DEUX LETTRES
Plusieurs années s'étaient écoulées; Hartmann, lancé dans la carrière diplomatique , avait été envoyé en ambassade à Rome et ensuite à Naples. Ce fut de cette dernière ville que Willibald reçut ia lettre suivante :
UAKTMANN A WILLIBALD.
Naples , le
Je t'écris, mon cher Willibald,
dans le plus grand trouble. Je viens d'être ramené au souvenir d'un moment de notre vie , qui laissa dans ton esprit une profonde impression que tu fus long-temps incapable de surmonter;
Hier je visitai les sites les plus romantiques de cette contrée , entre autres le couvent de Camaldules, dans Je voisinage du Pausilippe. Le prieur fut assez aimable pour me présenter à un moine qui était allemand, et dispensé des vœux du silence. Plus le moine parlait, et plus il me semblait retrouver dans le son de sa voix , et dans les traits de son vénérable visage quelque chose qui ne m'était point inconnu. De son côt4, il me considérait avec un regard interrogalif , qui semblait prouver que lui aussi , il me reconnaissait.
Enfin le moine m'ayant demandé
v^i je n'étais pas déjà venu une fois en Italie , je me souvins de notre voyage de Berlin, par Prague et Vienne, à Milan.
— Alors, s'écria-t-il , je ne nie trompe pas, vous êtes celui que je crois reconnaître, et nous nous sommes déjà connus en Bohême , dans le château du comte Maximilien de C...
Le moine n'était pas autre que le digne ecclésiastique, le chapelain du château du comte de C, et tu peux penser que le tableau vivant des événemens mystérieux du château, se représenta subitement devant mes yeux comme par enchantement
Je m'empressai de prier le moine de m'apprendre ce qui était arrivé depuis cette époque, et j'ajoutai que j'espérais à mon retour par la Bohême être une seconde fois l'hôte