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vier; et en effet, lorsque le repas toucha à la fin, il demanda à son domestique si sa voiture attendait. Celui-ci lui répondit qu'il l'avait dételée et conduite sous la remise par ordre du comte Népomucène, que les chevaux étaient dans l'écurie, et que Woyciech le cocher dormait à leurs pieds , sur la litière. Xavier accepta cet ordre de choses. L'opposition inopinée d'Hermenegilde l'avait convaincu qu'il était à la fois doux et convenable de rester, et de cette conviction il en vint à cette autre qu'il ne s'agissait que de se vaincre , c'est-à-dire de se défendre des explosions de tendresse qui excitaient l'esprit d'Hermenegilde et pouvaient lui nuire. Le lendemain ,en revoyant Hermenegilde , Xavier réussit enfin à réprimer tout mouvement qui pût agiter son sang; restant dans les limites étroites des convenances, et même d'un
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cérémonial glacé , il ne donna à sa conversation que le cachet de cesgalanteries , dont la douceur couvre un venin dangereux. Xavier, jeune homme de vingt ans, inexpérimenté en amour, déploya toute la tactique d'un maître consommé. Il ne parla que de Slanislaws, que de son amour pour sa fiancée; mais dans le feu qu'il alluma, il sut adroitement faire briller sa propre image, si bien qu'Hermenegilde , malicieusement égarée , ne savait plus commentséparer ces deux figures, celle de Stanislaws absent, et celle de Xavier qui se trouvait-là.
La société du jeune comte devint bientôt un besoin pour Hermenegilde, et bientôt on les vit sans cesse ensemble causant intimement. Cette habitude effaça de plus en plus la timidité d'Hermenegilde, et de plus en plus aussi Xavier se mit à se soustraire aux façons
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cérémonieuses qu'il avait prudemment adoptées. Hermenegilde se promenait dans le parc, appuyée sur le bras de Xavier, et laissait sans inquiétude sa main dans la sienne, lorsqu'assis dans sa chambre avec elle , il lui parlait de Stanislaws. Quand il n'était pas question d'affaires d'état, de la cause de la patrie, le comte Népomucène n'était pas en état de pénétrer dans la pensée des autres; son âme morte au monde et abattue ne réfléchissait alors les objets que comme un miroir , un moment d'une manière fugitive, puis ils s'effaçaient sans laisser de traces. Sans soupçonner les sentimens d'Hermenegilde, il trouva bon qu'elle eût changé contre cet adolescent vivant la poupée que, dans son égarement, elle avait prise pour représenter son époux, et il crut voir avec beaucoup de plaisir que Xavier, qu'il aimait autant pour gendre
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que Staiiislaws , prendrait la place de celui-ci. En effet , Xavier concevait de vives espérances. — Un matin, on vint dire qu'Hermenegilde s'était enfermée dans son appartement avec sa femme de chambre, et qu'elle ne voulait voir personne. Le comte Népomucène pensait que c'était un nouveau paroxisme de la maladie qui cesserait bientôt , et il pria Xavier de se servir de l'influence qu'il avait acquise sur elle pour la guérir; mais quel fut son étonnement lorsque Xavier se refusa non-seulement à voir Hermenegilde, mais se montra entièrement changé. Au lieu de se montrer hardi et assuré selon sa coutume, sa voix était tremblante comme s'il eût aperçu son spectre, sa parole faible et incohérente ; il dit qu'il fallait qu'il retournât à Varsovie sans revoir Hermenegilde; que, dans ces derniers jours, elle lui avait causé un effroi sans
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égal; qu'il renoDçait à tout espoir d'amour ; que la^fidélité d'Hermenegilde lui avait rappelé celle qu'il devait luimême à son ami; enfin qu'il n'avait de ressource que dans la fuite. Le comte pensa que la folie d'Hermenegilde avait gagné Xavier. Il chercha à le calmer, mais ce fut en vain. Xavier résista d'atitant plus violemment , que le comte le priait plus vivement de voir sa fille : et il termina la discussion en se jetant dans sa voiture , comme poussé par une force irrésistible. Les chevaux partirent rapidement et l'entraînèrent.
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