‹ Œuvres de Dugald Stewart (volume 3)Chapitre 16 sur 19 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

£if combinM^ avec soin les différentes considérations qui viennent d'être présentées dans le chapitre précédent , on s'étonnera peu de voir la grande majorité des hommes prendre pour une théorie philosophique de Tesprit humain , le langag#analogique usité dans cette science. Ce n'est que par un eaar-^ cice persévérant de la réflexion sur les &its de con- ^ sciaice qu'on pourra venir à hout de déraciner ce préjugé populaire. On sent diminuer Finflueiice des métaphores sur l'imagination , à mesure que les sujets qu'elles expriment deviennent plus familiers à la pensée; et, tandis que les signes que nous employons continuent à montrer dans leur étymologie la source dont ils dérivent, l'usage, éclairé par la critique , finît par les replacer effectivement dans la classe des appellations propres. C'est ce qu'on pourrait démontrer par miUe exemples tirés des phrases et des mots figurés qiû se présentent continuellement dans les conversations ordinaires.

Ceux qui cofmaissent les recherches de Warhurton siir la manière dont l'écriture a^passé natureHe* ment des hiéroglyphes à des caractères arbitraires

QSflBparence, seront, frappés sans doute de la res^ sei^lance qui existe entre l'histoire de cet art , telle qu'il l'a tracée , et la marche progressive par laquelle les termes métaphoriques s'éloignent du sens littéral qui les avait fait choisir d'abord par nos grossiers aïeux. Jusqu'à l'entier accomplissement de cette révolution dans les mots qui dési|pient les facultés et les actes de l'entendement, nous espérerons vainement quelque succès de nos recherches inductives sur les principes de la constitution humaine.

En critiquant ainsi les expressions métaphoriques , lorsqu'on en fait avec trop de confiance une base de cpiiclusions dans la science de l'esprit , je suis loin de *%youloir en interdire l'usage au philosophe spéculatif. Ceux qui aiment à suivre l'histoire du langage examineront avec autant d'intérêt que de profit, les circonstances qui ont primitivement déterminé l'emploi de ces expressions ^ et celles qui les ont modifiées d'un peuple à l'autre. Et aussi, pour le philologue qui parvient à ramener à leurs racines éloignées , dans des dialectes inconnus , des mots*que Ton regardait généralement comme primitifs dans sa langue maternelle, ce peut être une source de plaisir et d'intérêt, que djp^ montrer comment les termes mêmes qui expriment nos idées les plus déliées et les plus abstraites , ont été empruntés originairement des objets sensibles. D'après les observations que nous avons déjà îattm , on pouvait sans doute annoncer à priori ce résultat , qui , bien que surprenant |îeut-

t>HILOSOPHIQUES. 233

être pour ceax dont les études ne s'étendent pâi^us loin que la Grammaire, ne présentera au philosophe qu'une conséquence naturelle, nécessaire même, et de l'ordre progressif que suit l'esprit en se famfliarisant avec les différents objets de ses connaissances , et de ces lois générales qui régissent la pensée humaine lorsqu'elle fSeiit usage de signes arbitraires. Cependant il importe de rappeler de temps en temps au philologue qui se laisse captiver par l'attrait de ces recherches, que ses décom^ertes appartiennent à cette branche de la littérature cpii fournit la plus grande partie des matériaux dont se composent nos Lexiques vulgaires et nos Dictionnaires étymolôgi-^ ques. n faut lui dire, par exemple, que, quand il nous a appris que le mot imagination est dérivé d'un fait d'optique , nous ne sommes pas plus avancés sur la théorie de l'intelligence humaine , que nous ne le serions sur l'usage de la monnaie , ou les effets politiques de la dette nationale , après que les étymologis tes latin| nous auraient fait savoir que ces mots pecunia œs alienum se rapportaient , dans l'origine , à certaines circonstances de la vie privée des premiers Romains (i).

Ces considérations générales , envisagées dans leur . rapport avec le sujet qui y a donné lieu , auront déjà fait prévoir, sans doute , le but que je me proposé en poursuivant mes observations sur l'origine des

(i) Yoj.lanote 0.

coniraissances humaines. Gepeiidant, comme plusieurs de mes lecteurs pourraient n'avoir pas lu Touvrage de Home Tooke, ou n'avoir pas remarqué , en le lisant , le lien subtil qui forme un tout inaperçu de ses étymologies détachées en apparence , je crois utile de choisir un ou deux exemples par lesquels il s'est donné la peine de montrer lui-même l'applicatioqyta'on pouvait faire de ses découvertes aux. discussions philosophiques. Précaution d'autant plus nécessaire qu'il semble , en général , s'être imposé la loi d'établir les prémisses, sans découvrir, am moins explicitement, les conséquences. qu'il y. voyait reitfermées. C'est ainsi , qu'on me permette de le dire , qu'en jetant sur ses intentions réelles un voile mystérieux , en décevant l'imagination par l'espoir de conquérir d'admirables secrets, Home-Tooke a su donnera ses recherches savantes et originales, un degré de célébrité qu'elles n'auraient jamais obtenu, s'il les eût exposées systématiquement , sous une forme concise et didactique.

» B|iHT (droit) n'est autre chose que i»gt-uh ( re-

u gitum ) , participe passé du verbe latin regere.

(( L'adjectif jusT (juste) est encore le participe passé

« du verbe yw^ere. )»

« Ainsi , quand un homme réclame son droit , il

(( demande seulement ce cp'il est réglé qu'il doit

« avoir. »

« Un compte droit ( right ) est celui qui est selon

« la règle, »

u Une ligne droits est celle qui est réglée ou diri- <( gëe; non pas tirée au hasard, mais présentant la (( plus courte distance entre deux points. >»

<( Agir avec dboitueb , c'est faire ce qui est près- « crit par la r^g/e (i). »

« Être en BRoiT, c'est être dans une circonstance « ou une situation conforme à la /%/e. )»

« Avoir le droit ou la loi pour soi , c'est dMir la ({ règ/e en sa faveur. )i

(c Une action droite et juste est une action faite (c selon la r^^le et le commandement, >»

« Un homme JUSTE est celui qui est ce qu'on lui a »( commandé d'être : — '■ qui loges juraque servat. »

u n me semble qu'il y a une impropriété cho- <( quante à dire que Dieu est juste ; car il n'y a rien u de réglé y rien de^yîre, rien de commandé pour u Dieu. Ces expressions ne peuvent s'appliquer à la (C Divinité , bien qu'elles soient d'usage , et que ceux <( qui s'en servent aient les meilleures intentions. u Elles n^ieuvent s'employer qu'à l'égard des hom- <c mes, qui sont par leur nature assujettis liai: règles

(i) Dans tontes les langues que je connais , on s'est servi du même mot pour exprimer une ligne droite, et la rectitude morale de la conduite. On pourrait , j^magine , donner une explication satisfaisante de ce fait , sans aToir recours à la pliilologie pour fonder une théorie de la morale, sur les participes passés. Pour choisir un exemple , entre mille, de Punijersalité de rassociation d'idées qui a suggéré cette métaphore , je me contenterai de rappeler ce vers d'Horace : Scilicet ut possem curvo dignoscere rectum.

u et aux commandements j et dont le mérite princi-

(( pal est l'obëissance. »

On dira peut-être que , d'après cette doctrine y tout

ce qui est réglé et commande àeYTdàt être deoit et

JUSTE ; aussi M. Tooke répond-il à cette objection

en admettant la conséquence et en la considérant

même comme une proposition identique.

« C'est affirmer seulement , nous dit-il, que ce «i qui est réglé et commandé est réglé et coma mandé {i), >»

Plus loin , il faut sur le mot wbong ( tort ) , cette

remarque , u que c'est le participe passé du verbe « to wring (tordre), ton/uere. Le mot correspon- •t dant en italien est tortOy participe passé du verbe'»*'' u torquere ; et c'est de là que les Français ont dé- « rivé le mot tort. Il signifie seulement tordu , c'est 41 à-dire , détourné d'une ligne deoite ou eéglée de <( conduite. »

y Évidemment, cet écrivain a établi en principe dans son ouvrage , que , pour déterminer avec précisionaBfaleur philosophique d'un mot, il est indispensan^d'en suivre l'histoire à travers les différents sens auxquels on l'a appliqué depuis le premier mo-

(i) On ne doit pourtant pas conclure de ce langage que M. Tooke ait du penchant pour le sjatème de Hobbea.Dans tout le cours de sa discussion , au contraire , il emploie toutes ses forces à établir une distinction entre les règlements humains, et ce que les lois de notre nature nous apprennent à considérer comme des institutions di- Yines.

ment de son apparition dans notre langage ; et que , si ce mot est d'origine étrangère ,- nous devons en poursuivre rétymologie, jusqu'à ce que nous puissions fixer la signification littérale et primitive de la racine dont il est dérivé. C'est dans ce sens littéral et primitif seulement , suivant M. Tooke , qu'un philosophe peut avoir le droit de l'employer, même dans l'état actuel de la science ; et lorsqu'il y attache un sens entièrement détourné , il en impose à luimême et aux autres (i). Quant à nous, au contraire , il nous paraît tout^à-fait inutile d'en appeler à rétymologie dans une question de philosophie , si . ce n'est peut-être dans le cas où le mot lui-même an- #v rait une origine philosophique : une telle recherche peut servir tout au plus à jeter du jour sur les lois qui dirigent l'imagination de l'homme dans ses opérations. Ici M. Horne-Tooke s'est servi d'une hypo-

(i) <( Tant (fae nous ne connaissons pas clairement nos propres (( pensées , tant que nos intentions ne se sont point revêtues de moi^ (( qui puissent les faire connaître, notre langage n'est cnjÉjkbmit in- <t signifiant. Hais il acquiert un plus haut'degré d'imp«|Hbe quand <t nous réflécliissons sur Papplication des mots à la métaphysique, (t Et quand je dis la métaphysique , on voudra bien se ressouvenir (( que tous nos raisonnements généraux en politique , en législor f tion , en morale et en théologie , sont purement métaphysiques , » Je me permettrai de demander pourquoi M. Tooke a omis les sciences mathémaiiques dans Pénumération de ces différentes branches de la métaphysique. D'après son principe même , elles peuvent y être comprises auisi bien que toutes les autres. — Diversions ofPurley, Part. U} p. laji.

thèse philologique , dont la véritë est loin d'être incontestable, pour prononcer en ({uelques lignes , et se tromper fort gravement, selon moi , sur des questions qui se rapportent à la théorie de la morale.

On demandera quel rapport existe entre les textes que j'ai cités plus haut et la question de l'origine des connaissances humaines. La réponse sera facile pour ceux qui ont examiné de près les théories qu'on, a édifiées sur le principe dont je Tiens de parler toutà-l'heure ; principe que M. Tooke semble s'être proposé d'établir au moyen d'une induction tirée de faits particuliers (i) , et qui , si on l'admettait comme

(i) Je citerai à l'appui de cette remarque quelques phrases de Home-Tooke : ^

a Locke a peut-être fait une méprise utile à la société^ car ce (t fut bien une méprise, en appelant son li?re Essai sur VEniende- (( ment Humain. Plusieurs milliers de personnes ont profité de cet M ouyrage , qui n'y auraient jamais fait attention s'il l'eût intitulé , t( comme il devait l'être , Essai grammatical, ou Traité sur les *i mots o0ÊÊÊÊr le langage,

— <t JéoRs déclarer , dût-on juger mon opinion téméraire , que « je ne crois pas que M. Locke, dans son Essai , soit sorti un seul (( instant de la question de l'origine des idées et de la composition (( des termes. »

Pour répondre à cette observation et à. quelques autres de même nature , l'interlocuteur qui s'entretient avec M. Tooke dans ce dialogue , s'exprime ainsi :

(t Tous croyex peut-être que si Locke eût été bien persuadé u qu'il n'écrivait que sur le langage, il aurait pu se dispenser de c( traiter de V origine des idées , et par-là même aurut évité les re-

PUILOSOPHIQUES. 239

incontestable, minerait à la fois les fondements de la logique et de la morale. C'est en effet de ce principe général , combiné avec un fait universellement admis par les philosophes , je veux dire l'impo^sibi^ lité de parler de l'esprit ou de ses phénomènes sans employer un langage méta|^orique , que les philologues et les grammairiens de notre époque , éblouis , à ce qu'il semble, par la nouveauté de ces découvertes , se sont montrés disposés à tirer une conclusion à laquelle Diderot et Helvétius avaient déjà été conduits par d'autres prémisses, savoir que les seules connaissances réelles que nous possédions se rap-

^^PP ai

proclies injustes ifaUl s^est attirés à cause de Popiiiioii qu^il ayait doptée à cet égard. »

« Point du tout, lui répond M. Tooke. Je crois, au contraire, « qu'il se serait occupé, comme il l'a fait, de VorigiM des idées, <t Téritable point de départ du grammairien qui Teut traiter des si- (( gnes de ces mêmes idées $ et qui peut aussi les rapporter toutes <t avx sens et commencer par expliquer ainsi le langage. >i

Cette dernière pBrase est accompagnée de la note suirante qui doit nous montrer dans quel sens M. Tooke interprète la <^ÉHpiBe de Locke, et .nous prouve qu'en l'exposant, il a préféré les^pinions ténébreuses des siècles reculés, aux lumières qu'il aurait pu rencontrer dans les successeurs de Locke.

» NihU est m intellectu quod non priés fuerit tn sensu, est (( une proposition ancienne et parfaitement connue.

n Sicut in speculo ea quœ yidentur non sunt , sed eorum species : (t ita quœ intelligimu»^ ea sunt reipsà extra nos , eonimque species u in nobis. Sst enim quasi rerum spéculum inteUectus noster ; cui, t< nisiper sensumreprsBsententur res, nibil scitipse.» (J. G.Scaliger, ch.: -LKfi,) Diversions of Purley, Toi. I, p. 4a, 43 , 46, 47.

portent aux objets des sens extérieurs ; et que nous ne pouvons attacher au mot esprit lui-même d'autre idée que celle d'une matière aussi subtile que l'ima* gination peut se la figurer. Et ce ne sont pas^encore là les conséquences les plus dangereuses que ren* ferme la maxime de Locke ainsi comprise ; je me contente de les indiquer de préférence, parce cp'elles se rattachent plus immédiatement au sujet de cet Essai.

Home-Tooke a donné à ces conclusions qndque vraisemblance au moyen des étymcdogics suivantes qu'il a extraites de Yossius.

u ArUmuSy Anima y ïinvfjta. et ^^x" sont des parti- ' cipes. n — u Anima est ab Animas, /inimus verà^# « est à Graeco '^Arf/Ao? , quod dici volunt quasi Ai/**? ab <( '^A« sive ^ An fin quod est nri<# ; et Latinis kSpirando u Spiritus. Immè et "^vx» est à "^ix^» quod Hesychius u exponit nfi«#. «

J'ai déjà remarqué en différentes occasions que la question sur la nature de V esprit est complètement étrangère à l'opinion qu'on adopte sur la théorie de ses opérations ; et qu'en le supposant même maté* riel, il n'en demeure pas moins évident que c'est à la conscience et à la réflexion que nous devons demander toutes les notions que nous voulons en acquérir. Cependant , comme nos profonds étymologistes ont entièrement méconnu cette distinction , je profiterai de la citation qu'on vient de lire pour proposer, comme un problème assez important, l'exa-

raen des circonstances qui , dans tous les temps , ont dëterminë les hommes à donner au principe qui sent et qui pense en nous , une dénomination synonyme de spiritus on nrcv^ua, et quelquefois aie comparer aune étincelle de feu ou à quelque autre forme impalpable et mystérieuse de la matière. Cicéron hésite entre ces deux manières de s'exprimer ; |mais il les considère éyidemment comme îndifiërentes , et en elles-mêmes, et par rapport aux conclusions que nous pouvons adopter sur le sujet qu'elles représentent : K Anima sit anîmus, ignisi*e nescio : nec me <c pudetjaterî nescire quod nesciam. Illud si ullà <c aliâ de re obscure affinnare possem, siue anima « sive ignis sit animas ^ eumjurarem esse dii^inum, » Ce langage métaphorique, appliquée Fesprit, a été regardé par quelques métaphysiciens modernes comme une preuve incontestable que le matérialisme est une croyance de l'homme ; et que l'hypothèse contraire vient d'un préjugé qui nous porte à regarder comme immatériel ce qui est excessivement déUé.

Quant à moi , je ne puis m'empêcher de tirep de ce fait une conséquence directement opposée. D'où vient en effet cette disposition générale à réduire aux éléments les plus subtils le sujet qui pense et qui veut , si ce n'est d'une répugnance naturelle pour le ntatérialisme , et d'un besoin secret de nous mettre en garde contre l'interprétation littérale de nos métaphores. Et ce n'^t pas chez le peuple seulement Dugald Stewari* — Tome II. 16

que cette disposition se manifeste. Les matërialistes eux-mêmes n'ont fait que donner aux conceptions de la multitude une tournure scientifique , en chercliant un asyle contre les objections de leurs adveisaires dans les découyertes récentes sur la lumière , sur rëlectricité , sur toutes les causes cachées dont nous ne saisissons que les effets. Quelquefois même ils ont eu recours à cette supposition, qu'il est possible que la matière existe sous des formes incomparablem^t plus subtiles que celles de ces fluides , ou des autres phénomènes physiques; hypothèse qu'on ne peut caractériser plus heureusement que par ce vers de La Fontaine :

Quintessence d*atome , extrait de la lumière.

n est éyident qu'ils n'ont employé ce langage que pour éluder les objections de leurs adversaires et dissimuler un peu l'absurdité de leur système aux yeux des penseurs superficiels, en dépouillant la matière de toutes les propriétés qui la rendent accèssible à nos sens ; et en substituant aux notions communes qu'elle suggère, d'insaisissables entités à la poursuite desquelles l'imagination se perd dès le premier pas.

En suivant encore cette remarque , nous arriverions , si je ne me trompe , à un point de vue toulà-fait opposé à celui des matérialistes. Mais , comme cet examen m'entraînerait trop loin de mon but , je

me contenterai d'avertir ici qne les raisonnements philologiques qu'ils ont depuis peu invoqués à leur aide , portent sur deux erreurs trop ordinaires chez nos meilleurs philosophes. La première est de confondre les progrès historiques d'un art avec la théo rie de ce même art , lorsqu'il a acquis un grand développement ; la seconde est de voir dans le langage une peinture de nos pensées , beaucoup plus exacte qu'elle ne l'est réellement dans une société quelconque 5 civilisée ou barbare. Ces deux méprises ont , à mon avis , égaré complètement M. Tooke. J'ai déjà produit plusieurs exemples de la dernière ; l'autre se trouve réduite en application dans tout le cours de son ouvrage. C'est ainsi qu'après avoir exposé le résultat intéressant de ses recherches sur les conjonctions 5 il en tire cette conséquence fondamentale que l'arrangement commun des parties du discours, dans les Traités des Grammairiens, étant disposé avec aussi peu de soin que d'esprit philosophique , doit éminemment contribuer à retarder les progrès de ceux qui 'étudient les langues ; tandis , au contraire, qu'il est incontestable que ses spéculations n'ont pas le moindre rapport avec l'analyse d'une langue qui a pris une forme régulière et systématique ; et qu'elles se bornent à l'observation des procédés successifs par lesquels elle a passé d'un jargon sauvage à cet état de perfection. Ce sont des spéculations purement philologiques et rien de plus , qui se rapportent à cette espèce de recherches

que j'ai nommées ailleurs Histoire Théorique (i). De ce que les conjonctions sont une partie du discours accessoire et dérivée ,' et qu'elles étaient primitivement remplacées par des mots que l'on reconnaît pour des pronoms ou des articles, il ne s'ensuit aucunement qu'on ne puisse pas les regarder aujourd'hui comme une partie séparée du discours ; pas plus que la théorie de M. Smith , sur la transformatioBr^uccessive des noms propres en noms appellatifs , ne peut prouver que les noms propres et les noms appellatifs sont aujourd'hui essentiellement les mêmes ; pas plus encore que l'emploi des substantifs pour remplacer les adjectifs, emploi que M. Tooke regarde comme un signe de l'imperfection d'une langue, ne peut prouver qu'il n'y a aucune distinction grammaticale entre ces deux parties du discours dans le grec , le latin ou l'anglais. Cependant cette dernière

conclusion s'est aussi présentée à M. Tooke , qui l'a adoptée sans hésitation. Autant valait-il conclure, à mon avis , qu'il n'y a pas de dififérence entre un doigt et une fourchette , parce que les sauvages , au lieu de fourchette , font usage de leurs doigts.

On verra' plus clairement , dans le chapitre qui va suivre, TappUcation de ces remarques à notre phraséologie métaphorique dans la science de l'Esprit.

(i) Yoy. rHistoire de UTie et des Ouyiages de M. Smitli , à la tète de ses Essais postliumes.

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