‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Maîtres Chanteurs « la Wartboiu!

Ce fut en l'an rail deux cent huit, que le noble landgrave de Thuringe , ami zélé et chaud protecteur du divin art des chanteurs, rassembla six mat*

très illustres à sa cour, là se trouvé' rent Wolfframb de Eschinbach, Walther de la Vogelweid , Reinhard de Zweckhstein, Henri Schreiber, Jean Bitterolff , tous de l'ordre des chevaliers, et Henri de Ofterdingen, bourgeois de Eizenacb. Les maîtres vivaient dans une douce union, comme les prêtres d'une même église , et tous leurs efforts tendaient à maintenir en honneur l'art du chant, le plus beau don que le ciel ait fait aux hommes.

Chacun sans doute avait sa manière propre ; ainsi que chaque ton d'un accord résonne d'une façon différente, et tend néanmoins à compléter l'harmonie de l'ensemble; ainsi tout en résonnant de façons diverses, les chants des différons maîtres semblaient les astres harmonieux d'une même constellation. Il arriva donc que nul d'entr'eux ne regardait sa manière

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comme la meilleure, etque tous étaient convaincus qu'ils perdraient à se faire entendre l'un sans l'autre, comme les accords pleins , qui n'acquièrent de force et d'éclat qu'autant qu'ils sont soutenus et relevés par d'autres.

Si les chansons de Walther de la Vogelweid étaient agréables et bien tournées , celles de Reinhard de Zweckhstein étaient nobles et chevaleresques; Henri Schreiberse montrait profond et savant, mais Jean Bitterolff était plein d'éclat , riche en habiles comparaisons et en tournures gracieuses ; les chants de Henri de Ofterdingen allaient à l'âme", il savait éveiller une profonde douleur, ranimer de touchans souvenirs, mais souvent des sons aigres et déchirans s'échappaient du milieu de ses accords, et semblaient partir d'un cœur déchiré. Personne ne pouvait savoir ce qui inspirait à Henri ces sombres pensées.

Wolfframb de Eschinbach était né dans la Suisse. Ses chansons pleines de clarté et de douceur, ressemblaient au ciel pur et bleu de sa patrie ; ses refrains retentissaient corame les sons rians des clochettes du troupeau et de la flûte des bergers, mais il s'y mêlait aussi quelque chose de semblable au bruit du tonnerre sur les montagnes, des torrens furieux et des avalanches. En dépit de sa jeunesse, Wolfframb de Eschinbach pouvait passer pour le plus expérimenté des maîtres qui se trouvaient à cette cour. Dès son enfance il s'était adonné à l'art du chant, et quand il eut atteint à l'adolescence , il s'en alla parcourir beaucoup de pays pour rencontrer un grand maître nommé Friedebrand. Celui-ci l'instruisit soigneusement , et lui fit connaître beaucoup de poésies manuscrites des maîtres, qui formèrent sa jeune âme.

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Maître Friedebrand lui montra surtout quelques histoires qu'il mit en poésies, particulièrement celles de Gamurret et de son fils Parcivall, du margrave Guillaume et du fort Rennewart , lesquelles poésies un autre maître chanteur, Ulrich de Turckheim mit plus tard en rimes allemandes, à la prière des gens de distinction, qui ne comprendraient certainement pas les chansons de Eschinbach. — Il arriva donc que Wolfframb devint fort célèbre et gagna la faveur de beaucoup de princes et de grands seigneurs. Il visita bon nombre de cours , et y reçut de grands honneurs, jusqu'à ce qu'enfin le landgrave Hermann de Thuringe qui l'avait entendu louer en tous lieux, l'appela à la sienne. Le talent de Wolfframb et plus encore sa modestie et sa douceur, lui gagnèrent en peu de temps le cœur du landgrave, et Henri de

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Ofterdingen qui jouissait dans tout leur éclat des émanations de l'asire ducal , se trouva ainsi un peu rejeté dans l'ombre. Cependant aucun des maîtres ne témoigna plus de tendresse à Wolffrarab que cet Henri ; AVolfframb le paya de retour et ils se trouvèrent étroitement liés, tandis que les autres maîtres se grouppaient autour d'eux, et les environnaient comme une belle et lumineuse auréole.

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