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go COTATES Î^OCrURNÉS.
ces douceurs. Peu s'en fallut que Ret' tel, saisie d'étoiinement et de respect, ne tombât à ses pieds; et cependant la plus grande surprise lui était encore réservée.
Dans l'obscurité du soir, M. Picard Leberfinck sut fort adroitement attirer Rettel au petit berceau. A peine fut-il seul avec elle, que, sans égard pour ses culottes de satin , qu'il avait mises ce jour-là , il tomba lourdement sur ses genoux au milieu de l'herbe humide , et avec de bizarres et inintelligibles lamentations, assez semblables aux élégies nocturnes du chat Hinz, il lui présenta un énorme bouquet , au milieu duquel éclatait tout épanouie la plus belle rose que l'on pût voir.
Rettel fit ce que chacun fait quand ïl reçoit un bouquet, elle le porta à son nez; mais dans le même moment, elle ressentit une piqûre assez vive. Ef-
frayée, elle voulut le jeter loiu d'elle. Quel aimable prodige s'était opéré pendant ce temps! Un gentil amour, bien vernissé, s'était élancé du calice de la rose, et de ses deux mains offrait un joli cœur enflammé ; à sa bouche était suspendue une petite bande de papier, sur laquelle se trouvaient ces mots en français : «Voilà le cœur de monsieur
Picard Leberfinck que je vous offre. »
— O doux Jésus, s'écria Rettel tout effrayée, ô doux Jésus! que faites-vous, mon cher monsieur Leberfinck,ne vous mettez donc pas à genoux devant moi commedevantuneprincesse.Vos belles culottes de satin seront tachées dans l'herbe humide, et vous, vous aurez un rhume de cerveau, contre lequel une infusion de sureau avec du sucir candi blanc est un bon remède.
— Non, dit l'impétueux amant, non, ô Marguerite! Picard Leberfinck , qui
VOUS adore , ne se lèvera pas de dessus cette verdure humide avant que vous ne lui ayez proniis d'être à lui.
— Vous voulez ra'épouser, lui dit Rettel, eh bien, levez- vous hardiment.
Parlez à mon [jère, mon cher petit M. Leberfinck, et surtout prenez ce soir quelques tasses d'infusion de sureau.
Mais pourquoi fatiguer plus longtempsle lecteur des propos de ces deux êtres si bien faits l'un pour l'autre. Ils furent fiancés; et le père Wacht en éprouva en lui-même une joie pleine de malice.
Les fiançailles de Rettel causèrent quelque mouvement dans la maison ; le couple amoureux, lui-même moins observé, y gagna plus de liberté ; mais il se préparait un événement extraordinaire , qui devait troubler la douce tranquiUité dans laquelle ils vivaient.
MAÎTRE JEAN WACHT. Cf'^
Tout-à-coup le jeune avocat parut singulièrement distrait, et piéoccupé (l'une affaire qui s'était entièrement emparée de son esprit. Il commença même à visiter plus rarement la maison de Wacht, et surtout à ne plus venir le soir, où il ne manquait jamais auparavant.
— Qu'est-il donc arrivé à notre Jonathan? Il est tout distrait, est il devenu tout autre qu'il n'était.
C'est ainsi que paria maître Wacht , quoiqu'il connût fort bien la raison, ou plutôt l'événement, qui avait une influence si visible sur le jeune avocat.