‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 22 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'ÉTRANGF.R rcvin chezt Andrèi:, lorsque le fils de celui-ci, fort bel enfant et l'image de sa mère , eut atteint à l'âge de neuf mois. C'était le jour de la fête de Giorgina; elle avait paré avec soin

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son enfant , s'était habillée elle-même dans son cher costume napolitain, et avait préparé un meilleur repas que de coutume , auquel l'étranger ajouta une bouteille tirée de sa valise. Lorsqu'ils furent à table , l'étranger regardant l'enfant qui lui souriait d'un air intelligent, lui dit : — Votre hls promet en vérité beaucoup , et c'est dommage que vous ne puissiez lui donner une éducation convenable. J'aurais bien une proposition à vous faire ; mais vous la rejetterez, quoique je n'aie en vue, en vous la faisant , que votre avantage et votre bonheur. Vous savez que je suis riche et sans héritiers; je me sens une tendresse et un penchant tout particuliers pour cet enlant. — Donnez-le moi ' — Je l'emporterai à Strasbourg , où il sera fort bien élevé par une vieille et honorable dame qui est mon anùe ; vous serez ainsi débarrassés d'une

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lourde charge; mais il faut que vous preniez promptement votre résolution, car je suis forcé de partir ce soir même. J'emporterai sur mes bras votre enfant jusqu'au prochain village , et là je prendrai une voiture.

A ces paroles de l'étranger, Giorgina lui arracha avec violence l'enfant qu'il avait pris sur ses genoux, et le serra sur son sein en l'arrosant de larmes.

— Voyez, Monsieur, dit Andres, comme ma femme répond à votre proposition î J'ai les mêmes sentimens qu'elle. Il se peut que votre intention soit bonne; mais comment avez-vous pu songer à nous enlever ce que nous avons de plus cher au monde ? Comment pouvez-vous nommer un fardeau ce qui doit charmer notre vie , fussionsnous encore dans la misère profonde d'où votre bonté nous a tirés ? Vous nous avez dit que vous êtes sans femme

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et sans enfans, alors vous ignorez la félicité qui descend du ciel sur une femme et un mari à la naissance d'un fils. C'est de l'amour le plus céleste dont ils sont remplis, en contemplant cette créature muette étendue sur le sein de sa mère, et qui dit cependant avec éloquence toute leur joie et leur bonheur. — Non , mon clier monsieur 1 quelque grands que soient vos bienfaits, ils ne sont pas d'un aussi grand prix pour nous, que la possession de notre enfant; car tous les trésors du monde ne nous le remplaceraient pas.

ISe nous traitez pas d'ingrats, mon cher monsieur, parce que nous refusons de céder à vos demandes. Si vous étiez père, vous-même , nous n'aurions pas besoin de nous excuser auprès de vous.

— Allons, allons, dit l'étranger en regardant de coté d'un air sombre, je croyais bien faire en rendant votre fils

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