de roi , établis par L9uis XI , et ceux des échevins dans la ville de Franchise , et donnent des privilèges particuliers pour tous les marchands étrangers qui voudront aller s'y établir. L'art. LXI supprime le nom i^Atras, et défend, sur peine de punition griëve , de le prononcer, et y substitue celui de Franchise, L'article suivant ordonne x]ae les armes de la ville seront d'asur , semé de fleurs de Us d'or , « l'image de S. Denis portant son chef entre %u^ niains.