CHAPITRE XIII
Il a déjà été remarqué dans le cours de cette histoire , lorsque le jeune avocat voulut se brûler la cervelle à la Werther, combien il est heureux, que l'on n'ait pas tout de suite des pis-
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tolets dans la main. Il est tout aussi à propos de remarquer ici, que, fort heureusement pour le jeune avocat, il n'est pas non plus facile de s'embarquer à toute heure sur le Regnetz* pour voguer en droite ligne vers Philadelphie.
Ainsi la menace de quitter pour toujours Bamberg et sabien-aimée Nanni, était encore restée sans exécution deux années après , et pendant ce temps le jour de noce de M. Leberfinck était arrivé.
Leberfinck eût été inconsolable de ce retard apporté à son bonheur, et que les événemens affreux, qui s'étaient succédés coup sur coup dans la maison de Wacht, avaient dû nécessairement amener, s'il n'eût trouvé ainsi le temps de changer la décoration de son salon qui était blanc et argenté et d'un liias
* Petite rivière qui passe à Bamberg.
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sanstâche, et qu'il enduisit d'un vernis ponceau avec la dorure convenable ; car il s'était aperçu que sa petite Rettel trouverait une table rouge, et des sièges rouges plus à son goût.
Maître Wacht ne résista pas un seul moment aux instances de l'heureux vernisseur qui désirait voir le jeune avocat à ses noces , et le jeune avocat ne se fit pas prier.
On peut se figurer avec quels sentimens se rencontrèrent les deux jeunes gens qui ne s étaient pas revus depuis le fatal jour. L'assemblée était nombreuse ; mais aucun cœur ami n'était là pour les comprendre.
Ils étaient sur le point de se rendre au temple, lorsque maître Wacht reçut une grosse dépêche ; à peine en eut-il lu quelques lignes, qu'il sortit dans une violente agitation , au grand effroi des assistans qui pressentaient quel*
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ques nouveaux malheurs. Peu de temps après , maître Wacht appela Jonathan, et lorsqu'ils se trouvèrent tous les deux seuls dans le cabinet du maître , celui-ci, s'efforçant envain de cacher sa profonde émotion : — Je viens, dit-il, de recevoir les nouvelles les plus extraordinaires de ton frère : voici une lettre du directeur de la maison de correction , qui donne les plus grands détails sur tout ce qui s'est passé. Toi, tu ne peux savoir tout cela , et il faudrait] usqu'aux moindres circonstances te raconter tout, mais le temps presse; à ces mots, maître Wacht fixa un regard sur Jonathan, qui, tout honteux, baissa les yeux en rougissant
— Oui , oui , continue le maître en élevant la voix , tu ne sais pas que ton frère , peu d'heures après son arrivée en prison fut saisi d'un repentir , comme jamais peut-être le cœur d'un
homme n'en a éprouvé. Tu ne sais pas que le meurtre qu'il avait tenté sur toi l'avait anéanti. Tu ne sais pas que, livré à un désespoir furieux, il a hurlé ruit et jour, en suppliant le ciel de le détruire ou de le sauver , afin que dorénavant il se lavât de la dette de sang par une vie exemplaire. Tu ne sais pas, qu'à l'occasion d'un agrandissement considérable de la prison , auquel on avait employé des détenus comme manœuvres , ton frère se distipgua tellement comme charpentier habile et instruit, que bientôt, il remplit les fonctions de surveillant. Tu ne sais pas que par ses manières douces et pieuses, sa modestie jointe à un jugement net -et sain , il s'est concilié dans ces fonc tions l'amitié de tout le monde. Tu ne sais pas tout cela, voilà pourquoi j'ai (lu t'en instruire. Mais ce n'est pas tout. Le prince évéque a gracié ton frère ,