‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 3)Chapitre 3 sur 47 · XV · texte numérisé non relu

XV

l8^ CONTES NOCTURNES.

que année plus de popularité. Il possédait toutes les vertus, mais il nourrissait aussi tous les préjugés qui forment d'ordinaire le côté faible de pareils hommes. Le lecteur saura bientôt en quoi consistaient ces préjugés.

Je crois avoir suffisamment expliqué l'impression extraordinaire que la présence du jeune homme fit sur le princeévéque. Il regarda long-temps en silence le jeune et bel ouvrier avec une satisfaction visible; ensuite il le questionna sur toute sa vie passée. Jean répondit à tout avec franchise et modestie, et prouva enfin au prince, par des raisons aussi claires que convaincantes, pourquoi la machine de l'architecte, fort bonne d'ailleurs peutêtre, pour obtenir d'autres résultats, n'aurait jamais pu produire l'effet qu'on 'en promettait.

A la demande du prince, si Wacht oserait prendre sur lui d'indiquer une machine plus propre à enlever ces grosses masses, celui-ci répondit que pour construire une telle machine , il lui fallait seulement un jour, avec l'assistance de son camarade Engelbrecht et de quelques manœuvres adroits et de bonne volonté.

On s'imagina facilement quelle fut la joie maligne de l'architecte et de ses gens; ils pouvaient à peine attendre la matinée, où l'étranger présomptueux se ferait huer et chasser avec sa courte honte. Mais les choses se passèrent autrement que ces bonnes gens n'avaient pensé et peut-être espéré.

Trois crics, dont l'action était habilement combinée, conduits chacun par huit ouvriers, élevèrent les pesantes so- Uves jusqu'à la hauteur du toit avec tant de facilité , qu'elles paraissaient danser

20 CONTES KOCTURNÊS.

dans les airs. Dès ce moment, la répU' tation de l'habile et brave ouvrier se trouva faite. Le prince le pria instamment de rester à Bamberg et d'y acquérir le droit de maîtrise , lui promettant toutes les facilités possibles.

Wacht hésita , quoiqu'il se plût beaucoup dans une ville si riante , où l'on vit à si bon marché. Des constructions considérables, auxquelles on travaillait dans ce moment, étaient un puissant motif pour l'engager à rester; mais ce qui l'y détermina entièrement, ce fut une circonstance qui exerce bien souvent une influence décisive dans la vie.

Jean Wacht retrouva inopinément à Bamberg une belle et vertueuse fille ^ qu'il avait vue , quelques années auparavant, à Erlangen, et avec laquelle , déjà à cette époque , il avait souvent échangé de doux regards. En deux

MAITRE JEAN WACHT. Cil

mots , — Jean Wacht devint maître , épousa la jeune fille d'Erlangen , et par son habilité et son travail assidu, se procura bientôt les moyens d'acheter une jolie maison, située sur le Kaulberg, avec une vaste cour donnant sur les montagnes.

Page 1