‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 3)Chapitre 41 sur 47 · AVENTURES · texte numérisé non relu

AVENTURES

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Deux Jeunes gens, Hartmann et Willibald , étaient unis depuis l'enfance par les liens de Tamitié. Tous deux, établis à Berlin, avaient l'habitude chaque année, de secouer pour quelque temps le joug des affaires, et, obéissant à l'attrait du plaisir, ils fuyaient, abandonnant leurs travaux pour faire ensemble un petit voyage.

Habitant le nord de l'Allemagne

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ils se dirigeaient plus volontiers vers le midi , et déjà ils avaient parcouru l'Allemagne méridionale en plusieurs sens, fait le beau voyage duRhinet vu les villes les plus importantes de cette contrée. Ils résolurent alors de quitter leurs affaires pour un temps un peu plus long, et de mettre à exécution un plan que depuis fort longtems ils avaient formé. Ils voulaient respirer l'air de ritalie, ens'avançant au moins jusqu'à Milan. Ils choisirent la route de Dresde, Prague et Vienne pour se rendre dans ce pays merveilleux , dont les prodiges remuent si puissammentl'âme dans ses songes, comme les fantastiques apparitions d'une légende romantique.

Leurs cœurs battirent plus librement , lorsque sortis des portes delà résidence, ils se trouvèrent en rase campagne. C'est ainsi que le but d'un

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voyage apparaît déjà riant à ncïs yeux, aussitôt que la voiture roule sur la grande route ; toutes les petites inquiétudes de la vie restent derrière nous ; c'est en avant que s'élancent nos pensées; de brillantes espérances remplissent notre cœur et le jettent bien loin dans l'avenir, lorsque le cor du postillon se fait entendre.

Les deux amis arrivèrent à Prague sans accident, et continuèrent leur route d'une seule course en voyageant jour et nuit, jusqu'à Vérone , où ils comptaient s'arrêter quelques jours. A peu de distance de Prague»

ils entendirent circuler de méchans bruits sur le peu de sûreté des routes, et on leur assura qu'une bande de brigands était répandue dans les environs. Ces bruits ne leur paraissant pas fondés le moins du monde, ils n'y pensèrent bientôt plus. Le soir

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commeriçait déjà à répandre ses ombres lorsqu'ils arrivèrent à Siidonieschitz. Là, le maître de poste leur conseilla de ne pas aller plus loin, du moins pour le moment, parce que depuis deux jours il était arrivé des choses telles qu'on n'en avait point vues de semblables depuis bien des années. Entre Wcssali et ^Yittingau, la voiture de poste avait été arrêtée par des brigands, le postillon tué, deux voyageurs grièvement blessés, etentièrementdépouillés. Les soldats chargés de parcourirla contrée étaient déjà en mouvement , et le maître de poste devant recevoir des nouvelles le lendemain, les invita à les attendre, avant de se remettre en route. Willibald était fort tenté de suivre le conseil du maître de poste ; Hartmann, au contraire, qui paraissait plein de couroge et ne redoutait

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point de pareils dangers, fat d'avis de suivre leur route , d'autant plus qu'ils pouvaient encore avant la nuit, atteindre le Tabor, éloigné seulement de quatre lieues, et qu'il n'était pasprobable que les brigands, déjà poursuivis par les soldats s'aventurassent jusque dans cette contrée.

Au contraire, la crainte devait les tenir renfermés dans leurs repaires.

Wiilibald prit alors ses pistolets , les mit en état et les amorça. Hartmann riait en le voyant faire de tels préparatifs.

— Ne songe pas, lui dit-il, à te mettre en route pour l'Italie, si de semblables aventures t'effrayent , car elles sont absolument nécessaires au voyageur qui veut ajouter à ses récits tout l'intérêt qu'il faut pour les faire valoir.

— Sans doute, répartit Wiilibald,

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il est très-bien d'aller au-devant des aventures; mais il est sage aussi de se préparer d'avance aies rencontrer.

Et il continua ses pre'paratifs en prenant et chargeant les pistolets de son ami, que celui-ci avait négligemment jetés dans le coffre de la chaise de poste.

Les ombres de la nuit s'épaississaient de plus en plus, et les deux amis, engagés dans un vif entretien, ne songeaient à aucun danger , lorsqu'un coup de fusil se fit entendre, et que quelques hommes de mauvaise apparence J sortant de l'épaisseur du bois, se jetèrent sur les chevaux, saisirent les guides et s'efforcèrent de renverser le postillon. Tandis que celui-ci se défendait en déchirant à grands coups de fouet le visage des assaillans , Willibald , avec son fusil à deux coups , en étendit un sur la

terre où il resta sans mouvement.

Hartmann, au moment où il chargeait son pistolet , se sentit blessé d'un coup de feu. AYillibald ayant tiré son second coup , le postillon excita ses chevaux et ils partirent au galop. Les voyageurs entendirent tirer plusieurs coups derrière eux , et des cris sauvages retentirent dans les airs.

— Ho! ho! s'écria le postillon, lorsqu'ils furent à une assez grande distance; ho! hoî c'est bon maintenant, les chasseurs de M. le comte les attaquent à leur tour.

Tout cela fut l'affaire d'un instant, et chacun était encore ému du péril passé et inquiet de le voir se renouveler lorsque le postillon s'arrêta devant la nouvelle station.

La blessure qu'Hartmann avait reçue au bras droit saignait abondamment et le faisait trop souffrir

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pour que Ton pût songer à continuer ]e voyage. Une misérable auberge qui n'offrait pas même les premières commodités de la vie , aucun habile chirurgien dans le voisinage, tout causa aux deux amis une inquiétude qui se changea bientôt pour Willibald en un cruel souci lorsque Hartmann après avoir été pansé par un pauvre barbier, fut saisi d'une fièvre ardente. Willibald maudissait la témérité de son ami ou plutôt sa légèreté qui , non-seulement les condamnait à s'arrêter dans ce détestable séjour, après avoir heureusement échappé aux assassins, mais encore mettait en danger la vie d'Hartmann et risquait de donner une triste issue à leur voyage.

Le lendemain matin , Hartmann déclara qu'au besoin il serait en état de poursuivre la roule ; Willibald

indécis ne savait s'il valait mieux rester ou partir, lorsqu'un événement inattendu vint tout changer.

C'était près de là , sur les bords de la Moldau, qu'étaient situées les vastes propriétés du comte Maximilien de G. — Un domestique envoyé par lui vint prier les deux amis de se rendre au château.

— Mon maître , ajouta-t-il , vient d'apprendre que des voleurs vous ont attaqués sur ses terres, et que l'un de vous a été blessé. — Ses chasseurs sont arrivés trop tard pour vous sauver ; mais M. le comte regarde comme un devoir de vous inviter à venir habiter son château, jusqu'à ce que celui de vous que les brigands ont blessé soit entièrement guéri et en état de continuer son voyage.

Les deux amis regardèrent celte invitation comme une grande faveur XVI. i5

du destin et s'empressèrent de s'y rendre sans faire aucune objection.

Le domestique à cheval était suivi d'une énorme voiture remplie de moelleux coussins et traînée par quatre beaux chevaux. Hartmann y fut transporté avec autant de précautions que s'il eût été blessé à mort et que la moindre secousse eût pu lui coûter la vie.

Le comte, comme s'il était impatient de l'arrivée des deux amis, vint au devant d'eux jusqu'en dehors de son château. C'était un homme de soixante-dix ans au moins, à en juger par ses cheveux blancs et son visage sillonné de rides profondes. Malgré cet âge , cependant, la vivacité de la jeunesse régnait dans ses mouvemens , dans les accens de sa voix mâle et harmonieuse , et dans le feu dé ses yeux pleins d'expression. Un

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seul de ses regards suffisait pour lui gagner les cœurs ; car ils exprimaient toute l'aimable bienveillance d'un jeune homme content de la vie.

Le comte reçut les deux amis avec un empressement qui leurpirt t out à fait extraordinaire. Il offrit son bras à Hartmann pour l'aider à monter l'escalier, et il voulut que sa blessure fût aussitôt sondée devant lui par le médecin du château.

Celui-ci s'en acquitta d'une main habile, et assura que la blessure n'était nullement dangereuse ; qu'il suffirait d'une nuit de repos pour guérir la fièvre causée seulement par l'application du premier appareil , et que dans peu de temps la guérison serait complète.

Tandis que les deux amis prenaient les rafraîchisscmens que le comte leur avait fait apporter, Willibald se

livra à toute la joie que lui causaient le changement subit qui s'était opéré dans leur situation , ]a réception bienveillante du comte, et la certitude de passer d'une manière fort agréable les jours que réclamait la guérison de son ami.

Hartmann fit de même , autant du moins que ses douleurs le lui permirent ; car il assura qu'il commençait à ressentir beaucoup plus vivement le mal de sa blessure. Ce mal, cependant, n'était que moral, et consistait plutôt dans le profond dépit de ne pouvoir se livrer au plaisir de boire le vin de Tokay qui brillait si noblement dans les verres.

Le vieux comte pensa que ce chagrin aussi devait être chassé, et il demanda au médecin , si en conscience^ Hartmann ne pouvait pas se permettre un demi-verre de ce vin

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généreux. Le médecin consentit à tout en hochant la tête , et le vieux seigneur élevant son verre plein , s'écria en riant : — En vérité, vivent les brigands ! si du moins ils ne sont pas déjà tués et massacrés par mes chasseurs et les hussards , car, je leur dois une grande reconnaissance. Oui , dignes et braves seigneurs. — Mais, non, je veux dire, chers et braves amis; car, vos personnes m'ont tellement plu tout de suite, qu'il me semble que je vous connais depuis long-temps. — C'est un vrai bonheur pour moi d'avoir trouvé une occasion de vous recevoir dans mon château.

Après maints joyeux propos, après maintes saillies, qui furent dites par lun ou l'autre, par le vieux comte lui-même, et que les éclats de rire des jeunes gens accueillirent, le médecin remarqua qu'il était temps pour

le malade d'aller se reposer. Willibald exprima le dësir de demeurer auprès de son ami, en sorte que le vieux seigneur fut obligé de se contenter de leur promesse de paraître le lendemain tous les deux au dîner. Il leur jura que le temps lui semblerait bien long jusqu'à ce moment-là, et qu'il enverrait des ordres à la cuisine pour que la table fût bien servie.

Les deux amis ne pouvaient se lasser d'admirer la vivacité et la verdeur du vieux comte , ainsi que l'aimable hospitalité avec laquelle, quoiqu'cntièrement étrangers , ils se voyaient reçus dans ce château. Ils exprimaient leur étonnement devant le jeune homme qui les servait : — Hélas ! dit celui-ci avec un ton mélancolique ; hélas, mes dignes seigneurs, il n'en est pas toujours de même !

Monsieur le comte çst volontiers gai

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et content, et il a de la bienveillance pour les hôtes étrangers; mais il en vient rarement, presque jamais,

car nul ne peut Du moins, je ne me

souviens pas d'y avoir vu des hôtes aussi gais et aussi aimables pour notre digne seigneur. Hëlas! pourvu seulement que

Le jeune homme s'arrêta , les deux amis le regardèrent en silence , inquiets par le mystère qui régnait dans ce discours entrecoupé.

Le jeune homme continua : — Eh bien , pourquoi ne le dirais-jc pas ?

tout ne va point dans ce château comme les choses devraient aller ; bien des larmes y ont coulé. Et, autant que nous pouvons le comprendre avec notre faible entendement, il y a de bonnes raisons pour cela.... Vous resterez probablement longtemps ici , mes dignes messieurs ;

notre noble seigneur le comte ne laissera pas partir de sitôt des hôtes aussi aimables ; vous pourrez alors remarquer vous-mêmes où le bât le blesse.

— Je gage, dit Hartmann, lorsque le domestique se fut éloigne, je gage que ce bât doit être bien lourd et bien gênant.

Le lendemain , tandis que les deux amis se plaçaient à table , le comte leur présenta un très - beau jeune homme d'une noble figure, en disant :

— Mon fils Franz î Il était de retour depuis peu d'un voyage lointain , et les deux aniis attribuèrent à un long séjour dans Paris , la pâleur de son visage et ses yeux caves II avait sans doute joui de la vie. On paraissait attendre encore une personne ; bientôt les

portes s'ouvrirent, et une jeune femme d'une beauté extraordinaire entra dans la salle. C'était la nièce du comte , la comtesse Amélie de F.

Outre ces personnes, le médecin et le chapelain du château , ecclésiastique respectable, prirent aussi place à la table.

Le vieux comte', toujours animé d'une vive gaîté, renouvela aux deux amis ses rcmerciemens pour Theureux accident qui les avait amenés chez lui , et ceux-ci ne mirent comme la veille aucun frein à leur bonne humeur; l'ecclésiastique était aussi un bon vivant joyeux et aimable, en sorte que la conversation ne languit point entre ces quatre personnages.

Pour le médecin, il était de ces gens qu'on égaie aisément, mais qui n'égaient point : sans parler beaucoup, il riait de tout ce qu'on disait de plai-

sant, et quand il avait ri de tout son cœur, il avançait son long nez jusqu'au milieu de la table , pour demander pardon d'être trop sensible à l'enjouement de la conversation et de s'être permis de rire à la table du comte; au contraire le comte Franz persistait à conserver un air sérieux et sinistre sans changer sa figure , et seulement de temps en temps quelques mots inintelligibles voltigeaient sur ses lèvres. La comtesse Amélie semblait n'être pas même à table ; comme si l'on eût parlé un langage qui lui fût inconnu , elle ne faisait pas la moindre attention à la conversation, et ne prononçait pas le plus petit mot. AYillibald qui était placé près de la comtesse, possédait un talent particulier pour forcer les dames silencieuses à parler, ou du moins à écouter. Il voulut faire bril-

1er son talent en s'adressant à la comtesse , et faire retentir à son oreille cette cloche dont les sons savent toujours aller au cœur d'une femme. Mais tout fut inutile , la comtesse le regarda fixement avec ses grands yeux, qui sans doute ^ étaient très-beaux, mais paraissaient un peu morts, puis se retourna sans rhonorer d'une réponse, pour les fixer dans Tespace.

Willibald crut lire distinctement sur la figure d'Hartmann : Tu es un fou; ne te donne pas tant de peine avec une beauté si nulle et si hautaine.

On but à la santé de la maison impériale , et la comtesse, qui n'avait pas encore humecté ses lèvres d'une seule goutte de vin , ne put se refuser à prendre son verre , à trinquer avec son voisin , ce qu'elle fit de fort mauvaise grâce. Willibald qui ne dé-

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sespérait pas encore de réussir auprès d'elle, avait observe que l'esprit le moins saillant et le moins remarquable , était cependant aussi vivement excité chez les femmes, par la force des vapeurs d'un vin généreux, et que souvent ainsi le silence le plus absolu se convertissait en l'humeur la plus agréable. C'est pourquoi il se hasarda à prier la comtesse de lui faire honnelir en vidant son verre.

— La comtesse le regarda, comme saisie tout à coup de ce qu'il lui disait , puis elle lui répondit tout bas , d'un ton qui décelait la plus amèrc douleur :

— Yous me trouvez muette? Sainte Vierge! Est-il possible qu'un instrument brisé rende quelque son!... Eh bien , continuait-elle , vous pouvez supposer au vin le pouvoir de me ranimer, mais je ne trouve rien de

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plus faslidieuxque ces toasts auxquels le cœur et Tesprit n'ont aucune part, et qui ne sont que le tribut d'une certaine convenance ge'nërale.

— Alors, noble comtesse , reprit Willibald , vidons nos verres aux sentimens qui régnent dans le sanctuaire impénétrable de notre cœur.

Les joues de la comtesse se couvriretît subitement de la plus vive rougeur; elle saisit son verre et le vida d'un seul trait , après avoir trinqué avec YV'illibald en imprimant à l'air une longue et sonore vibration. Le comte Franz, qui les observait, et n'avait pas détourné ses yeux fixés sur eux , saisit aussi son verre , le vida , et le replaça sur la table avec tant de force , qu'il le fit voler en mille pièces.

Tout le monde se tut ; le vieux comte , baissant les yeux , parut s'a-

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bandonncr à de tristes pense'es ; tandis que les deux amis échangeaient des regards observateurs , et ne se sentaient nullement portés à réparer le désordre causé par cette indiscrétion involontaire. L'ecclésiastique reprenant la parole , rompit le premier le silence et sut si bien diriger la conversation qu'il amena bientôt une saillie plaisante. Le médecin qui semblait n'avoir aucune idée de ce qui venait de se passer, et promenait de tous côtés ses regards scrutateurs, pour demander la cause de ce silence subit, partit d'un violent éclat de rire , et s'inclinant sur la table , laissa échapper ces mots :

— Pardonnez, excellence, mais

il est impossible Les poumons,

les intestins eux-m^mes en souffriraient On ne peut se retenir.

Le vieux comte se réveilla comme

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d'un songe, tourna ses yeux éur la face rubiconde du médecin, et s'abandonna aussi à un rire immodéré.

La conversation se ranima , mais une certaine contrariété régna entre les convives , en sorte que les deux amis furent bien aises lorsque Ton desservit. La comtesse Amélie s'éloigna promptement, et alors tous les convives, à l'exception du médecin , se sentirent dégagés d'un poids énorme.

Le comte Franz était aussi devenu plus gai. Tandis que le vieux comte se rendait dans sa chambre pour se livrer selon son habitude au repos , il descendit au parc avec les deux amis.

Après avoir échangé quelques paroles avec Willibald, il ajouta d'un ton de gaîté , mais avec un peu de rudesse :

— Dans le fait , mon père ne m'a

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pas trop vanté votre esprit et votre amabilité'. Vous avez réussi à faire une chose que vous ne croyez sans doute pas si difficile, et que pour ma part j'avais cru jusqu'à présent tout à fait impossible. — Je veux dire que vous avez su amener la comtesse à parler avec vous qui lui êtes tout à fait étranger et qu'elle voit pour la première fois. Bien plus, vous lui avez, en dépit de toute pruderie féminine, fait vider un verre plein de vin. Si vous connaissiez auvssi bien que moi toutes les bizarreries de la comtesse , vous ne seriez pas surpris que je vous regardasse , pardonnez-moi le terme , comme une espèce de magicien.

— Mais , repartit Willibald en souriant , j'espère n'exercer mon pouvoir magique sur elle , que pour de semblables prodiges.

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Persuades que, pour ne pas exciter la jalousie du jeune comte , il ne fallait pas approfondir ce chapitre , les deux amis firent tourner la conversation sur d'autres sujets , et la comtesse et ses bizarreries furent entièrement oubliées.

Après une journée passée dans la gaîté, lorsque les deux amis se trouvèrent seuls dans leur chambre :

— Dis-moi, W^illibald , demanda Hartmann, ne penses-tu pas qu'il y a dans ce château quelque chose d'extraordinaire.

— Mais non , répartit Willibald , je ne le pense pas ; tout me paraît fort ordinaire dans ce château, et les discours du jeune homme ne me semblent pas cacher un bien grand mystère. Le jeune comte est amoureux de la comtesse, qui ne peut pas le souffrir, et le vieux seigneur, de-

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