‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 39 sur 46 · XIV. i · texte numérisé non relu

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lacointesseHermenegilde deC, qu'on croyait en Italie avec la princesse de Z*. sa tante. A la même époque, le père d'Hermenegilde, le comteNépomucène de C, vint à Varsovie , et fit donation de tous ses biens aux deux fils du prince de Z* ses neveux, ne se réservant qu'un petit domaine dans l'Ukraine. Ou l'avertit de pourvoir à sa fille; il leva les yeux au ciel, et dit d'une voix sourde : — Elle est pourvue!

Il ne fit aucune disposition pour confirmer la mort d'Hermenegilde dans le couvent de O., et pour dissiper les bruits mystérieux qui la représentaieu t comme une victime prématurément descendue au tombeau. Quelques patriotes , courbés mais non pas brisés sous la cbute bumiliante de la Pologne, songèrent à faire entrer le comte dans un complot qui avait pour but la délivrance du sol ; ils ne trouvèrent plus

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en lui l'homme ardent et épris de la liberté tel qu'il était jadis, mais un vieillard impuissant , consumé par la douleur, devenu étranger à toutes les affaires du monde , et qui ne songeait plus qu'à s'ensevelir dans la solitude.

Autrefois, à l'époque où l'insurrection se propagea après le premier partage de la Pologne, le domaine héréditaire du comte de G. avait été le lieu secret de réunion des patriotes. Là, les esprits s'enflammaient dans des repas animés où l'on jurait de délivrer la patrie. Hermenegilde apparaissait comme un ange céleste au milieu des jeunes guerriers dont elle animait le courage. Selon le caractère des femmes de sa nation , elle prenait part a tout , même aux délibérations politiques , et souvent elle, qui avait a peine dix-sept ans , émettait une opmion contraire à celle de tous les autres, et a la-

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quelle s'attachaient tous les siiff'iages, tant elle portait l'empreinte d'une sagacité profonde et d'une vue étendue.

Après elle, personiie ne montrait un sens pins droit et plus rapide , une connaissance plus approfondie de l'état des choses, que le comte Stanislaws de R. , jeune homme de vingt ans , plein (le feu, et dune grande beauté. Il arriva souvent qu'Hermenegilde et Stanislaws traitaient seuls les questions dans les vives discussions qui avaient lieu, qu'ils examinaient les propositions, les accueillaient , les rejetaient, en émettaient d'autres, et que les résultats de ces conférences entre un jeune homme et une jeune fille étaient souvent reconnus parles hommes les plus prudens comme des décisions de la plus haute sagesse. Était-il rien de phis naturel que de songer à marier deux personnes qui semblaient réunir tous les

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talens nécessaires pour sauver la j)atrie? Bailleurs l'alliance des deux familles semblait nécessaire sous le point de vue politique; car elles étaient divisées d'intérêt comme la plupart des maisons polonaises. Hermenegilde, pénétrée de ces vues, accepta son époux comme un présent du pays, et les réunions politiques qui avaient lieu au château de son père, se terminèrent par leurs fiançailles. On sait que les Polonais succombèrent, et qu'avecKoszinsko s'écroula une entreprise trop uniquement basée sur la confiance et une fidélité chevaleresque. Le comte Stanis!aws,àqui sa précédente carrière assignait une place distinguée dans l'armée, combattit avec le courage d'un lion. Il revint grièvement blessé, ayant échappé avec peine à la captivité. Hermenegilde seule l'attachait à la vie. Il espérait trouver quelque consolation

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dans ses bras. Dès qu'il fut un peu rétabli de ses blessures, il courut au château du comte Népomucène, où il devait recevoir des blessures plus graves.

Hermenegilde le reçut avec froideur, et presque avec mépris.

— Vois -je le héros qui voulait mourir pour la patrie? lui dit-elle en le relevant. Il lui semblait dans son exaltation que son fiancé dût être un de ces paladins des temps fabuleux dont l'épée anéantissait des armées entières.

Toutes les protestations , toutes les prières d'un amour ardent furent inutiles , Hermenegilde jura qu'elle ne donnerait sa main au comte que lorsque les étrangers auraient été chassés du pays. Le comte vit trop tard que Hermenegilde ne l'avait jamais aimé, et il se convainquit aussi bientôt que la condition qu'elle lui imposait ne pouvait s'accomplir avant longues an-

nées. Il lui jura de l'aimer jusqu'à sa mort, et prit du service dans l'armée française avec laquelle il passa en Italie.

On dit des femmes polonaises qu'une humeur toute particulière les distingue. Un sentiment profond , une étourderie sans égale, un dévouement stoïque , une froideur glaciale, une passion ardente, tous ces sentimens divers se mêlent dans leur àme sans paraître à la surface, comme le jeu des ondes au fond d'un ruisseau dont elles ne troublent pas le paisible cours. — Hermenegilde vit avec froideur son fiancé s'éloigner ; mais à peine quelques jours se furent-ils écoulés qu'elle se sentit dévorée de désirs inexprimables , tels que les produit la passion la plus ardente. — Les désordres de la guerre ayant cessé , une amnistie fut proclamée, et les officiers polonais qui

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étaient prisonniers furent mis en liberté ; et bientôt quelques-uns des frères d'armes de Stanislaws reparurent au château du comte. On rappela avec une profonde douleur le souvenir de ce jour malheureux, et l'on parla avec enthousiasme du courage de ceux qui avaient combattu, et surtout de la conduite du jeune comte. Il avait ramené sur le champ de bataille les bataillons qui pliaient, et il avait réussi à enfoncer avec sa cavalerie la li^ne ennemie. Le sort de la bataille était indécis, lorsqu'une balle l'atteignit; il tomba de cheval , baigné dans son sang , en prononçant le nom d'Hermenegilde.

— Non, j'ignorais que je l'aimais iuexprimablcment î — Quel aveuglement a été le mien! comment ai-je pu songer à vivre sans lui qui est ma vie!.. . — Je l'ai envoyé à la mort. — Il ne

reviendra pas! Ainsi gémissait Hermenegilde en donnant cours aux pensées qui oppressaient son âme. Sans sommeil, inquiète, tourmentée, elle parcourait le parc pendant la nuit, et comme si le vent eût pu porter ses paroles à son ami éloigné, elle s'écriait dans les airs : Stanislaws. — Stanislaws ! — Reviens. — C'est moi , c'est Hermenegilde qui t'appelle. — Ne m'entendstu pas? — Reviens ou je mourrai de désespoir !

L'état d'exaltation d'Hermenegilde touchait à la folie, et elle commit mille extravagances. Le comte Népomucène, rempli de soucis et d'inquiétudes pour sa chère enfant , crut que les soins de l'art lui étaient nécessaires, et il trouva un médecin qui consentit à passer quelque temps au château pour traiter la jeune comtesse. Quelque judicieuse que fût sa méthode, quelques hons ef-

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