‹ Œuvres de Dugald Stewart (volume 3)Chapitre 4 sur 19 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Incompatibilité des conséquences présentas dans le chapitre précédent at^ec la théorie de Locke sur l'origine des idées.

On a déjà remarqué que c'est du sentiment intérieur, ou plutôt de la réflexion , que nous tirons tontes nos notions des facultés et des opérations de l'esprit ; et (pi'en analysant ces notions , nous devons arriver tôt ou tard à certaines notions ou idées simples que nous n'avons moyen de faire connaître aux autres qu'en enseignant à ceux auxquels nos raisonnements s'adressent , comme ils doivent s'y prendre pour diriger exactement leur attention sur ce qui se passe dans leur esprit. Ces phénomènes intellectuels forment les sujets directs et propres du sens intime , et les seuls même auxquels on puisse , à proprement parler , donner ce nom .

Il n'en faut cependant pas conclure que les sujets propres du sens intime, à entendre cette expression comme nous venons de l'expliquer , embrassent tontes les notions ou idées simples sur lesqueUes s'exerce la science de l'esprit ; bien moins encore , comme l'ont imaginé quelques philosophes , qu'ils embrassent tous les éléments dans lesquels on peut en der-

nier résultat analyser toute connaissance humaine. Sans parler des notions d'étendue et de figure , par exemple , qui toutes deux accompagnent nécessairement quelques-unes de nos perceptions extérieures , et n'ont certes aucune ressemblance avec celles dont notis avons la conscience intime , il y en a un grand nombre d'autres tellement liées à nos diverses facultés intellectuelles , qu'on peut justement regarder l'exercice de la faculté comme une condition préliminaire indispensable pour pouvoir rendre compte de la première origine de la notion qu'on en a. Ainsi un esprit privé de la mémoire h'aurak certainement jamais pu fermer les idées de, temps ^ de mous^ement em. ô^ identité personnelle ; idées c[ui, de l'aveu de toni , sont du nombre des plus familières de celles que sons avons , et quW ne peut , par aucun eflfort de subtilité logique, faire remonter au sens intime. De la même manière , sans la faculté de V abstraction j nous n'aurions jamais pu former l'idée des nombres y ni mtee des lignes y des surfaces et des solides y tels qu'ils sont considérés par le mathématicien ; il ne nous aurait pas été plus possible de comprendre le sens de mots tels que classes ou espèces y ni aucune éss parties du discours. Les noms propres seuls auraient été intelligibles. Sans la faculté de raisonnement ou ^intelligence , il est clair aussi qu'aucun commentaire possible ne nous eût révélé le sens des mots vérité , certitude ^ probabilité ^ théorème , prémisses y conséquence , ni d^aucun de ceux qui expri-

ment les diverses espèces de relations qui sont l'objet de nos connaissances. Dans de tels cas , tout ce qu'on peut dire , c'est que l'exercice d'une facidté particulière nous fournit V occasion dans laquelle , d'après les lois de notre constitution , certaines notions simples se présentent à nos idées. Et tout ce que nous pouvons faire pour remonter à l'origine d'une notion particulière, c'est de fixer la nature de Voccasion dans laquelle elle s'est la première f<Hs présentée à notre esprit.

Les conséquences que nous tirons de la sorte %xa l'cnigine de nos idées forment ce qu'on pourrait appeler le premier cliapitre de l'histoire naturelle de Tesprit humain. ËUes sont en même temps la seule base solide d'une logique raisonnable et surtout de cette branche de la logique à laquelle se rapporte la théorie de l'évidence. Dans l'ordre des recherches , cependant, elles présupposent nécessairement une analyse exacte des facultés de l'esprit humain. Je ne connais aucun écrivain sur la logique qui ait présenté cette considération à laquelle je prie mes lecteurs de donner une attention scrupuleuse avant de prononcer sur le plan que j'ai suivi dans la distribution de mes recherches philosophiques.

Si les remarques précédentes sont justes, elles détruisent un principe fondamental de la philosophie de Locke , principe regardé par la plupart de ses successeurs comme une vérité démontrée , et que Hume n'a fait que déguiser un peu pour en faire la

base de toutes ses théories de scepticisme. Il me semble que les doctrines de ces deux illustres ëcriyains , quant à ce qui concerne l'origine de nos idées , aboutissent à dire que le sens intime est la source exclusive de toutes nos connaissances. Leur langage , et particulièrement celui de Locke , semble , il est Trai, supposer l'opinion contraire, mais on peut voir par leurs commentaires que c'était évidemment là leur idée. Je tacherai d'expliquer , avec autant de clarté et de concision qu'il me sera possible , mes raisons pour penser ainsi.

<c Supposons , dit Locke ( i ) , qu'au commencetf cément l'ame est ce qu'on appelle une table rase , a vide de tous caractères , sans aucune idée , quelle u qu'elle soit. Gomment vient-elle à recevoir des *( idées? Par quel moyen en acquiert-elle cette prou digieuse quantité que l'imagination de l'homme , u toujours agissante et sans bornes, lui présente «c avec une variété presque infinie? Où puise-t-elle u tous ces matériaux qui sont comme le fond de tous « ses raisonnements et de toutes ses connaissances ? « A cela je réponds en un mot, dans l'expérience. « C'est là le fondement de toutes nos connaissances , « et c'est de là qu'elles tirent leur première origine. « Les observations que nous faisons sur les objets t( extérieurs et sensibles , ou sur les opérations inté- « rieures de notre ame , que nous apercevons et sur

(i) Essai sur TEntendement Humain , 1. n, ch. i , §. 3 , 3.

« lesquelles nons réfléchissons nous-mêmes, four- <( nissent à notre esprit les matériaux de toutes ses « pensées. Ce sont là les deux sources d'où découu lent toutes les idées que nous avons ou que nons « pouvons avoir naturellement.

u Et premièrement, nos sens, étant frappés par <( certains objets extérieurs , font entrer dans notre « ame plusieurs perceptions distinctes des choses, (( selon les diverses manières dont ces objets agis- <( sent sur nos sens. C'est ainsi que nous acquérons «les idées que nous avons du blanc ^ àa jaune ^ du « chaud y àujroidj du dur y du mouj du doux , de M y amer y et de tout ce que nous appelons qualités « sensibles. Nos sens , dis-je , font entrer toutes ces « idées dans notre ame , par où j'entends qu'ils font « passer des objets extérieurs dans l'ame , ce qui y u produit ces sortes àe perceptions ; et comme cette <( grande source de la plupart des idées que nous u avons dépend entièrement de nos sens, et se com- « munique à l'entendement par leur moyen , je l'apte pelle SENSATIOTV. )>

«{ L'autre source d'où l'entendement vient à reu cevoir des idées , c'est la perception des opéra- <( tions de notre ame sur les idées qu'elle a reçues « par les sens ; opérations qui , devenant l'objet des <( réflexions de l'ame, produisent dans Tentende- « ment une autre espèce d'idées , que les objets « extérieurs n'auraient pu lui fournir; telles que; « sont les idées de ce qu'on appelle apercevoir y pen-

90 JS8SAIS

« ser, douter y croire y raisonner j connaître , vouloir , (i et toutes les diffëreotes actions de notre ame, de « rexistaM^e desqaeHes ëtant pkiiiement convain- « eus, parce que nous lestrouYons en nous-mêmes , ({ nous recevons par leur moyen des idées aussi dis- «c tinctes que celles que les coips produisent en nous (t lorsqu'ils viennent à frapper nos sens» C'est là une « source d'idées que chaqi^e homme a toujours en «• lni«mènie; et quoique celte faculté ne soit pas un «t «B9QS, parce qu'elle n'a rien à faire ayec les olijets K extérieurs, elle en approche beaucoup, et le nom li de sens intérieur ne. l|ii conviendrait pas mal ; mais <i comme j'appelle l'autre scwirce de nos idées sen- « sation, je nommei^i cèllerci aiPLExiôif , parce que M. Famé jfke reçoit par son moyen que les idées qu'elle «( aocpûert c9;l réfléchissant sur ses propres opérait tiens. Ce sont là . à mon avis, les seuls principes «. d'où toutes nos idées tirent leur ori^e ; savoir urles choses extérieures et matérielles , qui sont les 4t objets de la sensation; et les opérations de notre « esprit , qui sont les objets de la r^lexion.

te Lorsque l'entendement a Une fois reçu ces idées « simples (i) , il a la puissance de les répéter , de les «( comparer, de les unir ensemble avec une variété u pirésque infinie, et de former, par ce moyen, de u nouvelles idées complexes , selon qu'il le trouve à «( propos ; mais il n'est pas au pouvoir des esprits les

(i) Locke , Essai sur PEntendemeiit Humain , l. n, ch. 2 , $. 3.

«t (das sublimes et les plus vastes , quelque viva- «c cité et quelc[ue fertilité qu'ils puissent avoir, de V former dans leur entendement aucune nouveUe K idée simple qui ne vienne par Tune de ces deux « Votés que je viens d'indiquer; et il n'y a aucune « ifiorce dans rentendement qui soit capable dé dé- M truire celles qui y sont déjà. L'empire que l'homme ït a sur ce petit monde, je veux dire sur son propre "u entendement, est le même que celui qu'il exerce « dans cegprand mcmde d'êtres visibles. Gomme toute u là puissance que nous avons sur ce monde maté* <c ridi , ménagée avec tout l'art et toute l'adresse iina* « ginables, ne s'étend dans le fond qu'à composer u et à diviser les matériaux qui sont à notre dispo- « 'sition, sans qu'il soit en notre pouvoir de faire la u moindre particule de nouvelle matière , ou de dé- M truire un seul atome de celle qui existe déjà , de M, même i^ous ne pouvons pas former dans notre en* « téndément aucune idée simple qui né nous vienne « : pur les objets extérieurs à la faveiir des sens , bu « par les réflexions que nions faisons sur les propres u opérations de notre esprit. C'est çeque chacun peut <( éprouver par lui-même ; et pour moi , je serais bien « aise que quelqu'un voulût essayer de se donner «( l'idée dequ^que goût dont son palais n'eût ja- <( mais été firappé , ou de se former l'idée d'une odeur <( qu'il n'eût jamais sentie, et lorsqu'il pourra le (( faire , j'en conclurai tout aussitôt qu'un aveugle a (( des idées des couleurs , et un sourd des notions u distinctes des sous. »

92 ESSAXS

Jusqu'ici il y a jpeu de choses à dire contre l'assertion de Locke ; car , malgré quelques expressions hasardées , on peut croire qu'il prétend seulement dire que les premières occasions qaî provoquent l'esprit à l'exercice de ces diverses facultés et à l'acquisition des idées simples , qui forment les éléments de toutes ses connaissances , nous sont fournies, soit par l'impression faite sur nos sens extérieurs , soit par les phénomènes de la sensation et de la pensée , dont nous avons la conscience. A prendre les mots dans ce sens, j'ai déjà dit (i) non-seulement que j'adhérais entièrement à cette doctrine ^ mais j'ai même admis comme exacte la généralisation employée par la plupart de ses disciples actuels , que toutes les occasions dans lesquelles nos facultés ont été exercées et les éléments de nos connaissances acquis , nous ont été fournies , ou immédiatement , ou en dernière analyse, par l'intermédiaire des sens. Cette généralisation est en effet une conséquence naturelle et nécessaire de l'assertion de Locke , l'esprit étant d'abord incontestablement excité à l'exercice du sens intime et de la réflexion par les impressions venues de dehors (2).

Les commentaires donnés par Locke , dans différentes parties de son Essai , sur ce principe cardinal de son système , prouvent incontestablement qu'il y

(1) Philosophie de PEspiit Humain , chap. 1, sect. 4. (ti) Ib. ch. 1 , sect. 4.

attachait un sens bien plus important que celui que je viens de lui donner, et que , d'après la signification qu'il donnait aux mots dont il s'est servi, la sensation et la réflexion , selon lui , ne fournissaient pas seulement les occasions qui suggèrent h Pentendément les diverses modifications simples ou élémentaires de la pensée , auxquelles il donne le nom d'idées simples , mais fournissent aussi directement et immédiatement ces idées à l'esprit dans le sens le plus littéral du mot ; de manière qu'il n'y a pas dans l'esprit une seule idée simple qui ne soit , ou le sujet propre du sens intime , telles sont par exemple les idées que l'esprit forme de ses propres opérations ; ou une copie de quelque qualité perçue par nos sens extérieurs. Il parait de plus que Locke regardait ces copies ou images comme les objets immédiats de la pensée , et pensait que c'était par leur intervention que nous obtenions toutes nos connaissances du monde matériel. C'est pour cette raison que , comme je l'ai déjà dit , son principe fondamental me semble se résoudre à la supposition que le sens intime est la source exèlusive de toutes nos idées (i).

(i) Le docteur Reid, à la fin de ses Recherches ) fait une remarie à peu près semblable :

<t Quand on affirme , dit-il , que toutes nos idées sont ou des idées K de sensations ou des idées de réflexion , tout ce qu^on Teut dire (( c'est que les hommes ne pensent et ne peuvent penser à rien

Jk&A qa^on île tàe soapçoiine pas d» mal interpréter Lo^e, je citera lextoeUement quelques passages de lux.

4c Ge que Ton doit eénsidérw lippes cda, c'est la u mai^ère dont les corps produisent des idées^ «tt tt nous ; il est visiMe, du moins autant que ftous « pouvons le concevoir, que c'est isoiquement par ^impulsion.

<t Si donc lesr objets ettëtieur» ne s^tmissent pas M immédiateAient à Tame lorscpi'ils excitent des « idées , et que eepéndant nous apercerions ces quial^ (( lités or%inelles dans cecs de ces objets qui yien- « nent à to)aGiber sous âos seiis , il est visible qu'à <( doit^ Avoir daiïsles^ objets extérieurs un certaili M moti'^èmetit qtd, àg^ÉtâÉitistu* certaines parties de it noti^ corps , est cèntiaué , par le moyen des nerfs ^ Ou dès ei^rits animaux , jusqu'au oeirvèaù, Ou M u siège de nos sensations' , pour exciter là , dans note tre' esj)rit , les idées pairticulières que- nous" avcnss (( dé 'Ces premières qualités. Ainsi, puilsque l'éfeen^ u due, là fijgpire, le nombre et le moûvemeàt des « cotpi^ qui sont d'une grosseur propre à frapper «( nos yeux peuvent être aperçus par la vue à une

u autre chose qu'aux opérations de leur propre esprit. » Rech. sur PEntend. Hum. d'après les principes du sens commun.

Dans quelques endroits ^ Locke parle des idées des choses matérielles comme étant placées dans le cerveau j mais sa manière ordinaire de s'exprimer les suppose dans r^j^xr^^ et en fait conséquemment les objets immédiats de notre sens intime.

PHIIiOSOPRIQUES. 95

«< oeitaiinr distance , il ait évidient que certabis pe- «c tât^coppsimp^o^tibtesdDiTent yeiiir, de Follet il (puenouB regardons, jusqu'aux yeux, et' par là «c eommuniquer au cenreau certains mbuveme^dts «( qui produisent en nous les idées que nous avons <t de ces différentes qualités (i). » ^

Quelques phrases plus loin , M. Locke , après avoir d'abord établi' la distinotion^itre les qualités primaires et secondiiîred de la matière, contîime ainsi:

u II est aisé , je pense , de tirer de là' cette conèlu- « non, que les idééé des premières qualité» des tt corps ressemblent à ces qualités^et que lei^ exem^ u piaÙBes de ces idées existent réelkmexit' dans les tt corps; mais que les idées produites en nous par tt les secondes qualités ne leur ressemblent' en au** i( eune manière , et qu'il' n'y a rien dans ces corps tt mêmes qui ait de la conformité avec ces idées (s) . »

Si Ton veut savoir quelle idée Locke attachait au mût ressembler appliqué à nos idées de qualités premières f* on peut l'apprendre par la différence qu'il étabUt dans le paragraphe suivant, entre ces idées et nos idées de qualités secondaires.

4c On dit : le feu est chaud et lumineux, la neige 4t blanche et firoide, et la manne blamîhe et douce ,

(i) Essai sur rEntendement Humain, 1. n, chap. 8 , $. ii et la.

(a) Ib. 1. u, chap. 8 , §. i5. Les exemples de qualités premières, citées pas Locke, sont la solidité, Pétendue, la figure, le mouTement ou le repos et le nombre.

<( à cause des difierentes idées que ces corps produi- <( sent en nous ; et Ton croit communément c[ue ces a (pialités sont la même chose dans ces corps que ce (( que ces idées sont en nous , en sorte qu'il y ait une K parfaite ressemblance entre ces (pialités et ces ^ u idées , telle {/n'entre un corps et son image repré- «{ sentée dans un miroir. On le croit , dis-je , si forte tement , que qui voudrait dire le contraire passece rait pour extravagant dans l'esprit de la plupart u des hommes (i). »

<( Je ne prétends pas , dit Locke dans un autre « chapitre (12) , enseigner mais chercher la vérité. « C'est pourquoi je ne puis m'empêcher de déclarer t( encore une fois que les sensations extérieures et « intérieures sont les seules voies par où je puis voir u que la connaissance entre dans l'entendement hu- K main. Ce sont là , dis-je, autant que je puis m'en u apercevoir , les seuls passages par lesc[uels la lu- (( mière entre dans cette chambre obscure ; car à <c mon avis , l'entendement ne ressemble pas mal à 4( un cabinet entièrement obscur qui n'aurait que « quelques petites ouvertures pour laisser entrer par « dehors les images extérieures et visibles , ou, <( pour ainsi dire , les idées des choses , de sorte que <( si ces images , venant à se peindre dans ce cabi- <i net pbscur , pouvaient y rester et y être placées

(1) Essai sur l'Entend. Hum. 1. ii, ch. 8, §. 16. (3) Ib. Hum. 1. n^ ch. 11 ,$. 17.

u etlrordTe , en sorte qu'on pût les trouver dans l'octc casion , il y aurait une grande ressend)lance entre « œ cabinet et l'entendement humain , par rapport <( à tous les objets de la vue et aux idées qu'ils exci- « tent dans l'esprit. »

J'ai multiplié ces citations pour répondre à ceui^ qui allèguent qu'en se servant ici du mot ressemblance , comme par mégarde , Locke était bien loin d'y attacher la signification qu'on lui suppose, et qu'il ne pouvait songer à le prendre dans son sens httéral. Sur ce point je laisse mes lecteurs le juger d'après ses propres expressions , et me contenterai de remarquer que, si on veut considérer ces expressions comme le moins du monde métaphoriques ou figurées , les plus importantes conséquences tirées par lui ou ses successeurs de sa célèbre théorie sur l'origine des idées , ne sont rien autre chose en effet qu'un jeu de mots.

J'avoue que je ne vois aucun motif valable pour supposer que Locke ne pensait pas que nos idées des qualités premières sont réellement des ressend)lances ou des copies de ces quaUtés , lorsque nous savons d'une manière certaine que jusqu'à nos jours c'a été là la doctrine universellement adoptée depuis Aristote. Leibnitz lui-même , tout en rejetant la^isupposition que ces idées entrassent dans l'esprit par l'intermédiaire des sens extérieurs , n'émet aucun doute sur leur ressemblance avec lés archétypes qu'elles nous font concevoir^ Il considérait l'ame comme un

Dugald Stewart. — Tome II. 7

^ti

miroir vissant de Tunivers entier et possédant en soi les idées confuses ou imparfaites de toutes les modifications des choses extérieures présentes , passées ou futures, c'est-à-dire qu'il conservait cette partie de la doctrine scolàstique la plus éyidenmient ab- ^jËfurde et inintelligible, savoir, que nous ne pouvons avoir aucune pensée à moins que l'original ou la copie ne soit en effet dans notre esprit et ne devienne l'objet immédiat du sens intime. La vérité est que tous ces philosophes ont été égarés par un vain désir d'expliquer les causes incompréhensibles des phénomènes dont nous avons la conscience intime dans les actes simples de penser^ de percevoir et de connaitre ; et qu'ils semblent tous avoir imaginé qu'ils avaient beaucoup fait pour la solution de ces problèmes , en supposant que , dans tout acte de la pensée , il existe dans l'esprit quelque image ou idée distincte de l'esprit lui-même , et par l'intermédiaire de laquelle l'esprit entre en communication avec les objets absents ou éloignés. La plus grande différence entre ces systèmes consiste seulement en ce que , tandis que la plupart des philosophes antérieurs à Locke avaient supposé l'esprit originairement pourvu d'une certaine portion de ces provisions futures , indépendamment de toute communication avec le monde matériel, l'opinion générale, depuis Locke, a été que toutes nos idées simples , à l'exception de celles que la faculté de réflexion recueille des phénomè^ nés de la pensée^ sont des images ou représentations

de certains archétypes extérieurs sur lesquek se sont exercés nos divers organes de la sensation ; et que c'est de tous ces matériaux amassés dans le dépôt de l'entendement que se forment tous les objets possibles des connaissances humaines, u Chose t( étrange ! dit Voltaire , nous ne savons pas confir il ment la terre produit im brin d'herbe, comment (c une femme fait un enfant, et on croit savoir corn- (c ment nous faisons des idées (i). »

Qu'importe toutefois que Locke ait réellement attaché à ses expressions un sens différent, s'il est prouvé que celui que je leur donne coïncide exactement avec l'interprétation qu'en font les plus distingués de ses disciples ? Les remarcpies que je vais offrir dans le chapitre qui suit, mettront mes leo^ teurs en état de prononcer sur l'exactitude de mon assertion (2).

(i) Yoyez dans le volume de Yoltaire sur les découTertes de Newton , le chapitre intitulé de l'Ame et des Idées. (a) Note B.

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