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II. De la transmission et de. la démonstration . t des notions de conscience. ,
Qu'il soit possible à l'observateur de démêler en lui-même les faits qui s'y produisent et d'Un déterminer les lois , et que cette, connaissance , une fois acquise, puisse et doive avoir ï\ ses veux la mèmè certitude que la connaissance des faits sensibles à ceux du naturaliste , ce sont deux vérités qui paraissent résulter incontestablement des considérations précédentes ; mais la science , ainsi faite dans l'esprit de l'observateur, pourra-t-elle en sortir et prendre pied au dehors comme les sciences naturelles? voila de quoi l'on peut douter en comparant la nature des faits de consciente à celle des faits sensibles. Ceux-ci peuvent se montrer ; cb qui fait que le savant qui a constaté un phénomène , peut aisément transmettre aux mitres . la notion qu'il a acquise et en démontrer l'exactitude; çe qui. fait encore qu'on tombe promplemen* d'accord sur une question de faits naturels, et que la vérité , en pareille matière ; est bientôt: si évidemment reconnue qu'elle n'est pas'long-temps l'opinion particulière de celui qui l'a découverte , et devient bien vite un article authentique de la science. Mais les faits de conscience étant d'une autre nature, d'une nature qui ne permet pas qu'on les fasse voir , il semble que les observations du philosophe se re- . fusent à la démonstration. On ne voit même pas trop
DV TRADUCTEUR
comment i! pourrait faire comprendre aux autres en que lui seul a senti. Et alors n'est-il pris à rraûntrr qu'il ne soit de l'essence des. découvertes intérieures de demeurer des opinions , incontestables , il est vrai , pour l'inventeur qui a observé les faits, mais qui, si! dérobant invinciblement à toute démouslralion L'ïtéi'icui.'c, ne saui aieol aequui ir eclte authenticité Si-L'iililiqui; à lri(|iitlle s'élé-vcnl les dci'iiiiverles naturelles, et qui l'ait que personne n'en doute, ni no songe à les contester ?
Ceci nous conduit à examiner, d'une part, par quel procédé la notion d'un fait inférieur se communique et se démontre : et de l'autre . s'il est vrai , comme on le pense vulgairement, qu'il soit impossible d'élever les notions de faits intérieurs à l'authenticité scientifique des notions de faits sensibles,
Le procédé d'enseignement et de dé mon s Ira lion un m.'ilièj'i; de f;iifs intérieurs nous est I rès-limiiliet' : nous l'employons vingt fois dans un jour, et avec autant de succès que de confiance; mais nous ne le remarquons pas. précisément parce qu'il est d'un usage triv ial. Quand nous voulons transmettre à quelqu'un l'idée d'un Tait sensible , nous nous trouvons dans l'un ou l'autre de ces trois cas : ou bien nous pouvons montrer le fait, et alors nous le montrons; ou bien nous ne le pouvons pas, et alors de deux choses l'une : ou la personne a vu le fait ou elle no l'a pas vu; si elle ne Tapas vu, elle est forcés do s'en rapporter à noire témoignage; si elle l'a vu, Dtigaid Stewarl.—Tome I. A
moire; nous décrirons, avec tous le- détails [ii issî-
bles , le fait en question do manière à ce qu'elle en reconnaisse les circonstances caractéristiques, et lumliu d'accord avec nous sur l'idée que l'on doit s'en faire. Ce dernier procédé, [pli >"f ■ r 1 1 1 il ■ tic Hecidentellemenl en matière il: faits naturels, el au moyen duquel deux personnes, qui ont vu un même phénomène, fouinent d'an oi'd ensemble sur lu nature dire phénomène . est précisément . en matière de faits intérieurs, le procédé liabitnel cie démonstration et de transmission. Nous l'a rons déjà dit, rien ne se passe en lions dont nous n'ayons la conscience ; il n'est do ne pas un phénomène intérieur ( et noua parlons n i île- phénomènes ronsiituliri île mitre nature . h-. Mnill i|H> inhj rCMcU l la science ) ; il n'en est pas un . disons-nona , que te dernier povsan comme lu
pies grand phil phe n'ait épmméct senti plusieurs
fuis. Ce sentiment rapide et irréfléchi no suffit pas assurément pour donner des idées précises; autrement la science de phénomènes intérieurs serait faite il. m- toutes le. consciences; toutefois, il laisse de* traces, il imprime dans l'entendement des m>liiue fidèle tpioii|ue \agues et ronfuses de Unis les phinijinenes intérieurs ; et c'est à l'aide de CCS notions que tout homme est capable de rendre plus ou moins ses sentiment- de ei nnjirendre ceux des autres quand ils eu parlent. Les faits de conscience ne srnit donc pour personne des l'ait; inconnus; avant
DU TRADUCTEUR
que le philosophe les observe avec attention et les décrive avec précision , il en avait , et tout le monde en avait comme lui une idée vague. C'est à ce souvenir d'impressions mille fois éprouvées , de phénomènes mille fois sentis, que s'adresse le philosophe, soil qu'il professe , soit qu'il écrive , pour eouununiquer et démontrer ses découvertes. Quel que soit le phénomène qu'il ait observé et qu'il veuille décrire, ee phénomène n'est point inconnu même au commun des hommes ; il s'agit uniquement de ramener la mémoire des lecteurs ou des auditeurs sur la traee de ce fait, de manière à ce qu'ils le reconnaisse])!, lit, pour cela, ce n'est point l'idée analysée et précise qu'il doit d'abord présenter ; sous celle forme le phénomène ne serait point reconnu : c'est le sentiment que tout le monde en a qu'il doit peindre, et dans les termes et sous les images dont le vulgaire se sert pour I'i:\|inmci' qu;unl il ml parle : sous cet habit populaire il sera reconnu par toutes les consciences. Or, une fois que vou3 avez gagné ce premier point et fixé le souvenir des auditeurs sur le fait en question, il n'y a plus entre eux et vous qu'une seule différence : ils ont une idée confuso du phénomène . vous en avez une idée distincte. Mais à quoi tient qu'ils n'en ont qu'une idée confuse? uniquement à ce qu'ils ne se sont jamais appliqués à en démêler les cléments. La notion qu'ils ont renferme tous les élémentsdù phénomène ; mais la réflexion, n'ayant jamais séparé et distingue ces éléments, la notion est
rnÉFACF.
pour Ainsi dire tout d'une pièce : c'est l'idée au berceau; l'idée, quand elle n'est pas encore analysée ; l'idée sous sa forme primitive , quand on ne l'appelle encore qu'une impression, un sentiment. Votre notion précise n'est dune que l'analvse de leur notion confuse ; c'est le même mot , mal écrit dans lcnr intelligence, distinctement émtdans la votre. Il suffit donc , pour amener vos auditeurs nu vos lecteurs à la notion précise que vous voulez leur transmettre, de leur faire remarquer les éléments lie leur notion confuse , éléments que cette notion contient, niais que, faute d'attention , ils n'y out jamais remarqués, et, pour y parvenir , il l'uni partir di: leur impression, et peu à peu démêler avec eux les circonstances du fait dont elle est l'empreinte , de manière à ce qu'ils se retrouvent toujours , de manière à ce qu'ils reconnaissent toujours l'identité de ce que i ons dites , avec ce qu'ils sentaient ; jusqu'à ce que enfin leur notion vague et concrète se trouve transformée en une idée précise et analytique qui est précisément celle que vous vouliez leur communiquer.
Et remarquez bien que ce procédé n'opère pas seulement la transmission de votre idée, il en opère encore la démonstration. Vous n'imposez pas votro connaissance à ceux qui vous écoutent ou tous lisent, vous leur faites acquérir la même connaissance que vons avez et de la môme manière que voua l'avei acquise , par l'analyse d'une notion confuse qui est en eux comme elle était en vous. Vous n'êtes pas
DU IfiADUCTEL'Il.
pour eux un voyageur qui raconte ce qu'il a tu dirns un pays ignoré ; vous êtes un (loin on s tin leur comme le professeur de physique qui fait remarquer aux autres ce qu'il a remarqué lui-même. Aussi la conviction , qui accompagne la démonstration bien laite d'un phénomène intérieur , n'est point la confiance an (i : imiij;nit;;c .lu prolésseur ; c'est la confiance au témoignage de la conscience , qui, sollieif.ée et dirigée par les indiiMliensdu pniti'sscLir, ri'iiuiripre, iliui- un phénomène qu'elle a mille fois senti , des eiremisUiices très-réelles qu'elle n\ ;i\ Jiil j;nu;ii.- ili-;fii];;m-es. Celle conviction est de même nature et de même force que celle quiaccomp;i;>,iie la démonstration d'un fait visible et tangible ; toute la différence qu'il y a , c'est que , d'un coté , c'est la mémoire qui vérifie les indications du professeur, et de l'autre les sens.
On ne saurait croire dans combien de circonstances de la vie s'opère , sans que nous le remarquions, et accompagnée d'une conviction parfaite, cette transmission de notions intérieures. Ce n'est point un fait extraordinaire , c'est un fait de tous les jours et presque de tous les instants. Il se renouvelle toutes les fois que dein personne» se communiquent leurs sentiments intimes. Quand un ami décrit à son ami ce qu'il a éprouvé dan* telle situation de su vie, si celui-ci le comprend , s'il se fuit une idée nette de ce que l'autre lui dépeint , c'est qu'il retrouve dans sa mémoire le souvenir d'impressions pareilles ; ne les ayant jamais éprouvées fortement, il n'en avait
l' HÉ FA CE
jamais remorqué tous les détails; mais, à la description que son tirai lui fait , il les reconnaît , il les démêle , il les comprend distinctement. C'est de la même maniera que les personnes, les moins capables d'unalvsrs intérieures, comprennent parfaitement 1rs peintures du ['u ni humain qu'elles trouvent dans les moralistes et les romans. Mais jamais ce phénomène ne se pi'i >duil avec plus d'évidence qu'aux représenlalions du ihéùlre. \ oyo? avec quel assentiment vil' cl unanime les speclalems net ucillenl ces traits naïfs de la nature humaine si profondément sentis et si franchement exprimés dans les bonnes comédies de Molière. Parmi tant d'hommes rassemblés il n'en est pus un qui n'ait eu conscience plusieurs fuis de ees mouvements naturels delà passion, et qui n'en ail plusieurs fois remarqué les signes chez les autres ; et néanmoins chez presque tous, ces observations familières, que la réflexion n'est point venue préciser et fixer, ont été aussitôt abandonnées que recueillies , et n'ont laissé aucune idée arrêtée dans l'inli'l licence ; mais la mémoire en a secrètement gardé l'impression, et quand le peintre do la nature humaine l;i marque et la signale pnrees traits . tout le monde reconnaît la vérité do l'imitation, et l'atteste par ses applaudissements. La représentation d onc tragédie ou d'une comédie est nu véritable cours d'observation intérieure. Si le poète peut transmettre ;ui public quelques Iragmenls de la science de l'ame humaine . le philosophe le peut ; et.
DU TRADUCTEUR
si le public est compétent pour apprécier l'exactitude ua la fausseté des observations du poète, il ne doit pas être incapable de reconnaître la vérité des analyses du philosophe, si le philosophe sait les présenter avec art et sous des formes convenables. En gênerai , quand le philosophe échoue auprès du public dans la transmission ou la démonstration de ses idées , c'est la faute de ses observations qui ne sont pas justes, ou de ses formes qui ne sont pas intelligibles.
Toutefois, n'exagérons rien ; il y a dans les phénomènes de conscience, comme dans les phénomènes naturels , des circonstances de deux espèces : les unes saillantes et fortement prononcées , les autres subtiles , délicates , qui esigent , pour être saisies , un degré peu commun d'attention. Quant à cellesci, elles échappent également à la vérification du commun des hommes dans les faits naturels et dans les faits de conscience ; il faut être naturaliste ou philosophe , c'cst-à-dirc observateur de profession pour les démêler avec sûreté. Mats, de même qu'il est toujours possible au professeur de physique ou de chimie de faire remarquera ses auditeurs les circonstances principales d'un phénomène, de même notre expérience noua a appris qu'il était toujours facile d'évoquer dans les consciences le souvenir des grandes et saillantes circonstances des phénomènes intérieurs. Nous avons toujours vu que ces circonstances étaient aisément remarquées et nettement distinguées même par les esprits les inouïs cultivés
PRÉFACE
cl les inoins réfléchis. D'u» autre côté , oust en vain que l'on voudrait altérer par île fausses descriptions lu nature do ees circonstances ; tant qu'on n'est pas arrivé à dos observations Gdùles , les esprits réclament ou résistent : sans pouvoir substituer des peintures plus vraies au*, peintures altérées que Vous présentez, le sens commun répu;;nc cl refuse d'adhérer à vos observations ; on vous suit avec inquiétude , avec surveillance ; les consciences „ pleines du sentiment do In vérité qu'elles ne peuvent pourtant démêler, semblent attendre qu'elle- paraisso pour la recuniinilrc. .liais quand une i'uis vous avez attrapé les caractères vrais du phénomène, l'assentiment est aussi prompt , aussi vif qu'unanime ;eo que tous avez dit répond si bien à ce que tout le monde sen-
, -pi il >}■■••■ ni . . | |. ni i ..LT' iinrdi »■■ irnduil
iidrlemciil la conscience commune , qui n'est cllemème qu'une empreinte de la réalité.
Voilà ce que les borne* de ce discours nous perde démons tiation de la science des faits internes. On voit que , si ce procédé n'est pas le même que celui des sciences naturelles , cependant il atteint ie but, c'est-à-dire qu'il transmet l'idée et opèi'0 la conviction. Sans doute , ce procédé a ses limites et su s liirjjci'l'cclioin : Imite nuiioii intérieure n'est pas (l ansniissible à un auditeur ou à un lecteur qui n'a jamais observé; souvent l'idée du philosophe est imparfaitement comprise ; souvent la conviction de
l'ÉniiiiIfti]- est ii]r:ni)i|ili.'t(' - quelquefois clic est complaisante, i jucl i| <i ufois dupe; mais le procédé do transmission et do démonstration des sciences naturelles cst-il à l'abri do ces inconvénients? C'est une question de savoir s'il est plus difficile à un profes-
sur les circonstances d'une expérience , qu'à un proies seul 'h: |)liilfisn|iliic de ti oisqjei- la eo use tesu.'e dus siens sur les caractères d'un phénomène intérieur ? C'en est une autre do décider lequel emporte avec lui l'idée lii plus (.'.\aclc. eu de l'éieie qui vient de suivre avec ses yeux une evpénence chimique qu'iln'a jamais vue , nu de celui qui vient de suivre avee sa conscience la dcsnïplinn d'un phénomène intérieur qu'il a mille fois éprouve? Kn tout, les notions delà réalité , telle- que l'euscigueiuoiit les transmet! sont rarement exactes, elles convictions qu'il donne, rarement de bon aloi. Un professeur indique plutôt qu'il n'enseigne ; il n'y a guère quel'nbscrvatcurqui sache bien, et qui aitdescnnvietioos parfaitement légitimes.
Ceci nous conduit naturellement à examiner de quelle manière, et à quelles conditions s'établit, dans les sciences naturelles , l'authenticité d'une vérité de t'ait , et à rechercher si les vérités de buts intérieurs ne peuvent pas devenir aussi des vérités authentiques , c'est-à-dire d'une certitude universellement reconnue.
Dès qu'un naturaliste a découvert un fait nouveau , la réalité de ce fait est une vérité pour lui : des qu'il
u publié sa découverte , il s'élève une présomption ehei les autres que le fait est vrai. Cette présomption dérive de la confiance naturelle que nous accordons au témoignage des hommes : c'est la même qui noua porte à croire au récit des voyageurs qui reviennent des pays lointains , ou à la déposition d'un témoin désintéressé sur un fait que lui seul a vu. Mais cette présomption n'entraine pas la conviction , et ne donne pas à la découverte une certitude scientifique ; autrement il suffirait d'attester un lait et d'en donner une description pour que ce fait dût être admis dons la science comme suffisamment constaté et démontre.
Aussi l'observateur n'eiigc-t-il point qu'on reçoive son assertion à ce titre : il h vu le fait , et c'est parce qu'il l'a vu qu'il y croit; il invite les autres à fonder Icurconvictionsur la même preuve, c'est-à-direà voir comme il a vu lui-même, et il en indique lesmoyens.
Tout le monde est donc appelé à vérifier , par sa propre observation , la réalité du fait dont il s'agit. Or , quand personne ne s'en donnerait la peine , par cola seul que la vérification est oflerte et qu'elle est possible , l'assertion du naturaliste prend une probabilité infiniment supérieure à celle qui s'attaebe au récit du voyageur , ou ù lu tli'puiiiiun du témoin, dont un ne saurait vérifier l'exactitude. Cependant cette probabilité n'est point encore la certitude; il est prouvé que le naturaliste ne veut point tromper, il ne l'est pu qu'il ne se soit pas trompé.
DU TRADUCTEUR
Mais quand d'autres naturalistes, c'est-à-dire d'autres hommes reconnus capables de bien démêler toutes les circonstances d'une expérience, ont vérifié son observation , et ont vu de leurs yeux le fait tel qu'il l'a décrit , alors son assertion acquiert l'autorité d'une vérité scientifique , parce qu'il devient à peu près certain que l'exactitude de cette assertion sera démontrée à quiconque prendra la peine et voudra se mettre en état de la vérifier. Ceui qui ont fait celte vérification l'ont reconnue ; ceux qui ne l'ont pas faite sont convaincus qu'ils la reconnaîtraient s'ils la faisaient.
Voilà ce qu'on appelle certitude en matière d'observation sensible. Elle est pour ceux qui ont vu , la confiance au témoignage de leurs sens , et pour le publie , la confiance au témoignage de ceux qui ont vu. Celte confiance du public n'est pas seulement fondée sur l'opinion qu'il a de la capacité des observateurs, sur l'unanimité et sur le désintéressement de leur déposition ; elle l'est encore sur cette circonstance earaclérisfique , que lout le monde peut vérifier le fait attesté : et c'est là ce qui la rend si ferme , et ce qui la distingue profondément de la confiance au témoignage des hommes en matière historique.
Celte courte exposition des conditions de la certilude dans les sciences naturelles, résout, ce nous semble, la question que nous nous sommes proposée. Kn effet . de quoi s'agit-il pour qu'une observation
devienne unoicria ; de fuit démontrée? non pas que miii exactitude i '■ 1 1 '■ eouslalée par lent le monde :
science ne midI-ÎI- pas accessibles à l'observation de Inus les [Jiilii>-j|iln's et (le tous crin qui veulent aptes laits sensibles le -eut à nuis les naturalistes el il tous eein ejiti veulent apprendre a drmclrr les circonstances d'une expérience «ci i si Me'.' Uuand dune nu philosophe présente lu deseï ipfion d'un pllénoinéne de conscience, il rsl loisible . riens ne disons pas seulement ii liait nuire philosophe . mais encore ;i tout. homme, d'examiner i?u soi le phénomène indiqué, el de vérifier si la description de l'observateur est fidèle. J.a vériliralion est dune possible pour les luuiunes compétents ; elle l'est dune universellement pour tous ceux qui voudront le devenir. Or, ce qu'il y a au monde du plus certain, c'est que les phénomènes intérieurs sont soumis à des lois constantes, el les mêmes dans Inus les individus. 1, 'objet de l'observation étant dune le même pour tous les observateurs, et l'observation étant |inssible. les observateurs ne jieuveul manquer, avee l'altcnlinu el la bonne loi coin [■ nabi es. d'arriver au\ nié mes résultais . c'està-dire à des vérités de faits intérieurs lé;;alciueiil reconnues, et constatées d'une manière authentique. Il y a certainement des points d'observation iuté-
DU TRADUCTEUR. 81
rieure sur lesquels on ne s'entendra jnraais ; eo sont des circonstances qui, non-seulement échappent à la conscience commune, mais qui sont encore trop subtiles, trop délicates pour que le philosophe même puisse les saisir j\lt précision et netteté. Kilos sont pour le seoliiiieut intérieur ci: que sont pour ses \ ces phénomène- r-cnsilile-qui ne se laissent que vaguement, entrevoir au microscope le plus fort;
supposer. Mais . en lai saut à celle classe île phénonièues obseurs une pari aussi large qu'on voudra , il restera toujours, dans le inonde intérieur, une foule de phénomènes qui se manifestent avec lant d'évidence, qu'il est impossible d'en méconnaître la nature, et beaucoup d'autres sur les circonstances desquels il n'est pas moins dillicile de se méprendre, quand on les étudie avec un peu de persévérance et d'attention. Or que sur eelte classe de phénomènes les philosophes puissent et doivent s'entendre, nonseulement nous le croyons , mais le contraire nous parait si dénué d'apparence, que nous ne saurions le concevoir.
La seule condition nécessaire, à notre avis, pour arriver à s'entendre sur la nature d'un phénomène intérieur, c'est que l'inventeur eu donne une description exacte et signale avec soin les cireon stances dans lesquelles il l'a observé. En effet, s'il néglige j:cs deux points , ceux qui voudront vérifier son ex-
Pli ÂFACE
pencnce pourront diriger leurs recherches sur un autre phénomène , ou, sans se méprendre sur le phénomène , l'observer dans d'autres circonstances ; alors ils ne trouveront point ce qu'il a trouvé, non que la nature des phénomènes intérieurs varie d'une Conscience à une autre, non qu'on ne puisse les discerner avec précision, mais parce qu'il est impossible que deux observations s'accordent quand elles ne portent pas sur le même objet. Voilà, scion nous, la grande el unique cause des dissentiments des plùlnsri phes sur les phénomènes de conscience. Jusqu'à présent les philosophes n'ont point pris la peine de décrire avec soin les phénomènes intérieurs , ni surtout de marquer avec précision les circonstances dans lesquelles ils les ont observés. 11 en est résulté qu'on ne s'est point entendu , et que chacun parlant d'un phénomène différent , ou d'un cas différent du même phénomène, tous sont arrivés à de» descriptions différentes qui ont entraîné d'interminables disputes. C'est ainsi que , depuis l'origine de la philosophie, on soutient, avec un égal avantage, trois ou quatre opinions distinctes sur le fait de fa certitude, et sur celui de la liberté. Si l'on voulait examiner avec attention toutes les contradictions de la philosophie en matière de faits intérieurs , on se convaincrait bien vite que ce n'est point des mêmes faits que les philosophes ont des idées différentes, mais de différents faits qu'ils appellent du même nom. Ce n'est pas qu'il soit impossible, ni même difficile do
1)1 TRADI'CTKIH. R3
.-i;;nuler si bien un fait intérieur qu'il puisse cire aisément reconnu; c'est uniquement que les pliilosophes n'en veulent point prendre la peine. Et pourquoi ? c'est que la connaissance (les faits n'est point leur but. Ils ne songent qu'à résoudre des questions , et ne recourent nux faits qu'accidentellement , et pour justifier les solutions qu'ils ont adoptées. De là vient que , non- seule ment ils ne s'arrêtent point à les décrire fidèlement , mais que . de plus , ils n'en sentent, ils n'en remarquent, ils n'en signalent que la partie qui s'accorde avec leur manière de voir.
On ne saurait absolument rien conclure de ce qui s'est fait ou ne s'est pas fait en philosophie jusqu'à présent contre la possibilité de la science des phénomènes intérieurs , parce que la philosophie n'ayant jamais eu pour but direct l'observation de ces phénomènes, n'a jamais pris les mesures eiuivenable-. pour les constater. C'est une eipérience qui ne prouve rïen parce qu'elle n été mal faite ; il faut donc s'en tenir au\ indieaf.iiins qui ressort i-ul de la nature même des choses. Or, nous trouvons que 1rs faits intérieurs suiil observables ; nous snnnnes assurés qu'ils sonl Ii-s mêmes dans toutes les consciences ; on lie saurait les montrer . il est vrai . mais on peut les décrire de manière à les désigner nullement à qui voudra les observer. Il nous semble qu'il résulte évidemment de toutes ces circonstances qu'une vérité de fait intérieur peut être constatée d'une manière tout aussi certaine et tout aussi authentique qu'une vé-
PUÉ FACE
rili! do fait, sensible. I,e fiiit observé puni philnM>| 'lie peut être désigne d'uni; manière précise à tous les
voilà d'acenid ; s'ils ne la trouvent point exacte , ils peuvent indiquer à leur tour les circonstances du phénomène qui leur se mille ni omises ou altérées : et (•munie le lait est le même dans la conscience de tous, il est impossible qu'ils ne linisseiil point par s'entendre. Dès lors il est évident que la n. .Lion de ee fait a les mêmes litres à la confiance publique, et la même certitude scientifique, que la notion du fait sensible le mieux constaté : on ne saurait y voir aucune différence, sinon que l'une, exprimant un fait intérieur, a dû être vérifiée par In conscience, tandis que l'autre exprimant un fait sensible, l'a été par les sens. Si loin que l'un poursuive le parallèle entre les deux sciences , ou relrmibe toujours sur celte diversité fondamentale des phénomènes de conscience et des phénomènes sensibles, qui entraîne toujours celle des moyens . niais qui n'aûècte nullement l'égale certitude des résultats.
Ajoutons toutefois une observation en terminant : tien qu'il soit très-possible de constater un fait intérieur de la même manière qu'un fait sensible , et de revêtir la notion de ce fait des mêmes garanties d'exactitude, long-temps encore ces garanties dont on se contente, et qui sont, aux yeux du monde , des titres satisfaisants d'authenticité en matière de
11 U TIlADltCTEUR.
fia
faits sensibles, paraîtront insuffisantes en matière de faits intérieurs. Que dix physiciens attestent un phénomène naturel, le public est complètement convaincu ; mais la même conviction s'ensuivrait-elle si dis philosophes s'nccordaient sur les caractères d'un fait de conscience, c'est ce que nous no pensons pas; et cependant clic devrait s'ensuivre, car les raisons de croire sont les mêmes. Cette différence provient d'abord du préjugé quenous avons eu pour but de réfuter dans celto préface, que l'on ne saurait constater d'une manière certaine les faits de crmseienec : ensuite de l 'i ni|iri , .-->ii m l'ârlieuse i[ni' les élernelles iureri il iules de Ui philusnpliie ont produites dans les esprits : eu lin . cl. plus jiarl ieiilièi'emeut eiienrc, de la i'ncililé même de l'ériiier en soi les observations intérieures. En effet, dés qu'il s'iij;it. de phénomènes de conscience, chacun se croit, non-seulement, h: droit . niais meure la eaparil.' de juger. Il n'y a point ici , comme dans les seienees naturelles, d'hommes exclusivement compétents; on ne s'en fie qu'à soi-nicme , et tout le monde a la prétention de décider si ce qu'on avance est vrai ou ne l'est pas ; en quoi l'on se trompe certainement ; car , si tous les hummes mit la conscience des phénomènes intérieurs, tous les hommes ne sunt pas necoutumes à les remorquer, à les observer, à les analyser ; il en est peu qui soirnt familiarisés avec les procédés de la méthode n\ pér uneniale . peu qui
•acbent même ce que c'est que la lui d'un fait . et Ovgitld .V/nincf. — Tante /. H
rnÉFACF.
bien moins encore qui soient capables de i;i démêler parmi les circonstances variables qui l'enveloppent. Cette prétendue compétence universelle n'est donc , au -delà de certaines limites, qu'un préjugé; mais ce préjugé exista : ce qui f:iil qu'au lien de recevoir une observa lion intérieure sur le témoignage concordant des hommes de la science , chacun se met à la contrôler, et de la manière du monde la plus légère, d'après d'Imparfaits souvenirs de eu que l'on a éprouve dans telle ou telle circonstance,, sans réflexion et sans critique aoeune. Il est impossible que de pareilles M'riliial::ins , failos le plus souvent au milieu d'un salon, cl a ['improviste, n'aboutissent pas à cii'* résultats contradictoires dont la diversité menu nfiruic l'opinion populaire que les
lérités lie sentiment son; indh idnolles de leur nalore, et ne •.auraient rire iinpnsi'i'S. (l'est ainsi quo les notions de fails intérieurs les plfis légitimement constatées poiin'imt lniijj-tcinjH encore, et tant que les philosophes n'auront pan fait reconnaître leur compétence par d'imposants travail*, aspirer en vain à cette autorité scientifique que les observations des naturalistes obtiennent si facilement. Mais, encore une fois, il ne s'ensuit rien de positif contre la certitude de la science. Les préjugés du pulilic contre la philosophie s'évanouiront, comme tant d'autres . dès qu'on aura pris la peine de les discréditer.
DU TRADUCTEUR. 67
III. Sentiments des physiologistes sur les faits de conscience.
Parmi les vérités que nous avons cherché à établir dans les considérations précédentes , les plus importantes , celles qui servent de fondement à toutes les autres , sont actuellement reconnues et plus ou moins explicitement avouées par les physiologistes. En effet, ils conviennent, dans leurs écrits, de la réalité des faits de conscience, de la différence do nature qui les distingue des faits sensibles , de la nécessité de les soumettre à l'observation, et enfin de la possibilité do les constater avec certitude. Ils vont plus loin ; ils introduisent dans leur science un certain nombre de ces faits qu'ils admettent avecla mémo confiance, et qu'ils posent comme aussi incontestables que les faits de l'organisation humaine. Ce démenti formel donne par les naturalistes eux-mêmes à la maxime du naturalisme sur la certitude , est une confirmation trop imposante de ce que nous avons dit, pour que nous nous contentions de l'indiquer en passant; il est bon de montrer comment les physiologistes ont été amenés , par la nature mémo do leurs recherches , à reconnaître des vérités généralement niées ou méconnues par le reste des naturalistes. Ce nous sera d'ailleurs une occasion de mettre en lumière le principe do leur méthode, fait curieux de l'esprit humain , dont ils ne se rendent point compte et qui mérite cependant d'être signalé.
PRÉFACE
Quand on examine comment se conduisait les physiologistes dans l'élude des phénomènes de la vie, on s'aperçoit bientôt qu'ils seuil guidés dans cette élude par une. idée supérieure et antérieure à leurs recherches, idée qui est vraie pour eux i"i priori, idée qui leur indique à l'avance le but qu'ils doivent poursuivre et les expériences qu'ils dnneul l'aire pour l'atteindre, idée en un met qui est le principe deleur méthode et sans laquelle ils n'auraient jamais rien découvert parce qu'ils n'auraient jamais rien cherché. Cette idée est celle des circonstances constitutives , ou si
touirlmomom,. '
Ouvrei les livres des physiologistes, vous verrer que l'étude d'un phénomène, ou , comme ils disent, d'une fonction quelconque de la vie consiste, pour eux, dans la recherche de cinq circonstances principales : 1" l'organe, qui est le principe <iu phénomène; 2" l'cei'.Tshini exr-itiiiile . qui détermine l'organe à produire le phénomène; 3° l'opération, par laquelle le phénomène est produit ; 4" le phénomène lui-même ; 8° la cause finale ou le but pour lequel le phénomène est produit.
Pour donner à nos lecteurs une idée nette de ces cinq circonstances, montrons-les dans un phénomène , celui de la mastication, par exemple : la bouche , la langue , les mâchoires avec les muscles qui les soulèvent , constituent l'appareil organique ou l'organe de la fonction ; la faim , la volonté, la
DU TRADUCTEUR-
présence de» aliments sont les occasions excitantes et ili'lcriuin. iiti ■■. île In fonction ; le broiement îles aliments . J l'aide do h langue v! de* don!* . l it l'ojn> ration; lo phénuméne proprement dit est lit changement d'étut des aliments qui , après l'opération , se trouvent triturés cl imbu* do salive ; le hul du phé« noiiiône e-t Jiumedii'.ciueni l.i p:is°iliililo d'avaler les aliments , i il le rî euro moi il celle de les digérer , et finalement la nutrition du corps.
Non-seulement l'étude d*unc * - quelconque ciuihis'e , pour le physiologistes , djns la détermination do ces ■ h. | circonstances , maison peut Lrer de l'examen di'. Ii'iir méthode, et qni'oui|Uc l'a étudïcu en conviendra , les résuit. il» suivants :
1° Tant que ces cinq circonstances ne sont pas déterminées , ils ne croient pas avoir une idée complète de la fonction ; c'est ce qui a lieu pour la plupart des fonctions vitales , et par exemple pour la sécrétion de la bile ; on ne connaît de cette fonction que trois circonstances , l'organe , qui est le foie ; le phénomène , qui est la sécrétion de la bile ; le but , qui est la digestion : encore ignore-t-nn comment la bile contribue à lu digestion. Quant à l'opération de la sécrétion et auv circonstances qui la ilélriinïiii'iil, elles sont inconnues. Le phénomène, de la mastication est du petit nombre de cous qui sont connus dans toutes leurs circonstances.
2" Dès que toutes ces circonstances sont déterminées . les physiologistes estiment que la fonction
PHÉFACE
est complètement connue , et que tonte recHercher ultérieure serait inutile. C'est ce qui a lieu pour la mastication : tout le monde croit qu'on sait de cettefonction tout ce qu'on peut en savoir. En effet , on connaît bien les circonstances qui déterminent l'organe à agir ; on sait comment il est construit , comment il opère , ce qui en résulte , et à quoi sert ce résultat dans ln vie animale. L'esprit se trouve satisfait et ne demande plus rien.
3i Tant que pour un phénomène donné aucune de ces circonstance! n'est connue , il est impossible de l'étudier , parce qu'on ne peut soupçonner son existence. Aussi la découverte du premier élément d'une fonction est toujours due au hasard quand ello n'est pas une donnée naturelle, antérieure à la science. L'histoire de la physiologie le prouve.
Mais aussi dès que l'une des circonstances est donnée , l'existence de toutes les autres est démontrée. H ne s'agit pins que de les déterminer ; et c'est dans cette conviction et avec les indications fournies par l'élément connu que les physiologistes imaginent les expériences convenables pour découvrir les éléments inconnus. Il suffit, par exemple, de découvrir une nouvelle partie du corps pour cire sur qu'elle sort à quelque chose, pour chercher par conséquent le phénomène qu'elle produit ou qu'elle concourt à produire , la manière dont elle le produit , les circonstances sous l'influence desquelles elle le produit . et la fin pour laquelle elle le produit. De même si
DU TRADUCTEUR
on découvre un effet nouveau dans le cœur humain ,
connue par exemple qui.' des [jouîtes il i. ■ bile tombent dans l'intestin grêle , en est sûr aussitôt que cet effet est produit d'une certaine façon et pour un certain but , par irjjarie qui nçit sous l'influcnco de certaines oireiuislnnoes déterminantes. Ainsi la découverte de l'oi-janc . ou celle de l'effet, on telle de l'un quelconque des c inq éléments d'un phénomène est une preuve suilisante de l'existence de tous les autres ; cl c'est paire que l'élément connu les révèle qu'on les cherche. C'est ainsi que la position des valvules dos i eûtes .1 eonilnit Harvey j la découverte du phénomène de la circula lion du sang.
!> Alors nièiiii: que l'idiseri Jtioli ne parvient pai a découvrir toute-, li s eircufisljiice.s d'une fonction, les phfÛDlogisteB n'eu sont pas moins assures que ces circonstances existent. Ainsi . quoiqu'un n'ait jamais pu discerner l'opcratiun do la sécrétion de la bile, on n'en croit pas moins avee une pleine con- \ ici ion qu'une opération s accompli! dans l'iinéi'ieiir de l'organe pour produire la bile.
Tels sont les traits principaux do la méthode des pliiiieli);;isles dans l'élude des phénomènes do lu vie; il s'ensuit que tous leurs procédés sont la conséquence d'une notion première, qui a pour eux l'évidence el l'anLorilé d'un mi unie ; savoir que tout phénomène possible implique nécessairement les oinq circonstances ou éléments que nous avons énoncés ; car, Uinl qu'ils n'uni pas détermine ces cinq circou-
PRÉFACE
stances dans l'étude d'une fonciion , ils ne regardent pas cette fonction comme complètement connue; car, dès qu'ils les ont déterminées, ils regardent au contraire , comme achevée, l'élude dccetle fonction ; car, du moment qu'ils connaissent une seule de ces cinq circonstances, ils cherchent les autres; car enfin, alors même qu'ils ne peuvent les découvrir toutes, ils n'en restent pas moins certains que ces circonstances existent. Et ce qui prouverait qu'ils ont raison de regarder ces cinq circonstances comme constitutives de tout phénomène, c'est que tant que l'une, au moins, n'est point connue, l'existence du phénomène demeure parfaitement ignorée au lieu que dès que l'une d'elles est connue , l'existence du phénomène complet se trouve par cela même dé- Mais d'où vient nui physiologistes cette notion des circonstances constitutives de tout phénomène? Il est évident qu'elle ne leur vient pas de la physiologie elle-même , puisque c'est en vertu de cette notion qu'ils procèdent pour déterminer les phénomènes physiologiques. Ce ne peut être d'ailleurs l'expérience que tel ou tel phénomène renferme ces cinq circonstances constitutives qui lui ait donné naissance ;car , de ce qu'on les aurait observées dans un ou plusieurs phénomènes , il ne s'ensuivrait pas qu'elles dussent se rencontrer dans tous. Or, telle est la force de cette notion , que les physiologistes sont assurés que tout phénomène possible comprend
00 TRADUCTEUR
i;es cinq éléments ; au moins procèdent-ils comme s'ils le croyaient 1 r - 1 ■ n n: i n < ■ n r . i.'.i-Wr. notion ne dérive donc ni de lii physiologie ni de l'expérience ; elle est plus vieille dans l'esprit des physiologistes que la physiologie elie-nième ; et ce qu'elle a d'univers*'] . d :i|.'i..lii';d)le à tous les cas , repousse la supposition qu'elle soit une vérité d'expérience . puisque l'expérience ne peut jamais atteindre tous les cas possibles. Si l'on veut bien y penser , on reconnaîtra dans celte notion un de ces principes du sens commun , un de ces avilîmes évidents par eux-mêmes , qui se trouvent on ne sait comment dans l'intelligence do tous les hommes, et qui nous révèlent avec une certitude que nous ne songeons ni à examiner ni ri contester . des vérités que nous n 'a von;~ jamais a] ip lises , et que nous no pourrons jamais vérifier.
De mémo que tout changement , c'est-à-dire tout phénomène, n îiceessaircmeiit une cause à nos yeux, de même toutes les fois qu'une cause produit un effet , nous sommes assurés qu'elle opère d'une cerlaïnc manière pour le produire; et de même que
l'idée il' ipératioii s'associe i né\ ii;i lilement dans
nnirc esprit à celle 'te lu production (l'un elTel par une cause, tic même nous ne pouvons concevoir qu'une cause agisse à propos de rien , ni ipi'clle produise un effet inutile. Tout ce qui arrive a pour nous non -seule m eut une ctu/xr niais une fin , non-seulement une fin mais une raison d'arriver ; en sorle que l'idée de changement ou de phénomène entraîne né-
rKBFACE
ccssairemenl après elle celles de cause , d'opération, de but et de raison siifflsanle. Aucune de ces idées ne saurait être détachée des autres ; l'une ne vient pas qu'elles ne viennent toutes ; elles forment ensemble l'idée complète de la production d'un phénomène, et nous sommes convaincus que cette idée est l'expression vraie , universelle de la nature des choses ; c'est pourquoi, dans l'application , dès qu'un phénomène noua est signalé par l'une de ces circonstances constitutives, nous concevons aussitôt toutes les autres , et sommes convaincus qu'elles existent, soit que nous puissions ou que nous ne puissions-pas les découvrir.
Le principe de la méthode des physiologistes n'est autre chose que cette conception naturelle des éléments cunstilutifs d'un phénomène, avec cette seule différence qu'ils voient la cause dans l'organe , c'està-dire dans la partie du corps qui est le théâtre de la production du phénomène ; cette modification est importante et vaut la peine qn'on l'explique.
A l'exception do la cause que nous sentons penser et agir en nous , toutes les autres causes échappent à notre observation. Dans l'étude des phénomènes naturels nous sommes donc toujours réduits à concevoir qu'elles existent sans pouvoir jamais les déterminer. C'est pourquoi l'idée que nous nous faisons d'une cause quelconque est toujours la mémo , c'està-dire celle d'une force ou d'un principe qui a la capacité de produire les effets que nous voyons. ïl
DU TRADUCTEUR
n'y a rien de matériel dans cette idée ; au contraire, la différence est si grande entre l'idée que noua nous faisons d'une forée et celle que nous avons d'un corps , que nous regardons la force comme incorporelle de sa nature, bien que nous puissions par hypothèse lui donner un corps pour résidence , ou même la concevoir comme la propriété d'un corps. Quand donc nous voyons un phénomène se produire, et que nous lui supposons une cause, ce n'est point à un corps ni à certaine partie d'un corps que nous le rapportons , mais à une force inconnue dont l'idée n'implique nullement relie de corps ni celle de malien.' ; (elle est l'induction naturelle; et en physique, où les phénomènes se produisent a peu près inditlrreniment dons tous les corps, nous nous y arrêtons. Mais- . quand un oil'rE se manifeste toujours et exclusivement dans un certain corps ou dans une certaine partie d'un corps . ou In: que non- lui supposons une cause, nous concevons que le corps particulier ou la partie de ce corps, où il se manifeste, a été organisé de manière à ce que cet eflet s'y produisit; et relie supposition devient une conviction quand nous saisissons, mire l'or;;aiusalion du corps ou de la partie et l'cllct. [[ni s'y produit constamment, des rappoi'ls d\i ppropria lion ou do dépendance. C'est ce qui arrive pour tous les phénomènes particuliers aui êtres organises ; il y a une telle connexion entre chacun de ces phénomènes et la partie du corps où il se produit, que non-seulement le phénomène ne se pro-
ilinl jamais ailleurs, mais qu'on outre, en altérant nu supprimant la pari io. on altère ou l'un supprime lu phénomène ; si m% -'lit même il csl possible d'aporoe-
voit* de quelle manière lu eraiilrneliiin de la partie matérielle contribue à la produoi ion ùu phénomène. Quand il un est ainsi, l'idée da pliénomèno ne s'associo pas seulement, comme du coutume, à celle d'une force qui lu produit . niais eneni-e à celle de la partie matérielle, qui est l'urémie exclusif, et semble être l'iii-itriuiieiit indispensable de la prndn'tion. Alors, comme il parait évident ipie la cause ne peut produira sans tforgniHf, la cause, aux yeux du la science, se localise naturellement dans l'organe; l'organe, qui est lisible, devient lu représentant de la cause qui ne l'est pas, cl l'on finit par confondre cl par ideiciliiT ces ilcn\ i ninliiiiuis du phénomène.
Voilà par quel chemin les physiologistes sont arrivés à .substituer partoul l'nry.uie à la cause dans la conception des cléments constitutifs d'un phénomène; et eoiumeni, p:ir e\einple, au lieu de distinguer dans le phénomène, de la digestion la cause de la di;;csli'Ui qui c-l inconnue , cl l'organe de la digestion ipiï est l'eslomac, ils en sont venus à ne considérer que l'estomac, qui est a la lois pour eus le principe cl l'instrument du phénomène. Sans doute il est nidifièrent, dans l'élude d'un phénomène particulier, de prendre ainsi l'organe pour la cause; car, d'une part, la cause étant insaisissable, l'observation ne peut remonter au-delà de l'organe, et du
DU TRADUCTEUR
l'autre celle cause agissant toujours pat l'organe, rattacher le phénomène à l'organe, c'est le rattacher à la cause. Toutefois, comme cm n'altéra jamais la vérité .11 inconvénients, ceUe confusion dans la sgieuce do deux idées distinctes en elles-mêmes , n cuirai ne lis phi liiilojjï^tcs dam un «v>léinr i-ril "renient hvpolhcliquc sur le principe des phénomènes de la vie. À force de confondre les deux idées , ils ont fini par regarder comme une vérité démontrée l'identité des deux choses. Chaque organe est devenu polo- eux le principe îles phénomènes ipii s'y produ 1 sent : l'estomac, do la digestion ; le foie, de la hile; le cerveau, de lapensée. Et, comme ehaque organe n'est qu'une réunion de molécules matérielles , pour expliquer comment de cette réunion de molécules peut résulter une force, il a fallu attribuer à l'agrégation la vertu rpii manque aux éléments; il a fallu concevoir que des molécules qui n'ont point par elles- nièi nés ta propriété de penser, de digérer, de sécréter la hile, puisqu'elles ne la conservent pas lorsque l'agrégation est dissoute, constituent, par leur agencement seul, des causes capables de penser, de sécréter la bile, et de digérer. Il a fallu, en un mot, faire delà force vitale une résultante d'une foulo de forces particulières, qui ne sont elles-mêmes chacune que des résultantes do l'organisation particulière desdificrents organes corporels. Or, uno pareille théorie n'est qu'une hypothèse; car, si l'on peut regarder comme démontré que l'organe est indispen-
subie à la production du phénomène , il n'y a ni fuit , ni induction . ni iimiloi'ic qui portent à croire que l'organe soit le priiit'i jj« de cette production. Nonsouli-ini-iil lu si ip pus il ion île l,i di-iioeliou de la cause et de l'organe, s'accorde tout aussi-bien avec les faits; mais il nous serait In ci le de prouver que cette dernière hypothèse n"Lni | il ii| ■ if m les contradictions que l'un trouve dans la première, ni les conséquences, pour le moins étranges . i|ui en découlent.
Du reste, quelque opinion que l'on adopte sur cotte question particulière, il reste évident que l'organe des phi sidln;;i>les n'est autre élu 15e que lu cause inconnue tîn phénomène, identifiée, à turt ou à raison, avec la partie du corps où le phénomène se manifeste. On ne saurait donc méconnaître, dans l'idée qui préside à leurs recherches, la notion absolue des circonstances constitutives de tout phénomène , pas plus qu'on ne peut méconnaître dans les procédés de leur méthode l'inspiration continuelle et féconde de celle notion.
C'est mi fait trop peu remarqué, et qui mérite cependant de l'être . que le rôle que jouent dans les sciences d'observation certaines vérités primitives conçues par la raison. Les axiomes ne sont point , comme on le pense cnuimunéuient . la propriété exclusive dos sciences de raisonnement. Les sciences île faits ont aussi les leurs , sans lesquels l'observateur ne saurait faire un pas , ni comprendre la nature. I,a notion des circonstances constitutives de
DU TRADUCTEUR
tout phénomène, porte tous les caractères, el eierce dans les recherclies naturelles , toute l'influence d'un véritable axiome. Cette notion n'est autre chose que la loi nécessaire de tout phénomène, que l'expression de eo qui se passe inévitablement toutes les fois qu'un changement se produit dans la nature. D'où nous Tient la connaissance do cette loi? d'où savons-nous qu'elle est universelle? Sur quel fondement c royon s -nous que tous les phénomènes présents, passés et futurs, dans quelque coin de l'espace qu'ils nient pu du qu'ils [■uîsx'iit m- [Jivuluiiv . y suitl soumis? Nous l'avons déjà ilil . celle conviction n'est point le fruit de l'expérience. L'expérience n'atteint point tous les cas . ot, dans les phénomènes qu'elle -saisit, elle ne verrait jamais autre choso que des faits qui se succèdent, si la notion mémo de la loi de tout phénomène ne lui aidait à découvrir les rapports qui existent entre^es faits. La loi de tout phénomène est une pure conception (le la raison , comme Ions le» aximnei pnwhUw : !.i première fui* qu'un changement imus apparaît . nous comprenons aussiiiil que ce changement est un effet , qu'il a uue cause, que celle cause a opéré pour le produire , qu'elle a été déterminée à le produire par quelque influente déterminante, el qu'enfin cel elle; devient Ini-mème une cause et produit à son tour quelque résultat. Nous concevons tout cela par la seule réflexion , avant, que l'observai ion ail eorisial.é la cause, t'opéralion . ht raison suffisante et le résultat : toul
PRÉFACE
cela nous parait vrai, non parce que nous voyons quo cela est, niais parce que nous comprenons que cela doit être ; et , précisément à cause de cette nécessite, noire raison l'applique hardiment à tons les cas possibles , et le conçoit comme la loi universelle de tout phénomène.
Sans celte révélation primitive , la nature ne serait pour nous qu'une énigme inintelligible , et les données de l'observation , que des notions stériles. Nous verrions des faits , nous pourrions les constater ; maïs , comme nous ne saurions pas qu'ils ont des causes et des résultats , nous ne chercherions point, ni de quels autres l'ail s ils dépendent, ni comment ils en dérivent , ni quelles conséquences ils entraînent. Chaque fait demeurerait donc isole à nos ycuï , et , par-là inéme , la connaissance do ces faits deviendrait complètement insignifiante ; car ce n'est point le fait lui-même ijn'il importe de connaître, mais sa loi, c'est-à-dire son origine et ses suites. A quoi nous servirait de savoir que les aliments s'altèrent dans l'estomac si nous ne savions ni pourquoi , ni comment, ni à quelle fin? cette information nous donnerait-elle la moindre intelligence du phénomène de la digestion, et la médecine pourrait-elle en tirer le moindre renseignement pour remédier aux desordres de cette fonction? et comment découvririons-nous les causes, le mode et le but de la production de ce phénomène , si notre raison ne nous apprenait pas que tout phénomène est
DU TRADUCTEUR
produit d'une certaine manière, par de certaines
causes . pour un ccrkiin lim . cl ne dirigeait pus l'i iliservation à la. reehe relie de ces circonstances ? La nature est un drame dont l.i raison seule nous révèle l'iiitriijue. l'mir mis yeux le monde des phénomènes n'est, qu'une collection incessamment changeante de faits isolés; c'est un spectacle qui n'a point de sens : la raison loi en demie un, eu -nous révélant il. m* i liaqui' plu'iiuménu la ennséquenco et le principe d'un nuire . et . dam IVinembtc île tous les pltéiKiiueni'S . un rni liaoï' iueiii iiumi-nsc dcc.iucn et dYffêt* d<Mil l'ordre unïvri>e! est t'admirabia résultat. Kl telle e*t ta simplicité de cette révélation, ipj'etle cil contenue tout entière dans ta rou-
cepliun si triiialo, mais en même temps >i ... I
cl si féconde de lu loi absolue de tout phénomène.
Celle eunception est faxiome fondamental do toutes les sciences de faits, le flambeau de leurs recherches, raine de leur méthode; les procédés des phi siuiu^isles dans l'étude des phénomènes delà lie n'en sont que des conséquences. L'idée d'un phénomène n'étant autre chose, dans notre esprit, que la conception des circonstances qui le constituent , tant qu'une fonction de la vie ne se manifeste par aucune de ces circonstances , nuus l'ignorons complètement; mais aussitôt que l'une de ces circonstances nous apparaît , eu vertu de la notion qui est en nous , l'existence de la fonction tout eulière nous est démontrée . et eu vertu de la même notion . nous Diigald Stewart. - Tome J. B
l'Util AUi
concevons les circonstances qui nous échappent. II ne reste plu9 qu'à les déterminer. C'esl pour les découvrir f[ue le physiologiste fait îles expérience*, opération impossible ou inutile s'il n'avait d'avance l'idée de ce qu'il cherche, et s'il ne possédait dans son esprit les signes auxquels il peut le reconnaître. Tout problème physiologique se ramène inévitablement à la formule suivante : Une ou plusieurs des cii'omslaiircs lonsécutives d'une fonction étant données , déterminer les autres. C'est le liasard qui fournil la donnée du problème , et l'observation qui le résout ; mais c'est la raison qui le conçoit et qui le pose : sans elle il n'y aurait point de recherches, point de solution , parce qu'il n'y aurait rien à chercher, rien à résoudre.
Ce qui est vrai de l'étude de chaque fonction , est vrai de l'étude de la vie elle-même. En effet, la vie n'est qu'un grand phénomène. Pour étudier la vie il n fallu que quelque chose de la vie se manifestât naturellement à l'observation, et nous révélât son existence. Cette manifestation naturelle de la vie a été le point de départ de la science , et fonde encore à présent ses grandes divisions.
On s'est aperçu de tout temps que l'homme seconserve , qu'il se reproduit , el qu'il est en relation avec les choses extérieures : ces (rois phénomènes, manifestes pour tout le monde, ont conduit à chercher comment ils se produisent, et l'étude des fonctions de nutrition t de reproduction et de relation a commencé.
BU TltADLTCTEUR.
On a bientôt découvert i|iie chacun de ces grands phénomènes n'est que le résultai de plusieurs phénomènes particuliers , e( dérive non pas d'une opération simple exécutée dans un organe unique , mais d'une série d'opérations particulières, exécutées dans un grand nombre d'organes différents, eaebés dans les diverses parties du corps. Alors on a subdivisé les premières divisions , et observé les fonctions de détail à mesure que !" : de leurs circonstances constitutives a révélé leur existence.
C'est là qu'en est hi science : elle cherche et observe les fonctions particulières pour arriver à comprendre les liinrlii mi généra le*. Kllescta finie ipjnnd les fonctions particulière* étant déterminées, etleur harmonie, découverte, les fonctions cciicrnles seront comprises . et quand l'harmonie des fonctions gêné, raies étant conçue . l'énigme de In vio elle niéine sera expliquée.
Telle est la méthode des [iliys in logis les. Si nous sommes parvenus à donner à nus lecteurs l'intelligence de la iLotion fondamentale qui la constitue , il nous sera facile de leur faire comprendre comment les physiologistes ont rencontré sur leur chemin certains faits de conscience , et ont été forcés de les reconnaître et de les adopter.
Parmi les phénomènes de la vie , il en est qui sont lout-à-fail indépendants du principe intelligent, volontaire el sensible. Tels sont, à peu de chose près, tous les phénomènes qui constituent les fonctions de
nutrition et de reproduction. C.û n'est jjoiut le principe intelligent , volontaire et sensible, qui les détermine, ce n'est jjoint lui qui les produit , ce n'est point enlui qu'ils s'iif.T«m]ilîs.icnt. Tontes les circonstances constitutives de ces phénomènes lui sont extérieures , et comme nous n'avons conscience ijuc de ee qui se passe en lui. aucune de ces circonstances ne nous est donnée par la eonseienec. Toutes sont des faits matériels que l'observation sensible nous révèle.
Mais il n'en est pas ;iinsi des phénomènes qui constituent les fonctions de relation. Loin de là , le principe intelligent , minutaire et sensible, intervient toujours dans rai.voiiiulissi.'incut de ces phénomènes. C'est lui qui en est toujours le point de départ ou le sujet. Dans le phénomène de la sensation c'est lui qui sent; dans le phénomène de la perception des choses extérieures, c'est lui qui connaît; dans le phénomène de l'action volonlaire, c'est lui
nier phénomène se produit donc eu lui, et c'est en lui que les deux premiers viennent s'accomplir. d'autres termes, la volonté, la sensation et l'idée, éléments intégrants de tout phénomène de relation , sont des faits de eonseienec qui ne tombent point du tout sous l'observation sensible.
11 y a plus : c'est par ees trois circonstances, que l'existence des phénomènes de relation nous est primitivement révélée. Antérieurement aux recherches physiologiques , que savons-nous , en effet , des fonc- .
IJL THADUCTEm.
tious du relation? nous savons que nous connaissons les choses extérieure» , qu'elles nous donnent des sensations . et que nous avons le pouvoir d'agir volontairement. Telle est la première idée , l'idée naturelle que nous avons des fonctions de relation. La sensation, la volonté, ta connaissance sont donc les premières circonstances connues de ces fonctions , celles qui nous révèlent leur existence ; et c'est d'elles aussi que nous partons , d'abord pour concevoir, ensuite pour découvrir les autres circonstances purement physiologiques des phénomènes de relation. Nous nous demandons : Comment seulonsnous , comment eon naissons-nous les choses extérieures, cumment g 'exécutent les mouvements que nous avons voulus? et c'est en vertu de ces questions , que la physiologie a con-Lué par des expériences l'intervention des nerfs et du cerveau dans la production de In sensation et do l'idée, celle du cerveau, des nerfs et des muscles dans l'ciécutinn des divers mouvements volontaires. Si notre conscience ne nous avait pas appris que nous sentons , que nous cou naissons , que nous voulons , jamais nous n'aurions cherche, et par conséquent . jamais nous n'aurions découvert les circonstance? matérielles des phénomènes de relation. Non-seulement donc la volonté, la sensation et l'idée, qui sont des faits de conscience, entrent comme circonstances constîlulivcs dans loul phénomène de relation : niais c'e*l par elles encore que ces phénomène! nous sont ré-
vélés , el (I VI les i[iic nous partons pour les étudier.
Nous trouvons donc les l'aîls ■ 1 1 - conscience tellement impliqués dans les uuictions de relation, qu'il est impossible . iiiiu-Ài.'iili'iiii.'iil de i-iini'ovuir ws [(.mutions d'une manière complète, niais môme de s'en former une idée, si l'on ne lient pnlnt compte de ces
lu ils. Il est. tacite i'i présent de prendre par quelle
nécessité les pli) siolij.p'slos mit été forées de les admettre dans lii seieoee des phénomènes de la vie, bien qu'ils ne tombent ni sous le scalpel , ni sous le microscope- lî» réduisant les phénomènes de relation à leurs éléments pliv-inloeiques, ils n'auraient pus seule m en l mutile la uni ion de ces phénomènes , niais ils scraienl touillés dans la plus élranj;edes contradictions; car. éliminent nier la sensation, <[uand ou elierehe de quelle manière elle est produite'.' eomuieiil nier l'idée ties choses extérieures, quand on elierehe de quelle l'aeon elle nous est donnée? comment, ciilin, nier la volonté, quand on cherche par quels ressorts sont exécutés, dans notre organisation .des mouvements (huit le caractère spécial esl d'èlre volontaires? Il lu II si il éi ideiuiucnl , de deux choses l'iine. ou renoncer a étudier les fonctions de relation, ou reconnaître connue faits authentiques et incontestables la volonté , la sensation , et la connaissance. Ko niant t es trois faits tle conscience, les |ilnsiolo;;islcs auraient nié le point de, départ de leurs recherches - i|„ aui aienl nié les louelions de itdalîoii elles-niéiiics ; car, si nous ne sou-
DV TU ADUCTE V H .
voulons pas, il n'y n plus tic relation entre nous et les choses extérieures ; il ne reste que des impressions qui ne Tiennent pas jusqu'à nous , et des mouvements qui n'en portent point.
Certes, les [.liv-iuln^istcs n'ont point hésité un moment devant de pareilles e ont radie lions ; ils ne les ont pas même envisagées. De même qu'ils suivent leur méthode sans eu comprendre le principe, de même ils ont admis les faits de conscience , par simple huit sens , et sans se rendre i que des nécessités qui leur en faisaient une loi. Toutefois, ils no pouvaient introduire dans leurs résultais des éléments si différents des faits scnsihlcs , sans s'apercevoir de cette différence, i.es faits de conscience une
fois acceptés. Il fallait nécessairement. r< uiailiv
que ces faits sont d'une attire nature, et autrement perçus que les faits sensibles; car Us sont în« i-ililes et inlauj;ililrs : une fois aereplés rumine réels H connue écriants, d f.ill.iil néecs-aireini'iil aïoncr qu'il v a des faits que nous ne pouvons ni voir, ni Loucher, et que nous pouvons cependant senLir. observer, constater avec certitude. Il fallait, en un mot. reconnaître deux ordres de faits également réels, deux modes d'observations également possibles, deux autorités eu matière de faits également incontestables, et deux sciences d'observation distinctes par leurs objets, leurs instruments et leurs procédés, mais é|;alcmi>nl authentiques. Tous ces
PRÉFACE
aveux devaient née essai rein eut suivre l'admission des faits de conscience dans la science physiologique ; car ils ne sont que des conséquences de cette admission. Aussi les trouve-t-on , pour la plupart, explicitement exprimés dans les traités modernes de physiologie. A la différence des formes près, il est évident que les physiologistes éclairés professent aujourd'hui sur la réalilé des faits internes et sur la néccssilé de les soumettre, comme les fails naturels, aux procédés de la méthode expérimentale , les mêmes principes que nous avons cherché à él.lhlir dans le cours de cette préface.
Grâce à cet exemple , on a le droit d'espérer que lo règne de la maxime exclusive du naturalisme sur le principe de la certitude touche à sa fin, et que les naturalistes ne tarderont pas à revenir d'une opinion qu'ils ont adoptée sans examen , qu'ils ne conservent que par habitude , et que les physiologistes n'ont désertée les premiers que paiwe que la nature de leurs recherches les a cuuduUs à reconnaître plus tôt son peu de fondement.
Les naturalistes n-menl. leriiiement. avec tout le monde, que l'homme pense, qu'il veut, et qu'il sent; ils n'hésiteraient pas à donner place « ces faits parmi les plus certains de ceux qu'ils constatent, et aies signer de leur nom. Mais de quelle manière
titude de leur réalité? voilà une question à laquelle les naturalistes ne songent pus. tant que leurs re-,
DU TBAUl C1EU11.
cherches n'ont pour objet que la marelle des astres, lii conformation de la terre, les cailloux, les plantes, l'an al amie comparée des animaux, les phénomènes physiques et chimiques; et cependant, découvre il tni.it ce qu'ils ti'niM fut avec, leurs sens , ils embrassent peu à peu l'opinion que tous les laits susceptible- (l'une ccililudc Hcicr.il ilhpie sont sensible!! , et que robservaliou sensible est la seuil! Source certaine de lu connaissance. Cette ujihiinu s'enracine en eux et tourne en système arrêté. Quand ;ï la fin ([«iclriiii.'H-iiiis tl'i'iif n- cii \ vienncnl à prendre l'ht unnie pour objet de. leurs études , ils poursuivent d'abord comme ils ont toujours f;iit ; armés du scalpel cl de la loupe, ils dissèquent, ils comptent les parties, ils observent les mouvements et tous les autres phénomènes qui tombent' sons les sens. Cela va à mer veille tant que l'observa leur n'est pas sorti des limites del'aiinlouiic et des pliénuiucnes de la nutrition et de la génération ; mais au-di'la h- s choses se compliquent. Un ne saurai! faire abstraction de In volonté dans les mouvements volontaires ; de la sensibilité et de l'intelligence, dans les phénomènes de In vision et de l'audition. I! faut clone faire intervenir les idées, la sensalion. les actes de la volunté. C'est alors que le naturaliste est frappé de la dillcrence profonde qui existe entre ces faits et les faits naturels. C'est alors qu'il ne peut s'empécher de remarquer que les uns ne tombent pas sous sa connaissance de la uiciiic manière que les autres. C'est alors
qu'il s'étonne, dans ses habiludes et dans ses principes (11- iialnialisiiiL'. de lii couluinec avec laquelle il accepte îles faits i|u'il n'a ni vus ni louches. C'est alors peut-être qu'il hésite, qu'il est tenté de les rejeter comme des illusions . ou des croyances suspectes , étrangerea « la science. Mais i ''est alors aussi qu'il s'aperçoit qu'un pareil secplicïsine serait île la folie, el que son bnn sens remportant sur les idées étroites et elassiques de sou éducation seieuljfique , il reconnaît enfin la réalité de ees faits d'une autre nature, et toutes les conséquences qui s'ensuivent.
Mais, si l'on veut y réfléchir, on s'apercevra que tous ers tir eux sont déjà implicitement renfermes dans la croyance irréfléchie des naturalistes, que .l'IiotmiK! sent . veut et pense ; car, sï ee sont là des faits certains, eouime ees faits ne Tiennent pas de ]'i)]jS(Tvalie.n sensible . îl v a des faits certains déeou- Tcrts et constatés d'une autre manière. Mais cette rnnsequrnee e-l cachée dans la conviction des naturalistes, ils ne l'y soupçonnent pas ; et c'est faute lie la remarquer qu'ils demeurent dans leur opinion exclusive sur le principe île la oeililude. Cette npi-
jiijjé sans consistance, qui ne peut înauipier de s'évanouir , coin me lant d'autres . dc\ant les lumières du sens commun.
DU THABlKTTlil'H.