CHAPITRE IX
Ûîf jour, Andrès était assis deva^nt le lit de Giorgina , les yeux fixés sur sa femme chérie, qui respirait à peine , accablée sous le poids d'une douleur mortelle. Dans son désespoir, il avait
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pris sa main et la tenait en silence, sans entendre les cris de l'enfant qui demandait le sein de sa mère. Le valet était parti dès le point du jour pour Fidda , afin de se procurer quelques remèdes pour la malade. Aucune créature humaine n'apparaissait au loin ; le vent seul faisait entendre ses longs sifflemens dans les noirs sapins , et lesdogueshuriaient douloureusement, couchés au pied de leur malheureux maître. Tout-à-coup Andrès entendit devant la maison comme les pas d'un homme. 11 crut que c'était son valet qui revenait, bien qu'il ne l'attendît pas sitôt ; mais les chiens s'élancèrent et aboyèrent violemment. Ce devait être un étranger. Andrès alla ouvrir la porte : un homme se présenta : il était long et maigre, enveloppé d'un ample manteau, et son bonnet de voyage enfoncé sur ses yeux.
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— Eh! dit l'étranger, comment ai-je pu m'égarer ainsi dans ce bois ! La tempête descend des montagnes, nous allons avoir un temps terrible. Me permettrez-vous d'entrer dans votre maison, mon cher monsieur, de me reposer et de me rafraîchir un peu, afin de pouvoir continuer ma route.
— Ah! monsieur, répondit le pauvre Andrès , vous venez dans une maison de douleur et de misère, et hors la chaise sur laquelle vous pourrez vous reposer, je n'aurai rien à vous offrir; ma pauvre femme , malade , manque elle-même de tout, et mon valet que j'ai envoyé à Fuida, ne reviendra que fort tard avec quelques provisions.
En parlant ainsi, ils étaient entrés dans la chambre. L'étranger déposa son bonnet et son manteau ^: jus lequel il portait une petite cassette et une valise. Il tira aussi un stylet et une paire
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de pistolets qu'il mit sur la table. Andrès s'était approché du lit de Giorgina ; elle y était étendue sans connaissance. L'étranger s'approcha aussi , regarda long-temps la malade d'un air pensif, prit sa main et consulta attentivement son pouls. Lorsque Andrès , au désespoir , s'écria : — Ah ! mon Dieu 5 elle va mourir ! l'étranger lui répondit : — Nullement , mon ami , soyez tranquille. Il ne manque à votre femme qu'une bonne nourriture, et pour l'instant , j'ai un cordial qui lui fera grand bien. Je ne suis pas un médecin, il est vrai, et seulement un marchand ; mais je m'entends un peu en médecme et je possède même plus d'un secret que je débite.
A ces mots, l'étranger ouvrit sa cassette, en tira une fiole, fit tomber quelques gouttes d'une liqueur rougeâtre sur un morceau de sucre, et le
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mit dans la bouche de la malade. Puis il prit dans sa valise un petit flacon taillé, rempli devin du Rhin, et en fit prendre quelques cuillerées à Giorgina. Il commanda à Andrès de placer l'enfant sur le sein de sa mère , et de les laisser tous deux prendre du repos. Andrès regardait cet étranger comme un ange descendu du ciel pour venir à son secours. Il avait d'abord jeté sur lui des regards de défiance ; mais la sollicitude qu'il montrait pour Giorgina l'entraînait vers lui. Il lui raconta aussitôt comment il était tombé dans la misère par la faveur que le comte de Faclî avait voulu lui faire, et comment il ne sortirait de sa vie de cet état désespéré et accablant. L'étranger chercha à le consoler, en lui disant que souvent un bonheur inespéré apportait la joie aux plus malheureux, et qu'il fallait bien risquer quelque
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chose, pour changer l'influence de son étoile.
— Ah! seigneur, répondit Andrès, je me fie en Dieu et en l'intercession de ses saints, à qui moi et ma femme nous nous adressons chaque jour. Que puisje donc faire pour me procurer des biens et de l'argent. J'attends tout de la sagessedu ciel; si je désire de l'aisance, à cause de ma pauvre femme qui a quitta son beau pays pour me suivre dans ce pays sauvage, je ne risquerai pas cependant ma vie pour des biens terrestres et périssables.
L'étranger sourit d'une singulière manière , et se disposait à répondre , lorsque Giorgina se réveilla par un profond soupir du sommeil dans lequel elle était plongée. Elle se sentait merveilleusementreconfortée,etson enfant souriait doucement surson sein. Andrès était hors de lui de joie; il pleurait, il
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priait, il sautait dans toute la maison. Pendant ce temps le valet était revenu. Il prépara, tant bien que mal, un repas avec ce qu'il avait apporté, et l'étranger fut invité à en prendre sa part. Celui-ci fit cuire lui-même une soupe pour Giorgina, et on le vit y mettre toutes sortes d'herbes et d'ingrédiens qu'il avait apportés avec lui. La soirée était avancée , l'étranger ne pouvait se remettre en route , il pria qu'on le laissât dormir sur un lit de paille dans la chambre d'Andrès et de Giorgina. Cela fut accordé. Andrès,que son inquiétude pour sa femme ne laissait pas dormir, remarqua comme l'étranger se levait à chaque aspiration pénible que faisait Giorgina, s'approchant tout doucement de son lit, lui tâtant soigneusement le pouls et lui versant quelques gouttes de cordial.
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