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envoyé da ciel , descendu sur la terre à sa prière. Ces vives expressions de reconnaissance semblaient un peu embarrasser l'étranger; il répéta plusieurs fois qu'il eût été un monstre , s'il ne se fut pas servi des moyens qu'il avait de secourir la malade. Au reste, ajouta-t-il, c'était lui qui devaitdelareconnaissance à ses hôtes pour l'avoir recueilli malgré leur misère, et il ne voulait pas partir sans leur témoigner sa gratitude. A ces mots, il tira une bourse bien garnie, y prit quelques pièces d'or et les présenta à Andrès.
— Ah! monsieur, dit celui-ci, comment ai -je mérité de recevoir autant d'argent de vous. C'était un devoir de chrétien, que de vous recevoir dans ma maison , puisque vous vous étiez égaré dans la forêt; et si vous me deviez quelque remerciement , vous m'avez bien récompensé au-delà de ce que je puis
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<tire, en sauvant ma femme d'une mort presque certaine, par votre sagesse et par votre expérience. Ah! Monsieur, ce que vous avez fait pour moi , je ne l'oublierai jamais, et que Dieu veuille m'accorder la joie de vous récompenser de cette bonne action au prix de ma vie et de mon sang.
A ces mots de Thonnéte Andrès, un éclair rapide brilla dans les yeux de l'étranger.
— Mon brave homme, lui dit-il, il faut absolument que vous preniez cet argent; vous devez le faire pour votre femme à qui il faut procurer une bonne nourriture , afin qu'elle ne retombe pas dans l'état où je l'ai trouvée avec son enfant.
■^— Pardonnez - moi , monsieur , dit Andrès, mais une voix intérieure me dit que je ne dois pas accepter votre
argent sans l'avoir gagné. Cette voix , que je regarde comme celle de mon saint patron, m'a toujours guidé sûrement dans la vie, et m'a protégé contre tous les dangers du corps et de l'âme. Si vous voulez vous montrer généreux envers nous , laissez-moi une fiole de votre merveilleuse médecine , afin que ma femme s'en serve pour recouvrer ses forces.
Giorgina se souleva sur son lit , et le regard douloureux qu'elle jeta sur Andrès semblait le supplier de ne pas se montrer si rigoureux, et d'accepter les dons de cet homme bienfaisant.
L'étranger remarqua ce mouvement et dit : — Allons, puisque vous ne voulez pas absolument accepter mon argent, j'en fais présent à votre chère femme, qui ne se refusera pas comme vous \ la bonne volonté que j'ai de vous sauver.
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Il prit de nouveau sa bourse, et, s'approchant de Giorgina , il lui donna , une fois plus d'or qu'il n'en avait offert à Andrès. Giorgina regarda le bel or étincelant avec des yeux brillans de joie ; elle ne pouvait trouver la force de dire un seul mot de reconnaissance, et de grosses larmes coulaient de ses joues. L'étranger se détourna promptement d'elle , et dit à Andrès : — Voyez, bon homme , vous pouvez accepter mes dons sans scrupule, puisque je partage avec vous un extrême superflu. Je veux bien convenir que je ne suis pas ce que je semble. D'après mon modeste accoutrement, et comme je voyage à pied ainsi qu'un pauvre mercier , vous croyez sans doute que je suis pauvre, et que je vis des maigres profits que je fais dans les marchés et dans les foires : il faut donc que je vous dise que le commerce de bijoux
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précieux que je fais depuis longues an-' nées, a fait de moi un homme riche, et que je n'ai conservé cette simple manière de vivre, que par une vieille habitude. Dans cette petite valise et dans cette cassette, je porte des joyaux et des pierres taillées fort anciennement, qui valent des milliers et des milliers de ces pièces d'or. J'ai fait cette fois de très-beaux gains à Francfort, et ce que je donne à votre femme n'est pas la centième partie de mon bénéfice. Au reste, je ne vous donne aucunement cet argent pour rien , mais j'exige de vous toutes sortes de complaisances. Je voulais aller, comme d'ordinaire, de Francfort à Cassel , et je me suis trompé de chemin. En marchant , j'ai reconnu que la route qui passe par cette foret et que les voyageurs redoutent, est fort agréable pour un piéton; aussi je veux désor-
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mais la prendre et m'arréter chez vous. Vous me reverrez donc chaque année deux fois , savoir : à Pâques , lorsque je vais de Francfort à Cassel , et à la fin du printemps quand je reviens de kl foire de Saint-Michel , de Leipsick à Francfort, d'où je gagne la Suisse et quelquefois l'Italie. Alors , pour me rembourser , vous m'hébergerez un, deux, ou même trois jours, et c'est la première complaisance que j'exige de vous.
Ensuite, je vous prie de garder chez vous, jusqu'au printemps, cette petite cassette , où sont des marchandises dont je n'ai pas besoin à Cassel , et qui me gène dans mes courses. Je ne vous cache point que ces marchandises sont fort précieuses. La loyauté et la piété que vous m'avez montrées, me donnent toute confiance en vous, et je ne vous recommande point de les gar-
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der avec soin. C'est là le second service que je vous demande. Le troisième vous semblera le plus pénible : c'est celui qui rae sera le plus utile. Il faut que vous quittiez pour aujourd'hui votre femme, et que vous consentiez à rae conduire, par la foret, jusqu'à la route de Hirschfeld, où je trouverai des gens de connaissance avec qui je partirai pour Cassel. Car, outre que je ne connais pas ces bois, et que je pourrais m'y perdre une seconde fois , le chemin n'est pas rassurant pour un homme comme moi; vous , on vous connaît pour le garde-chasse du pays , et personne ne songera à vous attaquer. On disait à Francfort qu'une troupe de brigands qui infestaient autrefois les environs de Schaffhouse , et qui s'étendait jusqu'à Strasbourg, s'était jetée dans le pays deFulda,afin de s'en prendre aux négocians qui vont
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de Leipsick à Francfort. Il serait fort possible qu'en ma qualité de marchand de diamans, je leur fusse signalé depuis Francfort. Si donc j'ai mérité quelque remercîment pour avoir sauvé la vie de votre femme , vous pouvez me rendre le même service en me servant de guide.
Andrès se prépara avec joie à faire tout ce qu'on exigeait de lui , et il se mit aussitôt en état de partir en endossant son uniforme, et prenant son fusil à deux coups et son couteau de chasse, et en ordonnant au valet d'accoupler les deux dogues. Pendant ce temps, l'étranger avait ouvert sa cassette, et en avait tiré de magnifiques parures, des colliers, des pendans d'oreille, des chahies qu'il avait étendues sur le lit de Giorgina qui ne pouvait cacher son étonnement et son admiration pour toutes ces belles choses.