‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 3)Chapitre 45 sur 47 · XVI. ao · texte numérisé non relu

XVI. ao

du vieux comte s'il vivait encore.

— Hëlasî répondit le moine en levant au ciel ses yeux pleins de larmes, hélas! — Tout est fini! — La lune et sa splendeur ont disparu.

— L'oiseau de nuit fait son nid dans les ruines du château où régnaient jadis dans le sein de l'opulence, la liberté et l'hospitalité.

ISous avions bien prévu la ruine de cette famille mystérieuse ; mais écoute maintenant le récit que me fit le moine.

Le comte Maximilien avait conservé toute sa fermeté à la vue de son fils blessé à mort , et son courage fut récompensé par les promesses du chirurgien qui, après avoir extirpé la balle avec la plus grande .habileté, déclara que la blessuie, quoique très-dangereuse, pourrait n'être pas mortelle s'il ne survenait aucun

accident. Il ajouta qu'il lui semblait miraculeux que la balle n'eût pas traverse la poitrine du comte , d'où il conclut que le meurtrier devait avoir tiré d'une distance considérable. Gela expliquait aussi comment l'assassin avait eu le temps de s'enfuir et d'échapper aux minutieuses recherches des chasseurs dans la forêt. Il parût même que la troupe de voleurs qui infestait la contrée et la rendait peu sûre, s'était de nouveau retirée sur les frontières, car on n'entendit plus parler des brigandages qui se commettaient précédemment presque chaque jour.

Le chirurgien avait parfaitement jugé la blessure du comte. Bientôt il se trouva hors de tout danger; la langueur et la profonde mélancolie qui remplissaient son cœur ayant calmé le feu dévorant de son esprit ,

contribuèrent beaucoup à sa prompte guérison.

II avait ainsi que son père abandonné la recherche d'Amalie dont la fuite semblait surnaturelle ; ils n'osèrent pas même former une conjecture sur les moyens qu'elle avait employés.

Le silence de la tombe régnait dans le château , et les instans fugitifs de gaîté que l'ecclésiastique savait quelquefois faire naître, interrompaient seuls la profonde tristesse du père et du fils.

Le vieux comte ne trouvait plus la force de supporter ses maux que dans les consolations de l'église , lorsque le plus cruel de tous les coups, celui que le comte Franz avait vainement cherché à lui épargner, vint l'accabler.

Il apprit par hasard que son fils

LES BRIGANDS. l'ij

Charles avait en effet été pris quelque temps auparavant en Alsace et arrêté comme le chef d'une troupe de brigands; qu'il avait été jugé, condamné , mais que ses compagnons avaient forcé la prison dans laquelle il était renfermé, et l'avaient remis en liberté. Son nom avait été suspendu à la potence ; c'était le nom de sa famille, qu'il avait conservé en abandonnant seulement le titre de comte.

Une nuit, le comte Maximilien, ne pouvant jouir du sommeil, était plongé dans ses rêveries; il songeait à la tache honteuse imprimée par l'indigne conduite de son misérable fils à une famille jusque-là illustre,' dont l'origine remontait à des races royales ; puis son esprit effrayé de cette image se rappelait avec douleur comment la détestable folie de sa

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nièce avait détruit le dernier espoir de bonheur qui lui fût demeuré sur la terre. Tout en faisant ces réflexions, il s'était approché à pas lents des fenêtres du château , et là , il lui sembla que les portes en étaient ouvertes. Tantôt on n'entendait aucun bruit, tantôt un singulier son retentissait comme si dans le lointain Ton eût agité des fers. — Le comte tira la sonnette qui donnait dans la chambre de Daniel y près de la sienne.

Mais il eut beau sonner, Daniel ne parut pas. Le comte mit ses habits , alluma une bougie , et descendit pour s'enquérir de la cause de ce bruit. En passant , il jeta les yeux dans la chambre de Daniel , et fut fort surpris de voir que d'après l'état de son lit, Daniel ne paraissait pas s'être encore couché. En entrant dans le vestibule, le comte crut aper-

cevoir un homme qui traversait rapidement sous le portail.

A droite et a gauche était une suite d'appartemens auxquels on arrivait par le vestibule. Ceux de la droite se terminaient par un petit cabinet , dont la porte était de fer massif, et dont la fenêtre était aussi garnie de fortes barres de fer. Au milieu de ce cabinet , il y avait une trappe fermée par une porte de fer, consolidée par de larges verroux Elle conduisait dans une espèce de souterrain profond , rempli d'or monnoyé , de bijoux , de joyaux et autres richesses précieuses qui formaient le trésor de la famille.

La porte de la première chambre à droite était ouverte ; le comte y entra ; il parcourut rapidement tous les appartemens, et le cœur lui battit fortement , lorsqu'il trouva que la

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porte du petit cabinet cédait facilement à la pression de sa main. Le comte stupéfait entra.

— Attendez un peu. C'est un travail pénible , maiâ j'en viendrai à bout. Ainsi parlait à voix basse un homme à genoux sur la trappe , qui cherchait à en forcer les verroux.

— Holà ! s'écria le comte d'une voix forle. L'homme effrayé se retourna, c'était Daniel. Pâle comme un spectre , il fixa ses yeux sur le comte, et celui-ci le contempla immobile.

— Misérable chien , s'écria enfin le comte, que fais-tu là?

Daniel secouant la tête avec force, laissa échapper ces mots de ses lèvres tremblantes :

— Un juste héritage.

Mais lorsque le comte voulut s'ap-

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prochcr, il saisit une barre de fev^ qui était sur le carreau , et la leva contre lui.

. — Va-t'en, bête maudite que j'ai élevée et nourrie dans mon sein !

Vieillard infernal ! s'écria le comte emporté par la colère la plus violente, tandis qu'usant des forces supérieures que l'âge avait respectées en lui , il saisissait Daniel par la gorge et le traînait à travers toutes les chambres jusqu'au milieu du vestibule, où il se mit à tirer avec violence la cloche du château.

Tous les gens de la maison , arrat chés au sommeil, accoururent fort effrayés, pour assister à un spectacle , dont ils furent saisis d'hor reur.

— Jetez-le dans les fers et enfermez-le dans la tour ! dit le comte à ses domestiques. Mais le vieillard xvii ai

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presque sans vie , était en quelque sorte suspendu aux mains du comte plutôt que debout à côté de lui ; ils ne purent donc exécuter ses ordres sévères. Le comte parut un instant hésiter, puis leur parlant avec plus de calme et de générosité , il dit : — Jetez ce vieux misérable hors du château , et s'il s'y représente , lancez les chiens à sa poursuite.

Cet ordre fut exécuté.

Les traces évidentes de ce qui s'était passé, lui évitèrent la peine de faire un long récit ; deux mots suffirent pour mettre tous ses gens au fait.

On trouva dans ce même instant qu'il manquait deux des plus fidèles chasseurs du comte , Paul et André.

Déjà le vieux seigneur les soupçonnait de l'avoir trompé de la manière la plus indigne , d'avoir pris

part à rinfâmc action de Daniel, lorsque le matin de bonne heure ils arrivèrent à la porte du château , couverts de poussière et de sueur.

Tandis que les autres serviteurs s'emparaient du coupable Daniel , ils s'étaient promptemcnt rendus dans la cour, parce qu'ils avaient cru entendre le galop d'un cheval.

En effet, ils aperçurent dans l'ombre de la nuit une voiture vide , accompagnée de deux cavaliers, qui s'avançait à quelque distance d'un pas assez lent. Ils sellèrent promptement leurs chevaux , prirent leurs arquebuses et leurs couteaux de chasse , puis partirent au galop pour rejoindre la voiture. Aussitôt que les cavaliers qui l'accompagnaient se virent poursuivis, ils pressèrent le pas des chevaux et prirent une course rapide. Le jour commen-

çait à poindre lorsque, derrière un épais taillis , voiture et chevaux disparurent , tandis que plusieurs coups de fusil se firent entendre. Cette attaque les força de fuir.

Il ne paraissait que trop certain que le vieux Daniel était en bonne intelligence avec ces bandits pour dépouiller le comte. Et cependant, c'était une énigme inexplicable pour le comte , pour tous ceux qui le connaissaient , que ce vieux Daniel , serviteur tellement dévoué à la famille , du moins en apparence , eut pu se laisser entraîner à une pareille action. L'ecclésiastique seul dit avoir souvent remarqué Daniel dans les momens où il ne s'en doutait pas , et avoir trouvé en lui tous les indices d'un esprit dépravé , mécontent de lui-même et de tout ce qui l'entoure.

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Il l'avait même entendu peu de temps auparavant , dans un accès de colère contre un de ses camarades , murmurer hautement contre lecomte; disant qu'il ne tenait point les promesses qu'il avait faites à un vieux domestique, dont il méconnaissait les services.

— L'ingrat, s'écria le comte, ô l'ingrat! j'ai augmenté son salaire, jusqu'à le doubler; je le traitais, non comme un domestique , mais comme un ami. Mais les bienfaits donnent de l'arrogance aux êtres d'une nature commune, et loin de se les attacher plus fortement par là , on ne réussit au contraire qu'à se les aliéner davantage. Maintenant je vois bien que ce que je prenais en lui pour une simplicité bienveillante , n'était que fausseté et hypocrisie , pour cacher ses détestables

desseins. Ce misérable aimait celui que je me vois obligé de maudire. Déjà dans Tenfance de cet indigne fils , il voyait avec plaisir sa méchanceté se déployer dans toutes ses actions ; et loin d'écouler mes remontrances, il encourageait ses mauvaises dispositionspar une indulgence stupide. Souvent le vieillard ne pouvait cacher son mécontentement, lorsque je laissais échapper quelque malédiction contre la conduite atroce de cet élu de Ten fer, et au milieu du respect et de la déférence qu'il semblait alors me montrer bien plus fortement que jamais, je voyais percer les sentimens d'une âme infernale.

L'ecclésiastique lui fit observer alors combien il était probable que Daniel eût favorisé la fuite d'Amélie.

Daniel pouvait facilement lui avoii* donné la clef du portail et de la porte extérieure du château. La rencontre de Daniel avec un étranger dans le parc , à une heure indue, et la singulière terreur qu'il avait laissé voir, étaient des indices assez certains de cette complicité. Il eût mieux valu alors le garder afin de rinterroger à ce sujet , et obtenir de lui l'explication de ce mystère.

— C'est justement cette explication que je redoute, reprit le comte avec une profonde tristesse, et plaise au tout-puissant que toute cette affaire demeure dans les ténèbres les plus épaisses. Une voix intérieure me dit que cette lumière sera la foudre qui doit détruire ma race.

D'après ce que les deux chasseurs racontaient leur être arrivé dans leur poursuite de la voiture et des deux

cavaliers, il n'ëlait pas douteux que la forêt était de nouveau infestée par des brigands. Tous les environs étaient remplis d'étrangers, voyageant lesuns avec des feuilles de rout€ comme des soldats en congé; d'autres avec des passeports comme des marchands ambulans ou des ouvriers ; mais leur mauvaise mine dénotait des intentions toutes différentes et pernicieuses.

Cependant tout demeura tranquille encore pendant un assez long-temps^ jusqu'à ce que le bruit se répandit de nouveau que des vols se commettaient , et qu'une bande considérable de bohémiens devait s'être répandue dans le pays.

André, l'un des chasseursqui avaient poursuivi lesbrigands, confirma cette nouvelle. Il avait vu dans le taillis où avait disparu la voiture et les

cavaliers, une troupe de bohémiens, composée d'hommes, de femmes et d'enfans.

Il était donc bien certain qu'une nouvelle bande se rassemblait, et la prudence exigeait qu'on se mit aussitôt à leur poursuite pour les détruire. Les chasseurs de la comté furent mandés, et la nuit suivante, le comte Franz en prit le commandement , et se mit en marche avec eux pour chercher les brigands.

Bientôt dans le lointain , ils virent briller un grand feu au milieu du taillis.

Le comte Franz s'avança douce-?

ment avec ses chasseurs, et ils découvrirent une troupe de douze à quinze femmes et jeunes filles bohémiennes, avec des cnfans. On faisait la cuisine; on chantait et l'on dansait , tandisquc cinq ou six hommes appuyés sur leurs

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mousquets, paraissaient garder la troupe.

Tout à coup les chasseurs se précipitèrent sur eux, en poussant de grands cris ; mais les femmes, aussi bien que les hommes, saisirent des mousquets, et firent pleuvoir une grêle de balles.

Les chasseurs, à couvert derrière le taillis , n'éprouvèrent pas le moindre mal, tandis que tous leurs coups portèrent et mirent à bas quatre hommes et plusieurs femmes. Le reste prit la fuite.

Tandis que les chasseurs parcouraient le champ de bataille pour voir s'il n'y avait pas quelques blessés qu'on pût emporter, une grande figure se leva de terre, et voulut ^'enfuir. Le comte Franz s'opposa à son passage, en poussant un cri à sa vue. La femme (c'en était une) per-

dit la force de se soutenir. Un chasseur la retint dans ses bras , et écarta le voile qui cachait ses traits.

Le comte, à cet aspect, demeura attéré comme s'il eût contemple un spectre. C'était Amélie. Elle s'arracha des bras du chasseur avec fureur, tira un couteau et s'élança sur le comte. Le forestier qui était auprès de lui la saisit, la désarma; et tandis que les autres chasseurs l'aidaient à la retenir, il dit au comte :

— Que devons-nous faire?....

Ces mots tirèrent le comte de l'état de stupeur où il semblait plongé; il s'écria aussitôt d'une voix terrible :

— Enchaînez-la, conduiscz-la au château.

Puis s'élançant sur son cheval, il reprit sa course dans la foret.

— Misérable créature ! c'est donc

pour des meurtriers et des brigands, que tu fuis la maison paternelle, que tu t'arraches des bras d'un fiancé.

Non, tu ne couvriras pas plus longtemps de honte cette tête ^rise ; les murs d'un couvent te cacheront au monde entier, toi et ta détestable folie.

Telles furent les premières exclamations du vieux comte dans l'accès du plus violent emportement , lorsqu'Amélie parut devant lui. Mais elle semblait avoir perdu tout sentiment de vie. Son visage immobile , ses yeux glacés, laissaient douter qu'elle comprît rien aux paroles qu'on lui adressait, non plus qu'atout ce qui se passait autour d'elle. Quand on la poussait , elle marchait ; quand on s'arrêtait , elle demeurait tranquille ; l'on eût dit d'un automate. Le comte la fit conduire dans une chambre

éloignée et solitaire , pensant que dans quelques jours il pourrait l'envoyer dans un couvent.

En vain recclésiastique s'efforça de faire parler Amélie ; elle persista dans son silence ; on ne réussit pas mieux à lui faire prendre quelque nourriture. Le médecin et recclésiastique furent d'accord que c'était le résultat d'une ferme volonté morale plutôt qu'une maladie physique , et qu'Amélie était décidée à se laisser rhourir.

Le comte Franz était plus calme et plus mesuré que l'on ne s'y était attendu ; il paraissait s'abandonner tout à fait au cours mystérieux de sa destinée, ne plus rien craindre, ne plus rien espérer. Mais la quatrième nuit après ces événemens amena enfin l'effroyable tempête qui devait anéantir la race du noble comte de C.

A minuit, tandis que tout dormait dans le château, la porte fut enfoncée, et, au milieu de cris de meurtre, la troupe des brigands se jeta dans rintérieur par les fenêtres, les portes, brisant tout sur son passage et massacrant les domestiques.

A peine le comte Franz avait-H chargé ses pistolets qu'il entendit les voleurs dans le cabinet attenant à sa chambre à coucher, et que son nom fut prononcé. Il se regarda comme perdu. Cependant sa fenêtre donnait sur le jardin , un espalier se trouvait contre le mur, il essaya aussitôt de descendre par là, et courut à la maison de son forestier dont il voyait dans le lointain briller les fenêtres. La frayeur lui donnant des ailes ; il arriva bientôt et trouva les chasseurs déjà réveillés par les premiers coups ^cs brigands, et prêts à partir. Aussi-

tôt ils se mirent en marche pour le château. Au moment où le chef des brigands, qui se distinguait par une taille majestueuse et une figure pleine de fierté , entra dans la chambre du vieux comte ; celui-ci déchargea son pistolet sur lui et le manqua. Il voulut lâcher le second coup; mais Amélie s'élança dans les bras du brigand en s'écriant : — Charles, Charles, c'est moi, voici ta femme.

Le pistolet du vieux comte lui tomba des mains , et il s'écria aussi:

— Charles! mon fils!

Le brigand se tournant alors vers lui avec un orgueil insultant lui dit :

— Oui..., le fils que tu haïssais et (jui a du venir chercher lui-même un héritage que tu lui avais refuse, vieux pécheur !

— Infâme brigand! s'écria le comte transporté de colore.

— Tais-toi, reprit Charles; je sais ce que je suis et comment je le suis devenu. Comment après avoir semë des graines empoisonne'es dans un sol maudit , peux-tu t'ëtonner de n'en pas voir sortir des fleurs et des fruits ? N'as-tu pas déshonoré ma mère? Ne t'a-t-elle pas donné avec répugnance une main que tu enlevais à l'objet de son amour ?

— Misérable enfanté par l'enfer!

s'écria le comte; et, saisissant Amélie, il s'efforça de l'arracher des bras du brigand. Mais celui-ci reprit d'une voix formidable :

■— Que ta main n'approche pas de ma femme! Et son sabre menaçant se leva sur la tête de son père.

Dans ce moment le comte Franz arriva à la tête des chasseurs, vit le danger que courait son père , et tira sur le brigand , qui tomba aus-

sitôt sur la terre , la tête fracassée, — C'est ton frère Charles! murmura le vieux comte; et il tomba sans vie auprès du mourant. Le comte Franz demeura comme frappe de la foudre en présence de ces deux corps.

Le sang coulait à flots dans le château. Il n'était pas un des serviteurs du comte qui ne fût ou tué ou blessé grièvement. Le brave médecin luimême fut trouvé gisant sur le parquet, percé de plusieurs coups. Mais non loin de lui gisait aussi l'infâme Daniel ! Il ne se sauva pas un seul des brigands ; ceux qui ne tombèrent pas dans le château sous les coups des chasseurs et qui voulurent leur échapper par la fuite, furent massacrés par les paysans qui accouraient au secours du comte.

Dans la chaleur de l'action , les

bandits se voyant perdus avaient mis Je feu au château , et il ne tarda pas à éclater sur plusieurs points à la fois.

On s'empressa de sauver du feu le vieux comte privé de sentiment, ainsi que son fils Franz qui semblait frappé de stupeur ; ce fut là tout ce qu'on put arracher aux flammes qui bientôt s'emparèrent de tout le bâtiment. Quand à Amélie , on ne la trouva nulle part , et l'on supposa qu'elle avait péri au milieu de Tincendie.

Le comte Maximilien mourut quelques jours après entre les bras de l'ecclésiastique , qui quitta alors ce théâtre d'horreurs , et se rendit à IVaples. Le comte Franz après avoir fait don de sa comté à un pauvre jeune homme de belle espérance , quitta le pays avec le peu d'argent qu'il possédait, et changea probable-

ment de nom , car on n'cntentllt plus parler de lui.

Le nouveau seigneur, par un sentiment qui n'est qu'honorable pour lui, ne voulut pas habiter le lieu qui avait été témoin de ces tristes ëvcnemens. Le nouveau château fut bali sur l'autre rive de la Moldau.

II m'est Impossible , après le récit du moine , de te parler de moi ni d'autres choses; tu sentiras cela toimême , mon cher Willibald : rien de plus pour aujourd'hui.

26o CONTES NOCTURNES,

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