‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 17 sur 46 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

EUGEXE RENDUE! 5

ÉDlTBUa-LIBBAIEE '

RUE DES GBAHDS-ATIGtTSTINS, S° 22.

IGNACE DENNER.

CONTES

NOCTURNES

IGNACE DENNER.

Jadis, il y a longues années, vivait, dans une foret sauvage et solitaire du territoire deFulda, un brave chasseur, nommé Andrès. Il avait été autrefois chasseur de Monseigneur le comte

Aloys de Fach, qu'il avait accompagné clans ses longs voyages à travers la belle Italie, et qu'il avait sauvé d'un grand péril, par sa bravoure et son adresse, un jour qu'ils furent attaqués par des brigands, siu" une des routes dangereuses du royaume de îSaples. ANaples^ dans l'auberge où ils descendirent, se trouvait une pauvre et ravissante fille orpheline, que l'hote avait recueillie par charité, et qu'il traitait fort rudement , l'employant aux plus pénibles travaux de la maison. Andrès cheicha à la consoler de ses chagrins autant qu'il put se faire comprendre d'elle , et la jeune fille conçut tant d'amour pour lui, qu'elle ne voulut plus le quitter , et résolut de le suivre dans la froide Allemagne. Le comte Fach , touché des prières d'Andrès et des larmes de Giorgina, permit à la jeune lilie de prendre place sur le siège de

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la voiture auprès de son amant, et de faire ainsi ce rude voyage. Déjà avant que de passer les frontières de l'Italie, Andrès se fit marier avec Giorgina ; et le comte, de retour dans ses terres, crut bien récompenser son fidèle serviteur , en le nommant son premier garde-chasse. Andrès alla s'établir avec sa femme et son vieux valet, dans la foret déserte qu'il devait défendre contre les bûcherons et les braconniers; mais au lieu de jouir de l'aisance douce et tranquille que le comte de Fach lui avait annoncée, il mena une vie laborieuse et difficile, et ne tarda pas à tomber dans le chagrin et dans la misère. Le petit traitement qu'il recevait du comte, suffisait à peine pour lui procurer des vétemens ainsi qu'à Giorgina; les légers bénéfices qui lui revenaient dansles ventesde bois, étaient fort rares et incertains , et le jardiR

qu'il cultivait pour son existenceétait si souvent dévasté par les loups et les sangliers, qu'en une nuit il voyait détruire l'espoir de toute une année. En outre, sa vie était sans cesse menacée par les brigands et les braconniers. Il remplissait cependant son emploi avec zèle et loyauté, et se fiait à ses dogues fidèles pour le prévenir des attaques nocturnes. Giorgina , qui n'était pas accoutumée à ce climat et à cette façon de vivre, traînait une existence languissante. La couleur brune et animée de son visage s'était changée en un jaune pâle; ses yeux vifs et étincelans avaient perdu leur éclat, et sa taille voluptueuse et arrondie s'amaigrissait chaque jour. Souvent, dans les nuits éclairées par la lune, elle se réveillait ^ en sursaut. Des coups de feu retentissaient au loin dans la foret; les dogues hurlaient, et son mari «e levant dou-

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cernent, sortait avec son valet et allait battre le bois. Alors elle priait avec ardeur Dieu et les saints de préserver les jours de son bon époux, et de les retirer tous deux de cet horrible désert. Bientôt la naissance d'un fils augmenta la faiblesse de Giorgina; elle ne quitta plus le lit, et safin sembla proche. Le malheureux Andrès errait tout le jour d'un air sombre ; la maladie de sa femme lui avait ravi tout son courage. Le gibier se montrait devant lui comme pour le braver ; son fusil dans sa main tremblante, lançait des balles inutiles , et il était obligé de laisser à son valet le soin d'abattre les pièces qu'il était de son devoir de livrer à monseigneur le comte.

lO CONTES NOCTURNES.

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