‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 21 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Grâce à la libéralité du marchand étranger , le petit ménage d'Andrès prit une toute autre face. A peine Giorgina fut-elle rétablie, qu'ilserenditavecelleà Fulde, et y acheta beaucoup de choses

qui donnèrentà leur maison l'apparence d'un certain bien-être. Il arriva aussi que depuis la visite de l'étranger, les braconniers et les bûcherons semblaient bannis du voisinage , et Andrès put remplir tranquillement son poste.

Son bonheur à la chasse était aussi certain; et comme jadis, il manquait rarement son coup. L'étranger revint à la Saint-Michel, et resta trois jours. En dépit des refus obstinés de ses hôtes , il se montra aussi généreux que la première fois. Il leur dit que c'était une fois sa volonté que de les mettre dans l'aisance, afin de se rendre à luimême plus commode et plus agréable la maison où il avait dessein de s'arrêter quelquefois.

La charmante Giorgina put alors s'habiller avec plus de soin. Elle avoua à Andrès que l'étranger lui avait fait présent d'une belle épingle en or ,

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travaillée artistement , semblable à celles que les femmes et les filles de certaines parties de l'Italie portent dans leurs cheveux rassemblés en grosses touffes. Andrès prit un air sombre; mais au même instant, Giorgina qui était sortie de la chambre, revint en sautant, habillée et parée exactement comme elle était lorsque 2\ndrès l'avait vue pour la première fois à Naples. La belle épingle d'or brillait dans ses cheveux noirs qu'elle avait ornés, avec une intention pittoresque, de fleurs variées, et Andrès ne put s'empêcher de convenir que le présent de l'étranger était bien fait pour réjouir sa Giorgina.

Andrèsditcesparoles avec simplicité; Giorgina prétendit que l'étranger était leur ange gardien , qu'il les avait tirés de la plus profonde misère pour les mettre dans l'aisance, et qu'elle ne com-

prenait pas pourquoi Andrès se montrait si réservé, si silencieux, et en général aussi triste avec lui.

— Ah ! ma bien aimée , dit Andrès , la voix intérieure qui me dit jadis que je ne devais rien accepter de l'étranger, cette voix n'a cessé de me parler. Je suis souvent tourmenté par ses reproches; il me semble qu'un bien mal acquis est entré dans ma maison avec son argent. Sans doute aujourd'hui je puis me fortifier plus souvent par un bon plat, par un coup de vin généreux ; mais crois-moi , ma chère Giorgina , si nous avions eu une bonne vente , et qu'il nous fût venu quelques gros de plus , bien gagnés , je trouverais un meilleur goût à notre pauvre bière, qu'au bon vin que nous apporte l'étranger. Je ne puis absolument pas me familiariser avec ce singulier marchand , et souvent

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en sa présence j'éprouve un malaise involontaire. As-tu remarqué, chère Giorgina, qu'il ne regarde jamais personne en face ; et souvent ses regards étincèlent si fort du fond de ces petits jeux creux , et il rit d'un air si rusé que le frisson s'empare de moi. Ah !

puissent mes soupçons ne pas se réaliser.

Giorgina chercha à détourner son mari de ces sombres pensées, en assurant qu'elle avait souvent vu dans son pays, et surtout dans l'auberge de ses parens adoplifs , des gens d'un extérieur repoussant, en qui elle avait reconnu par la suite d'excellentes qualités. Andrès parut rassuré; mais, dans le fond de son àme , il se promettait d'être sur ses gardes.

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