‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 24 sur 46 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Il ne s'agissait pas de moins que d'attaquer et de piller la métairie d'un riche fermier , située non loin de la forêt. On savait que ce dernier venait

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de recevoir une somme d'argent pour le grain qu'il avait vendu à la dernière foire, et les bandits se promettaient une ample récolte. Les lanternes furent éteintes, et ils se mirent en marche vers le bâtiment que quelques-uns d'entre eux entourèrent. Les autres escaladèrent les murs et s'élancèrent dans la cour; d'autres furent chargés de faire sentinelle, et Ancirès resta avec ces derniers. Bientôt, il entendit les brigands qui brisaient les portes.

les malédictions des assaillans, les cris, les plaintes de ceux qu'on maltraitait.

Il y eut un coup de feu; le fermier, homme de cœur, s'était défendu. — Puis , tout devint calme. Les serrures qu'on arrachait, les caisses que traînaient les bandits, causaient seules quelque rumeur. Sans doute un des gens de la ferme s'était enfui vers le village; car tout-à-coup le tocsin re-

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tentit dans les ténèbres , et bientôt on vit une grande multitude, accourir avec des flambeaux, du côté de la métairie. Les coups de feu se succédèrent alors sans interruption, les voleurs s'assemblèrent dans la cour, et abattirent indistinctement tout ce qui se présentait aux portes. Ils avaient aussi allumé leurs torches. Andres.

placé sur une hauteur, pouvait tout voir distinctement. Il aperçut avec épouvante, parmi les paysans, des chasseurs à la livrée de son maître, le comte de Fach! — Que devait-il faire?

— Se rendre auprès d'eux, cela était impossible, la fuite la plus rapide pouvait seule le sauver; mais il était là comme enchaîné, regardant fixement dans la cour de la ferme où le combat devenait déplus en plus meurtrier, car les chasseurs du comte avaient pénétré dans l'intérieur par une petite porte.

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et ils en étaient venus aux mains avec les brigands. Ceux-ci forcés de battre en retraite, se retirèrent du coté où se trouvait Andres. Il vit Denner qui rechargeait sans cesse son arme, et tirait toujours sans manquer son coup- Un jeune homme richement vêtu, environné par les chasseurs, semblait les commander; Denner Tajusta , mais avant qu'il eût fait feu, il fut atteint lui-même par une balle, et tomba.

Les bandits s'enfuirent. — Déjà les chasseurs accouraient, lorsque Ândres poussé par une force irrésistible, s'élança vers Denner, le souleva avec vigueur , le prit sur ses épaules et s'enfuit en l'emportant. Il atteignit lentement la foret , sans être poursuivi. Quelques coups de feu se tirent encore entendre, et bientôt un profond silence leur succéda.

— Mets-moi à terre, Andrès , dit

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Denner; je suis blessé au pied. Malédiction! Pourquoi faut-il que je sois tombé ! Cependant je ne crois pas que ma blessure soit grave.

Andres obéit, Donner tira une petite fiole de phosphore de sa poche, et à cette clarté, Andrès put visiter la blessure. Une balle avait touché le pied du bandit,d'oùlesang s'échappait en abondance. Andrès pansa la blessure avec son mouchoir, et Denner donna un léger coup de sifflet , auquel on répondit de loin, alors il pria Andrès de le conduire vers une partie de la forêt qu'il désigna. Là ils ne tardèrent pas à apercevoir une faible clarté vers laquelle ils se dirigèrent. Le reste des bandits s'était rassemblé dans ce lieu.

Tous exprimèrent la joie à la vue de Denner, et ils félicitèrent Andres qui resta muet et renfermé en lui-même.

On reconnut que la moitié de la bande

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à peu près avait été tuée ou blessée ou prisonnière ; cependant quelques-uns des bandits étaient parvenus à emporter quelques caisses et une grosse somme d'argent.

— J'ai sauvé ta femme, dit Denner à Andrès , mais toi , dans celte nuit , tu m'as arraché à une mort certaine , nous sommes quittes! Tu peux retourner dans ta demeure. Dans peu de jours , demain peut-être, nous quittons le pays. Tu n'as donc pas à craindre qu'il t'arrive quelque chose de semblable à ce qui s'est passé aujourd'hui. Tu ts un sot qui craint Dieu , par conséquent bon à rien. Cependant il est juste que tu aies ta part du butin que nous avons fait aujourd'hui, et que tu sois récompensé de ma délivrance. Prends ce sac plein d'or en souvenir de moi; dans un an, j'espère te revoir,

— Que Dieu me préserve de ton-

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cher un seul pfenning de tout cet argent! s'écria Andrès. Ne m'avez-vous pas forcé par les plus horribles menaces, de marcher avec vous? Il se peut que ce soit un péché que de t'avoirsauvé la vie , misérable coquin ; le Seigneur me le pardonnera dans sa clémence. — Mais sois assuré que si tu ne quittes pas au plutôt le pays, que si j'entends parler d'un seul vol , d'un seul meurtre, je cours sur-le-champ à Fulda pour dénoncer ton repaireà l'autorité.

Les brigands voulurent se jeter sur Andrès , mais Denner les arrêta en disant: — Laissez donc parler ce drôle, qu'importe? Et il ajouta : Andrès, tu es en mon pouvoir, ainsi que ta femme et ton enfant. Mais vous n'avez rien à craindre, si tu me promets de garder un éternel silence sur les événemens de cette nuit. Je te le conseille d'au-

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tant plus que ma vengeance tatteiiidrait partout, et que l'autorité t'absoudrait difficilement , toi qui vis depuis si long-temps de mes dons. De mon coté, je te promets de quitter le pays, et de ue plus faire d'entreprise ici avec uîa bande.

Apres que Andrès eut forcément accepté ces conditions, il fut emmené par deux des bandits hors du bois et il était déjà grand jour lorsqu'il revint chez lui embrasser sa Giorgina à demimorte d'inquiétude et d'effroi. Il lui dit vaguement que Denner sétait montré a ses yeux comme un scélérat, et qu'il avait rompu tout commerce avec lui.

— Mais la boîte de bijoux? lui dit Giorgina.

Ces paroles tombèrent sur le cœur d'Andres, comme un fardeau pesant.

Il n'avait pas songé aux joyaux que

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Denner avait laissés chez lui , et il se mit à délibérer en lui-même sur ce qu'il fallait faire. Il pensait, il est vrai, à les porter à Fulda, et à les remettre aux magistrats ; mais comment eût-il pu découvrir l'origine de ce dépôt , sans rompre le serment qu'il avait fait à Denner. Il résolut enfin de conserver ce dépôt avec soin jusqu'à ce que le hasard lui fournît l'occasion de le remettre à Denner ou à l'autorité, sans se compromettre.

L'attaque de la métairie avait répandu une terreur extrême dans le pays, car c'était l'entreprise la plus hardie que les voleurs eussent tentée depuis plusieurs années, et un sur témoignage que la bande s'était considérablement augmentée. La présence fortuite du neveu du comte de Fach et de ses chasseurs dans le village, avait seule sauvé la vie du fermier. Trois des

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voleurs restés sur la place, vivaient encore le lendemain, et on espérait les guérir de leurs blessures. On les avait soigneusement renfermés dans la prison du village, mais lorsqu'on vint les chercher pour les transférer à la ville, on les trouva percés de mille coups. Tout espoir d'obtenir quelques renseignemens sur la bande, s'évanouit de la sorte. Des patrouilles de cavaliers parcouraient incessamment la forêt , et Andrès tremblait sans cesse qu'on n'arrêtât quelque bandit ou Denner hii-méme, qui eussent pu l'accuser. Pour la première fois, il éprouvait les tourmens d'une mauvaise conscience, et cependant il ne se sentait coupable que d'un excès d'amour pour sa femme et son enfant.

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