XIV. m
CHAPITaS VREMIE&.
Le jour de Saint-Michel, à l'heure où l'on sonnait vêpres chez les C'-armelites, une belle voiture, attelée de quatre chevaux de poste, roula à grand bruit à travers les rues de la petite
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ville de L*, sur la frontière de la Pologne, et s'arrêta devant la porte du vieux bourguemestre allemand. Les enfans passaient leur tête à la fenêtre d'un air curieux , mais la maîtresse de la maison se leva de son siège, et jetant avec humeur son point de couture sur la table, cria au vieux magistrat qui accourait de la chambre voisine :
Encore des étrangers qui prennent uotre maison pour une auberge; aussi pourquoi as - tu fait redorer la colombe de pierre qui est au-dessus de la porte ?
Le vieillard sourit finement sans répondre ; en un moment il se fut débarrassé de sa robe de chambre, et il eut endossé son habit de galas qui était étendu ?i*f. une chaise; avant que sa femme étonnée eût pu ajouter un seul mot, il se trouvait déjà à la portière de la voiture, son bonnet de velours à la
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main, laissant voir sa tête blanche qui brillait comme de l'argent à la clarté du crépuscule. Une femme d'un certain âge , enveloppée d'un manteau de voyage, descendit de la voiture; une autre femme, d'une tournure élégante, et le visage voilé, en descendit à son tour, et entra dans la maison, appuyée sur le bras du bourguemestre. A peine fut-elle entrée dans la salle, qu'elle se laissa tomber sur un fauteuil que la vieille maîtresse de la maison lui présenta , à un signe de son mari.
— La pauvre enfant ! dit la plus âgée des deux dames au bourguemestre, il faut que je reste encore quelques instans auprès d'elle. En même temps elle se débarrassa, à l'aide de la fille aînée de la maison, du manteau de voyage qui la couvrait entièrement, et l'on aperçut alors qu'elle portait un habit de nonne, avec une brillante
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croix sur la poitrine, qui la fit reconnaître pour l'abbesse d'un couvent de religieuses de l'ordre de Citeaux. Pendant ce temps , la jeune dame ne donna d'autres signes de vie qu'un profond soupir. On apporta des essences dont la femme du bourguemestre vanta fort les effets, en suppliant la dame de permettre qu'on la débarrassât du voile épais qui l'empêchait de respirer; mais la malade, baissant la tète avec tous les signes de l'effroi, repoussa de la main l'hôtesse , et ne consentit à respirer un flacon que sous son voile sans en lever un seul pli.
— ^Vous avez, je l'espère, tout préparé, mon cher monsieur, dit l'abbesse au bourguemestre.
— Sans doute , répondit le vieillard , j'espère que mon gracieux prince sera content de moi , ainsi que la dame pour
qui j'ai tout préparé aussi bien que j'ai pu le faire.
— Laissez-moi donc encore quelques momens seule avec ma pauvre enfant, dit l'abbesse.
La famille quitta la chambre, et l'on entendit l'abbesse parler avec onction à la dame qui répondit d'un ton qui pénétrait au fond du cœur. Sans précisément écouter, la femme du bourguemestre était restée à la porte de la chambre. Les deux dames parlaient italien, et cette circonstance augmentait encore le mystère de toute cette aventure. Le bourguemestre vint ordonner à la mère et à la fille de donner des rafraîchissemens aux deux étrangères. La jeune dame agenouillée, les mains jointes, devant l'abbesse, semblait un peu raffermie; celle-ci ne dédaigna pas d'accepter les rafraîchissemens qu'on lui offrit, puis elle dit :
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Allons, il est temps! La dame voilée retomba à genoux, l'abbesse mit ses mains au-dessus d'elle et pria à voix basse, puis elle serra la jeune femme dans ses bras en versant des larmes qui témoignaient une douleur profonde, donna avec dignité sa bénédiction à la famille, et, accompagnée du vieillard, regagna rapidement sa voiture à laquelle on avait attelé des chevaux frais. Le postillon repartit comme un trait en poussant des houras et en faisant retentir son cor dans les rues de la ville.
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