‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 3)Chapitre 15 sur 47 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'avocat parut aux yeux de Nanni comme un héros qui avait défendu victorieusement l'innocence en butte à la méchanceté des hommes.

Leberfinck se répandit également en éloges exagérés , admirant la péné-

tration et Tactivité dii jeune avocat.

Maître Wacht lui-même loua avec quelque chaleur l'habileté de Jonathan, quoiqu'il n'eut fait qu'accomplir son devoir, et que lui, maître Wacht, pensât que des voies plus courtes auraient pu conduire au mcme résultat.

— Je regarde cet événement, dit Jonathan, comme l'étoile du bonheur qui s'est levée sur ma vie. L'affaire a fait du bruit. Tous les grands de la Hongrie étaient en mouvement. Mon nom est connu , et ce qui n'est pas le plus fâcheux de l'affaire , c'est que la comtesse a été assez généreuse pour me faire un cadeau de dix mille écus de Brabant.

Pendant tout le récit du jeune avocat, un jeu fort extraordinaire s'était prononcé dans la figure de Wacht , qui exprima le plus profond dépit.

Enfin iléclata : — Quoi ! dit-il lesyeux

enflammés et rrune voix terrible, ne Tai-je pas dit. Tu as vendu le bon droit et la justice; la comtesse pour se faire restituer son héritage, par des parens trompeurs, a été obligée de sacrifier à Mammon; quelle honte!

Les raisonnemens les plus sensés de l'avocat et des autres personnes qui étaient présentes furent inutiles, quoique pendant une seconde il parût céder à la remarque qu'on lui fit, que probablement jamais personne n'avait offert un cadeau de meilleur gré que la comtesse au moment de la décision de son procès, et que si le gain et les honoraires n'avaient pas été plus considérables ce n'avait été que par la faute du jeune avocat lui-même, comme Leberfinck prétendait très-bien le savoir.

Maître Wacht s'en tint à ce qu'il avait dit , et en même temps il revint à son ancien et opiniâtre dicton : Dès qu'il

MAÎTRE JEAN WACHT. Jl3

est question de droit, il ne peut être question d'argent.

— Il est vrai , continua Wacht quelque temps après avec plus de calme, il est vrai que cette affaire présente plusieurs circonstances qui peuvent bien t'excuser, et qui ont pu t'inspirer un vil désir de gain, mais fais-moi le plaisir de garder le silence sur la com tesse, sur le testament et les dix mille écus; sans cela il pourrait quelquefois me venir à l'idée que tu es indigne de la place que tu occupes là-bas à ma table.

— Vous êtes bien dur, bien injuste envers moi, mon père, dit le jeune avocat d'une voix tremblante de douleur. Nanni pleurait en silence, et Leberfinck,en homme adroit et social, se hâta de faire tomber la conversation sur les nouvelles dorures faites à Saint Gangolph.

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